Les dits du corbeau noir

LES KOGIS (SUITE) ENTRETIEN TEMOIGNAGES CITATIONS ET COMPARATIF AVEC LA PENSEE DRUIDISANTE 2019 BRAN DU 08 01 JANVIER

 

 

LES KOGIS : (Suite) Bran du Le 08 02 2019

Dans ce second volet nous lirons l'entretien réalisé avec Eric Julie, divers comptes-rendus d'observateurs, des citations issues de la pensée Kogis et une petite étude mettant en parallèle des points communs à cette culture et à la société celto-druidique.



Il y a plus de 12 ans je crois j'avais publié un long article sur les Kogis dans ma revue d'alors : Les Serviteurs de l'Awen suite à un reportage d'Eric Julien et son premier ouvrage relatif aux Kogis... (Article reproduit et publié hier sur ce blog.)

 

Certains de leurs représentants ont été invités en Europe, au Canada, à diverses rencontres et une sensibilisation puis une association ont vu le jour pour les aider dans leur lutte qui consiste à préserver et à protéger un territoire extrêmement fragilisé du fait d'un conflit culturel, civilisationnel et financier grandissant...

 

Il s'agit bien d'un monde encore enveloppé dans la Matrice de notre Mère la Terre est un autre qui s'en est totalement détaché et qui la maltraite de plus en plus...

 

Nous savons qu'entre 1900 et l'an 2000, nous avons fait disparaître plus de cent peuples autochtones indigènes et souvent de la pire façon...

Et cela continue avec des procédés infâmes et sordides comme mettre des vêtements (récupérés dans les hôpitaux et hautement contaminés) sur les chemins de brousse pour qu'ils soient ramassés en toute innocence et que cela propage les contaminations au reste de la population survivante !!!...

 

On jette aussi des pesticides sur leurs plantations afin de les affamer etc...

John Bormann (un pionnier en tant que lanceur d'alerte) avec la Forêt Emeraude avait dénoncé une telle ignominie, mais les choses se sont encore terriblement aggravées depuis et je ne sais comment on peut mettre fin à ce génocide car cela en est un quand les dirigeants des pays concernés sont de collusion avec des multi nationales qui entendent piller les ressources au détriment de la part d'humanité lors sacrifiée pour des profits matériels et

économiques très conséquents. …

 

Nous avons hélas appris que l'humain ne compte absolument pas dans de tels pillages et de telles engeances....

 

Pourquoi cela m'a toujours touché et interpellé parce que, comme bien de nos frères et sœurs en druidité, nous portons une saie semblable à la leur laquelle enveloppe un semblable contenu de cœur et d'esprit...

(Sans parler leur langage, nous sommes en accord et en résonance avec eux car le dit langage est celui de frères et de sœurs conjoints au sein d'entendements essentiels, primordiaux, élémentaires, aimants et respectueux)..

 

Oui bien entendu il y a un éveil, une ouverture des consciences, mais cela, comme toute véritable évolution, va très lentement alors que la destruction est menée, elle, à tambour battant !...

 

Préserver la Nature ? Oui, de toute évidence et d'une urgente nécessité, est déjà celle qui est à notre porte, sur notre sol en préservant et en réactivant par exemple nos lieux sacrés comme il nous l'a été demandé par des shamans Lakotas et Dakotas venus à notre rencontre il y a déjà plus d'une vingtaine d'années en Brocéliande...

 

Acquérir de façon intelligente des parcelles forestières pour les soustraire à un exploitation mercantile et hautement destructrice est un autre bon exemple. (Notre ami et frère Bernard Boisson vient de créer avec d'autre une association appelée « Forêt citoyenne » dont je suis aussi adhérent et qui consiste à lever des fonds volontaires pour acheter avec d'autres association des forêts destinées à retourner à leur état « naturel ».)...

 

Et il y a de plus en plus d'initiatives en ce sens, mais ma préoccupation réside dans la dichotomie entre une vitesse et une autre ; la conscience progresse, mais la destruction galope !

 

D'où, face au réalisme des situations, et le constat lucide de celles-ci, une impossibilité pour moi d'être « optimiste », je me maintiens seulement à la marge « légère » du « pessimiste » espérant peut-être être, un jour, heureusement surpris par l'homme que cruellement déçu par lui !...

 

Reste que nous avons, tous et chacun à réaliser « notre part de « colibri ! » comme nous y invite Pierre Rabhi qui a été parmi les premiers à nous montrer le chemin en ce sens.....

Assumons cette part au sein d'une synergie d'énergies œuvrant au sein de tous les processus symbiotiques mit à notre disposition et avec tout notre « imaginaire » attelé à ce service....

 

Les amitiés réelles auront grand besoin de se conforter et de s'épauler dans les temps qui viennent...

 

Pour les peuples indigènes qui survivent comme ils peuvent face à l'arsenal et à l'éventail destructeur qui tentent de les faire disparaître, de les rayer définitivement de la liste des peuples de la planète, nous sommes le symbole même de la crainte et de la peur...

Nous colportons, préalablement à toute autre chose, cette peur avec nous, où que nous soyons et quoi que nous faisions...

Nous sommes donc la part d'humanité qui engendre et diffuse le virus de la peur dans le reste du monde (non encore totalement, mais presque) contaminé par ce fléau particulièrement contagieux et dramatiquement destructeur...

 

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Documents et livres recommandés :

Les Indiens Kogis :

Le Chemin des 9 Mondes

Eric Julien Albin Michel éditeur Clés

Les Indiens Kogis : Collectif sous la direction d'Eric Julien

Actes Sud éditeur.

EricJulien a fondé l'association Tchendukua. (Ici et Ailleurs).

 

Leur représentation officielle en Colombie est Gonawindùa

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Ce que divers observateurs qualifiés nous disent des Kogis :

 

Mais que représente réellement la Terre aux yeux des Kogis, et qui sont ces Indiens, derniers héritiers des civilisations précolombiennes ? Eric Julien, fondateur de l'association Tchendukua, a été sauvé d’un oedème pulmonaire par les Indiens Kogis alors qu’il découvrait leur territoire au cœur de la Colombie. Il y reviendra plusieurs fois, des années plus tard, et sortira de ces rencontres profondément transformé :

 

« De rencontrer une communauté qui vit sans frigo, sans voiture, sans télévision, et qui a l'air plutôt heureuse de porter des valeurs fortes, de partager un sens collectif et d'avoir des valeurs de coopération, sur un territoire qu'elle semble respecter et avec lequel elle vit en harmonie, c'est vrai que c'est troublant.

Les Kogis portent un sens que nous avons oublié. Ils ont un accès au savoir qui est déroutant, ils défendent un système de médecine préventive alors que nous sommes plutôt dans un système de médecine curative... ».

