Les dits du corbeau noir

THEORIE DU VOYAGE M. ONFRAY extraits

DU VOYAGE

Michel Onfray  Théorie du Voyage  (Poètique de la géographie)  Livre de poche N° 4417       Extrait…

Partir, emboîter le pas des bergers, c’est expérimenter une genre de panthéisme extrêmement païen et retrouver la trace des anciens dieux…
C’est rompre les amarres avec les entraves et les servitudes du monde moderne…
Le désir de voyage prend confusément sa source dans une eau lustrale (matricielle et originelle NB)…


La quête de soi s’achève au moment du dernier souffle. Jusqu’au tombeau, il s’agit de vouloir encore et toujours la force, la vie, le mouvement…
Ne pas installer la sédentarité au cœur même du principe nomade…
L’esprit du géographe ne se confond pas avec celui du géologue, mineur de fond et creuseur de faille…

Sédentaire et nomade : deux modes d’être au monde…
Depuis Abel le berger et Caïn le paysan ces deux modes ne se conjuguent pas pacifiquement…
(Le voyageur déplait au dieu des chrétiens…)
Certains (…/…) subissent les champs magnétiques hyperboréens ou septentrionaux …/…   mais s’expérimentent comme des fragments d’éternité destinés à se mouvoir sur une planète finie - Ceux là vivent de manière semblable l’énergie qui les travaille et celle qui anime le reste du monde…
L’art du voyage induit une éthique ludique…
Voyager… car le poème du monde appelle sans cesse des propositions de déchiffrements…
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DIRE LE MONDE

Le poéme se lit, se relit, se médite et rejoint l’éther appelant sans cesse une réactivation de la lecture…

Il faut en appeler à une métaphysique de la terre et du feu, à une onthologie de l’air et de l’éther (une poétique bachelardienne)

L’étymologie signale la parenté du mot et de la faculté de sentir ou de percevoir le sensible… Une poétique de la géographie génère une esthétique matérialiste et dynamique, une philosophie des forces et des flux, des formes et des mouvements…

Nommer, c’est créer, faire advenir, c’est synthétiser, donner un ordre…

Une poétique de la géographie suppose cet art de se laisser imbiber par le paysage, puis une volonté de le comprendre, d’en voir les agencements….

La mémoire nous fabrique plutôt que l’inverse…

Permettre à l’esprit de se concentrer sur l’essentiel - des émotions cruciales, des perceptions cardinales… Alors s’architecture un monde…

Le corps fonctionne de moins en moins comme un opérateur sensuel et se mécanise… nos identités sez forment avec des matières pauvres, des souvenirs maigres et des mémoires vides. La révolution métaphysique en cours concerne cet homme absent à lui-même, incapable de jouir des facultés de son corps-puissance des sens et génie des souvenances…

Avec le passé se prépare du futur, ainsi le présent se trouve densifié, durci, plus cohérent, plus consistant. Ordonner les traces débouche, met en forme l’âme…

La forme conduit le fond…

Seule l’expérience écrite permet de rendre compte de la totalité des sens…
Le verbe seul circonscrit les cinq sens et plus… le trajet conduit des choses aux mots, de la vie au texte, du voyage au verbe, de soi à soi…

ELIRE UNE DESTINATION

On ne choisit pas les lieux de prédilection, on est requis par eux…

…/… Chacun peut se découvrir d’une passion pour l’eau, la terre, l’air ( le feu circulant dans le corps même du voyageur)…

Il y a toujours une géographie qui correspond à un tempérament. Reste à la trouver…

Le réel recule dans son épaisseur charnelle au profit de sa modalité virtuelle…

Entre le monde et soi, on intercalera prioritairement les mots…

AUGMENTER SON DESIR

La richesse d’un voyage nécessite, en amont, la densité d’une préparation - comme on se dispose à des expériences spirituelles en invitant son âme à l’ouverture, à l’accueil d’une vérité à même d’infuser… la lecture agit en rite initiatique, elle révèle une mystique païenne…

Dans le voyage, on découvre seulement ce dont on est porteur…

Voyager suppose le déréglement de tous les sens, puis leur réactivation et leur récapitulation dans le verbe…

…/… demander aux mots la puissance alchimique des athanors, verser dans le creuset de son expérience de quoi porter les métaux à l’incandescence et obtenir l’or d’une poignée d’images qui demeurent…

Le poète transforme la multiplicité des sensations en un conservatoire réduit d’images incandescentes destinées à élargir ses propres perceptions…

Tout voyage voile et dévoile une réminiscence…

REALISER L’AMITIE

Le voyage fabrique l’amitiétout autant que l’inverse…
L’amitié, cet amour moins le corps, génère un usage commun du temps, de l’espace et de l’énergie…
La somme des deux entités produit une tierce figure qui décide du contenu, de la forme et du déroulement du voyage  ( partir à deux donc)…

PIEGER LA MÉMOIRE

Voyager met en demeure de fonctionner à plein sensuellement… Emotion, affection, enthousiasme, étonnement, interrogation, surprise, joie et stupéfaction, toutb se mélange dans l’exercice du beau et du sublime, du dépaysement et de la différence…

La mémoire fonctionne ainsi : prélever dans l’immensité longue et lente du divers les points de repère vifs et denses utiles pour cristalliser, constituer et durcir les souvenirs…

Le corps s’ouvre à l’expérience, il enregistre et emmagasine le diffus, le divers…

Sentir violemment son corps exister dans la douceur d’un instantr vécu sur le mode magique, mirifique et magnifique…

La matière se souvient, les atomes n’oublient pas  …/…

INVENTER UNE INNOCENCE

Voyager appelle une ouverture passive et généreuse à des émotions générées par un lieu à prendre dans sa brutalité prilitive comme une offrande mystique et païenne…

L’Œil instinctif de l’artiste vaut mieux que l’intelligence cérabrale des laborieux du concept…
…/… Le nomade-artiste sait et voit en visionnaire, il comprend et saisit sans explication, par impulsions naturelles. Il pratique ce qu’en des catégories spinozistes on pourrait appeler la connaissance du troisième genre, celle qui se nourrit d’intuitions et de la pénétration immédiate de l’essence des choses…
Ainsi du poète, le visionnaire par excellence…

RENCONTRER SA SUBJECTIVITE

…/… En fait, on se met en route mû seulement par le désir de partir à sa propre rencontre…

Les trajets des voyageurs coïncident toujours, en secret, avec des quêtes initiatiques qui mettent en jeu l’identité…
Le grand détour par le monde permet de se retrouver, soi, tel qu’en nous-mêmes l’éternité nous conserve…(la recherche d’une juste estime de soi)…

Tout voyage est initiatique…
C’est l’invite socratique à se connaître…
Ni refus, ni célébration de soi, mais savant détour par le monde pour parvenir à une juste connaissance de son identité intime…
Le voyage …/… conduit sur la voie qui mène à l’appropriation joyeuse et heureuse de sa vie…



12/04/2012
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