Les dits du corbeau noir

JEAN MICHEL MAULPOIX POETE EXTRAITS DE RECUEILS BRAN DU 2018 10 04 AVRIL

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ELEMENTS de «Poésie» :

Jean Michel Maulpoix « Emondes » Solaire édition (Extraits)



« Une poésie de l'Essentiel » Bran du



« C'est sous la forme du fragment que l'incomplet est encore le plus supportable. » Novalis





« - Par quoi veux-tu mourir ? Par ce que j'aime. » J M Maulpoix

 

 

A propos de l'auteur : Notes de lecture Bran du Avril 2018



Avec Christian Bobin, Pierre Autin-Grenier, Kenneth White, Jean Pierre Otte, ou, pour le féminin, Béatrice Kad ; Jeanne Maillet, Audrey Bernard...voici un autre écrivain-poète contemporain porteur de cette substance indéfinissable qui restitue de la vie à la vie...

 

C'est une épaule posée contre la nôtre, où chaque son, poétiquement articulé, prend appris sur un silence avant que de tenter sa formulation, sa percée dans la matière du monde...

 

Ils sont rares en ce temps où le langage se vide de sens et d'intelligence que les poètes qui ont a dire tous les secrets du silence...

 

La poésie est une clameur qui ne saurait se taire, elle prend vent, courant et flamme quand elle manque de lèvres audacieuses, lucides et fidèles pour tenter l'embrasée d'amour...

 

Avec Jean Michel Maulpoix, nous sommes au plus près de la vie, de la chair même de la vie. Parfois nous transperçons celle-ci, respectueusement, sans en altérer l'énigmatique substance et même en sublimant celle-ci sans pour autant perdre la lucidité de nos limites et la rouge défaite de quelques sentiments...



Nous sommes amenés à connaître intimement, profondément, cet oeuvrier des mots, ce colporteur de poèmes, ce pontonnier du possible, cet accrocheur d'étoile, cet interpellateur de l'essentiel, ce tisserand du sens et du verbe qui marche en funambule sur la trame de l'Univers....



C'est de la sève dans l'aubier de nos renoncements à être que cette poésie « nue » ; une poésie libérée du joug académique, des convenances aux normes bienséantes ; une poésie ouverte comme un ciel aux quatre saisons de l'homme, ruisselante d'écoute, d'attention, d'entendement et de compréhension mais, sans illusion quant aux promesses jamais tenues, quant aux printemps avortés en l'hiver des attentes et des abandons...



Aux flux de l'espérance répond le reflux des doutes et des incertitudes.... Les mots en ambassade de ce qui se tait, se murmure puis se dévoile, prends corps et vie, jusqu'à la transparence...



Le mot « juste », le juste mot, adéquat, ajusté, conjugué de « primordialité » et du sens fondamental de ce qui s'enfonce, clairement, dans les brumes et les brouillards des êtres que nous sommes encore à devenir...



Ce sont des mots de poète ; des mots mis sur nos lèvres ; de ceux que nos lèvres ne savent pas, n'osent pas, ne veulent plus prononcer... Ce sont autant de couplets ajoutés à ce refrain qui s'appelle la Vie... Ce sont eux qui font danser la lumière obligeant toutes les ombres à suivre le clair mouvement du vrai, du juste et du beau...

 

Le poète sait s'il a ou non des « frères d'âme » ; il connaît la grande fratrie des mots qui battissent un pays, une île, un continent par la simple force et lumière d'un poème qui rassemble en un même lit de joie et de douleur les désirs du ciel et de la terre de s'épouser enfin, le temps d'une éclipse...

 

 

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Le Temps du Fragment : Jean Michel Maulpoix (extraits)



« ...Le temps du fragment est venu ... Le fragment pondère la parole, contrarie le chant, reconnaît ses faiblesses, soupèse ses pouvoirs. Il entretient la poésie, l'effort de la pensée...

Interrogeons l'encre qu'il distille.

Émondons l'arbre : qu'il cesse de cacher la forêt. »



Émonder le langage n'est pas lui couper les ailes, ni lui taillader les poignets. Plutôt l'assainir, le revivifier, dans l'espérance des sèves à venir....

Le fragment est une pierre cristalline...

Utopie du fragment : « Pareil à une petite œuvre d'art, un fragment doit être totalement détaché du monde environnant et clos sur lui-même comme un hérisson. »...



Il n'est rien, il est tout... Pareil au coquillage, il enferme en soi l'entier murmure de la mer. Il parme tout seul de l'infini.

L'absolu est son intimité...



Le fragment est la conscience du poème...

Réduire ensemble notre langage et nous-mêmes, parler peu, mais plus juste...

Le fragment enregistre les battements de la précarité...

C'est un début d'amour ; il nous fait signe d'exister...

