Les dits du corbeau noir

Le haiku d’hiver ouvre sur divers exercices…

Roger Munier Anthologie du haiku : (extraits)


En 605 au Japon se développe le poème libre appelé Haikaï ainsi que le Renga ou poème lié ( d’un premier vers naissent les autres relayés par la confrérie des poètes assemblés pour cet exercice)


De ces joutes poétiques on isole peu à peu une forme particulière articulée autour de trois verts courts ; ce sera la naissance du haïku… A cette forme sera associé le rythme et le cycle des saisons.


« Le haïku est par essence plus qu’un poème, même au sens fort que l’on peut donner à ce mot. Sa pratique, écriture et lecture, est elle-même un exercice spirituel… celui-ci peut amener à « l’illumination », atteindre le « Satori »…


Susciter par le truchement des mots, un mouvement de l’esprit vers la chose « comme elle est » dans l’instant de sa révélation soudaine, dire la chose comme elle est dans sa perception, sa « lecture » la plus immédiate et la plus limpide…. »
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Dominique Chipot Haikus d’aujourd’hui éditions points (extraits)


Préface d’Olivier Adam : «  Habiter poétiquement le monde en somme…Etre à la source même de l’écriture poétique (cette science originelle, archaïque), et par conséquent « intemporelle », contemporaine à jamais… Ecrire m’a semblé le plus sûr moyen d’habiter la vie, d’éprouver sa texture, de vérifier son existence… Qu’il s’agisse d’écrire ou de lire (l’exacte contraire de l’évasion) tout est affaire de présence et c’est à cela que nous invite le haiku, accroître notre présence, densifier notre rapport au réel, aux autres et à nous-mêmes. Comme si la vie était plus profonde qu’on veut bien le faire croire et qu’il s’agissait d’en prendre conscience… Qu’est-ce donc d’être au monde ? Est-on jamais sûr d’y être vraiment ? Comment s’y accorder ? A ces questions le haiku apporte des réponses intemporelles et toujours neuves? C’est une approche à la fois sensuelle et cérébrale. C’est sauver l’instant de grâce, l’accord parfait, forcément furtif, instable, insaissisable, l’isoler et lui donner l’éclat d’un diamant. »…


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Hervé Collet Instants d’Eternité Albin Michel éditeur (extrait) 365 haïkus


« Le haiku est un poème certes court, deux, trois mouvements, mais surtout profond. Poignée de mots esquissant, effleurant la surfaces des choses, il donne à sentir, à sonder l’indicible profondeur, à goûter la subtile saveur de l’expérience humaine, saisie dans l’éternité du moment présent…


Le haiku est l’expression de cet état de fraîcheur, de disponibilité, d’ouverture, de lucidité, de clairvoyance. Il traduit, sans l’expliciter mais seulement en le suggérant, l’expérience du recul philosophique, poétique si l’on préfère, sur le monde, quand tout devient simple, lumineux, merveilleusement évident quand on perçoit, bien plus que le sens, l’harmonie des choses, leur impeccable coïncidence…


Miroir, le haiku demande au lecteur d’aller puiser dans sa propre expérience, son propre réservoir d’images et de sensations, sa propre mémoire de ces moments rares et fugitifs, de grâce où l’on est miraculeusement accordé au monde….


Le haiku en reflétant un événement du domaine des sens, nous donne accès, d’emblée, au sens. Il saisit le merveilleux au cœur de l’ordinaire, l’absolu au cœur du relatif, le sacré au cœur du profane. Il met en évidence un détail, un échantillon du monde, qui résume le tout, signifie le tout; donne au tout sa profondeur. Un vers unique décrit l’univers et nous ouvre à l’éternité de l’instant présent… »


         Bashô 1644 1694 (L’interpénétration de l’éternel et de l’éphémère)
« Il nous faut certes élever notre esprit dans le domaine de la vraie compréhension, mais de là ne pas manquer de retrourner à l’expérience immédiate pour y puiser la vérité de la réalité. Quoi que nous soyons en train de faire à un moment donné, nous ne devons pas perdre de vue que ce que nous faisons est en corrélation avec notre nature profonde. C’est là que réside la poésie. »


Un haïku exprime une illumination passagère dans laquelle nous voyons la réalité vivante des choses. Bashô connu l’illumination en entendant le bruit que fit une grenouille en sautant dans l’étang…


