Les dits du corbeau noir

NOUVELLE BRAN DU 2019 UN COUP DE "VIEUX" ! 23 01 JANVIER

Nouvelle : «  un coup de « vieux » !
Bran du      Janvier 2019


Nous sommes à la cafétéria d'une grande surface commerciale... Deux vendeuses amies de longue date échangent des nouvelles à la pause ; elles ont toutes deux la quarantaine passée depuis quelques années, elles ont été mariées, sont séparées ou divorcées, ont eu des enfants qu'elles ont élevés seules...

Ce sont aujourd'hui des adolescents entrés dans l'âge « adulte » dont certains posent de sérieux problèmes de « socialisation » et de « stabilisation » et parfois de « dépendances» multiples qui affectent eux-mêmes et leur environnement...



L'une s'appelle Chloé et l'autre Alise ; l'une est plutôt « réservée » et l'autre assez « expansive »...

Ce « rituel » de la pause est l'occasion pour chacune, une fois les convenances d'introduction coutumière relatives à la pluie et au beau temps, au « boulot », aux « enfants » et à la santé, « épuisées », elles passent aux confidences plus « intimes » quant à leur vie « amoureuse » sujette à fluctuation entre élans, retenues et nouvelles séparations...

 

 

C'est une valse hésitation entre « oui » et « non », désir et regret, renoncement et nouvelle acceptation, confiance et défiance, ouverture et fermeture ; entre abstinence et une certaine forme de « consommation » du fait des nouvelles attitudes comportementales « modernes » etc...

La durée de ces « expériences » est généralement assez courte (moins d'un an voir de six mois...)

Cela fait plus de trois mois que Chloé remarque chez son amie des « changements » de plus en plus perceptibles et un accroissement très notable d'une dimension plus « enjouée » de son existence...

 

 

Cela se traduit par des crises de fou-rire, moins d'énervement et de « sautes d'humeur », une plus grande disposition à accueillir les petits problèmes, à se rendre disponible, à être à « l'écoute », avec une attention accrue envers son entourage, avec une plus grande « coquetterie », avec un visage pour ainsi dire « printanier » dans ses expressions ; soit un ensemble de signes qui, cumulés, trahissent un état « intérieur » plutôt porté vers le bonheur que vers son contraire...

 



Il est vrai qu'Alise vit depuis plusieurs semaines maintenant une « relation » certes très « platonicienne » en ses débuts, portant sur de nombreux échanges culturels, philosophiques voir spirituels ; relation entretenue et confortée par un partage de nombreuses affinités et correspondances au sein de moments agréables et « nourriciers » pour chacun. Ceci démontrant, jour après jour et mois après mois, une entente à la fois réciproque et complémentaire, tacite et complice...

 

Son être et ses expressions traduisent de plus en plus tout le bienfait de cette « relation » « accordée » au double sens du terme...

 

 

Dans tout nouveau lien reposant sur des « affects », des « sympathies », une attirance mutuelle, se profilent en coulisse les résidus des relations antérieures et de leur échec plus ou moins douloureux, de leurs blessures plus ou moins cicatrisées...

 

D'où, le plus souvent, une « réserve », une prudence, et parfois des « projections » qui entretiennent une « méfiance » préalable maintenant le rapport institué à la frontière entre l'amitié et le grand saut vers la dimension amoureuse et aimante...

 

En dehors du «coup de foudre» ; de l'instantanéité des sentiments mis en commun ou encore d'un coup de « fièvre » employé à assouvir dans l'immédiateté une pulsion impérativement satisfaite et contenté si possible et ce sans aucune suite ni prolongement, il arrive le plus souvent que les deux « amis » ou futures « amants » s'accordent des rounds d'observations mutuelles et testent les compatibilités ou incompatibilités avant de passer éventuellement à des degrés supérieurs d'échanges, de découvertes et de partages...

 

 

La relation peut en rester là, se conforter (plus rarement) dans ce lien « amical » ou s'étioler puis disparaître, comme elle peut « monter » vers des plans et niveaux bien supérieurs ponctués par le fusionnel des sentiments, des demandes et des attraits réciproques...

 



Depuis une vingtaine de jours maintenant, la « bascule » avait versé vers le dit « fusionnel », les phases « préliminaires » faites de confiance, de respect, d'écoute, d'attention voire de délicatesse, d'agréments multiples et divers, l'entendement se confortant à chaque « rencontre », le plaisir partagé d'être ensemble et de bien y être de même, tout cela avait fini par briser les résistances, réticences, réserves et retenues et plus rien ne s'interposait donc à ce que se concélèbre dans la joie, le don et l'offrande conjointe une relation intime et profonde dans l'exaltation et le contentement, cumulés et réciproque, du corps, des sens, du cœur en communion  de désir, de volonté et d'esprit...



Cela avait été pour elle comme pour lui un « accord » majeur et parfait au sein d'une chorégraphie corporelle et émotionnelle faisant la découverte de sensations inconnues, inédites et innovantes d'une intensité et d'une densité accrues lors de chaque nouvelle « expérience »...

 

Les mots, les gestes, les « silences », tout concourait alors à mettre en bouquet les roses écloses de l'Amour...

 

 

Et cela ne pouvait, en effet, passer inaperçu... Le rayonnement interne produit par ces « effusions » ne pouvait que « transpirer » à l'extérieur ; le corps, le visage, les yeux ne pouvaient qu'être l'ambassade d'un Anima qui prenait souffle et respiration dans la personne même...

 

 

Et ce fût là le commencement de la fin !...

 

 

En effet, l'Amour était bien là, avait douce et tendre demeure et résidence en ce cœur redevenu palpitant, pervibrant, au sein d'une Vie elle-même « pervibrante », en ce corps ouvert et offert aux dons et aux offrandes mutuelles, vives, généreuses, riantes, novatrices...

Mais, car il y avait un « mais »....

 

 

Comment dire à cette amie, témoins au quotidien de cette transformation opérée, que l'objet, le sujet, de cette transformation quasi « alchimique » était un homme divorcé ayant plus de vingt ans de différence d'âge avec elle ?

 

Une chose véritablement « inavouable » ; car comment imaginer un seul instant présenter cette « relation » à ses parents, à sa famille, à ses proches, à son milieu professionnel et amical ? Impossible...

 

La « honte » ! Oui, en effet, la honte et c'est bien de cela qu'il s'agit quand on fréquente un homme qui pourrait être votre père avec tout le suspicieux que projette chez les gens « ordinaires » une telle fréquentation !

 

Alors un jour, on prend le téléphone, car c'est plus direct et cela évite le face à face toujours pénible en ces circonstances, et on bafouille quelques mots pour dire qu'en fait l'amitié est bien plus préférable, qu'on garde le contact, mais que « l'aventure » est bien finie qui ne menait nulle part etc...



Les véritables explications seront tues laissant l'autre se dépatouiller les neurones et les synapses, se tripatouiller en tous les sens le cœur et le cerveau, en quête d'une vaine et hypothétique compréhension permettant au moins de ne pas s'écrouler et sombrer tout à fait !...



C'est ainsi qu'un homme qui s'est brûlé (sans aucun regret ni jugement toutefois) à une flamboyante « jeunesse » devient soudainement et véritablement « vieux »  à ses propres yeux et aux yeux des autres !



23/01/2019
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