Les dits du corbeau noir

LE PASSEUR DE LUMIERE Bernard TIRTIAUX extraits

LE PASSEUR DE LUMIERE  Bernard TIRTIAUX Folio 2688 (extraits)
Nivard de Chassepierre  Maître Verrier…

Voilà du bel ouvrage, une belle et très inspirée et souvent lumineuse écriture qui mêle et entremêle fort habilement une épopée humaine bien périlleuse à une « épopée de l’Esprit »…

Je ne divulguerais point la drame au demeurant « dramatique » de ce récit haut en couleur et riche en profondeur pour vous inciter à y plonger vos yeux et votre cœur mais sachez que le « héros » sera amené à côtoyer l’Ordre du Temple naissant et les grands personnage d’un douzième siècle fort tourmenté… Il sera énormément question de verriers, d’orfèvres, de forgerons, de leur métier, de leur art, de leur vie, de leurs espérances…

Les quelques extrais ci-joints seront de nature à vous donner le désir de vous couler dans ce fleuve tumultueux où l’encre des mots s’achemine, épisode après épisode, vers la                 transparence !…

« Il faut être amoureux pour bien œuvrer en lumière. »

Je veux un vitrail de fraternité douce, de conciliation délicate entre les heures, les pierres et les sources de clarté, un baiser du ciel aux choses et aux gens, des lèvres tendues…

La tâche du verrier le rend humble parce que la lumière lui rappelle sans cesse qu’elle est insaisissable…

Est-il vrai que l’amour est la clef de tout art authentique ? Est-il vrai que sans générosité il n’y a pas d’émotion qui se communique ?

Travailler humblement dans le respecxt d’un lieu, à l’unité de la Lumière…

Un vitrail musicalement juste et souverainement écrit à le verbe si riche qu’il n’est pas d’écrivain qui puisse prétendre le décrire ou le posséder par l’analyse…

Dans le domaine du verre et de la transparence, celui qui se croit dompteur est dompté… »

C’est la longue traque « de la lumière qui chante et donne vie à la pierre. »

Dans la cathédrale de Sens « les trois forces sont en présence : la trinité des hommes : les racines, le tronc et le feuillage de l’arbre de lumière… »
A Chartres « Les fenêtres de la cathédrale sont autant de mains épanouies aux multiples enchevêtrements attirant à elles le chant du ciel et la complainte des hommes. »

Autant d’épreuves autant de phases alchimiques, autant de transformations, de modification des plans et niveaux de conscience…

« Les artisans qui affinent la matière finissent par s’affiner eux-mêmes…  Le verrier reçoit la lumière comme une giclée d’étincelles, lui qui cherche toutes les nuances, qui en explore toutes les subtilités, lui qui espère un jour la filtrer et la transformer en particules sonores et poétiques… »

Pour cela : « s’inventer un espace suffisamment vaste pour que sa soif de connaître et d’innover puisse se confondre avec ses aspirations spirituelles et sa quête de l’absolu… »

Lui, « Il atteindrait Dieu par un autre chemin, il défricherait sa propre voie vers la Lumière. »

Avec son autre compagnon passeur, il se savait « archer de Lumière » « comme si la source pure dont-ils avaient été abreuvés tous les deux était l’incandescente lumière qui donne naissance aux choses. »

Car « La Lumière est une part de Dieu » …

Dans cet entendement « il rêvait de fixer dans le verre toutes les variations du spectre lumineux, de maîtriser en transparence toute la gamme colorée… » de « faire chanter dans la lumière les verres de toutes les couleurs… »  Comme il voudrait « transiger avec le ciel, pactiser avec son destin, sélectionner les fils invisibles qui l’écartèlent pour trouver la grâce d’accomplir par son art la lente escalade de l’Arbre de Lumière jusqu’à ses branches les plus fines… »

« Tout est mouvance et enchantement pour les yeux, Nivard (Le Maître Verrier) est sensible à ses variations, il en perçoit les nuances un peu comme le sourcier capte à l’aide de sa baguette l’invisible eau d’une source… » Il se veut « Soucier de Lumière »… Il avait « placer sa jeunesse dans un caillot de soleil, dans une semence magique d’étoile, dans un récipient fabuleux où l’essence du jour serait captive… »

Il s’agit de marier subtilement ici le cobalt sulfuré et le dérivé de manganèse afin de trouve enfin la « Note bleue » ( « une note de base de la musique céleste »), ici de faire surgir le rouge ardent obtenu avec l’aide de pigments à base d’or (une autre note de la musique céleste)…
C’est « l’alchimie des mélanges » … et « chaque couleur à non seulement ses heures de grâce mais a sa fonction précise dans la mélodie lumineuse »…    … Déterminer si «  telle couleur est du matin, de l’après-midi ou du soir… »  « une démultiplication des sensations du jour »… pour « obtenir un miracle de résonnances lumineuses. »…

