Les dits du corbeau noir

IMPRESSIONS HAUTURIERES ( TEXTE/ESSAI/NOUVELLE EN 4 PARTIES) 2019 BRAN DU 29 10 OCTOBRE

 

 

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La montagne corse ( à défaut de celle des Pyrénées)

Photo Bran du

 

 

 

Bolquère... (Pyrénées) Bran du Partie 1   27 Octobre 2019

A Noëlle, Marco, Christophe et tous les autres...



Peut-être que la vie ici prend de la hauteur et de ce fait porte la pensée et le cœur à élévation...



Il y a bien sûr de l'ordinaire, mais si tant enveloppé de beauté et de simples splendeurs qu'il change de dimension, se métamorphose, s'éclaire et nous recouvre d'une forme de transparence où se rencontre et se célèbrent, dans l'humilité, le respect et la retenue des sens, les résonances communes et les affinités...



Nulle place pour la simulation, pour les attitudes conventionnelles sans saveur ni couleur alors qu'ici la roche et roche, le ruisseau, ruisseau et qu'aucun ciel, aucune saison ne le conteste...



Il n'y a pas que les monts, les cols et les sommets à se départir peu à peu de leur vêture de brouillard, il y a les regards qui eux aussi sortent de leurs nappes de brume pour voir et percevoir ce qui se tient là vivant dans le Vivant !...

C'est comme si au front de nos pensées se posait un peu de neige et que de nos paumes surgissait l'éclosion d'un crocus... La magie est une transmutation et l'amour en est le chapeau....



Nous respirons l'ai frais et, respirant celui-ci, le laissant investir notre poitrine, nous ingérons avec lui toutes les chansons, celle des névés, celle des torrents, celle des pins se frottant l'un contre l'autre dans la nuit fiévreuse des vents...



Il y a de l'épure en cela, un dégrossissement salutaire, le retour à une nudité d'esprit et de cœur, à une recouvrance élémentaire où l'essentiel soudain se fait lune ou soleil, ou bien poème prenant source et racine en cette présence au monde qui se tient debout face à l'immense....ou devant le simple ravissement d'une fleur d'alpage prenant lumière sur le balancier de sa tige...



Peut-être est-ce là, en cette configuration paysagère, en cette ondulation entre le haut et le bas, un point médian, régulateur des diverses tensions qui agitent l'humain en perdition que nous sommes...



Comment, devant la prairie verte et ondulante ne pas déposer le pesant de nos encombrements et laisser celui-ci glisser et débouler la pente ?...

Pourquoi ces larmes remontée du puits profond de soi-même comme les anciens remontaient le saut pour inonder de son eau de vie toutes les lèvres tendues alentour par la soif ?



Parce que la vérité du vrai est là devant nos yeux, et que nous sentons charnellement, émotionnellement, combien nous sommes cet accord, cette concorde, cette résonance ajustée enfin à la symphonie d'un lieu orchestré par l'essentiel et par l'élémentaire...

 

 

 

 

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Nietzsche nous rappelait cet éloignement presque sidéral mais surtout déchirant qui est devenu le nôtre quand nous avons décidé d'entériner définitivement la séparation entre la Vie et la créature arrogante et orgueilleuse que nous sommes devenus, quand nous avons déserté la piste de danse pour se vautrer dans le canapé de l'artifice et de l'illusion...



Ici chaque fleur à un nom, chaque arbre le sien, chaque bête est doté d'une reconnaissance linguistique comme tout être venu au monde, tout cela façonné dans le respect et la considération de ce qui Est, Fût et Sera par delà et au-delà nos oublis et de nos abandons...



Le ciel d'ici met de la tendresse dans son étoffe grise et tempère sa rigueur en invitant les pluies à faire des claquettes...



C'est ici que les pieds nus et légers retrouvent le chausson de sentier qui se moulent parfaitement à ses pas !...



