Les dits du corbeau noir

Poème frais du jour : "La Vieille Rivière" Bran du 24 09 2012

Poésie Fraîche du Jour          Bran du   24 09 2012                      A Nadine et Hélène
                                                                                                         En remerciement…

Atelier de tissage végétal à la Maison de la Rance de Dinan.



                       « LA VIEILLE RIVIERE »

« Vieille Rivière » ; ce nom évoque irrésistiblement un paysage du Canada, un lieu sacré pour les Alconquins, un accent particulier dans les langages du monde…

Mais, en fait, nous sommes ici dans le Penthièvre, en des « Marches de Bretagne », non loin du donjon de Dinan et de la résidence de la Duchesse Anne, dans l’ancien lit de la Rance, comblé par les ans et la reprise, par la nature, de son antique territoire…

Nous marchons en ce lit de mémoire que la mort n’a pas tout à fait effacé et qu’un monde de pierres et de végétaux enserre en une boucle où l’eau circule encore pour seulement quelques décennies si on ne l’aide pas à retrouver un plus libre cours…

Il y a très longtemps le sel et l’écume venaient battre les flancs de schiste en ses marées fougueuses ou tendres…. Jadis les coquillages parsemaient la prairie aujourd’hui couverte d’herbes humides….

Le progrès, l’impérieuse nécessité de « faire gagner du temps » pour les bateaux naviguant vers la Manche ou remontant de St Malo à fait « tonner » la dynamite en cette vallée encaissée…

Lors, des roches ont volé en éclats et l’homme toujours empressé s’est frayé passage vers ses rêves de richesses matérielles laissant à son âme et à son inconscience le soin  de verser des larmes silencieuses sur l’arrogance d’un mental livré à lui-même…

Aujourd’hui, la falaise témoigne en ses failles, en son échancrure béante, de cette volonté pour celui-ci d’aller plus vite vers le terme d’une existence sans faire contour par la poésie même de la vie, sans sinuer de consort dans les veines et les courbes qui conduisent l’être « éveillé » et « sensible » vers son centre de paix et d’harmonie d’où émane le sens véritable et authentique d’une « présence au monde »…

A mi-hauteur de la paroi rocheuse teintée d’ocres, de beiges et de bruns, se donne à percevoir puis à « voir » une sorte d’ammonite, une forme spiralée, qui semble bien être le cœur de cette « Vieille Rivière », son A.D.N, son point d’agencement et d’ordonnancement à partir duquel toute chose se répartie et se distribue l’espace dans le temps qui lui convient ou qui lui est imparti…

Ce cœur du cœur est farouchement défendu par un roncier impressionnant ; ses abords le sont par des lianes et des enchevêtrements qui en condamnent l’accès…

Comme si, toute la nature d’un commun accord voulait ici préserver son «sanctuaire » de toute profanation….  

Tant de « défenses » supposent l’existence, sous un dôme végétal hérissé d’épines,  d’un bien précieux berceau, d’un haut lieu de reliance et d’union, d’interpénétrations fécondantes, de gestations prometteuses, d’enfantements royaux ou princiers….

Un lieu pour naître à l’Etre enfin réenfanté et ce, dans toute sa nudité, dans toutes ses essentielles recouvrances…

Un immense entrelacs de ronces entrecroisées enveloppe le « mystère », le « myste » qui se fraiera passage par les couloirs de son sang, par le labyrinthe de ses vœux, par les sentiers escarpés et inconnus de ses songes, vers le Noyau et le Moyeu de sa « remise au monde » ; fruit épanouit et maturé se balançant en la saison aboutie sur l’Arbre de sa propre Vie…

Parfum de menthes sauvages, marais bordé d‘iris, de salicaires, de touradons, d’oenanthe,  de phragmites, d’hottonie, de carex, d’angélique, d’aulnes et de saules, peuplé  de hérons, de martins-pêcheurs, de foulques, de poules d’eau, visité par les renards et les libellules… Marécages où se perdre pour se retrouver enfin !….

« Vieille Rivière » ancien cordon ombilical qui reliait la Terre à la Mer, la Fille à la Mère, la Mère à la Déesse, la Déesse au Féminin de toute origine….

La pensée à l’écoute ; la pensée dans l’attouchement  paisible ou voluptueux des yeux, toute entière dans l’effleurement des mains, dans les attouchements du corps, dans les frémissements de l’âme, fiévreuse d’attente et de vœux, comme l’ovule en attente de la semence qui s’empresse vers elle…

La pensée en son ovulation, en sa matrice de vases et de tourbes, en son bassin d’eaux dormantes où se baignent le ciel et les étoiles… La pensée émergeant du chaos, du champ des possibles, trouvant tige et racine dans la boue des primes commencements et se frayant passage d’entendement parmi la dansée des saules et des aulnes, montant comme lierre et clématite vers une espérance azurée, vers la lumière radiante du solstice d’été….

Et pour certains, pour certaines, l’été de l’être enfin réalisé !



24/09/2012
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