L’un de ses maîtres lui avait dit : « Dans les mois qui viennent tu apprendras d’abord la technique, la matière translucide qui tient sa puissance du feu et du souffle de l’homme… Puis enfin tu oeuvreras dans la lumière. Dans ce domaine il n’y a pas de recette, pas de maître. Tu seras seul avec tes yeux, en équilibre entre le céleste et le terrestre, entre l’esprit et le corps de la matière. La mission qui t’est confiée est ardue car elle touche à l’air et au feu. Tu seras dans l’insaisissable… …/… La lumière est diffuse, fugace, changeante, capricieuse. Elle a toutes les ruses.  …/… Jamais tu ne seras satisfait de ton ouvrage, si beau soit-il…
Qu’importe, tes pas partent du feu et tu dois atteindre le feu, devenir un maître dans ton art, l’artisan accompli du Grand Œuvre, l’Adepte… Etre un passeur de lumière sur une barque de verre…
Il apprendra lors à « tempérer, canaliser, doser sa force sauvage.. »
Il apprendra encore, expérimentera toujours, accomplira de son mieux et formera d’autres futurs compagnons, d’autres ouvriers de la transparence »…
 
Un jour, « Il arrondit le geste de l’apprenti et doucement transforme en, danse ce qui n’était jusque là qu’un duel… »

Il trouvera l’Amour et surtout celui, sublime, créatif, voluptueux, indicible en fait… Ce sera AWEN sa femme à la beauté rayonnnante qui a en elle le sang des migrations et la source nomade… Elle sera son « Cantique des cantiques »… ce qui nous vaut des pages de velours dans l’enluminure des mots et des gestes… « Il est une femme heureuse qui se révèle rameau après rameau à un homme qui se désecorce… …/… Elle se laisse prendre par le dehors et par le dedans ; maquettage du ventre d’ébène et du ventre de cerisier, et ils respirent ensemble, poitrine nocturne contre poitrine d’aurore…  Elle se laisse couler harmonieusement sur le dos, déliant ses bras comme des herbes souples dans un courant d’eau claire… Elle l’amène dans la sphère culminante du plaisir, celle-là même qui abrite l’absolu et enfante les passions… Lui aussi, il l’aime, mais il ne sait pas parler, il n’a jamais su parler. Il voudrait le lui montrer, mais pour cela il lui faudrait tous les verres de couleur du monde et d’immenses roues de pierre pour les faire chanter… »

Ce récit est une forge perpétuelle en laquelle nous serons constamment « au cœur des métamorphoses de la matière »… Nous serons aussi comme le disait Bernard de Clairvaux : « Des nains montés sur des épaules de géant. »

A la fin de son terrestre voyage, le voyageur pourra dire : « Je retourne à la source de lumière d’où je suis venu. » Il pourra dès lors lui aussi « inscrire ses images de lumière parmi les étoiles. »

…………………………………………………

 

P.S. : Bernard TIRTIAUX  écrivain est lui-même "Maître Verrier" et pratique cet art depuis plus de vingt ans...

 

Réflexions après lecture de l’ouvrage   Bran du  10 10 2012

Ne sommes-nous pas, ne pouvons-nous pas devenir, nous aussi, humblement, dignement et en toute transparence, des « passeurs de lumière » ?

Merlin se retira après maintes épreuves et pour un temps dit-on dans une « citée de verre » aux multiples facettes (une citée qui fait écho à bien d’autres demeures celtiques comme celle du « palais sous les eaux »)…  Ce retirement n’est pas un « enclosement, un enfermement » mais un libre retrait salutaire, volontaire, conscient au sein du sein, au cœur du cœur de la « transparence » afin d’y voir absolument « clair » dans l’opacité et les brouillards de la pensée humaine…  C’est une « chambre de cristal » où se trouve concentrée une « pointe de diamant », une pure lumière qui n’aveugle ni n’éblouit… C’est un gemme aux éclats irradiants et étincelants enfoui dans la gangue plus ou moins épaisse et sombre de notre être…

Nous sommes en tant que « druidisants et druidisantes » sur une « Sente de Lumière » en quête de ce « Manred » ; ce Germe de Lumière » auquel nous aspirons et qui, de fait, nous respire, nous inspire avant que de nous « aspirer » en lui-même lorsque notre Oeuvre sera accomplie et pour la « Part de Lumière » que nous aurons su faire naître et développer en nous-mêmes…   Comme L’Amour retourne à l’Amour, la Lumière retourne à la Lumière !

Nous sommes, si nous le voulons et le souhaitons, nous pouvons être, en amour et conscience, les « Maîtres verriers », les forgerons, les alchimistes, les ciseleurs, les émailleurs,  de notre propre existence… Nous sommes une cathédrale qui attend ses plans, ses rêves, ses assises et fondations, ses ouvriers, et ce, pour nous conduire d’une Lumière enclose à une Lumière éclose…

Nous avons à faire œuvre de transparence, de rayonnement… Nous pouvons être des passeurs de braises et d’eau, des sourciers obstinés à puiser au fond d’eux-mêmes pour en découvrir la source englouti et la faire ressurgir… Nous pouvons affouiller nos cavernes souterraines, creuser nos roches dures, élargir nos failles d’espérances et remonter jusqu’à cette veine qui est celle du Sang des Origines… En nous se tient la Forge et les métaux précieux, la divine et potentielle alchimie du joyau de notre présence au monde…

Tout en nous, en l’humus de notre Terre, se tient prêt à nous délier puis à nous relier d’évidence aux danses de la Lumière…



10/10/2012
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