Les dits du corbeau noir

Les passeurs de lumière Jan Maï (peintre, poète...) Bran du

Poèsie            Bran du     21 08 2011   Au Val André (22)


Autour de l’œuvre du peintre et écrivain breton Jan Maï…


Pays d’ombre - Chemins secrets (d’herbe et d’eau) - Terres profondes - Talus d’été - Les lisières de sable - Orée - Ecume et neige - La jeune sente - Lumière de l’été - Jeux d’encre - …. Sur un sentier se faisant… (Titre de livrets « uniques » faits cœur et main)

Traits et rinceaux                          Au fond du tamis
Dans l’apposition d’un sceau        Il ne reste plus rien
Epousseté par les vents…            Toute la beauté est passée !…
                            
Contraste entre la surface extérieure et la profondeur intérieure, entre les encombrements multiples et variées qui circulent dans la rue de la station balnéaire et cette antre préservée, ce jardin secret et suspendu dans l’espace et le temps où l’artiste s’est posé comme un nénuphar sur l’étang…

Dehors c’est la vision limitée, embuée d’artifices et d’illusions… Au-dedans, tout est au-dedans !…  Sont, ici, les « scènes du monde flottant », les « routes des nuages », le paysage enclos qui ouvre au sans limite !…

Voyages des couleurs qui vont à dos de sable et d’encre rejoindre un horizon qui chuchote aux étoiles…

Dialogue sourd et muet entre l’ombre et la lumière, mais, cela qui s’entend et se comprend quand on referme les yeux !…

Fontaine pour le regard qui y porte ses mains creusées en offertoire…

Océans pour la pensée… Juste une voile ; une toile crue, hissée au mât du songe…

C’est en ce lieu, découpé à vif dans le ciel, que toute profondeur s’en vient respirer en surface !… (Le temps d’une immersion salutaire ! Mais qui profite à qui ou à quoi ?…)

Une traversée parmi les sables qui chantent, les ocres soulevés, les encres étalées, les nuances juxtaposées… Tout cela en s’efforçant de suivre l’Esprit pas à pas !…

Comment être de cette navigation, comment monter à cru l’échine que voilà ?…

Tout cela qui revient au rivage, tout cela qui n’en est jamais parti ! Pour quel horizon ?..

Entre le ciel et la vallée
La montagne clame des mots
Qui ne sont que neige bleue !…

Le parcours essentiel ? Celui d’un sang multicolore en quête d’une veine plus blanche que le noir des questions !

Quoi « qu’île en soi » ,

Nous voici éblouis par une palette nue !…


Haikus    Bran du                  Aout 2011                        Dans les pas de Jan Maï…

L’eau, une fois évaporée…
Ne reste
Que l’empreinte estompée de sa joie…

Le poète nous restitue une nudité             Le sage fait son chemin
Qui nous recouvre                                      Entre les taches d’encre
D’or et de silence…                                     Et les heures sanguines…

Sans cesse en lisière,
Sans cesse à effleurer
Les contours de l’amour…

La plénitude du vide :                Les Terres d’automne ;
Un coquillage                             Une feuille s’en empare
L’enserre de sa nacre…              En recouvrance de la mort…

Beaucoup de questions,
Assez peu de réponses…
Tout réside dans le chaudron !…

L’intime nous rend proche
Trouve des mots qui n’appartiennent qu’au silence…
Lors, un verbe se partage !…

Espacements
Lignes de fuite
Le centre, partout et nulle part !…

Une envolée de points d’encre        Le pinceau n’a laissé aucune trace
Ainsi s’ébrouent                               Sauf une bordure
Les oiseaux de papier…                   Qui s’est écartée sur son passage…

Le courant, l’onde, le flux…
Entre ceci et cela
S’écoule ce qui Est…

La traversée du vide :             Les ombres rôdent alentour
Chercher le blanc,                   Quand la lumière
Respirer en silence…               Offre un séjour à la pensée…            

Vu des nuages
La vallée ressemble
A cela qui s’agite en surface…



Jan Maï                    (Survol… Bran du      Aout 2011)

