Les dits du corbeau noir

Roc Trevezel XI l'Herbe d'Oubli Mai 2013


 

ROC TREVEZEL  partie XI    mai 2013   L’Herbe d’oubli….

L’immensité est un miroir pour toute pensée qui s’y réfléchit !…


C’est, ici, une toute autre contrée que celle nommée « ordinaire » ou « habitude »…
Le contraste est violent autant que pur avec les cités des hommes, leurs heures marchandes, leurs agitations empressées….   Nombre d’humains ne font que traverser  cette étendue « sauvage » et pelée comme on traverse le désert ; sans s’attarder….

La vie est une équipée traversière qui pour connaître l’opulence de l’esprit à besoin de la désolation des terres; de faire halte dans l’inhospitalier pour connaître la valeur de l’accueil, la simple mais véritable générosité d’un berger…
L’être ne serait que sable et poussière, s’il n’avait en son cœur un point d’eau !….

Ce ne sont ici que des broussailles naines enchevêtrées par des souffles puissants et percées ici et là de quelques géants de pierre…

Qui, se tenant à l’écart, à distance, roulant sur le bitumé de l’empressement et de la pseudo sécurité, pourrait deviner qu’il y a en ce fatras végétal, en ce territoire pelé, de si fragiles et graciles anémones, d’humbles fleurs de printemps ou d’été ?

Il y a toujours, ici ou là, se détachant sur l’horizon, un clocher qui pointe vers le ciel montrant ainsi du doigt l’endroit de ses espérances et de ses aspirations….

C’est dans un creux ou un repli que l’homme a mit à l’abri ses peurs et ses interrogations, qu’il a créé une communauté de sang et de songe face aux inconnus que sont, toujours et encore, la vie et la mort…

Tout autour ne sont qu’herbes rases, broussailles, schiste et aires pour la joute des vents… Cela fait faire à la pensée certaines économies afin de se concentrer sur l’Essentiel, sur l’au-delà de la terre et du ciel…

Eternel jeu de l’ombre et de la lumière en ces parages qui bordent « le soupirail d’un froid enfer »…

Il faut être bien hardi et téméraire pour se fixer en un tel endroit où l’homme n’est toléré que parce qu’il en est le passager éphémère…. Toutefois, une pierre ici lui est destinée ; une pierre seule apte à lui octroyer une royauté et une souveraineté qui le consacreront par son nom d’Homme au jour que le Féminin aura initié en sa parure d’aube et d’aurore….

Les nuages, ces grands arpenteurs célestes, inspectent, de saison en saison, chaque recoin, chaque anfractuosité, de cette rase contrée… Ils en connaissent le moindre grillon capteur d’espaces azurés…

Herbes, vents et nuages, clartés de lune ou de soleil, brumes épaisses, crachins obstinés, rochers déchiquetés par les siècles, taillis maigres et isolés, hameaux ramassés sur eux-mêmes comme une vie enroulée dans sa coquille de doute, de crainte et d’illusoire protection…

Le mont est passage et l’homme est passager…..

 




On apprend à ce contact la droiture du cœur et la nécessité de se courber humblement face à l’adversité, seul moyen de passer victorieux au travers…

Je ne vois, je ne sais guère d’autres lieux si préposés à la clameur de ce qui est en vie, en a pleine conscience et s’en veut dire merci…
Ce qui ici porte nom véritable, qu’il soit d’homme ou de femme, est porté sur les hauteurs et jaillit dans la dite clameur à la face des astres, devant l’assemblée des luminaires…

C’est par excellence, le lieu de l’offrande et de l’incantation car ici repose le Creuset, bouillonne le Chaudron….

Ici se profère des serments d’importance qui convoquent l’Anima et l’Essence de ce qui fut, est et sera selon, de la Nature, les Lois et des êtres, l’Espérance…

Où, et bien mieux dites-moi, se trouve le promontoire qui, par excellence, relie la terre aux cieux et le devenir à la mémoire ?

Dire ici, de façon haute et claire, son amour de la Mère, de la Femme chérie, de la Création, de la Vie et de tout l‘Univers….

Pénétration et fécondation… Voilà aussi pour ces monts….

Chétifs sont les buissons de genêts et d’ajoncs, ceux-ci couverts d’épines, bardés de protections, en toute saison, se défendant… Comme si la mort montrait ses dents de chiens jaunes face aux rires du vivant !

Se dresser, nu, sur l’échine du Dragon, c’est dire son amour, faire entendre son entendement, son consentement… à l’union…

 




La lune, grosse du mois, s’arrondit en son quartier de mai….

La ronce hante les bruyères, rampe sur le sol… Elle connaît son adversaire….

La fureur du vent flagelle tout ce qui se hisse au-delà de la limite imposée à sa croissance…

Chaque ornière a gardé l’empreinte sonore des roues grinçantes de la charrette de l’Ankou…. Inutile de vouloir huiler l’essieu de cette roue, la mort aime faire tapage et s’annoncer bruyamment, elle aime faire frissonner le vivant….

Quelques chevaux marquent encore de leurs fers la sente de bruyère, mais seules les âmes aventureuses trouvent encore à labourer et défricher ces hauts lieux du soc de leur pensée aimante et libertaire…

Ici le froid et l’humide donnent des rides à la pierre qui fait front….

Pour quelle prière, par quels mots « incantés »,  les nuages égrainent-ils sous leurs doigts décharnés un chapelet de nuées et d’éther ?

On ne sautait semble-t-il vivre ici, véritablement et consciemment vivre, qu’après avoir fait naufrage, qu’après avoir expérimenté et approché, par et dans l’amour, le plus ultime des voyages…

Lugos dresse ici sa lance et Ogmios y déchaîne sa langue….
Ce sont les dieux anciens, les dieux des païens, qui, à chaque Samain, font banquet et bombance…. Qui sait encore cela ? Qui les entend et qui les voit ?
Qui à de ces forces et énergies d’antan, la respectueuse souvenance ?
Ce sont de l’Autre Monde les gardiens vigilants… Ils n’ont « commerce » avec l’Homme que lorsque celui-ci offre et donne ce qu’il a en lui de meilleur, pour l’Esprit et le Cœur….

Ils font pourtant rappel du combat éternel qui se perpétue afin que l’ombre reste soumise à la lumière et que nulle lueur ne s’éteigne sous le souffle fétide de l’orgueil et de la haine…

Ici encore et toujours s’écrit et se clame, en lettres de songes et de sangs, le livre de la Vie, l’éternel Poème, le chant des Amants, le cri de l‘Homme en la Femme et de Celle-ci, leur double enfantement….

Ici est la sève… Nous en sommes l’aubier !

La mort, la seule, n’est-ce pas quand nous avons oublié ?

L’herbe d’oubli pousse sur le chemin de notre destinée… Aux poètes et aux bardes de nous le rappeler !

 



26/05/2013
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