L’étang immobile. Ah !
Une grenouille saute dedans
Le bruit de l’eau (Bashô)


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Quelques Haikus parmi les plus célèbres


Après les chrysanthèmes                                             Ils sont sans parole
Hors le navet long                                                         L’hôte, l’invité
Il n’y a rien (Bashô)                                                      Et le chrysanthème blanc (Ryôta)
 
Quand le vent souffle au nord                                                Cigales des pins
Les feuilles mortes                                                              Comme il vous faut crier
Fraternisent au sud ( Buson)                                                 Pour que vienne midi (Issa)
 
Là où je vis                                                                                 Un monde de douleur et de peine
Il y a plus d’épouvantails                                                              Alors même que les cerisiers
Que d’humains ( Chosei )                                                             Sont en fleurs (Issa)
 
Une herbe folle en fleur                                                                     La longue nuit
Entendant son nom                                                                          Le bruit de l’eau
Je la vis d’une autre manière ( Teiji )                                                   Dit ce que je pense (Gochiku)
 
Après avoir contemplé la lune                                                 Appuyé contre l’arbre nu
Mon ombre avec moi                                                             Aux rares feuilles
Revînt à la maison ( Sodô)                                                     Une nuit d’étoiles (Shiki)
 
Les soirs des hommes d’autrefois                                       De temps en temps
Furent semblables au mien                                                 Les nuages accordent une pause
Ce soir de froide pluie (Buson)                                             A ceux qui contemplent la lune (Bashô)
 
Il fait plus froid                                                                        L’arracheur de navets longs
Nul insecte                                                                             Montre le chemin
N’approche de la lampe (Shiki)                                                 Avec un navet long (Issa)


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En complément un peu de poésie chinoise ancienne


Saisons Shi Bo poème des dynasties Tang et Song Ed Alternative (extraits)
Le fleuve enneigé.
Mille montagnes, aucune ombre d’oiseau
Dix mille sentiers, pas une trace humaine
Seule une petite barque, un manteau de paille surmonté d’un chapeau de feuilles de bambou
Un vieillard pêche à la ligne dans le froid sur le fleuve enneigé..
Liu Zongyuan 773-819
Je pense à l’ermite taoïste du Mont Ouanjiao
Ce matin très froid dans mon pavillon
Je pense soudain à toi, ermite sur le mont
Tu cherches des fagots au fond du ravin
De retour tu réchauffes des pierres blanches
J’aimerai tant t’apporter une calebasse de vin
Pour te consoler dans cette soirée de pluie et de vent
Mais avec la montagne couverte de feuilles mortes
Où puis-je trouver tes traces ?
Wei Yingou 737-792


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Du Zazen : Nelly Delay le Japon Eternel Ed Gallimard extraits


« La posture Zazen : ( être assis en méditation) ( un éveil dans l’inconscient)… Etre assis en « tailleur » comme si la tête soutenait le ciel…


C’est l’état juste du corps et de l’esprit. Rien à chercher, rien à attendre, être simplement là, ici et maintenant. Le monde extérieur est illimité, le monde intérieur l’est aussi. Le regard est comme une porte battante. Il n’y a pas de monde, pas de « je » simplement une conscience objective. La position des mains (paume ouverte à droite et fermée à gauche ) participe également de cette circulation d’énergie entre l’intérieur et l’extérieur… »


« Ce qui est invisible pour les yeux doit être trouvé en soi-même car on ne peut appréhender la totalité du monde. » « Sortir du sommeil de l’esprit, de l’ignorance, de l’illusion. »
Le but du moine errant et poète : domestiquer le buffle en montant sur son dos…


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HAIKUS AUTOMNE 2011 

BRAN DU
 
Ce sont des "exemples" qui ne prétendent pas être absolument représentatifs du genre mais qui donnent seulement un aperçu de cette "respiration photographique"...
les puristes regretterons le non respect du découpage syllabique traditionnel 5/7/5.... L'important c'est de prendre plaisir à cet exercice en l'adaptant justement à sa propre "respiration"

 


APHORISMES, PENSEES ET POEMES COURTS

 

Mes pensées sont comme une troupe de moineaux cherchant sa nourriture…
L’hiver me donne sa becquée de mots rares et précieux…
 
