Les dits du corbeau noir

Le Jardin Intérieur Nouvelle Bran du 08 09 2012

NOUVELLE : Le Jardin intérieur…    Bran du            En hommage à Elif SHAFAK
                                                                                  En remerciement à Anna MATHELON
08 09 2012

« … Mon ami, bavarderas-tu encore longtemps des cinq sens et des quatre éléments ?
Qu’importe en effet si les énigmes sont une ou cent mille ?
Nous sommes de la poussière : pince la harpe !
Nous sommes de l’air : apporte le vin ! »

« Sois heureux… tu ne sais pas d’où tu es venu ;
Bois du vin… tu ne sais où tu iras. »

« Le jour que tu passes sans amour
Ne mérite pas que le soleil l’éclaire
Et que la lune le console. »

« Nous étions venus comme de l’eau
Nous sommes partis comme le vent. »     Omar Khayyâm   Quatrains



« … L’eau s’écoulait parmi les pierres blanches au-dessus desquelles des rameaux de jasmin se balançaient vaporisant alentour un frais et délicat parfum d’amour…

Des ailes de toutes les couleurs venaient se poser sur le marbre semblable à la peau d’une jeune fille…

Le ciel prenait son bain dans la vasque irradiant de lumière…

Un chant de source déroulait sa généreuse et claire spirale, s’enroulant à tous les arbres du jardin, glissant le long des feuilles de palme, soulevant le rose des lauriers…

D’un roseau religieusement coupé et mis en résonnance, d’autres notes vinrent se conjoindre à la limpide mélopée…

        « Avec ta grâce, la douleur devient joie.
        Avec ta louange, la vie devient infinie.
        Bien que l’amour soit une peine, il est une joie.
        Bien que le vin donne des mots de tête, il est délice.
        Bien qu’être habité par l’amour soit difficile,
        Qu’il est doux de partager nos cœurs, ô ma bien-aimée. »   (Rûmi)

Les mots flottaient dans l’air poudreux comme des plumes échappées de l’envol de l’amour, chacun se posait ici et là, sur la paume immensément ouverte de la cour…

Deux hommes, proches dans l’âge, assis en tailleur sur un cousin brodé d’or et d’argent, devisaient, se gratifiant mutuellement d’une écoute attentive et profondément jubilatoire…

C’était comme une joute, comme un tournoi de paroles, mais, chaque échange n’était que subtilité, finesse, vive intelligence et délicatesse…

Le monde tournait sur leur langue, passait d’une lèvre à l’autre, s’emplissait au passage d’une densité de sens, d’une intensité de perfections, de visions et d’images…

Ceux-ci, assurément, dansaient le Sema dans la khaneqah de leur cœur…

Les sables se soulevaient pour se mêler à la ronde entraînant le vent du Sud à leur poursuite, faisant rire le harem des feuilles dans le balancement de leurs branches…

Alors , elle fit son apparition…
Ce fût comme une fleur de nénuphar s’épanouissant sous leurs yeux, comme une saison se dépouillant peu à peu de ses couleurs mordorées, comme un soleil s’ouvrant les veines dans le calice du couchant….

Elle appela les mots…
Elle appela le chant…
Elle les rangea précieusement dans le rouge coffret du silence…

Lors, nu fût le poème sous la lune étincelant. »



Sema : Danse des derviches tourneurs.  Khaneqah : Centre où se rassemble ceux-ci.



08/09/2012
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