Les dits du corbeau noir

Nouvelle : Les mangeurs d'étoiles... Bran du 08 2012

 

Les Mangeurs d’Etoiles…        Bran du     20 08 2012

Cela se tenait au-delà de la grève humide encore empreinte des embrassées d’amour, dans un reflux sous-marin inaccessible à l’entendement humain… (Au-delà, l’expiration abyssale retrouve son incommensurable respiration !…)

Ils n’étaient qu’une poignée de chairs et de songes dressée face à l’immense aux possibilités infinies et mystérieuses…
Au-delà, il fallait imaginer, supputer, faire preuve d’une vision apte à couper de son fil tranchant brumes et brouillards…

Ila avaient enfin atteints le « Bout des terres », le « Pen ar bed », le promontoire extrême des territoires de la vie et de mort, de la sève et du sang, de l’ambre et de la pierre, traversés jusque là…
Ils étaient, en fait, face à eux-mêmes, face à leurs doutes, faces à leurs espérances…
Cela qui disparaissait dans l’horizon lointain était la réponse à leurs questions…

Cela n’avait pas encore de nom mais ils lui en donneraient un ( secret toutefois, comme tout ce qui s’en vient au monde après avoir parcouru la Grande Nuit, le labyrinthe des peurs et des incertitudes, l’archipel des rêves enfiévrés, les courants contraires, les contrées de la désolation, les écueils et récifs immergés…)

Avant, il leur faut accoucher de ce rêve enfanté dans leur cœur, conçu dans leurs pensées avivées, brassé dans le rire et la cervoise, éjaculé entre les cuisses grandes ouvertes de la Matrice universelle, sans cesse déflorée et sans cesse virginale…

Eclaboussés d’aubes et de crépuscules, ils remonteraient le déversoir du temps vers une source commune à tous et spécifique à chacun…

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Au sein du clan, l’un d’entre eux savait plus que les autres… Celui-ci avait connaissance du langage du feu, de la danse des flots, savait tracer le cercle, faire le point, trouver la juste balance… Il savait chevaucher l’échine du dragon, associer harmonieusement les plans et les courbes… Il voyait dans les entrailles de la nuit !…

Celui là ne voit plus mais il distille l’Essence des êtres… Il sait la route que suivent les bêtes, les barques et les voiles… Il lit les portulans du cœur et de l’Esprit à même l’écorce, à même la peau, à même l’écaille… Il sait le Souffle du Nord qui donne respiration à toute chose… A son cou est suspendu un oursin fossile… Il sait aussi cela qui percute de son silex la pierre rouge du devenir ; cela qui met le feu dans les veines d’importance quand s’enflamment les sens aux forges du destin…

Et ceux-ci, et ceux-là suivront l’aveugle qui mène son peuple vers la lumière…Ils le suivront quand il marchera sur les eaux du possible…

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Derrière eux, tout s’était refermé ; le sillon, le sillage… Tout avait été englouti  par le flux et le reflux des jours et des nuits… De cela qui fût, de la sente, du chemin, des étapes, des jalons, ils en gardaient la mémoire dépecées de sa peau pour les froideurs et les doutes à venir…

Ils n’avaient, dans le regard, que ce devant, que cet ailleurs… Et pour cela ils sacrifiaient d’autres sangs vifs et pourpres, faisaient offrande d’eux-mêmes… Leur pensée, leur ardeur, étaient clouées sur la proue de leur navire dans le bois chenu de l’audace…

Ils compteraient comme comptent les femmes en leurs quartiers de lune, encochant le soleil sur le bois du ponton…

Viendra la fonte des glaces et des neiges restituant à la vie ses libres écoulements… Délivrés, ils seront de même, du carcan des attentes…

L’Aurore (Fille noble s’il en est…) verra bondir leur coracle (cousu de leur peau) sur la vague neuvième… Ils pousseront lors une clameur à terrasser des bœufs !…

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Le récit de cela nous le saurons plus tard… Cela circulera de lèvres en lèvres, de port en port, d’une saison à l’autre, de solstices en équinoxes, de Beltaine en Samain……

La parole de sel et d’embruns s’en viendra encore une fois ébranler les forteresses de l’oubli, brisant en mille éclats ce qui s’opposait hier encore aux désirs les plus nobles, aux embardées les plus fougueuses, aux plus folles, aux plus justes des aspirations humaines…

Plus jamais l’âme ne sera contrainte, asservie, emprisonnée, domestiquée, avilie, car, c’est elle qui coud et recoud le tissu rugueux et solide, qui taille et fait mesure, qui découpe une voile dans le songe obstiné des « mangeurs d’étoiles »!…



24/08/2012
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