L’eau du puits sacré
Coule sur la pierre tombale
Novembre rafraîchit sa mémoire…
 
Les femmes sous leur ombrelle
Déploient l’éventail de leur charme
- le printemps s’en vient aux hommes -…
 
Sur le lit de l’auberge                                                             Un kimono en coton blanc
S’étale un kimono de nuit                                                       Et sa ceinture là sur le lit
Pour l’accueil du voyageur…                                                  Pour le bien être du voyageur…
 
Elle se tient près de la source                                                 Il attend sur le lit
La femme au chignon de nuit                                                  Un possible voyageur
Son manteau est de lumière…                                                Le kimono de nuit…
 
J’ai jeté les trois osselets
J’en compte les points
Je ne sais si cela est gain ou perte…
 
Les navets longs
Arrachés à la terre
Personne n’en porte le deuil….
 
La tristesse à son foyer
Et le grillon son âtre pour chanter
Mes pensées se mettent à table…
 
Le cerceau de la lune
Un enfant le pousse
Dans ses rêves…
 
A chaque saison
Il retentit le cri
Du corbeau….
 
Le cabanon trône
Dans le fond du jardin…
La résidence des araignées…
 
Penché par-dessus le pont
Je scrute le fond de la rivière
Dont les yeux me regardent…
 
L’eau du puits est gelé
Le son de la cloche assourdi
- Plus de mouches a chasser -…
 
La pluie drue
Me tourne autour
Je ris sous mon parapluie…
 
Fréquenter les cimetières
Les arbres s’y portent bien
Les locataires sont peu bavards…
 
Fondamentalement, il n’y a rien
Le rien fonde le mental
Le mental est bon à rien….
 
Ma bouche fait de la buée                                             Longue soirée d’hiver au potager
Sur l’hiver de la vitre                                                      Le chou et le poireau
Mon doigt s’apprête à dessiner…                                   N’ont plus rien à se dire
 
L’écureuil et le hérisson                                                La lampe allumée
Se disputent le bol de nourriture                                    A l’aplomb du toit
Le moine n’est pas passé…                                         Guette l’invité
 
La fumée monte                                                             Bruits étouffés
Du bois de mon voisin                                                     L’hiver tapisse la chambre de mes pensées
Décembre a allumé sa pipe…                                         D’un silence blanc
 
Des oies s’ébattent
Sur l’étant gelé
Elles ont déserté l’estampe du salon…
 
La plaqueminier
Et sa corbeille de kakis
Décembre est passé à l’orange…
 
L’hiver s’étire dans le port
Grisaille et langueur
Heureusement les oies sauvages…
 
Le feu couve
Et cela qui attise mes pensées
L’absence d’une femme….
 
Quelque soit la saison
La pie toujours à lisser ses plumes
Et moi à repasser les plis de mes pensées…
 
Le kimono est un labyrinthe
Où des mains fiévreuses se perdent
A chercher des rubans…
 
Toujours esseulé, là dans l’hiver
L’épouvantail
Ne fait peur qu’à lui-même….
 
Quand la soie glisse comme la neige
Qui fond sur des pétales de rose
Un corps prend femme…
 
Accrochées au clou
Elles attendent la fin de l’hiver
Mes sandales* de paille                                             * Wareji
 
L’histoire dite
Par les gestes contés
La beauté du dénuement…
 
Derrière le rideau de neige
J’ai cru voir passer
La vierge et sa couronne sacrée*                                             * Couronne faite avec des branches
                                                                                            de Sakaki (arbre sacré du Shintô)
 
Brouillard très dense ce matin
Mieux vaut arpenter
Son jardin intérieur…
 
Le monde semble gelé et figé
Pour me rassurer je me dis
Que je suis la vie en mouvement…
 
Elle a mis l’été en sachet
La femme qui fixe l’obi*                                     * Ceinture plus ou moins large fermant le kimono
Sur son kimono…
 
Enlever les douze*
Ne reste qu’un songe
Dans le déshabillé de la nuit *                                         *Jû ni hitoe ou nyôtô shôzoku
                                                                                    Ensemble fait de douze pièces de vêtements enfilés l’un sur l’autre
L’arbre en berne
Sous le manteau gris du ciel
Mais, la visite des tourterelles…
 
La solitude n’excuse pas tout
Je ferme le robinet de la radio
Mes pensées caressent leur chat…
 
