Les dits du corbeau noir

UN BANC POEME BRAN DU 2019 06 10 OCTOBRE

 

 

Bran du     Le 06 10 2019

 

Un banc...

 

Un banc devant le mur du cimetière...

Un banc en bois, peint en vert...

Derrière un figuier couvert d'abeilles

et une senteur sans pareille qui entête les rêves de passage...

 

Un banc pour une pause plus courte que celle surplombée de marbre ou de granit...

Une pause donc éphémère qui n'a pas de terre sur des paupières définitivement fermées...

 

Un banc pour voir passer le lent cortège des heures et ce qui anime de ses mouvements le vivant : le soleil, la pluie, le vent.... Et des passants aux pas, parfois, funéraires...

 

Un banc, un banc pour s'asseoir, pour causer au silence, pour se distraire avec les nuages...

 

Un banc fait de planches assemblées, un banc propice à épouser la courbure des dos fatigués...

 

Un banc où chaque saison dépose ses ombres et ses lumières, ses parfums et ses saveurs...

 

Un banc qui en sait beaucoup sur les turpitudes du cœur...

 

Un banc adossé au défilé des heures. Un temps accordé à compter le nombre de pigeons qui fréquentent la place ; un temps qui sait précisément quand les volets s'ouvrent et se ferment, quand la fille du boulanger monte sur son vélo bleu, quand le débit de la fontaine décline ou se précipite, quand les feuilles se prennent pour des oiseaux, quand s'ouvre le portail sur la profondeur d'une tombe, quand l'ouvrier sort de son atelier pour pisser contre le mur......

 

Un banc fonctionnel ouvert à toutes les rêveries, une grande paume diurne ou nocturne où, parfois, fait halte une ligne de vie...

 

Un banc qui fait horizon parmi l'horizon du ciel et qui ne connaît de verticales que celles des hommes et des femmes qui, savent encore se tenir debout...

 

Un banc accordé à tous les âges qui se posent dessus...

Un banc qui sait vieillir avec les vieux et rire avec les enfants...

Un banc qui attend, impatient, la visite des amants...

Un banc qui tend ses oreilles de bois à toute présence le visitant..

 

Un banc qui sait, qui a appris, qui a toujours su...

 

Un banc pour prendre soin des épuisements, un intermède de silence parmi le cri sourd des allers et des retours...

 

Un banc solide face à tous les arguments, tous les doutes, toutes les envies, que professe une existence...

 

Un banc que personne, le 14 juillet, ne songe inviter à la danse...

 

Un banc pour les annonces, les confidences, les doléances, les allégations, les rumeurs, les médisances...

 

Un banc pour s'autoriser l'attente et la patience....

 

Un banc qui soit une invitation pour des pensées sans importance...

 

Un banc pour alléger le pesant de nos encombrements...

Un banc où expire l'heure du rendez-vous...

Où ce qui devait venir n'est pas venu...

Un banc où parfois prend assise l'inattendue...

Un banc qui aimerait savoir ce que nous sommes devenus...

Un banc rien que pour nous avec quelques baisers en plus...

 

Simplement un banc, là, devant le mur du cimetière...



06/10/2019
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