« Seule est émouvante l'orée de la connaissance. »

Il dit qu'il faudrait tout reprendre, recommencer et reconnaître...

Le fragment a vocation de réconcilier le beau et le simple, l'émerveillement et la pensée...



Une écriture blanche, recolorée par le désir. Le rose monte aux joues.

Émoi : manière effervescente d'exister.

Ne plus être soi sans pour autant se quitter tout à fait...

On écrit jamais que son désir d'écrire...



Revenir au poème pour y reprendre joie...



Escalader l'arbre des paroles, marauder les mots de lumière qui jutent et brillent jusqu'à ce qu'il fasse beau dans nos têtes, vif et clair, amour par bouffées...



Émonde d'abord ta vie. Va . Pèse ton corps en marchant. Son juste poids de finitude.

Écarquille le regard d'aube de qui s'est un jour rapproché des morts.

Deviens ce visage de papier, puis cette maison de paille que le soleil dévore...



Surveille de plus près le silence...

 

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Jean Michel Maulpoix La Parole est fragile (Extraits)

Imprimerie de Cheyne



Nuits de noce.

Ce soir le ciel et la terre sont allongés l'un contre l'autre pour mourir en paix...



Le papillon : il est la mort qui bat des ailes...



J'ai rêvé de mots imprononçables blottis sur nos lèvres.

Le ciel sur la bouche ou le silence ferait son nid.

Nous parlerions comme on se tait de toutes ses forces pour écouter, afin de ne plus être que passage...



Longtemps encore il ne s'agira que de cet amour dont le baiser manque à nos lèvres...



Il nous importe tant de naître, embarquant dans le temps notre chair pour y tenir parole...

Attarde-toi sur les montagnes.

Dénoue un peu ta chevelure, tu plais aux dieux...

Écrire pour inventer à chaque fois une innocence...

Je n'écris jamais que des commencements.

Seule est émouvante la lisière des mots, le toucher hasardeux de la plume sur la page. Ces proses ne sont que des premiers vers. Juste un peu de langage où s'abriter...

Les êtres et les choses hibernent dans le langage...

le soir, parfois, l'image tinte contre la cloche.

Parfois la phrase semble vouloir suivre lourdement l'envol des corbeaux sur la campagne blanche. Mais ce désir est dérisoire...



Superbe est le langage qui se dérobe...

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Jean Michel Maulpoix L'Instinct du Ciel (Extraits)

Edition Mercure de France



« ...Notre amour, savez-vous, ne tient qu'à quelques fils, comme tout ce qui nous occupe jusqu'à mourir. »

...Toujours remuant des ténèbres, et toujours cherchant la lumière à travers un rideau de cris ou faisant essayer de longues robes au silence.

Toujours cherchant la source des larmes et des pensées...

Ils font ainsi, auprès du bleu, quantité de gestes approximatifs (…/...) dans la chambre d'amour (…/...) quand les mains tremblent de se joindre, s'étreignent ou se délient pour dire cette âme qu'ils ont et qui voudrait danser...

Chacun n'est après tout que la forme nouvelle d'une même question toujours posée...



Puisque qu'aucune eau ici ne désaltère : Aucun amour humain assez vaste et profond. Ô mourir en aimant si mal, hanté d'autre choses, toujours, qui ne survient pas !

Cet enfant que l'on fait doit-il mourir de soif ? La vie humaine n'est qu'un couloir ; quelques portes et quelques crochets pour les manteaux et les écharpes...



L'important se dit-on, est de subsister sans chagrin...



Que fera de sa vie celui à qui nul n'a appris à demeurer seul avec soi ?

Quelle sorte de son rendra-t-elle ; si la musique n'évoque en lui qu'un vague tressaillement ?

Quelle intelligence, si nulle question ne lui est posée ?

Quel signe saura-t-il tracer, s'il n'aime ni la langue ni la terre ?

Quelle parole s'il ne connaît rien du silence ?

Quelle clef s'il n'a aucune porte à ouvrir ?

Sera-t-il à jamais l'esclave de tout ce qui s'agite autour de lui ?...

Que fera de sa vie celui qui n'espère nul fragment d'éternité ?



Quelle sorte de barque est sa langue ?

Pour traverser, pour s'en aller, ou simplement pour se tenir un peu, dessus le bleu, en équilibre ?



Cette étrangeté inconsolable de son regard tient à quelque secrète mémoire, en lui profondément et jalousement logée, où demeure enfouie le modèle inconnu de sa vie.

Ce modèle même qu'il cherche lorsqu'il court à travers le monde, où lève les yeux vers les nuages avec le sentiment confus d'y reconnaître quelque chose de très ancien ou de très pur.

Il n'existe que de chercher, et de chercher encore cela qui toujours se dérobe...