Trouée de soleil
Dans l’échancrure du ciel
Dernière sortie d’un papillon…
 
Digestion difficile
Après l’office en cuisine
Le moine cherche à concilier prière et pétulance…
 
Décembre s’épanche
De la toiture du ciel
Je pense goutte à goutte…
 
Aux dieux elle offre
Un bouquet arrangé *                                 * ikebana
À son mari, la clef du jardin d’été
 
Tresse et rubans de l’instant délié
Je fais la cour
A l’éternité…
 
Les kamis rient en cascade
Qu’en, au passage sur le pont,
Pète le marchand de soupe…
 
Ouvrage fait à la main
Et à la petite brosse moustachue
Gémissements à l’appui…
 
Le bouddha assis en tailleur
Nous fait une fleur
En nous gratifiant de son sourire…
 
L’arbre aussi
Fait Zazen
Mais ne se demande jamais pourquoi….
 
Pour le noble, le militaire
Le marchand ambulant ou le mandarin
A la fin le même vêtement d’os…
 
La neige sur la branche du pin
Sans mot au bord des lèvres
Mon cœur cherche le repos…
 
L’hiver sous son déshabillé
N’échauffe guère mes sens
Plutôt la fille de l’auberge…
 
Le ciel est si densément bleu
Qu’il impressionne
La voûte de mes yeux…
 
C’est bien de la peine
Pour la fille de joie
Quand le bambou a trop plié…
 
La splendeur d’un kimono
Peut cacher un fruit pourri
L’amour est sans habit…
 
Les dos se plient
Aux exigences de la rizière
Mais la voici gelée…
 
Le crapaud sous sa pierre
Rêve-t-il à cette princesse de cour
Changée en grenouille ?…
 
L’année à rangé son éventail
Ainsi que son ombrelle
Demain reste chez lui…
 
D’un jour à l’autre
Passe la navette
Noirs et blancs les fils de décembre…
 
J’ai mis des pétards au cul
Des esprits malfaisants…
Débandade dans la nuit…
 
Sous la véranda d’été
Dissertent deux vieilles filles :
La folie et la raison…
 
Kimono largement ouvert
Pas de cloche pour la geisha *                             * Femme pratiquant divers arts
A l’entrée du sanctuaire !…
 
Quand la belle de nuit
S’en vient au jour
S’estompe l’amour !…
 
J’ai rincé ma main gauche
Et purifié mes lèvres
Le thé peut me venir en bouche…
 
L’âtre attend
L’offrande du fagot
Comme le poème, ses mots…
 
Pruniers, Iris, Chrysanthèmes
Tous ont leur fête
Dommage qu’on leur coupe pour cela la tête !
 
L’arbre sacré
Est couvert de bigoudis de papier…
L’horoscope sera tiré par les cheveux !…
 
Si le tambour invite à la danse
Et le printemps aux chants des filles…
De qui serais-je l’invité ?…
 
L’eau s’écoule paisible
Dans le tuyau de bambou…
Ainsi il me faudrait écrire…
 
Elle a quatre vingt seize ans
La Femme Pure*
Les kamis parlent par sa bouche                                 * Miko (femme servant un sanctuaire shintô)
 
L’indécence est une couverture
Où la volupté
Aime à s’enrouler…
 
Dans la fente évasée
Un trésor il pensait trouver
Mais il s’écorcha la main… sur un oursin !…
 
Elaguer ses pensées
Quand l’amour vous prend
A la taille !…
 
La dernière seconde de l’année
Résonne avec le gong frappé
Une porte se referme, une autre s’ouvre…
 
Feu d’artifice* sur le tatami                         * feu d’artifice se dit Iwatari
Il n’y a pas que le kimono
A être rouge…
 
Soudain, à la bonne odeur
De l’herbe fraîchement coupée se mêle celle
Du poulpe frit….
 
La vie peut s’apparenter
A un théâtre de marionnettes
Dont nous réparons plus ou moins les fils…
 
J’entends le cortège des mariés
Chats et chiens s’invitent à la noce
Je prends ma solitude sous le bras…
 
L’eau chauffée à point
Le thé délivre son arôme…
Est-il une théière pour la pensée ?
 