 

Une connaissance qui oriente leurs comportements : « En fonction de ce qu'ils savent, ils agissent pour protéger la nature...

Ils ont d'ailleurs tout un système de divination pour cela.

Et ce qu'ils ne comprennent pas, c'est que malgré notre savoir, car nous "savons" aussi, nous faisons un tas de rapports et un tas de films qui nous expliquent que la planète ne va pas très bien, et pourtant rien ne change. » Et si le moment de changer, c'était maintenant ?

 

Cela commence par ces prises de conscience, ces rencontres exceptionnelles qui nous invitent à transformer notre rapport à ce qui est pour vivre en harmonie avec les autres, avec la nature, avec la Terre.

 

///...

 

L’INREES a rencontré deux représentants de la communauté des Indiens kogis, peuple autochtone de Colombie, venus en France à l’occasion d’une tournée de conférences intitulée « Regards Croisés sur ce monde qui vient ». Quels liens entretiennent-ils avec la nature et le vivant ? Que pensent-ils de notre comportement à l’égard de l’environnement ?

Vidéo à voir : Voyage en Terre Inconnue.



Les Indiens Kogis mènent une existence secrète et isolée, au cœur de la Sierra Nevada, une île montagneuse étrange et mystérieuse cernée par la mer et les déserts de Colombie. Cette terre leur a transmis le code moral et spirituel qui régit leur civilisation. S'efforcer d'être en harmonie avec soi-même et avec le monde, telle est la devise de ce peuple de sages.


Et si l'homme avait négligé le lien qui le relie à la nature, aux animaux, à l'essence même de la vie ?

Nombreux sont ceux aujourd’hui à le penser. Les questions d'écologie sont devenues en 20 ans l'une des plus grandes préoccupations des scientifiques et des environnementalistes :

« La situation est d'une telle gravité que les lanceurs d'alertes, ceux qui tentent de forcer la société à passer à l'acte, à changer, sont nécessaires. » disait Nicolas Hulot, l'un des invités exceptionnels de ces rencontres avec les Kogis.



Et si la crise profonde que nous vivons nous invitait à nous regarder un peu tels que nous sommes ? C'est principalement ce que nous encouragent à faire les Kogis : oublier les frontières pour regarder l'humanité comme une grande famille, qui partagerait ses craintes comme ses savoirs...



Vivant au cœur de la plus grande réserve de biodiversité du monde, dans la Sierra Nevada de Santa Marta en Colombie, les indiens Kogis ont su conserver leurs principes de vie communautaire fondés sur les lois du Vivant, depuis plus de 4000 ans sans interruption ni tradition écrite ! 

 

Après s’être volontairement isolés de notre modernité pendant des siècles, ils reviennent vers nous aujourd’hui pour nous délivrer LEUR message et ouvrir un dialogue exceptionnel afin de mieux nous comprendre et s’enrichir de nos différences. 

L’espoir nous est donné ici de retrouver un sens commun et partagé pour notre humanité en grande mutation.

 

Une mémoire collective :
Ils se racontent leur histoire et ne l’écrivent pas. 
Ils discutent longuement et prennent des décisions pour le futur en fonction de leurs expériences passées.

 

Une forte convivialité :
Les Kogis parlent beaucoup, pour mieux se comprendre, éviter les conflits… 
Ainsi, leurs relations sociales sont fortes et harmonieuses.

 

Une finalité d’équilibre :
Pour les Kogis, l’équilibre est partout : équilibre de soi, de soi avec les autres et de soi avec le monde et la nature.

 

Un temps cyclique :
Pour les Kogis, le temps est cyclique. 
Chaque année, les étapes fondamentales de la vie sont marquées pas un rituel, une cérémonie.

 

L’appartenance à un lieu :
Les Kogis, et tous les peuples racines appartiennent à un lieu et portent cet endroit dans leur cœur.

 

Des lois fondées sur le vivant :

Les Kogis vivent en relation permanente avec la nature et le vivant. 
 Leurs lois sociales et politiques sont basées sur l’observation de la nature.

 

Une association des contraires :

Pour les Kogis, il n’y a pas de bien et de mal dans la vie. 
Mais il y a des principes opposés : le jour et la nuit, le féminin et le masculin, le haut et le bas..

 

Un pouvoir canalisé :

Chez les Kogis, il n’y a pas de "chef"

(c’est pareil dans tous les peuples racines)

Les décisions sont prises tous ensemble, après avoir longuement parlé dans la "Nuhé". (La Maison commune.)

 

Une parole partagée en permanence :
C’est la première chose qui frappe quand on arrive chez les Kogis : chacun demande qu’on lui répète notre histoire. 
La culture orale inspire aussi bien leurs activités quotidiennes que leurs rituels sacrés.

 

Une prédominance de l’invisible :
Chez les Kogis, c’est « Aluna », la pensée ou l’énergie qui a crée le "vivant". 
Certains enfants sont sélectionnés pour être "Mamu" ; leur éducation vise à rentrer en relation avec l’esprit de chaque chose. 
Lorsque leur enseignement prend fin, le Mamu qui a accompagné son élève prononce alors une phrase rituelle...

 

Autres observations :

 

Alain Gourhant s'entretient avec Eric Julien :

J’ai eu le privilège de rencontrer récemment Eric Julien, porte-parole des kogis, pour un interview dans le journal n°13 et n°14, au sujet de leur conception de la santé. 

Quel ne fut pas mon étonnement, quand je lui ai demandé comment on guérissait les personnes malades chez les Kogis. 

 

 

Voici ce qu’il m’a répondu :

"Il y a une question à se poser d’abord : est-ce qu’il y a des personnes malades chez les Kogis, au sens de personnes alitées, avec des infections, ne pouvant plus bouger, etc ? 

Cela arrive, mais c’est assez rare.  

Les maladies sont souvent liées, soit à la réduction des territoires, ce qui génère une promiscuité trop étroite avec les animaux domestiques, des parasitoses peuvent s’installer ; soit à l’arrivée d’infections d’origine externe à leur communauté (grippes) et donc difficile à soigner par les mamus. 

En revanche, je n’ai pas eu l’occasion de croiser de Kogis atteints de cancer ou confrontés à des difficultés d’ordre psychologiques.


C’est une société ou la notion de "prévention" des déséquilibres est omniprésente. 

 

Les Kogis sont régulièrement invités à verbaliser leurs émotions, leurs intentions réelles ou imaginaires dans des lieux, et des instants spécifiques, adaptés à chaque situation. (conflits de voisinage, conflits familiaux, mauvaises récoltes, travail collectif non réalisé, jalousie etc..).  

