Les dits du corbeau noir

INSULAIRE 4 MEMOIRE ET DEVENIR / le SENTIMENT "OCEANIQUE" 2024 BRAN DU 08 06 JUIN

 

 

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BELLE-ÎLE PHOTOS BRAN DU

 

 

 

Insulaire 4

Mémoire des Îles et espérances pour demain

et Notes sur le "Sentiment Océanique"...

Bran Du Mai 2024 (Sources : documents vidéos de l'INA.)

 

Jadis, sur l'île de Molène, il n'y avait ni eau ni électricité... L'eau providentielle venait du ciel et toutes les maisons recueillaient précieusement celle-ci dans des citernes collectant l'eau de pluie par un réseau regroupé de gouttières...

 

Pour l'éclairage, on avait recours aux bougies ou à la lampe à pétrole ou encore au feu de bois et ces « feux » accompagnait les veillées d'hiver où s'entrechoquaient les aiguilles à tricoter et les mots et légendes en breton...

 

C'est l'hiver aussi que l'on mijotait les lieus ou les congres que l'on avait mis à sécher tout l'été...

 

Molène disposait de son cimetière enserrant l'Eglise et celui-ci était parfaitement entretenu mais les morts « étrangers à la commune » reposaient dans un coin à l'écart soit dans une friche laissée aux bons soins de la nature et de ses droits...

 

Il n'y avait pas encore de sémaphore et pour avertir les marins de l'île d'un naufrage survenu on hissait un drapeau en haut d'un grand mat...

 

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« Ici on est toujours avec les morts. Ils sont toujours avec nous »

 

Les Sénans entretenaient une relation permanente avec leurs morts. On les visitait au cimetière et on s'entretenait avec eux. Ils partageaient la table et bien des activités des « vivants ».

 

La jeune mariée, dès la sortie de l'Eglise, se rendait au cimetière sur la tombe des « disparus » pour y déposer son bouquet...

 

« Joa d'an anaon »... On proclamait ainsi la joie promise aux âmes dans la félicité du ciel. La grande majorité des plaques du cimetière comportaient cette formule d'espérance pour les « bienheureux » et « bienheureuses »...

 

Lorsque qu'un corps avait péri dans le Raz de Sein, les chances de retrouver celui-ci était très minces. Il était d'usage d'attendre neuf jours après lesquels on organisait un enterrement. On couvrait la table d'un drap blanc et on y déposait deux chandeliers. On veillait ainsi pendant deux nuitées en faisant comme si le corps reposait dans la pièce puis on allait au cimetière... Si le corps était retrouvé au-delà des neuf jours on faisait un second enterrement...

 

Entre 1900 et l'an 2000, les Sénans ont sauvé environ 600 personnes...

 

Mais les veuves se comptaient sur plus de deux mains dans l'île car la mer « cette goule ouverte » avalait bien des hommes et parfois un équipage entier...

 

 

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Bien des jeunes sont partis dès qu'ils ont pu sur le continent et peu en reviennent à la fin de leur vie... Mais pour certains Sénans nés sur le caillou, c'est sur celui-ci qu'ils veulent demeurer à leur mort et nul part ailleurs.

 

Au 19iè et au début du 20iè siècle bien des îles étaient isolées

car il n'y avait pas toujours de navettes pour les traversées.

Parfois c'était l'hélicoptère qui se chargeait de livrer le courrier ou de transporter un malade demandant des soins urgents ou particuliers...

 

Tous les îliens et îliennes connaissaient donc l'état de solitude mais celui-ci avait pour effet de susciter une forte et immuable solidarité faisant face à toutes les épreuves...

 

La catholicisme est implanté depuis fort longtemps sur les îles bretonnes et bien des saints y ont fait séjour aussi les pratiques religieuses y sont importantes et fréquentes...

 

Si les classes catholiques font le plein, les enfants allant à l''école laïque se compte souvent sur une ou deux doigts de la main...

 

Les cloches font souvent écho aux cornes de brume...

 

Ici, l'âme est empreinte d'aurore et de crépuscule, de soleil et de lune, de Suroit et de Noroit, de jurons et de prières, de colères et de supplications, de pleurs et de rires, de joies et de peines, de crachins et d'embellies, de cidre et de vin, de noces et de deuils, de larmes et de rires, de danses et de processions, de rosées et d'embruns, d'équinoxes et de solstices...

 

 

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HOUAT... Sources : document de L'INA...(Institut National de l'Audiovisuel.)

(5 km de long et 1 km environ de large.)

 

C'est l'île la moins peuplée de toutes les îles bretonnes et aussi la plus éloignée du continent ( appelé souvent « l'autre coté » )...

 

Là sont des venelles bordées d'hortensias bleus, roses, rouges et blancs renforcées d'agapanthes et de roses trémières...Là sont des façades blanches avec des bordures couleur de l'océan...

 

Ses massifs dunaires, ses vallons sauvages, ses landes rases et ses plages accueillantes ont fait le succès grandissant de l'île... (Campeurs et randonneurs, plaisanciers etc...)

 

Là aussi la Terre est affaire de femmes alors que la mer est l'affaire des hommes...