Aurores et crépuscules sont d'éblouissantes paupières soulevées ou abaissées par des dieux et des déesses que l'on ne nomme pas... mais que l'on prie sans même savoir que notre silence, nos gestes, nos regards, nos ressentis, nos « saisissements » sont la prière que nos lèvres ne formulent pas...mais qui tintinnabulent dans l'espace comme les cloches des brebis et des vaches paissant sur les versants fleuris et odorants de la Vie...



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Sur la Montagne du Don (Partie 2)

(Suite Bran du le 28 10 2019)



Sylvain Tesson, dans son dernier ouvrage publié (La Panthère des neiges Gallimard éditeur)

cite le Tao :

« ...Les êtres divers du monde feront retour à leur racine. Faire retour à la racine, c'est s'installer dans la quiétude.)

Il nous offre au passage sa définition de la nature sauvage :

« C'est ce qui est encore là quand on ne le voit plus. »

et encore ceci :

« ...les animaux incarnent la volupté, la liberté et l'autonomie ; ce à quoi nous avons renoncer. »

et en conclusion provisoire :

« … Nous étions de nombreux hommes à rêver aux âges primordiaux où tout repose dans la vibration des débuts. … la mort saurait nous réincorporer au poème... En attendant : traquer les échos de la partition première... »...



Quand on grimpe un versant à la pente sévère, qu'on ascensionne péniblement la raideur d'un sentier dit de chèvres, les genoux sont rudement mis à l'épreuve...

Cette gravitation qui requière la mobilisation de toutes les ressources physiques allège cependant le psychisme qui lui perd proportionnellement, de sa surcharge. .. L'allégement de l'esprit résulte lors du pesant actionné par le corps...



Difficile de « cosmunier » pleinement en cet univers à celui-ci sans être accompagné d'une grande solitude et seulement d'elle (la plus fidèle des compagnes par ailleurs et qui ne demande, en fait, que quelques rares becquées d'attentions !)...



« Cosmunier » et bien le terme et celui-ci a été poétiquement inventé spécialement par moi-même afin de traduire et d'approcher l'illimité et l'indicible de l'échange et de la relation...



Vaches, moutons et brebis ont besoin d'un pain de sel pour compléter leur « équilibre » ; nous nous avons besoin aussi d'un peu de « sel » pour préserver ou retrouver le nôtre...

Ce « sel » est une substance invisible, inodore, incolore que la nature dispense à notre intention afin de nous reconnecter au Souffle à partir d'une respiration où s'engouffrent avec prodigalité et générosité le lait, la sève, l'onde bleue de toute la montagne...

Une sensation d'être seul au monde tout en étant empli de la substance vivifiante du monde lui-même...

 

 

 

 

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En ce haut lieu, nous sommes parfois comme devant un océan de nuages épais, cotonneux d'où émergent des îles aux coiffures de neige...

Ce qui peu à peu se dissipe devant nos yeux libère des vagues et des flots de recouvrance, de reconnexion, de restitution... Nous retrouvons lors toutes nos dépossessions élémentaires et primordiales... Et notre voix peut de nouveau faire concert avec le rebond sonore des parois rocheuses...



Les cordes de l'instrument de notre être ont retrouvé leur juste tension ( ni trop, ni pas assez)... C'est pourquoi nous nous sentons appelés à nous conjoindre au chœur du cœur de la symphonie pastorale symphoniquement enneigée...



Le thème de l'indispensable retour à la souche, à la racine et à la source est récurrent dans mes propos et je me répète fort pour tenir celui-ci...

Le Tao cité précédemment enjoint à ce même impératif retour et recours...

Nous sommes étymologiquement en tant qu'homme formé comme l'humus donc nous sommes un terreau potentiel pour tout puisatier en quête d'un filon d'eau et pour toute graine ou semence appelée à croissance et fructification... (Sans omettre que si « humus » et « homme » ont une même origine racinaire, ce ne peut être par ailleurs qu'empreint d'un même sentiment « d'humilité ». (Ce cousin parfois fort éloigné, quelque peu oublié, fait portant bien partie de la même famille !)...



Il s'agit finalement de se tenir à la juste et simple place qui est la nôtre ; positionnement que l'équilibre et que l'harmonie nous assignent comme à tout être et à toute chose appelée à évoluer dans un environnement de présence, d'anima et de vie le plus symbiotique possible...!