C’est à genoux
Que l’on ouvre la porte coulissante
A genoux aussi l’homme devant la femme…
 
Le pavillon de thé
Ouvre le bon côté de la saison
Le cœur se porte vers celle-ci…
 
Le vent effleure le jardin de sable*                                 * jardin du monastère Zen
La pensée méthodiquement
Ratisse les graviers…
 
Humble le pèlerin
Qui monte vers le sanctuaire
Son cœur boit à la source…
 
Le printemps est encore bien loin
Une question me hante :
Reverrais-je les cerisiers en fleurs ?…
 
Il n’en font qu’à leur tête
Sur l’étal de juillet
Les melons d’eau…
 
L’eau ruisselle sur la vitre
C’est grand chagrin que cela
Mais je ne sais de qui…
 
La nuit est tombée
Sur l’étang nocturne
Les lumières s’allument en ricochet…
 
Les chaussettes qui sèchent
Sur le fil tendu au dessus de la cheminée…
Se souviennent-elles de leurs balades d’été ?
 
Le licou de l’hiver
Se deserre au cou du cheval sacré *                                             * Le cheval blanc est le messager
L’albinos accompagne le soleil dans sa remontée céleste…             des kami…
 
Aubépin et églantier
Tristan et Yseult
Le beau plessis d’amour…
 
La marche oblige aux enjambées
De même
Pour la pensée qui accompagne…
 
L’eau traverse le village
Sans s’arrêter…
Elle ne saura rien en dire à l’océan…
 
Le melon ne sait rien
De la main qui le dérobe…
La lune ferme les yeux…
 
S’il vous venait l’idée
De vivre dans un cercle
Vous n’auriez plus la tête au carré !…
 
Le port en décembre
Les tourne pierre s’activent, renversent les coquilles
Il me tarde de voir les oies bernaches…
 
Au verger abandonné
Un cimetière de pommes
Le merle y fait son pèlerinage…
 
La libellule
Jamais en place
Mon approche l’insupporte…
 
Le message
Apporté hier par les vents du Nord
Ceux de l’Ouest, aujourd’hui, le renvoient…
 
Il se vantait d’une prise exceptionnelle
Et ne cessait d’étirer les bras…
Même une carpe ne gobe pas tout !…
 
La neige, parce qu’elle est la neige
Dira tout
De ce qu’elle n’enveloppe pas…
 
Une femme
Au mitan des vêtements froissés
Pavot ou pivoine ?…
 
Il suffit que la neige recouvre
Lors le regard se tourne
Vers l’intérieur…
 
Même les bruits sont gelés…
Il est loin
Le chant de la cigale…
 
Ce moineau qui se pose
Sur la branche gelée de l’hiver…
Toute la fragilité de la vie…
 
Alors que tombe le crépuscule
Je me souviens d’un chemin dans le Cotentin
La rencontre avec une luciole…
 
Il n’a plus rien à cacher
Le bois d’été
Vents et feuilles s’y poursuivent…
 
Odeur de fumure
Sur les terres retournées…
Envie de soupe…
 
Demain il y aura sous les taillis
Des grives au bec gelé
Tous les chants ne passent pas l’hiver…
 
Mâts blancs
Arborant mille pavillons jaunes
L’automne n’a pas fait sa totale reddition…
 
On ne monte plus sur les tables
Pour danser
La nostalgie s’y accoude…
 
A son doigt une bague
Taillée dans un quartier de lune
Une dame glisse dans un halo bleu…
 
Pluie incessante
Qu’en disent les oiseaux
Dans leur manteau de plume? …
 
Nuit de tempête
Une rage de 90 Km heure…
Bien au chaud à l’abri, je suis !…
 
L’arbre a perdu ses feuilles…
Que nous faut-il perdre
Pour s’espérer nouveau ?…
 
Le rêve nu
Poussait des soupirs
Bien en chair !…
 
Plumeaux dans le vent
Girouette et épouvantail
Une saison propice aux haiku…
 
Feuille flottant sur l’étang calme
Elle glisse dans son songe
La fille nue sur son drap…
 
Tiré le ruban
L’étoffe à ses pieds
Son rêve croisa celui de la jeune fille…
 
Je dirais les routes
Peu sur les voyageurs
Les paysages sont si éloquents…
 
Elle relève ses jupes
Puis trempe ses pieds dans l’onde claire
La lune de mai…
 
Au bord de l’eau
Un arbre se contemple
Jeune fille à son miroir…
 
Le poète dans la maison des femmes
Joue, boit et rit
Les mots sont restés à la porte…
 
A la fourche des trois rivières
Il enlève ses sandales
Le poète en chemin…
 
Appuyés sur leur balais
Deux vieux discutent
De choux et de navets…
 
Averse soudaine
Les dos se plient
Sous le fouet du ciel…
 
Le train convoie
Des destinées éparses
Mais il y aura pour tous une ultime destination…
 
Noir était le ciel planant
le vent lui a rogné les ailes…
Le bleu s’étend à la surface de l’étang…
 
L’armée des pins
Toujours en ordonnance
Sous le rire échevelé des feuillus !
 