Dès leur plus jeune âge, les enfants sont habitués à verbaliser, mettre des mots sur leurs maux, dialoguer, poser et se poser des questions. 

Pourquoi ?  revient en permanence dans leurs échanges. 

Ils considèrent que la connaissance est au cœur de la vie juste et harmonieuse d’un être humain.

 

Il y a des mamus spécialisés pour chaque domaine, chaque type de difficultés, et des lieux spécifiques, dont, en particulier dans chaque village, la "nuhé", une sorte de temple symbole de l’univers et du corps humain. 

Il symbolise aussi l’utérus protecteur d’où vient la vie, dans lequel on se sent protégé pour libérer la parole en toute confiance. 

 

C’est pour cela que pénétrer dans la "Nuhé", nécessite tout un travail préalable de purification et de "purges" de ses émotions négatives, de ses colères et rancœurs ; on ne peut pas rentrer dans ce lieu sacré avec des énergies négatives.

 

Alain Gourhant : c’est un vrai travail psychothérapeutique collectif, permanent …

 

Eric Julien : D’une certaine façon, oui, sachant que ce travail est en permanence relié au vivant, à la nature dans laquelle les Kogis puisent les règles qui régissent leur société. C’est  d’après eux, une condition préalable pour penser « justement » les choses,  en tenant les émotions, et les préjugés à distance.

 

Dès leur plus jeune âge, les enfants sont habitués à verbaliser, mettre des mots sur leurs maux, dialoguer, poser et se poser des questions.

 

Pourquoi ? revient en permanence dans leurs échanges.

Ils considèrent que la connaissance est au cœur de la vie juste et harmonieuse d’un être humain.

 

Il y a des mamus spécialisés pour chaque domaine, chaque type de difficultés, et des lieux spécifiques, dont, en particulier dans chaque village, la "nuhé", une sorte de temple symbole de l’univers et du corps humain.

Il symbolise aussi l’utérus protecteur d’où vient la vie, dans lequel on se sent protégé pour libérer la parole en toute confiance.

C’est pour cela que pénétrer dans la "Nuhé", nécessite tout un travail préalable de purification et de "purges" de ses émotions négatives, de ses colères et rancœurs ; on ne peut pas rentrer dans ce lieu sacré avec des énergies négatives.

 

Alain Gourhant : c’est un vrai travail psychothérapeutique collectif, permanent …

 

Eric Julien : D’une certaine façon, oui, sachant que ce travail est en permanence relié au vivant, à la nature dans laquelle les Kogis puisent les règles qui régissent leur société. C’est d’après eu, une condition préalable pour penser « justement » les choses, en tenant les émotions, et les préjugés à distance.

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Les Kogis peuvent nous apprendre à vivre mieux

Par Antoine Lannuzel Publié le 25 Juin 2018



En Colombie, une communauté de 12 000 hommes et femmes évolue aux antipodes du monde moderne, en harmonie avec la nature et eux-mêmes. Leur boussole : "les liens du vivant".

Cette notion, oubliée par nos sociétés, inspire aujourd'hui des sociologues, des médecins, des formateurs, des chefs d'entreprise, qui nous invitent à découvrir ce "peuple-racine" pour bâtir une société plus humaine et responsable.



Article publié dans le numéro 2 de We Demain (octobre 2012)

C’est l’histoire d’une rencontre. Celle d’un jeune Français, guide de haute montagne, géographe de formation, et d’un peuple héritier d’une civilisation quatre fois millénaire. Nous sommes en 1985, dans le massif de la Sierra Nevada de Santa Marta, en Colombie. Victime d’un œdème pulmonaire sur les hauts sommets, Éric Julien ne se doute pas que ceux qui vont le recueillir, le soigner – lui
"sauver la vie", expliquera-t-il plus tard – l’inspireront à ce point. Le jeune homme découvre alors une société coupée du monde, quasi dépourvue de biens matériels, qui diffère en tout point de son Europe engouffrée dans la course effrénée au progrès et à la mondialisation.

Sans monnaie, sans papiers d’identité, sans écriture, les Kogis pratiquent une langue vernaculaire – le
koguïam – et passent le plus clair de leur temps dans la nature, à cultiver, tisser, méditer, pratiquer des rituels chamaniques. Le plus subjuguant, c’est que cette communauté respire l’harmonie et même... le bonheur. Descendants directs des Tayronas, qui bâtirent il y a quatre mille ans l’une des plus grandes sociétés précolombiennes d’Amérique du Sud, les Kogis partagent pourtant l’histoire tragique des communautés indiennes de Colombie. Depuis l’arrivée sanglante des conquistadors au XVIe siècle, leurs ancêtres n’ont cessé de voir leur territoire fondre. Aujourd’hui en proie à la déforestation, au narcotrafic, à la guérilla ou encore au pompage des sources d’eau en altitude, la communauté – environ 12 000 individus – s’est repliée sur les hautes vallées, où elle a développé une culture singulière.

Ils ont choisi de posséder le minimum indispensable de biens matériels, afin d’éviter la convoitise des êtres dits “
civilisés” ", explique l’anthropologue colombienne Alicia Dussan de Reichel.

 

Les matières précieuses de leurs ancêtres se sont trouvées délaissées au profit d’objets rituels en bois, en pierre. "Cet héritage conceptuel se révéla plus précieux que leurs objets en or, garantissant d’une autre manière la force de leur culture", poursuit la chercheuse. Une force qui trouve son accomplissement dans un rapport étroit à la nature, au cœur d’un massif montagneux culminant à 5800 m, à seulement 42 km de la mer des Caraïbes. Riche d’une variété unique de climats et d’écosystèmes, la Sierra Nevada ne représente que 1,48 % du territoire colombien, mais abrite 35 % des espèces d’oiseaux du pays et 7 % de celles vivant sur la planète.

 

Avant de quitter les Kogis, Éric Julien leur assure qu’en retour, il les aidera à retrouver les terres fertiles dont ils ont été chassés. Promesse honorée une décennie plus tard.

 

En 1997, le géographe fonde "Tchendukua – Ici et ailleurs", une association qui vise à aider la communauté à se réinstaller sur des terres cultivables, à recréer des villages et à y poursuivre ses traditions, tout en veillant à l’équilibre de la biodiversité. Grâce au soutien financier de quelque 5000 contributeurs, plus de 2000 hectares ont ainsi pu être restitués.

Pour sensibiliser le public à la cause kogis, l’association mise sur la venue en France de quelques représentants de la communauté tous les trois ans. La prochaine tournée, programmée cet automne, est l’occasion de collecter des fonds pour restituer aux Kogis, parcelle après parcelle, la vallée de Mendihuaca, une terre "chaude" de 100 km2, qui leur permettra de retrouver une plus grande diversité de cultures ainsi que d’avoir de nouveau accès à des sites sacrés ancestraux et à la mer.