 

 

 

 

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C'est à cette attitude de « sagesse » que nous sommes rappelés quand nous sommes confrontés visuellement et physiquement aux Forces, Energies et Lumières qui meuvent depuis toujours la « Roue du monde « et celle de nos âges. »...



La reconnexion à la source vivifiante et revigorante de la Nature nous amène à reconsidérer, à revisiter, nos dispositions habituelles en terme de relation au sein de nos communautés humaines d'appartenance...

Ceci avec des dispositions nouvelles, allaitées en quelque sorte par cette sapience millénaire dispensée par chaque brin d'herbe, chaque feuille, chaque éclat de roche, chaque onde bleue et sourcière et chaque paire d'ailes planant au-dessus de la vallée où s'échappe la fumée de vies rassemblées autour d'un feu......



C'est là que s'opère une alchimie savante et silencieuse, dans ce contact avec l’immensément « vivant », dans cette étrange palpation, palpitation et pénétration poreuse de tous les sens invités à une noce aux dimensions cosmiques qui font encore alliance pourtant avec l'humanité défaillante qui est la nôtre...



Nous ne sommes plus dans une indifférence routinière robotique, formatée et coutumière, mais « différents » lors dans nos rapports et nos relations tant avec nous-mêmes qu'avec l'autre, tous les autres, tout ce qui vient à notre rencontre et tout ce vers quoi nous nous portons...

 

Nous qui n'avions jusqu'alors de « vrais regards », finalement, que pour nous-mêmes, portons, maintenant, une autre vision, écoute et attention à ce qui accompagne notre vie, l'entoure, l'anime et la borde...

 

Cela change beaucoup... Cela change tout de la façon d'être, de se relier, de mettre ou de se remettre au monde, d'avoir présence de Vie, de se mouvoir et de s'émouvoir...

Faire réellement œuvre d'humanité comme le papillon fait œuvre, en son ouvrage, de pérennisation de la Vie, comme l'arbre, esseulé à flanc de falaise et ne pouvant compter que sur l'humus qu'il produit lui-même nourrissant sa rude croissance d'une partie de ce que la mort lui ôte, fait de même !...



Et qui a entendu, sous quelques formes que ce soit un arbre se plaindre, si tant qu'il est pleinement occupé à produire ses fruits ?...

 

 

 

 

 

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Nous donnons et offrons lors à nos yeux, à notre cœur, à nos pensées, une infinité de possibilité et de potentialité d'entendements et de compréhensions...



Nous apprenons en ces montagnes, en ces alpages, à relativiser, à remettre chaque chose à sa simple et naturelle place et en premier lieu, nous-mêmes !...



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Montagne en souvenance (Partie 3)



Bran du Le 29 10 2019

Gaston Bachelard disait qu'un jour, à notre « paysage intérieur », correspondrait un paysage extérieur parfait reflet de celui-ci ou le révélant avec exactitude...

Il semble en effet qu'un environnement naturel spécifique, particulier en ses formes, en ses animas, en ses composants, en ses odeurs, en ses couleurs... se trouve soudain devant nous exprimant des affinités, une résonance et des correspondances profondes avec le plus secret et le plus mystérieux de notre domaine intime enclos en notre demeure personnelle....



Un tenon trouve sa mortaise et l'assemblage réalisé structure une unité telle que rien ne vient y porter contradiction...



L'urbanisé, le conditionné de notre Cœur retrouve le « sauvage » de notre Esprit et s'y reconnecte « naturellement »... Tous les constituants essentiels de l'Être se trouvent réunis comme avant le temps de la fragmentation, de la séparation et de la dislocation....



Nous retrouvons lors la contrée d'entendement et de compréhension et refaisons régence attentionnée du précieux royaume restitués...



Il n'y a plus de maîtres ni d'esclaves, mais des éléments animateurs de règnes appelés à « vivre ensemble » dans le respect des lois inhérentes à chacun et dans une cohabitation faisant preuve au moins de considération pour les existences respectives, leurs libertés et leurs contraintes...