Peintre et écrivain dit-on, ayant résidé quelque part en Terre de Bretagne…. Une œuvre « intimiste » peut-on lire encore…. C’est un peu court pour une telle somme !…

Intime, elle l’est cette œuvre avec ses recueils uniques et de différents formats, avec des lignes manuscrites ou parfois dactylographiées et surtout des espaces, beaucoup de respirations…  Ceci est du registre de l’attouchement, quand l’amour ne s’est pas encore délové de son feux… Difficulté de trouver une juste place au sein de tant de beautés vagabondes…  Etre de ce rivage où se tient l’effleurement, mais sans jamais pouvoir s’y tenir vraiment…   Et dire que l’on s’efforce encore de mettre un arc-en-ciel en cage !…

Une économie d’éloquence…   L’équilibre permanent et autant précaire dans la mouvance perpétuelle de ces gravitations qui s’enroulent autour de la Vie… Le lieu et la formule dans des conjugaisons faisant l’impasse sur les attributs et les épithètes, laissant au blanc le soin d’opérer les coordinations…

La vacuité en effet mais une vacuité heureuse, lumineuse malgré le cortège enténébré du quotidien… Une femme, un enfant, un arbre, une plume d’oiseau et le monde reprend visage… et le visage de sourire…

Orée «  …/… Des enfants courent sur les eaux, sautent par-dessus les vagues, des enfants blonds et bruns, des enfants sombres comme la nuit, des enfants au rire d’or, à la jeunesse invaincue, des enfants de l’aurore, d’autres contrées, les enfants de la beauté nue…           Par milliers riants, des enfants courent sur les Eaux. »

Passant et pèlerin, équilibriste et jongleur…. Le fil tissé d’ombre et de lumière…
Visiteur infatigable des « dix mille pays de l’âme »…
Et tous ces pas qui glissent parmi les sables, toutes ces dunes épousées…
« Sunyata » ; l’étrange nudité du réel »…  Le lieu en son milieu entre eaux dormantes et tournantes…  La main en ses labours, la main qui ensemence…

Cela qui ne se laisse approcher que si nous savons fermer les yeux en l’ouverture du cœur… Cela qui, dans la virginité de l’aube, nous offre une « Terre matinale », cette rosée qui s’abandonne au pentu de la feuille, au pentu de la peau…

Intimité est-ce mot qui remonte des profondeurs avec un chant de source pour qui saura y boire….    
        Terre matinale  (Surya Shakti)

        « Jeune femme
        Elle surgit limpide
        Vêtue de transparence
        Apportant avec elle
        Son pays infini            Un bruit d’eau fraîche
                            Et de brise mêlées

                Les collines douces
                Les herbes rousses dans le vent. »


Jan Maï…        Appel au vent frais

Ici, c’est le silence
Et le charme enjoué
Parmi vagues et vents

Toute jeune naissance
D’un puissant pas.

Légère
Tête nue pieds nus
La fraîcheur accompagne
Rieuse et grave
En ses demeures.

La brise pluvieuse
Les plages de l’aurore
L’inexprimable calme
Sont seulement un peu
De sa simplicité.

L’écume aux chevilles
Vent frais sur les épaules
Goutant cette bénédiction.

… Bruissante encore
Des pluies
Et des orages de la nuit,

La mémoire
Est cette pierre lisse
Parmi les herbes,

Où se lisent
Les traces à demi effacées
Du voyage.

« Un chant sur les rives du gange
Le rire d’une fille à Florence,
Un long hiver… »

Mais déjà,
L’appel des oiseaux
L’envol d’ailes blanches
Balaient le seuil,

Ouvrant
Les chambres du matin…

Plus loin, là-bas
En détournant la tête,
C’est l’ancienne lisière
Où s’estompent les souvenirs.

Le labyrinthe obscur
Les éclats éphémères
L’élan et le retrait.

Devant
Dans la nudité claire
Se lèvent les signes auspicieux.

Appel au vent frais,
Vagues d’un monde naissant.

