Les dits du corbeau noir

POESIE AU FEMININ / DE GRANDES DAMES : BEATRICE KAD 2018 11 04 AVRIL

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photo Bran du

Introduction...

 

Béatrice a cessé d'écrire de la poésie il y a déjà longtemps...

Elle a décidé de "prendre soin" de la Vie, de la sienne et de celle des autres et elle à oeuvré depuis en ce sens, en cette Essence même...

 

Il y a plus de trente années de cela... Nous avons beaucoup échangé au temps de la Poésie dite Nue, monté ensemble un récital à Nanterre puis ailleurs, publié textes et poèmes...

 

Plus de nouvelle depuis... Mais une telle amitié poétique ne saurait disparaître : elle est constitutive de la permanence de l'Etre qui est toujours en attende d'hommes et de femmes dignes d'incarner ici et maintenant une vibration absolue et infinie qui transcende le temps et l'espace (car elle est celle même de la Vie.)...

 

La Parole poétique est une mémoire vivante qui ensemence dans le silence le chant du futur...

Elle n'appartient à personne ou bien à tous et à toutes...

Elle est l'Arbre qui garde l'éternité de ses feuilles et dont la sève avive l'aubier du possible...

 

Le chant est venu nourrir le Chant ; un chant que le étoiles portent à leurs lèvres pendant le long sommeil des hommes endormis sur leurs abandons, sur leurs renoncements à vivre enfin sous la lumière, dans la Lumière.

 

La poésie est la Vie même ; et qui n'aime la poésie ne saurait lui-même pouvoir se dire en vie, mais en semblance, en apparence, en illusion de vie...

 

Il nous reste les mots, les poèmes anciennement écrits ; les mots qui sont porteurs en leur humus et en leur terreau, d'une forêt sans cesse renouvelée où il fait bon marcher à nouveau sous trois rais de Lumière...

 

Bran du    11 04 2018

 

 


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Poésie au Féminin Béatrice Kad

 

L'INSTANT

 

 

L'INSTANT sera imminent. Pourtant, rien n'aura changé.

Le ciel comme chaque matin renaîtra du profond de la nuit, se lèvera sur les peaux refaites fibre à fibre par la mansuétude de la nuit, embrassera la mer de son bleu le plus simple...

 

 

Nous serons tous venus, les zélés, les sombres, les nus et les bardés de foudre, inondant la terre encore mauve de sommeil, dressés vers les oiseaux , Magnifiques et ordinaires.

 

 

Nous serons tous venus pour le guetter, l'instant. Pour le voir monter ce matin-là à l'acmé du temps. Nous serons là sans savoir, sans vouloir ? Là, parce que la nuit dans sa salive d'encre nous aura préparée à l'érection de nos milliards de corps, tous levés, au matin pour assister à l'Envol de l'instant. Suspendu. Depuis des éternités. Immobile, indifférent à l'extravagance de notre monde.

 

 

Nous serons là, sans vouloir, sans savoir. Oubliant nos certitudes et nos hideurs, nos hébétudes, nos douleurs. Nulle voix médiatisée, nul ordre télévisé ; nul appel civil ou militaire, rien qu'une voix abyssale. Celle qui enflamme les troupeaux et fouette les saisons.

La voix élémentaire. La voix par/faite/de/silence. Celle qu'autrefois nous apprenions. Instinct. Nul ne brandira ses roses ou ses croix, ses plaies ou ses poings.

Il n'y aura pas de marchands de frite ni de souvenirs. Personne non plus pour-faire-semblant.

 

 

Première rencontre, totale rencontre. Merveille. Merveille d'être là, ensemble. Tous. TOUS. Sans nous pousser, sans nous blesser, sans nous écraser. Sans nous tuer. Tous, en cette première rencontre, additionnant nos souffles, trempés d'aurore, avec rien d'autre dans les mains, rien d'autre que le CONSENTEMENT.

 

 

Quand le soleil aura déjà presque brûlé la moitié du jour, quand nourris en silence durant des heures du pain rugueux de l'attente, nos yeux commenceront aussi à brûler, nous verrons apparaître les grands oiseaux de nuit enlisés dans le jour, les grandes proies de l'ombre chuter dans la lumière.

 

 

Et puis viendra le Chant. Car nous aurons très peur...

Là. Appelés. Sans qu'un seul signe approuve notre désertion. Là. Tendus sous le midi muet. Nous qui avions tout laissé, les lits défaits, le café au lait sur les tables, les portes ouvertes. Nous qui n'avions pas l'habitude de nous respirer sans nous méfier. De nous rencontrer sans nous jauger. De ne pas savoir. De ne pas avoir l'air de savoir.

 

 

Et puis viendra le Chant. Car nous serons presque prêts. Bourdonnement d'abord qui enflera à mesure que la bouche du soleil... à mesure que la fleur de l'espace... à mesure que nos cœurs...

 

 

 

Et ce Chant de premier jour nous lavera de nos hébétudes et de nos douleurs, nous lavera de nos certitudes, de nos hideurs.

Ce Chant d'une seule poitrine aux quatre milliards de gorges.

Ce Chant noiera l'asphalte et les plages, les vignes et les rizières, les déserts, les neiges éternelles. Les cathédrales.

Les servitudes incontestées. Les chambres d'amour.

Les frontières incontestables. Les chambres de torture.

TOUT. Tout.

 

 

Oh morsure d'éveil de ce Chant ! L'habitation de l'espace.

Toute la mer attentive. Et le vent. La désintégration de nos écrans. L'anéantissement de la LIMITE. Tout cela délivrera l'impossible possible, la félicité secrète de nos atomes...

 

 

Et nous serons là, fleuve somptueux, fleuve symphonique dans le mûrissement du jour. Tout embarrassés encore dans nos chemises repassées ; tout gauches encore dans nos désirs, dans nos avidités, nos formules séculaires. Tout étonnés de n'avoir pas su inventer, au prix de tant de vies, la vie. Au prix de tant de sang, la vérité. Au prix de tant de désespoir, l'amour.

De n'avoir rien su, nous qui savions tout. De n'avoir pas chanté plus tôt, nous qui connaissions toutes les gammes, toutes les cordes.

 

 

Ce jour-là, il n'y aura pas de marchands de frites ni de souvenirs. Personne non plus pour-faire-semblant.

Gloire et pauvreté refermeront le livre de nos traces.

 

Alors, il s'étirera L'INSTANT. Sur l'unique visage de la terre, sur l'unique couleur de la vie. Aboutissement de notre temps.

De notre temps qui ne pouvait plus... de notre temps qui ne savait plus... de notre temps qui ne vibrait plus...

 

 

L'INSTANT. Ne répondant à aucun de nos instants, à aucun de nos usages, à aucune de nos chimères, à rien de nos mensonges, de nos prières, de nos attentes. Coeurs étroits. L'INSTANT. Qu'il nous faudra saisir pourtant, pour écrire, vite, en son éclair, la première/ lettre/de/l'Homme.

 

 

                                  Mais le saisirons-nous ?

                                  L'Instant-Autre

                                  L'instant-Poème

                                  L'Instant-Demain ?

 

Béatrice KAD

 

 

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11/04/2018
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