 

 

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Avant de devenir une commune l'île était gérée par l'Eglise et le prêtre avait en charge bien d'autres fonctions que son ministère et son office...

 

De même qu'en d'autres îles restées plus ou moins longtemps à l'écart du continent, le caractère îlien est fortement marqué par un vif sentiment de solidarité et d'appartenance au territoire.. A cette ancienne époque tous se connaissent et s'appellent par leur prénom ou via un sobriquet...

 

Le bon rapport aux autres est un exercice agréablement et fortement pratiqué et les « gens de cœur » ne manquent pas...

 

Le « relief » lui-même si « tourmenté » concoure à forger ce caractère qui induit à se « serrer les coudes »...

 

Il y avait en 1922 420 habitants pour 200 hectares de terre...

Cette situation (un déséquilibre dans la juste répartition) engendrera une « crise économique »...

 

La population est « vieillissante », le maintien des écoles est subordonné à un quota d'enfants par classe et celui-ci n'est pas assuré... Un apport en population plus jeune et familiale est attendu et souhaité...

 

L'élevage des vaches disparaît en 1972, l'électricité est arrivée elle en 1963 et le nouveau port en eau profonde est construit en 1972.

L'ancien port au Sud de l'île était soumis aux marées et ne permettait pas une activité permanente...

 

L'absence de médecin sur l'île est aussi une source de problématiques...

 

Ce sera là avec ce nouveau port la fin de la vie traditionnelle...

Les nouvelles liaisons rendues ainsi possible et bien plus fréquentes vont créer une « autoroute » entre le continent et l'île... (Compter une heure de traversée.)

On notait environ une armada de 10 000 voyageurs annuels en 1980, il y en a eu 127 000 en 2003 !

 

 

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Dans les quarante dernières années le tourisme à pris le dessus sur toutes les autres activités et lors les locaux se sentent devenir minoritaires sur leur île...

Par ailleurs, certains nouveaux résidents ont tendance à reproduire le modèle et les modes de vie de la « cité radieuse » qu'ils ont quittés !...

 

L'emballement pour la résidence secondaire et la crise du foncier provoquent comme dans les autres îles un impact très négatif...

 

« Une île et ses habitants, ça se mérite, ça se respecte.», cela pourrait être un slogan pour l'avenir...

 

Avant le fort accroissement des navettes, les îliens et îliennes se nourrissaient de divers laitages (du beurre, du lait « ribot » entre autres) et du cochon nourrit au lait et aux épluchures de pommes de terre...

Il s'agit maintenant de réintroduire de l'élevage comme sur d'autres îles, et de même, de diversifier les activités liées à la pêche, de mettre en œuvre un parcellaire agricole, du maraîchage, de l'artisanat, du « télé-travail », de créer des emplois et de rendre du logement disponible......

 

La brouette ici aussi a été le moyen de transport le plus employé, (c'est un excellent exercice de musculation) il reste encore en usage malgré l'arrivée des petits tracteurs...

 

Les premiers touristes seront à l'origine des sentiers tracés autour du littoral mais aussi de bien du souci pour gérer alors le traitement sanitaire de l'île et des déchets générés...

 

 

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La diminution démographique progressive de la population ainsi que l'attrait du continent pour les jeunes, la longue absence de certains marins, sont à l'origine de la mise en friches des terres devenant une vaste jachère colonisée par les ajoncs, bruyères et genêts...

Le recours d'une solution à cela a été parfois celui des brebis et des moutons chargés de lutter contre cet envahissement. Ils seront aidés, ici et là, par les associations de chasseurs en quête de mieux tirer garennes et faisans !...

 

Il est à remarquer également que l'on se marie volontiers entre îlien et îlienne mais bien des filles préfèrent aller chercher leur futur mari sur le continent...

 

Un événement à noter, singulier, original et très bien accueilli, fût la mise de tous les terrains non bâtis de l'île en parcelles communales en 1965...

 

La ressource halieutique ici aussi est en déclin du fait de l'épuisement des ressources...

Les rendements sont de plus en plus faibles....

Il y avait encore 35 bateaux armés pour la pêche en 1935, il n'y en avait plus que 20 en 1995...

 

La course à la rentabilité est partout présente, certains pêcheurs locaux accusent les gros chalutiers d'être des « dévastateurs »...

L'idée à germé de la création d'une zone exclusive de pêche avec un label «produit dans les îles », mais cela pose d'autres problèmes, la mer ici est à « tout le monde » !

 

Molène, Sein,  Houat et de façon moindre Belle-île connaissent un fort taux d'isolement mais ont fortement changé en un demi-siècle...

 

 

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HOUEDIC :

 

80 hectares qui accueillent à la belle saison des milliers de voiliers et de campeurs avec les inconvénients produits par cette affluence pas toujours respectueuse de l'environnement et parfois avare en politesse et en bienséance !

 

En 1999, selon un reportage de l'INA, on y vivait encore portes et fenêtres ouvertes... A cette époque, il y avait 90 habitants l'hiver et 3000 l'été... c'était là le début de « l'envahissement » estival...