Je suis en vie !
Je suis envie !
Envie de vie !…
 
L’accomplissement ordinaire
Tient dans ce geste qui consiste
A refermer son opinel…
 
Je ne sais pas grand-chose
De la « soupe primitive »…
Pour l’heure ce potage me convient très bien…
 
Vitré… Des importants donjons
Toujours dans la défensive…
Mais de quoi, de qui ?…
 
Ma pensée est une oie sauvage
Qui cherche un point d’eau
Pour se reposer… (Ton prénom fut un de ceux-là )…
 
L’arbre si esseulé
Là, en soutenance du ciel…
Qui en a eu pitié ?…
 
Pour mener le monde à sa perte
Et la société au suicide
A qui demande-t-on l’avis ?…
 
Chaque jour le ciel
Est à sa peinture
Jamais satisfait semble-t-il …
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120229- HAIKUS DE JANVIER Bran Du
Paris Brest 2012


Introduction… préliminaires et prémices…


La pratique du Haïku est un acte fondamental de résistance face à tous les écrans, virtuels ou non, qui s’interposent entre notre regard, attentionné dans son acuité, les perceptions et visualisations qui en découlent à travers notre « ressenti » et nos « émotions  » et ce monde ou ces mondes qui nous entourent dans leurs vibrations « géopoétiques » et avec les ondes et flux émanant, de façon plus ou moins perceptible, du vivant…
Etre en prise directe avec cela qui est et manifeste sous une forme ou une autre sa présence nue, pure ou brute ; c’est là tout le propos pour habiter pleinement aussi ce monde ou ces mondes et se revêtir « de l’air du temps » et du souffle de l’Esprit ….
C’est faire témoignage d’une vie, d’une existence, toujours à l’œuvre au sein de l’alchimie de la lumière et des forces conjointes à elle….
C’est ne plus accepter d’être séparé de cela qui nous lie et relie à l’essentiel et au primordial, à l’origine, aux souches et sources d’entendement et de compréhension et au devenir en cours d’élaboration…
C’est par ailleurs une véritable hygiène mentale qui délave, néttoie et épure, clarifie et pacifie…
C’est instaurer, restaurer régulièrement, un dialogue silencieux mais fructueux avec ce qui émane d’un absolu, d’un indicible, en des ambassades que déchiffre et décripte le cœur appelé à la rencontre…
C’est dans ce silence entendre la voix et le chant de ce qui chemine à nos côtés dans la roue des saisons et nous faire compagnon ou compagne de toutes ces trajectoires qui sillonnent la terre et le ciel avec leur chargement d’eau et de feu…
C’est redresser l’arbre que nous sommes en abreuvant ses racines et en ouvrant large nos veines aux sèves vitales et séculaires qui irriguent notre présent en ensemencent notre devenir…
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1 : Le bleu du ciel                                         9 : Pour rompre la platitude :
Est cette coquille                                         Des pylônes, des éoliennes,
D’où l’œuf du jour à éclot…                           Un clocher dans l’étendue déserte…
 
2 : Par la verticale de l’arbre                         10 : Des sillons par millions comme
Exprimer la reliance                                          Autant de ligne de vie baignant
L’espoir d’une conjonction                                 Dans les pesticides de la mort…
 
3 : Le temps pris au piège                             11 : Si n’étaient les oiseaux
Des éoliennes                                                     Le silence hurlerait                                                                                                                                                                                                                              Tourne en leurs palmes géantes…                        Des mots contre la mort…
 
4 : Ils sont là de nouveau                             12 : Désespérées sont les fleurs
Les vanneaux                                                     De la Beauce ;
Avec leurs ailes de passage..;                             Le vent n’y jette un regard !…
 
