Les dits du corbeau noir

NUIT DE LA SAMAIN (récit contemporain) Bran du

NUIT DE SAMAIN 2010    Bran du          Anse de Jospinet… Crique d’Avallon  Côtes d'Armor

Clairière Kan Ar Vuhez (le Chant de Vie)

(Un grand merci à Gilbert AUBERT pour la qualité des accompagnements musicaux)

...............

 

... Nous étions face à la mer ; face à l’océan singulièrement paisible après les agitations houleuses de ces derniers jours…

Un silence inhabituel régnait sur la baie et les grèves alentour…

Le crépuscule recouvrait les dernières lueurs, les « derniers tours » d’une année écoulée…

L’horizon incendié versait dans les terres sa lave jaune, rose, mauve et rouge, s’enfonçait dans le sombre creuset des flots…

Nous étions face aux grandes eaux, face à la Matrice des Origines…

(La Vie était venue de là, avait jailli de là. Cela, nous le savions comme nous savions qu’un jour nous repartirions vers l’Eau de Là…)

Un Verbe, concentrant toute ses forces, toute sa lumière, toute ses énergies, avait formé ici ses initiales premières, tracé ses premières majuscules dans le phrasé immense de la Vie…

La beauté se tenait là, indescriptible, ensilencée d’étoiles…

Nous nous sentions alors appartenir tant à la terre qu’au ciel avec ce sentiment d’être un arbre humain et médiateur, relié et reliant, aimable intercesseur entre toute intelligence et tout cœur…

Les mares, serties d’obsidienne, emprisonnaient, en leurs reflets, les dernières ambassades du couchant…

La cape de la nuit recouvrait tout l’espace tandis que les villes côtières allumaient au large l’artifice de leurs feux…

C’est alors que des chauve-souris nous gratifièrent du vol soyeux et rapide de leurs ailes…
Après avoir été chercher les pierres et galets appropriés pour ceinturer la clairière élue et avoir dressé les autels, chacun et chacune s’accordaient, en un lieu choisi, un instant de méditation face à l’immensité marine, face au grand nocturnal de la Samain…

Tout était en place, ordonné, agencé, ajusté, équilibré, harmonisé, amoureusement préparé pour concélébrer au sein d’une géométrie sacrée respectant en tout point le juste rapport et la juste mesure…

En premier lieu, en ce lieu choisi, avait été tracé le Cercle ; la Matrice, le Chaudron alchimique des Celtes transformations , le nid sacré des évolutions divines ; un cercle tracé au cordon, orienté en ses directions, ordonné par son Centre régulateur ; principe de convergence, d’entendement et d’émanation…

Cœur et pensées se prirent lors la main pour former le vivant cortège…

La Musique, au Sud, égraina quelques notes pour nourrir le silence (Sonorités flottantes de la flûte et du dulcimer voûtant l’air d’une agréable présence, offrant à nos sens, à notre corps, une arche sonore, une sereine jouissance…)

Du bois flotté et séché, des fougères, des écorces ; tout cela avait été préalablement ramassé pour constituer le Foyer qui allait rassembler, dans sa chaleur et sa lumière, les sœurs et les frères conviés aux noces fondamentales, aux noces élémentaires…

A chaque point cardinal était déposé une lampe tempête rayonnant de blancheur. Une porte était aménagée à l’Ouest invitant les Visiteurs de l’Autre Monde à venir à notre rencontre pour partager
Les bienfaits assemblés…

Sur une table faite de galets en granit bleu se tenait la coupe d’hydromel et la corbeille contenant le pain, la pomme et le sel, tout cela qui serait offert, en « cosmunion », à tous et à chacun , visibles et invisibles à l’Instant du Grand Partage…

De l’eau initialement exposée à l’astre des nuits aisni que des plantes sacrées, rituellement prélevées,
Étaient placées au seuil de l’entrée dans le Cercle afin de pratiquer les ablutions et lustrations nécessaires avant toyte pénétration dans le Sein des seins…

C’est par une ronde de voyelles que commençaient les phases dites « d’harmonisation » et de « nettoyage » des impuretés et autres encombrements (physiques et mentals)… A…E…I…O…U…
IOU….