 

Trois membres de la communauté sont du voyage. Hommes d’âge mûr, ils comptent parmi les "Kogis frontières", chargés d’assurer l’interface avec le gouvernent colombien. Des conférences animées par des chercheurs auront lieu en leur présence, non pas dans l’idée de brandir les Kogis comme une curiosité anthropologique, mais bien de nous inviter à élargir notre regard sur les problèmes que traverse notre société, grâce à la compréhension de la manière dont eux règlent les leurs.

 

Il ne s’agit évidemment pas de transposer des solutions toutes faites, mais de s’inspirer des fondamentaux d’une communauté qui, bien qu’offrant une image teintée de pénurie, semble infiniment moins intéressée par les biens matériels que par la transmission et la qualité de la pensée. Sans céder à la naïveté d’idéaliser ces hommes et ces femmes, confrontés aux mêmes difficultés que tous les autres (ego, pouvoir, identité, émotions, violence...), tâchons plutôt de comprendre comment ils s’y confrontent.

 

MERE NATURE

 

À l’heure où nos sociétés cherchent à tâtons les clés du développement durable, les Kogis nous invitent à nous interroger sur la notion même de «durabilité». Pour eux, qui perçoivent le monde comme un vaste équilibre organique, les rivières symbolisent le sang, le vent incarne le souffle, les arbres le système pileux, les rochers les os, les sommets la tête et le charbon le foie. 

 

"Nous vivons dans des univers différents, les Kogis et nous, décrypte le psychosociologue Jean-François Maréchal. Rien de ce qui constitue notre monde n’existe chez eux. On y retrouve cependant les racines de notre société : un rapport à l’environnement frugal et respectueux, le souci que la Terre continue à offrir des ressources." 

 

Pour les Kogis, l’homme n’est rien de plus que l’une des expressions vivantes de la nature, "notre mère à tous". Impossible, dès lors, d’espérer la contrôler, "tout au plus est-il possible de passer des alliances", explique Éric Julien dans Les Indiens kogis. La Mémoire des possibles.

 

Fondée sur un système de don et de contre-don, la société kogie place les individus en perpétuelle interaction (Crédit : Eric Julien)

La pratique de la permaculture constitue l’une de ces alliances. Tous agriculteurs, ou plutôt jardiniers, les Kogis exploitent de nombreuses petites parcelles de terre – les huertas (jardins) –, où sont cultivés en association maïs, haricots, ananas, malanga, igname, tomates, bananes, citrons... Des plantations associées à des cultures non alimentaires comme celles de la calebasse, du totumo ou du coton. Après quatre à cinq ans, les terres sont abandonnées et remplacées par d’autres, ce qui permet à la forêt de se régénérer.

Alors qu’aujourd’hui de nombreux agronomes redécouvrent les vertus de la permaculture et que, plus largement, des scientifiques et des dirigeants politiques s’interrogent sur une gestion durable des ressources, il semblerait donc que ce "peuple-racine" ait quelques précieux conseils à nous livrer. Philippe Roch, ancien directeur de l’Office fédéral de l’environnement suisse, relate sa visite chez les Kogis, en 2006, en compagnie de plusieurs diplomates internationaux :

 

"Juan Mayr [le ministre colombien de l’Environnement de l’époque, NDLR] a expliqué aux autorités kogis que nous étions venus leur demander conseil à propos des problèmes que rencontre le monde dans le domaine de l’eau et des changements climatiques." "Il s’agit d’un problème d’autorité, ont répondu les Kogis. Vous êtes les chefs de l’eau, du climat. Vous ne parviendrez pas à résoudre les problèmes si vous n’êtes que les chefs de l’environnement matériel. Vous devez devenir les ministres spirituels de l’environnement."

 

Ce qui fait de ce peuple le meilleur allié de la nature, c’est d’abord son appartenance, sans rien même posséder ou presque, à un monde d’abondance encore étranger au concept de rareté.

"Les Kogis n’ont certes aucun des conforts ou “sécurités sociales”, qui constituent pour les économistes des avantages évidents d’une vie moderne, admet Majid Rahnema, écrivain et diplomate.

Mais [...] ils vivent encore bien mieux que les quatre milliards de déracinés que l’économie moderne a déjà acculés à la misère."

 

Au sein de la communauté, tout se partage : le temps, le travail, les émotions, les idées, les projets... "C’est sans doute là que se situe le cœur de la pensée kogis, et finalement ce qui nous différencie.

 

D’un côté, une société “en lien”, portée et liée par des valeurs partagées ; de l’autre, une société déreliée, régie par des lois imposées", estime René Barbier, enseignant-chercheur en sciences de l’éducation. Autant de liens qui favorisent la pratique de "l’intelligence collective" :

 

"Une intelligence partout distribuée, sans cesse valorisée, coordonnée en temps réel, qui aboutit à une mobilisation effective des compétences", définissent Anne-Sophie Novel et Stéphane Riot dans Vive la corévolution!, un ouvrage qui présente le phénomène collaboratif comme un mode d’action nécessaire à la construction d’un monde plus durable.

Chez les Kogis, la pratique de l’intelligence collective engendre un système politique horizontal.

"Si l’autorité morale d’un mamu [le chamane kogis, NDLR] est reconnue [...], il n’y a pas de “chef” au sens où nous l’entendons dans nos sociétés plus ou moins militarisées, poursuit René Barbier.

C’est la parole qui prime. Une parole collective qui pousse chacun dans ses retranchements pour aboutir à une action réellement responsable, parce que collective."

 

Pour décider ensemble, hommes, femmes, enfants et vieillards réunis, encore faut-il savoir. Et si les Kogis ne disposent pas d’un système scolaire en bonne et due forme, ils n’en n’acquièrent pas moins des connaissances tout au long de leur vie. Ce, par le biais d’expériences partagées et à travers la parole des mamus, hommes ou femmes dont la formation – qui peut durer jusqu’à dix-huit ans – balaie des domaines aussi divers que la médecine, l’éducation, l’astronomie, la justice ou la botanique.

 

Les fondements de la société kogis peuvent aussi nous inviter à repenser la vie en entreprise. Pour pallier l’accroissement des tensions dans le monde du travail, Anne-Sophie Novel et Stéphane Riot insistent sur "la manière dont nous pourrions nous inspirer de la nature pour coopérer dans notre développement économique, jusque dans notre management".

 

Face à l’écrasante majorité des politiques managériales pyramidales, avec des fiches de poste qui attribuent à chaque salarié une tâche unique, une nouvelle génération de chefs d’entreprise a décidé d’emprunter un autre chemin, dont les "peuples-racines" sont les premiers porteurs. Ne se contentant plus de dicter des missions, certains dirigeants incitent désormais leurs salariés à s’impliquer collectivement dans l’élaboration des projets.