La lumière nous parle
En un langage familier.

… Dans le buisson aussi,
La grive chante
Ivre de l’air pur
Et de feuilles lavées.

Eclat d’argent
Sur l’herbe souple

C’est une Terre neuve
Qui s’éveille
Non un champ dévasté :

La jeune beauté vive,
La grâce printannière…

… A peine découvrant
Pieds nus,
Douceur des Dunes,
La fraîcheur des sables
Où rien ne sait inscrit.

L’écume
Cette heureuse lumière
Invitent
Dans la brisée des vagues
Au geste délié.

Et notre élan apprend
La beauté neuve de l’aurore
Dans les fleuves du vent…
Près des parvis ouverts
Et lisses du matin
L’églantier fleurit

Et passé les fontaines,
Le marbre ancien,

Des voix jeunes invitent
Dans la matinée pure

Nous nommant
D’un nom
Que nous ne savions pas…


                GRISES D’OCTOBRE   Jan Maï

Journée grise d’octobre  / prenant le train vers le Sud  / Longues heures au rythme des boggies / A la vitre de pluie / sans fin / contemplant le paysage qui s’enfuit / à peine entr-arperçu et déjà disparu / Petites gares intemporelles/ Pays d’oubli / feuilles éparses / eaux songeuses / ville endormie / rouille des quais / vent humide dans les hangars / presque l’hiver déjà…

Lignes électriques                Prairies de pluie…
dans le ciel gris,                le héron gris
vols de palombes                la buse rousse

Petite gare                    Près du ballast,
en plein automne                énormes et ronds
dérivant…                    potirons jaunes.

Ivre de pluie                    Pas une grappe,
le fleuve large                    bientôt l’hiver
noie ses rives.                    des vignes blondes !

Gare de Clisson                Volant au vent
les pins balancent                parmi les feuilles
hors du temps                    épouvantail

Sous le crachin                Le Pays plat
ombres d’eux-mêmes                aux toits de tuile
les tournesols                    comme il est vaste !

Voie ancienne                Parmi les brumes
entre les rails                    deux ou trois arbres
croit l’herbe folle                tout là-bas.

Perdu de feuilles                Seul
près du canal,                    au mitan de la plaine
ville oubliée                    le pont étroit !
A mille pas                    Si vulnérable
là-bas derrière les arbres            et lisse
sentant le large.                la côte océane !

Sinon le passage du train,            A Montendre
rien                        clair obscur du soir
en ce pays de pluie.                nulle colline.    

Rêve et rouille                Ombre dans l’ombre
vieux entrepôts                épouvantail
à la lisière.                    sur les labours.

Les eaux du fleuve                Nuit sans lisière
l’élan du pont !                dans la campagne,
le ciel si vaste.                    un feu de bois !

                
    Echos et résonnances    Sur les pas de Jan Maï    Bran du       Aout 2011

Le ciel s’avance
L’herbe, en révérence
Se courbe sur son passage…

Le pin, lui seul,                                      Nuage bleu
Accroché à la roche,                              Dans une tempête de neige ?
Offre son ombre à la lumière !…            Non, le sommet d’une montage !…

La neige encore ?                          Les crêtes se succèdent
Non, la houppelande                     En couches vaporeuses…
D’un merisier en fleurs…                Puis , vient le soleil noir !…

L’étendue immense, l’horizon étale…        Rose, gris, brun
Au loin,                                                      Trois galets
Cela qui vient dans ma direction !…           Pour dire la mer…

Un vent d’ocre jaune                 Cela avait jaillit des entrailles de la terre
Se dépose sur la dune…            Cela s’en retournait dans l’océan du ciel
Les oyats s’ébrouent…               Libre en son voyage…

Comme une nuée d’hirondelles ou d’étourneaux
Cela se glissait dans le défilé du ciel
Avec des ailes peintes par le poète !…

Les vagues rejettent sur la grève            Ce n’était pas l’exact reflet
Cela qui fut arraché à un rêve ;            Mais, la terre empruntait au ciel
L’os blanc du naufrage !…                Et le ciel à la terre…