Pourtant ce sont des noces qui l'occupent et c'est à l'amour qu'il s'emploie.

Prenant soin de nouer toute chose en bouquets, il travaille la lumière ? Il invente, il évoque.



Cet homme porte un enfant... Cet homme transporte le poids de mémoire de l'enfant qu'il a été et qu'en dépit de son travail de tant d'années, il ne parvient pas à mettre au monde.



Un poète est un instrument à cordes. Il suspend les accords de sa petite musique dans les angles morts de cette vie.



...Elle aime ce dont il est impossible de dresser la liste, tout ce qui a, en elle, au fil du temps, trouvé sa place. Ce dont son corps s'habille. Tout ce par quoi il se prolonge et palpite...



Ta vie s'accroche à des visages. Tu dévides des phrases, tu emboîtes des pas. Tu discours, tu séduis, tu t'émeus, tu t'attaches... ce cœur, qui t'en déchargera ?



Tu pars à la rencontre de ces herbes ou de ces forêts, en toi profondément enfouies, que tu as traversées jadis, dans une vie très ancienne.

Des paysages dont l'échelle et les perspectives sont brouillées depuis longtemps. Peut-être n'ont-ils jamais existé ? Ou sous la forme de cheveux, de caresses, de parfums que tu recherche encore entre des bras aimés.

Tu cadres en grand les bords de mer et t'efforce d'en revenir à quelques idées anciennes de la douceur et de l'émoi.

Tes propres souvenirs sont des terres inconnues.

Comme la substance même de ta vie....



La mémoire te fait mal, où qu'on la touche.



Quel enfant es-tu resté ? Que viens-tu mettre au monde ?

Es-tu producteur de soucis . Inventeur de chimères ? Négociant en amour ?

Amour. Sans cesse ce mot à la bouche. Ce mot de forme ronde.

Si facile sous la plume. Attendrissant la langue, cautérisant la plaie...

L'amour, dis-tu, ce sont des mots. Tu fais des phrases : tu mourras en faisant des phrases.

Ce que tu cherches, tu le transportes, mais jamais ne pourras l'atteindre.

L'amour est un faux-jour qui creuse en toi des puits aveugles ?



Poème : quand la langue devient pareille à une humeur, noire ou blanche, chaude ou froide, circulant plus vite ou plus lentement que le sang ou la pensée, dans des veines invisibles que ne localise aucun manuel d'anatomie.



L'écriture convertit la durée en parole.

Poète, par quoi d'autre le devient-on que sa propre disparition ?



Poète pour combler dans la langue ce défaut en soi de quelqu'un.
Boucher ce trou par où s'enfuit le temps.
Remplir ce creux qu'Elle a laissé sur ton épaule en s'en allant.

Poète pour renouer des fils.

Par défaut d'être soi.
Souci de ne rien laisser perdre.
A cause d'un rendez-vous manqué. D'un battement de cœur en moins ou en trop...



Un poète est un contemporain soucieux d'éternité... Il éveille...

Il rejoint, par des voies trompeuses, le chemin juste.

Poète, celui dont le visage demeure suspendu à la voix, celui qui te fais don de ses errances, celui qui parle depuis ton cœur où, sans effraction, il s'est glissé : la porte était resté ouverte.

Celui qui éprouve à distance le même désir inconsolable. Celui que tu ne rejoins pas...

Poète celui qui œuvre à même les rythmes de ses jours...



La poésie, dis-tu, te tient lieu de l'amour.



Ne plus être qu'un cœur...qui se réconcilie.



Tant de blancheurs, si peu d'envols, tellement de tombes.

On ne peut se passer d'Eden !



Ce que je nomme idéal, absolu, ou azur, n'est pas après tout rien d'autre que mon espérance de naître enfin ici-bas.



Toi, mais comment te dire ?

Je te remets debout comme je peux dans la lumière.

Je demeure privé de ta voix.

Je ne connais pas le chemin qui mène à ta peau nue...

De quelles joies sommes-nous privés ?

Pour quels autres amours, devoirs, obstinations ?



Nous sommes un rendez-vous manqué.



Pourquoi, plutôt que tout autre, sinon pour ce pressentiment de l'incendie et de sa combustion.... Pour cette façon que tu avais de te déplacer dans la lumière, ou de la déplacer avec toi.

Et ces paroles que ton sourire venait déposer sur ma bouche.



Amour, cette conjugaison de lutteurs écoutant leurs deux souffles...

La tête dans le creux de ton cou, c'est mon cœur que j'écoute battre, et, plus loin, plus vaste que lui, la musique même du monde.



Les mots que j'écris à présent sont notre descendance.

Les enfants inconnus de l'amour que nous avons fait si souvent sans nous connaître.