 

Alors que son entreprise de marketing en ligne, Digitaleo, se développait à vitesse grand V, Jocelyn Denis a rencontré Éric Julien. En 2011, la découverte des Kogis lui a permis de réaliser que sa jeune société n’avait pas encore défini ses « fondamentaux ».

"Nous avons proposé aux équipes de se réunir pour élaborer les valeurs de l’entreprise et les grandes actions qui, selon elles, devaient être menées. Cette démarche participative a beaucoup plu aux salariés, dont 80% sont issus de la génération Y." 

 

Cinq mots clés sont ressortis des échanges : sens du client, réactivité, simplicité, esprit d’équipe et créativité. Des notions désormais affichées dans l’entreprise, qui s’est métamorphosée : "Nous avons mis en application le concept de village, qui consiste à casser les barrières entre les services et permet aux différents métiers de travailler ensemble."


Renforcée par des séances de sport, du théâtre et des petits déjeuners collectifs, la formule a porté ses fruits. Le jeune chef d’entreprise, qui emploie aujourd’hui 47 salariés, a vu son chiffre d’affaires augmenter de 85 %. En partie du fait de la croissance de son activité, mais pas seulement. 
"Pour une entreprise, la notion de lien est facteur de performance. Les dirigeants ont tout intérêt à laisser s’exprimer les talents de leurs salariés, en les incitant à 'savoir devenir ensemble' ", assure Jean-Luc Guillou, délégué général de Germe, un réseau de formation de cadres et dirigeants de TPE.

Le psychosociologue Jean-François Maréchal, qui accompagne des équipes de direction autour du "mieux travailler ensemble", rappelle toutefois que de telles innovations restent encore marginales. "Après les années 1970, où l’on a commencé à parler de développement personnel, les années 1990 ont été celles d’un recentrage sur la notion de performance. Nous sortons difficilement de cette conception moyenâgeuse du travail, même si certaines entreprises mènent des initiatives intéressantes."

Afin d’accompagner ce virage, Éric Julien a créé dans la Drôme l’École de la nature et des savoirs, "
un lieu 'systémique' de formation et de recherche qui permet d’expérimenter, mettre en œuvre et former aux principes de développement humain durable".

 

La vocation de cette ancienne ferme autonome, située à 1300 mètres d’altitude, est d’accueillir des chefs d’entreprise et des étudiants des grandes écoles, pour des séminaires de rupture axés sur la vie dans (et avec) la nature : ateliers, promenades, échanges... 

 

"Il ne s’agit pas de faire comme les Kogis, mais de se demander pourquoi nous nous sommes coupés du vivant, ce que l’on peut faire pour remettre de la vie, de l’échange dans la société", explique l’initiateur du projet, qui souligne que pour coconstruire, mais surtout pour mieux gérer les conflits, l’accent doit être mis sur la verbalisation.

Considérant, comme les Kogis, que le non-dit entraîne un trop-plein de colère, de peur et de souffrance, Éric Julien voit dans les récentes vagues de suicide en entreprise "une rupture de la communication, du sens et de la culture partagée". Un phénomène impensable "à partir du moment où il est inscrit dans les gènes d’une société que l’on peut parler de tout. Ce qui n’existe pas chez nous, à part dans les cabinets de psy."

 

Les Kogis ont beau être coupés de la médecine moderne, leur état de santé a de quoi étonner. C’est du moins ce que rapporte Jean- Louis Crouan, médecin de l’équipe de Nicolas Hulot, qui a ausculté une vingtaine d’entre eux en 2011 lors du tournage d’un épisode d’Ushuaïa nature dans la Sierra Nevada.

 

"Après un examen clinique de plusieurs Indiens kogis au sein de leur village, j’ai été interpellé : leurs yeux et leurs oreilles ne coulaient pas, leur peau, leur dentition étaient saines et ils ne présentaient pas de blessure surinfectée." Bien que succincts, les examens n’ont ainsi révélé aucune pathologie nécessitant une évacuation sanitaire. Jean-Louis Crouan y voit plusieurs

explications. D’abord, le fait que les Kogis aient une alimentation saine – presque exclusivement végétarienne – et consacrent chaque jour un temps important à leur hygiène corporelle.

Ensuite, l’environnement préservé dans lequel évolue la communauté.
"Les Indiens d’Amazonie, eux, sont déjà contaminés par l’alimentation occidentale. On voit les enfants en short de foot, canette de Coca à la main, les dents ravagées par le sucre. Si les Kogis descendaient dans la vallée, nul doute que leur mode de vie évoluerait et que leur état de santé se détériorerait."

 

L’apparition récente de quelques cas de cancer au sein de la communauté, "à la suite de l’épandage de produits chimiques pour éradiquer la culture de la coca", explique Éric Julien, pourrait venir corroborer l’importance du facteur environnemental.

Le véritable secret de la bonne santé des Kogis pourrait finalement se trouver en eux-mêmes.
"Nous savons que c’est une population qui consacre une bonne partie de son temps à méditer, poursuit Jean-Louis Crouan. Je pense que cela participe de leur bonne santé. Si la médecine occidentale ne se pose pas la question de savoir pourquoi nous tombons malades, se consacrant à soigner l’organe malade, les Indiens kogis, eux, se la posent, car ils perçoivent la maladie comme la conséquence d’une rupture de lien entre l’individu et les choses du vivant.

 

Leur art thérapeutique se consacre à rétablir ce lien. Nous gagnerions à ajouter cette vision holistique à notre médecine occidentale, notamment en nous posant la question de cette perte de lien fondamental à l’équilibre de l’individu au sein d’une communauté et des bienfaits préventifs d’une méditation quotidienne."

Les Kogis s’intéressent en effet moins à la médecine en tant que telle qu’à un système global de préservation d’équilibre. Ce dernier inclut certes des connaissances médicales, mais aussi la verbalisation, les rituels, les relations entre êtres vivants, l’accès de chaque famille à la terre et à l’éducation, indispensable pour connaître les pratiques préventives. Le chirurgien, psychothérapeute et écrivain Thierry Janssen se prend à espérer :

 

"Un jour, peut-être, nous choisirons d’arrêter d’abîmer pour ne plus réparer. Ce jour-là, nous aurons enfin compris et adopté l’attitude que les “peuples-racines” tentent désespérément de nous enseigner. Pourvu que ceux-ci ne tombent pas dans le piège de nos névroses et ne finissent pas par croire, eux aussi, aux illusions d’une société qui promet le bonheur en niant ses liens avec la nature qui lui a donné naissance."