 

A l'arrivée de l'automne les turbulences du vent dans la folle avoine (des pointes à plus de 150 km/h) remplacent les bruits estivaux et les terrasses se vident comme au baissant des marées...

 

Je ne sais si c'est la même chose dans les autres îles mais si on n'est pas natif on demeurera un « étranger », certes respecté le plus souvent mais un « étranger » tout de même...

 

Je me souviens qu'à Bréhat votre salut n'est pas rendu si on n'a pas été à l'école avec vous !

C'est au café-bar que l'on va prendre des nouvelles du pays et du monde. Le journal à toujours été attendu par les insulaires et la livraison de celui-ci avec le courrier par bateau ou hélicoptère ne s'est jamais longuement interrompu...

 

 

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Comme pour quasiment toute la Bretagne, c'est la rubrique des obsèques locales qui est la plus parcourue par les lecteurs et les lectrices...

 

A part l'école où le courrier est livré, c'est à chacun et à chacune de venir chercher son courrier à la poste...

 

Ce n'est pas une île arborisée, les arbres sont plus que rares et par grand vent, la pluie remonte les toits...

 

 

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Du Sentiment « océanique ».... 07 06 2024 Bran Du

 

Ce « sentiment » à été exploré et initié en littérature par l'écrivain Romain Rolland , prix Nobel de littérature...

 

« Le sentiment océanique est une notion psychologique ou spirituelle formulée par Romain Rolland, influencé par Spinoza et qui se rapporte à l'impression ou à la volonté de se ressentir en unité avec l'univers (ou avec ce qui est « plus grand que soi »), parfois hors de toute croyance religieuse. Ce sentiment peut être lié à la sensation d'éternité.» Wikipédia

 

Lettre à Freud :

« Mais j'aurais aimé à vous voir faire l'analyse du sentiment religieux spontané ou, plus exactement, de la sensation religieuse qui est [...] le fait simple et direct de la sensation de l'éternel (qui peut très bien n'être pas éternel, mais simplement sans bornes perceptibles, et comme océanique)»

 

 

 

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« Ne faire qu'un avec l'Univers »...

 

Oui c'est cela, pleinement cela...

 

Envoûté, ensorcelé, aimanté, émerveillé, ravi sont les termes qui constituent un état de fascination pour ce déchaînement de forces et de puissances, affouillé, pénétré, transpercé dans l'apothéose houleuse faite de mugissements et de clameurs océanes....

 

« Océâme » aussi la métaphysique qui bouillonne et fusionne dans le chaudron, dans l'athanor des ressentis....

Formidable et époustouflant brassage à la fois charnel et spirituel...

 

« Eternuité » dans la constellation lumineuse et irradiante du jouir...

 

Tant de combinaisons incroyables, d'assemblages quasi alchimiques, de jonctions insoupçonnées, aboutissent à l'or liquide d'une pensée aurifère...

 

Ici rugissent les chevaux d'écume qui déferlent sur les hanches de granit et de grès dans un roulement assourdissant pouvant évoquer une fin du monde. Vents et marées se conjoignent pour mener dans les hauteurs des bruits et des clameurs d'enfer froid...

 

Fascination, le regard aspiré, aimanté par une mer qui fait le gros dos, qui se creuse puis s'enfle au sein d'une blanche chorégraphie de vagues et d'écume, vaste creuset mouvant et émouvant d'où jaillissent et se chevauchent les déferlantes rageuses comme la horde sauvage menée par le Roi-Ours ou Odin à la tête de la Chasse Arthur ou de la chasse Hellequin pendant les sombres mois noirs de novembre...

 

 

 

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Ici naît, éclot, éructe, un sentiment en effet dit « océanique » soit non une impression mais une incarnation transfusée de part en part par les eaux, les vents et les feux du ciel...

 

Ce « spectacle » en effet fascinant du Monde des Origines impose et implique à tous nos sens convoqués une totale perception et réceptivité qui pénètrent tous les pores de votre peau et les confins oubliées de vos pensées mémorielles...

 

Car là, est l'élémentaire, le primordial, le fondamental et nulle part ailleurs avec autant de densité et d'intensité, avec autant de fougue et de clameurs quand les fouets de la houle lacère le grès et le granit des roches millénairement déchiquetées...

 

 

 

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Là, dans « le grand barattage de la mer » est la recouvrance poignante, enivrante et bouleversante des « Origines », toujours aussi brutes, intactes, sensuellement impactantes...

 

Le corps conjoint aux éléments, perfusé par eux, devient plus que le corps mais se fait outre, brasier, girouette, rose des vents, ressac, déferlement et déversement océanique et céleste...

 

Là est la recouvrance essentielle où le microcosme s'unit au macrocosme qui le féconde et le remet, le restitue au monde d'une prime Création...

 

Ecume crémeuse qui vole dans les embruns, bouillonnement d’albâtre que perce au loin les Fous de Bassan, neige liquide qui projette sa fureur jusqu'aux nuages, c'est ici la Fin des Terres d'Europe, la « Fin des Terres », le Penn ar Bed breton... Finis Terrae...

 

 

 

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09/06/2024
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