N’était ce moutonnement d’une vague
Rien ne séparait
Les territoires de l’eau et de l’air…

Parfois, une montagne
Ne vous écrase pas de toute sa masse             Il avait cherché
Mais vous élève jusqu’à elle !…                          L’interstice, l’anfractuosité,
                                                                          Qui donnerait passage au songe et au sang…
Feuille, herbe ou plume
Le trait esquissé
Regardait la lune !…


            Jan Maï :   Sur le sentier se faisant…..  (Extraits)

« La sagesse est e naturel par excellence…
Désirer le plein, c’est s’exposer au vide. On ne peut atteindre au naturel on ne peut que le laisser s’exprimer…
La souffrance ne peut exister dans le naturel…
L’artificiel c’est la recherche désespérée du naturel…
Sois la nature toute entière dans son rire et son immense gravité, consciente et libre, ne t’attardes pas à composer…
La souffrance comme le plaisir sont des formes perverties de la joie…
Découvre plutôt la joie d’être…
Ne vénérons pas la souffrance, ne la mésestimons pas non plus. Le moindre brin d’herbe t’enseigne…
En vain t’efforces-tu de comprendre. Tu te cognes la tête contre les murs. La compréhension est là lorsque tu t’ouvres à elle et laisse sa lumière éclabousser toutes choses…
Quoiqu’il n’y ait pas de chemin ni de but défini, il y a cependant, pas à pas, des découvertes au fil du présent dans le courant de la vie quotidienne qi tôt apparues, si tôt disparues…
Je crains que nous ayons peur du changement réel qui ouvrirait l’espace de l’inattendu…
L’aire libre permet la danse…
C’est la vastitude qui dissout ce qui doit être dissout…
Là où est le moi comment pourrait être l’Amour ?…
Là où chante l’Amour le musicien disparaît…
Le musicien se tourne vers la source infinie du chant et c’est elle qui chante…
Le monde des conventions établies ne peut être celui du libre essor de l’Amour…
Etre libre du moi c’est respirer…
Il n’est pas de fin au duel de la dualité…
Ce n’est pas nous qui faisons…
Aimer ne peut jamais être un savoir…
Vit ou meurt mais dans l’amour…
Ne pas savoir est l’espace qui permet à l’intelligence de l’Amour d’éclore…
Suis la Nature toute entière alors tu sauras aimer…
(Toi et Elle n’êtes pas séparés)…
Ainsi comprend que haïr quoi que ce soit, c’est te haïr toi-même…
L’amour vrai est un véritable danger pour toute société établie…
Ce qui est libre n’a pas besoin de se libérer…
La nudité est un mot à oublier si l’on souhaite qu’elle soit…
Toute richesse émane de la nudité…
C’est seulement la nudité pure qui laisse s’exprimer l’indicible…
Oublies tes savoirs car tu ne sais rien alors tu pourras sans fin découvrir…
Nous nous épuisons dans la recherche de ce qui est là…

…………………………………………………

Jan Maï  : Talus d’été   Haiku     (extraits)

Sous le couvert
Longues fougères
Chant du bouvreuil…
                    Jardin d’écume
                    Sables et roches
                    Le vide clair !…
Du petit bois
Elle garde l’entrée
La rose sauvage !…
                    Avec le vent
                    Elle dialogue
                    L’herbe sensible…
Dans la prairie
La vieille barque
Comme elle navigue…
                    Dans la paume
                    Le galet rond
                    Tout un monde…

…………………………………………………

En Echo           Bran du    26 08

Par le poète
La chambre noire
Révèle ses lumières

Tant de plein
En tant de vide
Tout, là, dans le passage…

Derrière le paravent
Tout ce qu’il y avait à voir
Sans le paravent !….

Le regard choisit
Ceci plutôt que cela
Mais qui choisit le regard ?…

La vastitude ?
Y plonger
Comme dans une mer de sérénité !…

Le ciel et la mer
Se sont perdus
Dans le miroir de leurs questions !…



05/07/2012
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