 

Au cours de son histoire, la société kogis a développé une capacité unique à résister aux interactions. L’exemple, il y a quelques années, de l’introduction de la culture du café en son sein par l’État colombien parle de lui-même. Réalisant que les revenus liés à cette culture engendraient des classes sociales, qui menaçaient elles-mêmes la cohésion du groupe, les mamus ont tout simplement décidé de laisser disparaître les plantations et d’abandonner l’argent qui en était issu. Soucieuse de conserver la maîtrise de son destin, la communauté traverse aujourd’hui un vaste questionnement.

 

"Il faut faire le distinguo entre les interactions non voulues, comme la déforestation ou la raréfaction de l’eau, et les interactions choisies, comme le possible raccordement des villages à l’électricité, qui divise les Kogis selon qu’ils sont plus ou moins traditionalistes, explique Éric julien. Pour l’heure, la jeune génération reste en tout cas fidèle à la communauté".

Loin de lorgner sur la brillance des biens qu’ils ne possèdent pas, les Kogis de passage à Paris se montrent, au contraire, dubitatifs quant à notre mode de vie : "Lorsqu’on traverse un tunnel, ils demandent : “Pourquoi donc faites-vous des trous dans la terre?” En ville, ils s’étonnent de l’absence de chemins, d’oiseaux, de végétation..." raconte Muriel Fifils, compagne d’Éric Julien et membre de Tchendukua.

 

Conscients de leurs forces et optimistes par nature, les Kogis vont néanmoins devoir s’employer à préserver leur modèle. Et nous, à repenser le nôtre. Un jour, un Indien a soufflé à Éric Julien : "Ne copiez pas les Kogis, ni les Touaregs ou les Inuits, mais retrouvez les principes dont ils sont porteurs et que vous avez perdus. Nous sommes des frères humains, tous embarqués sur le même bateau. Nous devons nous entendre pour trouver un cap commun." 

 

"Pour interroger, il faut être deux : celui qui interroge, et celui qu'on interroge", disait l’écrivain Vercors. Et si cette fois, au lieu d’interroger toujours les mêmes experts, on se tournait vers ceux qui n’ont jamais rompu leur lien avec la nature pour aménager nos territoires ? C’est ce qu’Eric Julien, fondateur de l'Association Tchendukua, veut rendre possible.

Pendant quinze jours en août, cinq chamans kogis, une communauté millénaire installée dans les montagnes colombiennes, poseront donc leurs valises… dans la Drôme. Quatre d'entre eux quitteront pour la première fois leur coin de paradis montagneux, à cinquante kilomètres de la mer des Caraïbes. Au programme : ballade sur le territoire drômois, dans le Haut-Diois, pour faire un "diagnostic" de la zone, et partager leurs impressions avec huit scientifiques volontaires, venus de l'ENS Lyon, de l'Université de Lausanne, en passant par l'Université de l'Oregon ou du Brésil.

Sur le papier, l’idée est séduisante — presque romantique. Mais si chacun comprend la nécessité de renouer avec la nature, la formule relève le plus souvent de l'incantation, et est généralement peu suivie d'effets à grande échelle. Avons-nous atteint un niveau de conscience collective suffisant pour être attentifs aux conseils, si bien fondés soient-ils, d'une population qui ne partage en rien notre quotidien ? "Dans cette époque où l’anthropocène détruit notre écosystème, on est peut être plus à même d’entendre ce genre de discours", croit Eric Julien.

 

"Et si un scientifique dit que ce que font les Kogis n'est pas idiot, cela rendra certainement la parole plus audible."


Et preuve que la démarche convainc même au plus haut niveau, elle jouit de soutiens non-négligeable : entre autres, celui de l'AFD, l'Agence Française de Développement, mais surtout du Ministère de la Transition Ecologique, qui finance à hauteur d’un tiers la venue des Kogis. La transition éco-kogique serait-elle en marche ? 



Le territoire comme un corps

 

"Pour eux, le territoire est un corps, qui respire, chute, et créée", explique Eric Julien. Alors, quand on demande aux Kogis de procéder à un "diagnostic de santé territoriale" de la Drôme, ce sont aux symptômes physiques qu’ils s’intéressent : la qualité de l’eau, la présence de la faune et la flore, les caractéristiques de la roche… Tout au long de leur séjour, les cinq Kogis rencontreront des scientifiques venus d’un peu partout dans le monde : géographes, médecins, astrophysiciens…

 

Pour Eric Julien, l’enjeu n’est pas tant de trouver des solutions concrètes dans l’immédiat, que de changer de regard. "Edgar Morin disait qu’il était temps de décoloniser nos imaginaires : aujourd’hui, l'anthropocentrisme remet en cause nos systèmes de représentations. La meilleure manière de changer de regard est de s'ouvrir à l’inconnu pour faire ressortir de nouveaux systèmes de pensée et registres d’action."

 

Depuis 1997, Tchendukua aide les Kogis à sauvegarder leur mode de vie et leurs traditions ancestrales, notamment en reconquérant des terres fertiles. Là-bas, ou plutôt, là-haut — à plus de 5

800 m d’altitude —, les Kogis ont choisi de vivre selon le rythme de leur "Mère Terre". Ni monnaie, ni écriture, ni trace de notre société de consommation : les 12 000 âmes de cette communauté vivent bien loin de notre confort moderne, dans un environnement préservé, qui concentre 35 % des espèces d’oiseaux du pays. Un modèle dont nos territoires, aménagés selon des intérêts bien loin de ceux de la nature, pourraient s'inspirer ?

 

"Les Kogis ont une très forte conscience que les humains, dans ses équilibres et déséquilibres, sont le reflet du territoire. On est en bonne santé si le lieu dans lequel on habite est en bonne santé", explique Eric Julien

Vivant dans et avec la nature, les Kogis sont avant tout des agriculteurs. "Jardiniers", ils travaillent les formes, les énergies des lieux, les cycles des formes vivantes qui s'y déploient, passent des alliances avec la nature, plus qu'ils ne s'y opposent ou ne tentent de la dominer. Un tronc peut être légèrement déplacé pour retenir la terre, une pierre posée sur une autre pierre pour faciliter un écoulement d'eau, un arbre redressé pour que son ombre protège quelques légumes, un canal momentanément ouvert pour limiter l'érosion d'une terrasse, des coquillages déposés pour enrichir la terre. Une pratique qui révèle la pleine conscience que les Kogis ont de la nature, des bénéfices qu'ils peuvent tirer d'un sol respecté et préservé.