Toute chose étant à sa place, chacun et chacune s’étant préparés à franchir le pas entre le profane et le sacré, à donner et offrir autant qu’à recevoir, à partager et à redistribuer, les flux bienfaisants et les ondes bienveillantes, le rituel pouvait commencer en suivant son fidèle et émouvant déroulé…

Extinction des quatres flambeaux puis réallumage de ceux-ci ; chaque frère et sœur ayant aussi éteint sa propre bougie en la rallumant à la flamme des autres concélébrants… Ainsi, une Flamme première, puisée à la Source Ignée, au Celte brasier, circulait dans l’enceinte sacrée restituant à tous et à toutes son rouge foyer…

Des mélodies lentes ou  enjouées se succédaient  pour accompagner la chorégraphie aimante des gestes attentionnées, des paroles ajustées…

Les uns et les autres confiaient au feu central (allumé par Dame Cerridwen) les vœux écrits pour le nouveau cycle engendré…

Tous savaient que la Vieille « Caileac’h » se tenait non loin sous son manteau de drap noir des plus épais… Tous savaient que, sous l’hideuse vêture aux ombres décharnées, se tenait en fait, en devenir et en transparence, sous les repoussantes apparences, une juvénile et radieuse Fille-fleur qui viendrait à éclore en son cortège printannier…

La paix, la douce sérénité, régnant au cœur de tous et de toutes et en tout point du Cercle, la cérémonie se poursuivait bercées par les légers remous d’une marée venus lécher les abords de l’enceinte…

Fusa alors la Grande Invocation, puis les Grandes Convocations pour appeler tous les convives
à vivre et revivre l’unité et à l’union….

La voix du barde retentissait, réveillait les mémoires endormies, soulevait les dalles de l’oubli, ranimait en ses récits les Grandes Epopées de naguère, le Celte chemin des Fils et filles de Lumière…

La musique accompagnait le rouleaux des flots et des mots, scandait par son rythme les chants, les rondes et les danses…

C’était Grande Cosmunion sous la voûte armoricaine où circulait la rousse liqueur du vivre…

Un mot, une parole chaude, compasionnelle, revigorante, était versé, au passage, dans la coupe du cœur de chacun…

La chaîne d’union était lors constituée «  cœur à cœur et main dans la main », soudant la chair et le songe, aujourd’hui’hui comme hier et hier serrant deux mains…

Le prénom des chers disparus était rappelé dans la chaîne du bon souvenir…
Chacun instaurait sa relation particulière au sein de l’universalité des liens restaurés en cet office…
Hommage était rendu à toutes les Anciennes, à tous les Anciens… Pour ce Flambeau par eux jusqu’à nous parvenu…  Il n’est d’Acte d’Amour qui ne soit vif remerciement… En cette chaîne nous étions tous des aimants (d’amour attirés) dans le passé et le présent…

Le silence pousait déposer sa couronne sur le Cercle des Enfants de la Terre et de la Mère…
Ce qui fût avait de nouveau été…

Les braises rougeoyaient dans le brasier de la ferveur autant que dans les cœurs qui l’avaient assemblé…

Revenus au « temps profane », sortie de l’Enceinte Mère, frères et sœurs s’étreignaient en leur bras, se serraient sur leur cœur, exprimaient ardemment la chaleur de leur joie et leur humain bonheur…

Douceur et tendresse, et vive liesse, pour les Compagnes et Compagnons

La lune maintenant trônait au dessus du Németon, veillait sur le Celte sanctuaire…

La Vie, la Nuit, l’Amour, la Lumière…nous faisaient don…



28/11/2012
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