5 : Immensité labourée…                             13 : Nuages après nuages
L’étendue du blé en herbe…                               Les saisons traversières                                                                                                                                                                                                                         - Quelle terre pour nos semences ?                 -… Font halte dans la Beauce…
 
6 : Fermes de Beauce                                 14 :l’eau, partout captée, détournée
Forteresses contre l’extérieur                            Seule protestation :
Mais tout cela qui ronge en dedans !…              Un collectif de grenouilles !…
 
7 : Ici et là                                                 15 : Quand le ciel
Quelques rares bosquets                                   A son miroir
Où le refuge se fait massacre…                         La lumière y plonge à nue…
 
8 : L’engrais fume                                     16 : Des hameaux, des jardins, des
Sur les terres de janvier                                   Places, des hangards et la vie
Avec demain à engraisser !…                          Circulant de l’église au cimetière…
…………..;
17 : Première colline du Mans…                  18 : Agglomération, Concentration
Parce qu’un brin d’herbe                                    D’êtres, de matières et de choses..
A voulu voir plus haut ?…                                  Pour une sécurité liberticide ?…
 
19 : La cité et ses arbres domestiqués                     20 : Les champs d’arbres
Les enceintes séculaires, mais,                                     Sont des tirelires végétales ;
A l’extérieur, le temps aiguise ses dents de loup…         De celles que l’on casse une fois pour toutes…
 
21 : Les peupliers                                 22 : Les haies et les talus
Avec leurs manchons de gui                        Comme une ligne de démarcation
N’ont plus froid aux yeux…                         Avec la mort de chaque côté…
 
23 : L’anciennété arbustive                 24 : Au loin, les premières forêts ;
Se donne à lire par la hauteur                   Baleines grises au repos
- L’éternité s’inscrit dans l’élévation ! -…    Dans l’océan des terres…
 
25 : Les peupliers seront parmi               26 : Enfin, l’arrondissement !
Les premières torches                                  La terre prend forme
Allumées par le printemps…                         Et les vallées se creusent…
 
27 : L’ancien château                           28 : Les pieds dans la boue,
Là, sur sa motte féodale                             Les vaches sont en attente
Et le train qui passe, si peu cavalier…         Entre la paille et l’abreuvoir…
 
29 : Sans parfum, sans calice,            30 : Déjà, les rus débordent…
J’abeille                                                   Les eaux se répandent sur les terres…
Dans ma ruche hivernale...                        L’été et loin, et sèches ses éponges…
 
31 : Les coudriers exhibent leurs chatons ;      32 :Tous les jeunes rameaux se colorent
Leurs jaunes lumignons,                                     Comme une fiancée
Leurs lanternes de vie…                                     Au matin de ses noces…
 
33 : Les clos se resserrent,                         34 : Quelques pelotes
Les propriétés se cloisonnent…                          Dans la corbeille de janvier…
Plus plate est la bourse !…                                Les semaines jouent à saute-moutons..
 
35 : Ce n’est plus le silence                        36 : Les nuages sont partis
Des grandes étendues                                      Voir la mer…
Ici, le bois dispute à la terre…                           Le soleil inspecte ses territoires…
 
37 : Les rouches ont perdu                         38 : Laideur d’un complexe industriel
Leurs poils -                                                    La chimie des hommes -
Et ma pensée ses plumes !                             Apprenti sorcier face à l’alchimie divine…
(Rouches = roseaux)
 
39 : Février peut s’amener                         40 : Les nuages sont venus voir
Avec ses semelles de fer et de glace ;             Cette frontière
Le blé s’est ancré dans la terre…                    Entre l’ici et l’ailleurs…
 
41 : Aucun corbeau                                 42 : Passé Rennes
Ne fait de l’ombre à la lumière                         La pluie s’en vient à la rencontre
Laquelle voyage sur leurs ailes …                   De mes yeux secs…
 
43 : Une nouvelle répartition cadastrale         44 : Les ardoises brillent
De nouveaux découpages                                   Sous le temps qui glisse
Des paysages plus menus sur la carte…             D’hier à demain, du bleu au gris…
 
45 : Ce ciel, je le reconnais…                     46 : La mer en ses bordures
Mon enfance l’a revêtu                                      Etend ses marées
Comme un duvet sur un oisillon…                      Au-delà du rivage…
 
47 : Etre de retour au Pays
Se savoir en « remembranche »…
Attendre la sève….
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20/01/2012
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