Le premier type d'informations qu'ils se transmettent, est lié aux calendriers rituels qui, pour l'essentiel, correspondent aux cycles cosmiques, climatiques et agricoles en vigueur aux différents étages thermiques de la Sierra. Deux saisons sèches, de décembre à mars, puis de juillet à septembre, alternent de façon très régulière et prévisible avec deux saisons de pluies marquées par des précipitations denses et violentes. Les zones de culture sont nettoyées pendant les mois de décembre et janvier. En février commencent les brûlis.

En revanche, compte tenue de la très grande diversité de plantes semées, exploitées ou cultivées selon les climats, la nature des sols, l'altitude et l'exposition au soleil, les activités de récolte se pratiquent toute l'année. Polycultivateurs, convaincus que les protéines animales peuvent être dangereuses pour la santé, notamment pendant les temps de rituels, ils pratiquent une agriculture de subsistance qui s'appuie pour l'essentiel sur la valorisation d'une grande variété de cycles végétaux, répartis sur différents étages thermiques. Une sorte de "chaîne agricole"qui leur permet de disposer, tout au long de l'année, du minimum pour survivre.

Leurs connaissances agricoles se structurent autour de ce que nous désignons sous le terme de "permaculture", à savoir la valorisation et l'association des spécificités perçues comme complémentaires (cycles de vie, propriétés...) de chacune des plantes cultivées : un système millénaire de pilotage et de contrôle biologique. (LIK)

"Toute culture est menacée par des prédateurs naturels, insectes, rongeurs, oiseaux ou limaces. Ayant connaissance des rythmes diurnes et nocturnes des activités de ces animaux, le Manu établit des correspondances entre ces cycles et les cycles "soli-lunaires"indicateurs des périodes de culture et de croissance des plantes.

Les animaux n'attaquent les plantes que lorsque leur cycle est synchronisé sur celui du végétal. Le rôle du Manu, lié à ses connaissances "intimes"des cycles de vie d'un territoire donné, consiste à décaler le cycle normal de croissance d'un végétal, en demandant aux membres de sa communauté de retarder les semences de quelques jours, voire de quelques semaines, par rapport aux dates optimales. Lorsque les plantes vont commencer à germer, décalées par rapport à leur cycle normal, les prédateurs naturels auront atteint un stade de développement trop avancé pour être encore nuisibles. (Gerardo Reichel-Dolmatoff) (LIK)



De 200 mètres d'altitude pour les plus bas, à 3500 mètres pour les plus hautes, chaque famille dispose de plusieurs lieux de vie, répartis aux différents étages thermiques de la Sierra. Selon les saisons, les cultures et les périodes de récolte, leurs chats, leurs enfants et quelques affaires amarrés sur le dos d'un bœuf ou d'une mule, les Kogis se déplacent de l'un à l'autre en permanence.

Ils utilisent pour cela un important réseau de chemins ou bungula, qui sillonnent la Sierra, parallèles ou perpendiculaires aux principaux cours d'eau.

 

Lorsqu'ils cultivent ou re-cultivent un espace agricole momentanément délaissé, ils procèdent de façon échelonnée, en accord avec leurs besoins alimentaires (nature et quantité).

En règle générale, ils commencent par des tubercules, puis viennent des céréales comme le maïs, rapidement associées à des légumineuses dont les lianes prennent appui sur les plants de maïs. Bananes, plantain et arbres fruitiers vont ensuite être répartis de façon à ne pas générer trop d'ombre tout en protégeant d'une brise parfois excessive.

Peu à peu, les champs se convertissent en véritables « silos » sur pieds, sortes de "supermarchés naturels" dans lesquels chaque famille, quelles que soient les distinctions de rang ou de fonction sociale, vient puiser proportionnellement en fonction de ses besoins quotidiens. Leur principale ressource alimentaire est la banane plantain (salée), un fruit qui peut être récolté tout au long de l'année, puis vient la banane, les haricots, les pommes de terre, qui semblent être apparues dans la Sierra après la conquête espagnole. Canne à sucre, mangue, yucca, maïs, batata et name semblent en revanche être précolombiens.

 

Cette intégration de productions extérieures illustre la capacité d'adaptation de la société Kogi, capable de maintenir son autonomie culturelle, malgré les pressions et les risques d'acculturation croissants auxquels elle se trouvent soumise.

 

Getzama et muen : Certains produits frais, non consommés, peuvent être conditionnés et emportés vers d'autres étages thermiques où ils seront échangés contre des produits agricoles d'altitude. Le stockage est une pratique très peu répandue du fait de la rareté des plantes céréalières (plus faciles à conserver) mais aussi parce que les Kogis pensent qu'il n'est pas nécessaire de produire plus que nécessaire pour entretenir le système d'échanges entre zones de culture. Certaines terres vont être désignées comme "getzama", c'est-à-dire à même de produire des récoltes suffisantes pour assurer un échange avec des cultures en provenance d'autres écosystèmes, et d'autres "muen"dont la production agricole nécessite d'être complétée par des excédents produits sur d'autres terres. 

 

 

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Ecoutons ce que nous disent les sages du peuple des Kogis :

(Source de la documentation : L'INRESS.)

 

La Loi des Origines :

"... Notre loi d'origine est née des principes spirituels qui ont donné naissance à la Terre Mère, Sé Nenulang. Elle et le Père Sezhankua, au moment de la création, ont laissé aux quatre peuples - Kagaba, Pebu (Arhuaco), Wiwa et Kalkuama - un ensemble de normes de vie. L'accomplissement parfait de ces règles dans le territoire est ce qui nous permet d'assurer notre permanence en tant que cultures différentes et la stabilité de tout le système de la nature".

 

Une Terre-Mère malade :

 

« Pour nous la terre est notre Mère, nous sommes venus d’elle. Nous y vivons mais actuellement, nous pensons qu’elle ne va pas bien, qu’elle est malade... »



Eviter que le monde ne disparaisse :

« Notre message est aussi de transmettre les enseignements de nos sages aux "petits frères". En tant qu'humains, nous souhaiterions continuer à réfléchir ensemble pour éviter que le monde ne disparaisse. Quelles sont les lois de la nature ? Comment prendre soin de notre Terre ? Beaucoup de gens sont intéressés par ces questions. Nous venons faire des conférences pour partager notre savoir avec vous »



Construire ou détruire ?:

« Les anciens ont pris grand soin de la Terre, avec beaucoup de respect, mais depuis l’arrivée des nouvelles technologies, nous avons affaire à la destruction ».

Respecter les Anciens, apprendre à aimer :

"Nous devons apprendre à écouter les anciens, à les respecter comme nous respectons nos enfants, nos épouses. 
Pour cela, il faut être humble, apprendre à aimer. 
Les Kogis doivent se respecter et s’aimer : comme ils respectent et aiment la nature." M.M Dingula.