Tu es toujours celle que je cherche.

J'ai traversé auprès de toi la mer et la lumière du jour.



L'amour étreint à même la chair cette précarité que le poème crispe en paroles. Là où nous allons boire et tenter de puiser un peu de transparence...



Il s'est trouvé que j'ai posé sur tout cela un visage très nu de femme aimée aux yeux clairs.

Mon corps n'a pas encore trouvé sa place en ce bas monde ; il n'y est pas encore venu, et si le désir me prend si souvent de vous aimer, c'est que je l'imagine plus heureux auprès de vous.



Nos amours les plus belles touchent à des êtres qu'il ne nous fut jamais donné d'étreindre, ou si peu, si vite...

Là, au bout de nos doigts, et plus intensément que les mots les plus justes à la pointe de la plume la plus fine, se rassemble tout le désir et tout le désespoir, tout le rêve éconduit, le temps entier de notre cœur.

Malgré tout, je persiste. J'attends ta voix. Cette manière tienne que tu auras de dire les choses. De choisir et te rapprocher, de séparer ou de faire tenir ensemble.

J'attends d'entendre battre ce qui s'appelle ton cœur.



Écrire renoue la mélodie. Entre nous, tant de notes éparses. De chose pas vraiment dites.
Écrire est mot d'apprentissage.

Toucher la joue des dieux du bout des doigts.



Ce que nul ne peut boire, il le pleure.



As-tu jamais songé que nous avions précisément en commun ce qui semblait nous séparer ?

Ce secret que chacun demeure à lui-même. Ce silence sur lequel il veille. Ce creux que rien ne peut remplir. Nous avons en partage la commune ignorance du pourquoi de notre existence. Ne sachant jamais qui nous sommes, nous devons en appeler à autrui pour tenter de nous reconnaître.

Où chacun sait qu'il doit mourir survient l'amour.



Les mots me viennent par vagues. Ils voudraient dire des choses que je ne maîtrise pas. Ils tâtonnent, ils palpent le vide et tout à coup s'enfièvrent pour une image qu'ils ont prise pour la vérité. Je m'y abandonne aux courants de lumière et de vent.

A vrai dire j'y cherche tes lèvres.



Les corps et les livres sont une même blancheur et une même unité.

...Entrant dans la brûlure d'aimer comme bois jeté au feu, craquant et crépitant de toutes nos jointures, l'un à l'autre accrochés ainsi que le ciel à la terre, avec des cris, des creux, de la croyance pour deux, cabrés par le savoir de la disparition jusque dans la plus vive présence.

Nous ne savons pas, nous ne savons plus ; tout depuis toujours nous reste à apprendre. (…/...)

Où laisser pousser nos racines, en quel amour, quelle terre, quelle langue, quel corps aimé de femme aimée ?

Il importe d'écrire toujours plus haut que ce qui fut. La langue est la mémoire obligée de l'amour.



Et ses mots non plus ne valent pas grand-chose, s'ils n'exaspèrent en lui le désir de la vie la plus vivante.



Ai-je rien fait d'autre qu'apprendre à marcher, un peu moins boiteux, un peu mieux capable d'aller et de venir, comme d'approcher le cœur d'autrui et de prêter l'oreille à son bruit sourd de source et de tambour ?

A combien de désirs et de chagrins faut-il mourir pour éprouver enfin la sensation d'être né ici-bas ?

Chaque minute est couse de naissances et de trépas.

Comment entrer vraiment pour s'y brûler dans le tremblement de la flamme ?



Ces noces que je n'ai pu faire miennes, cette robe légère et blanche que tu n'as pas portée, elle tombera bientôt du ciel...



Je cherche, j'attends la neige.

 

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Jean Michel Maulpoix Domaine public (Extraits)

Edition Mercure de France



..Sale temps pour l'amour en ce début du siècle. Dans quelle joie désormais irons-nous pleurer ?

Si par surcroît les mots offrent un peu d'amour, je ne le refuserai pas : C'est une denrée rare il me semble.

Le vrai, celui des autres qui s'en vont deux par deux dans la tiédeur d'un soir, avec des regards et des rires... Celui là ne se discute pas. On voudrait plutôt l'apprendre par cœur, et le réciter à haute voix.

Ma vie même ne m'appartient plus. J'ai oublié d'être quelqu'un. J'attends celle qui me prouvera le contraire.



Les mots se chargent de la mort, pour la vie on se débrouille seul.

D'un jour à l'autre, on se répète : « je voudrais être une phrase nouvelle, avec des mots pas encore dits. »...

Le monde n'est que la forme passagère du souffle...

Je ne connais de vérités que rudimentaires.

La poésie est l'autre nom de la nudité.

Le poète est un accélérateur de particules.

 

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10/04/2018
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