Egalité entre tous :

"Nous sommes frères, nous sommes égaux entre frères, les jeunes et les anciens. 
Lorsque nous mangeons, nous ne mangeons pas chacun dans son coin comme les petits frères, c’est trop triste d’être seul. 
Quand il n’y a pas beaucoup à manger, on partage ce qu’il y a. 
Il faut toujours essayer d’aider l’autre, l’accompagner pour qu’il soit bien." Conchacala.

Equilibre et justice :

"Les petits frères ne savent pas ce qui signifie l’idée de justice, d’équilibre. 
Ils font des trous, ils causent des dégâts partout, ils coupent des arbres, sans savoir, sans comprendre, ils sont aveugles, ils ne voient pas et n’entendent pas, alors les problèmes arrivent." M.M D

Le rapport au « lieu » élu et choisi :

"Pour nous, ce n’est pas simplement un territoire, c’est le cœur du monde, de la vie, c’est comme un corps vivant…" "Au début, nous sommes petits enfants, peu à peu, nous devenons grands, puis nous finissons par revenir vers là Mère (la Terre) pour mourir…" M.M Dingula

Tout est écrit dans la Nature :

"Nous devons écouter les voix de la nature. Si on écoute pas, chacun va de son côtés et sans direction, cela ne peut pas aller. Pour nous, la nature est comme vos livres, tout y est écrit.
Essayer de comprendre que la mère terre, c’est la justice, l’équilibre." MM.Baro

De la Nuhé (maison commune) :

"Dans la Nuhé, on peut pas se disputer, on vient pour discuter de choses importantes…" MM.Dingula

Du Manu « le Sage » :

"Tu as appris à voir à travers les montagnes, à travers le cœur des hommes, tu as appris à regarder au-delà des apparences, maintenant tu es un mamu." MM.Dingula



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Les Indiens Kogis : Des points en commun avec la Tradition celto-druidique :

(Etude Bran du Février 2018)



Les Kogis ne font pas usage de l'écriture. Leur Tradition ancestrale est orale... La mémoire du peuple, ses origines et ancêtres, tout cela est véhiculé oralement de génération en génération...

L'expression individuelle et collective donne une préséance à la forme verbale. Le Verbe, la Parole, La Voix, le Chant occupent une place centrale au sein de la société. Elles participent grandement de l'équilibre et de l'harmonie communautaire. Elles sont parties intégrantes et fondamentales des rites et des cérémonies... Elles sont dotées d'une « essence magique » apte aux transformations... L'éloquence est l'art par excellence car elle porte à entendement suprême...

Bardes et druides interviennent par la parole pour éviter les conflits ou faire cesser les affrontements rivaux...

La notion de « péchés » n'existe pas... Les kogis, comme le monde Celte, vivent au-delà et par-delà la notion de bien et de mal. IL n'y a en fait que des éléments opposés qu'il faut connaître et apprendre à concilier entre eux...

Toute « dualité » s'opposant se doit d'être transcendée, conciliée, afin de rétablir encore et toujours l'équilibre et l'harmonie...

La Nature est le livre de leurs enseignements majeurs...

C'est également par l'observation méticuleuse de la Nature et de ses « lois » que des concepts de vie ont été forgés et mis en œuvre par les Druides...

La Terre est leur « Déesse », leur « Mère »... et elle est « Sacrée »...

Le nombre 9 est un nombre déterminant (comme d'ailleurs dans le chamanisme sibérien.) Leur conception de l'Univers s'ordonne en 9 mondes. Dans le monde de la druidité le 9 représente le cercle du Gwenved le « Monde Blanc » de la réalisation plénière... Il est extrêmement présent dans les textes mythologiques celtiques...

Ils pratiquent diverses méthodes de divination...

La recherche constante de l'équilibre et de l'harmonie est la fonction majeure tant individuelle que communautaire... L'harmonie en soi, avec l'autre et les autres, la nature et l'univers est l'activité essentielle du peuple Kogis...

C'est en cela l'application méticuleuse des « Lois du Vivant »...

La « Loi de Nature » est, comme dans la pensée druidique, bien supérieure à la « Loi de la Lettre »...

La cohésion du groupe humain est fondée à partir d'une forte spiritualité et des valeurs morales comprises, respectées et appliquées par tous et toutes...

La voix des Mamus (Sages) comme celle des Druides est prépondérante en toutes circonstances, face à tous événements... Ils sont eux aussi le lien entre les mondes, la terre et le ciel, le ciel et la terre, les êtres humains entre eux, les êtres humains et les autres règnes. Ils sont conciliateurs, régulateurs, intercesseurs et médiateurs tout comme l'étaient les druides.

Pour les Kogis comme pour le monde Celte le temps est cyclique est ponctué de rituels en accord avec son déroulé circulaire.

Le rapport au lieu, au sol, à l'espace sacré est très conséquent de même pour les Celtes...

Chez les Kogis, c’est « Aluna », la pensée ou l’énergie qui a crée le "vivant". La pensée des sacerdotes initiés du monde Celte est elle aussi une métaphysique « cosmique » et « abstraite » nourrie de mythes et d'archétypes et qui ne saurait aborder les mystères de la Création, de l'Origine qu'à travers des notions identiques à celle des Kogis : Energie, Force, Lumière, Pensée...

La recherche permanente, l'acquisition, l'apprentissage, l'enseignement, la maîtrise, l'application adéquate, la transmission, de la connaissance sont aussi une fonction druidique par excellence...

Comme pour nos rituels et cérémonies druidiques on ne peut entrer dans le cercle sacré avec des énergies négatives, non « épurées » au préalable. L'un des fondements de la rituélie druidique est le passage d'une « alliance » avec la Terre et les Energies, Forces, Lumières de l'Univers ; « l'alliance » est un acte à la fois de ferveur, de louange, d'offrande, de gratitude, de reconnaissance, mais également de conciliation avec toutes ces présences et manifestations...

« Penser juste », c'est être concordant, cohérent, accordé, être « vrai », ajusté, adéquat, en parfaite résonance... Le druide, le barde et le vate aussi se devaient de « sonner juste » sans aucune discordance donc...

Tout comme chez nos frères et sœurs amérindiens le Monde Kogis est fondée sur un système de don et de contre-don, il en était de même dans la société celtique...

Leur permaculture sa base sur une rotation des terres selon un plan quinquennal (5 ans) ; c'est aussi sur ce plan qu'est construit et élaboré le calendrier celtique « luni-solaire ». Le mouvement, le cycle luni-solaire, est appliqué au niveau de l'agriculture chez les kogis.

L'enseignement, l'apprentissage, des futurs sages kogis (les Mamus) peut durer jusqu'à 18 années. La formation était de 20 années chez les druides.(Idem, toutes les activités et disciplines humaines sont abordées.)...



08/02/2019
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