 

 

 

 

 

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L'arbre que je suis (sous certains aspects) retrouvera un jour sa forêt native...

L'oiseau que je suis retrouvera le nid originel...

Le saumon que je suis retrouvera la source première...



Le sentiment de faire partie intégrante, spécifique,singulière, unique, mais solidaire et complémentaire d'un ensemble appelé « paysage » naît de cette disposition consciente d'être « Cela que je suis » augmenté, accru, d'une appartenance à un « Tout » cohérent qui brasse toute existence et toute Vie et qui m'enjoint d'occuper pleinement la place qui me revient dans le règne qui est le mien sans usurper celle et celui des autres......

..



Je reviens à Sylvain Tesson et sa Panthère des Neiges Gallimard éditeur) :



« ...On pourrait s'échiner à explorer le monde et passer à côté du vivant »...

« ...Désormais, je saurais que nous déambulons parmi des yeux ouverts dans des visages invisibles.

Je m'acquittais de mon ancienne indifférence par le double exercice de l'attention et de la patience. Appelons cela l'Amour. »...

« Je venais de la comprendre, le jardin de l'homme est peuplé de présences. »...

« J'ignorais que mon œil avait déjà capté ce que mon esprit refusait de concevoir. »...

 

 

 

 

 

 

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Mes premiers et juvéniles souvenirs de Montagne se situe dans les Pyrénées. Où, je ne saurais vous le dire... Je revois une colonie de vacances avec un très grand terrain circonscrit par de hauts grillages...

Et une excursion avec les moniteurs et une halte près d'un torrent assez calme... L'un des moniteurs avait fait un trou dans le fond d'une bouteille fermée par un bouchon, avait enfoui dans la bouteille de la mie de pain et coincé celle-ci, enfoncée dans l'eau, entre deux rochers... Deux heure après il retirait la bouteille et faisait fricasser des petits poissons piégés dans l'installation (des vairons) dans une poêle...

Le deuxième souvenir lié à cette balade, c'est la découverte odorante et savoureuse d'une tisane faite avec de la menthe sauvage...

Rien de plus....

Il me faudra attendre l'adolescente et des vacances familiales et estivales en Savoie pour accroître l'album des souvenirs montagnards...

Une ferme divisée en deux, séparés par une palissade en bois avec d'un côte les vaches de l'éleveur et de l'autre les touristes occupants...

Pour évier : un gros et long blog en granit, creusé en forme de vasque rectangulaire avec l'eau venant en direct de la montagne, traversant la cuisine via le bac, et poursuivant sa course à travers la pente des alpages...

 

A ceci s'ajoute un magnifique merisier, roi en sa prairie, prodigue en « griottes » bien noires, bien sucrées et bien juteuses... Des sentiers longeant le torrent et bordés de framboisiers aux fruits tout aussi savoureux... Se barbouiller de myrtilles n'était pas le moindre des agréments et cueillir girolles et cèpes non plus....

 

Encore dans les oreilles, un bourdonnement incessant de mille insectes voltigeant au-dessus de parterres odorants et prodigieusement fleuris...

Première expérience d'un orage en montagne... Le sentier se transformant en torrent... Le ciel se fracassant sur la terre... Nul refuge, nul abri...

 

Et, une autre fois, une sensation fortement désagréable d'écrasement en longeant en contre-bas un surplomb énorme, massif, sombre, compact et presque menaçant...

Voilà ce que la mémoire de l'époque avait engrangé...

 

Beaucoup de lumière et une touche d'ombre...

 

 

 

 

 

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Ah ! J'allais oublier une première initiation au vertige et à la peur survenue quand j'ai souhaité offrir à ma mère une edelweiss (une plante que je sais depuis comme étant protégée!) Ce fut une montée plus qu'inhabituelle dans les hauteurs, en dehors du chemin coutumier, une pente de plus en plus raide, puis, l'escalade obligée à main nue et sans être « appareillé » d'une barrière de roches, puis une ascension progressive à travers les failles de la paroi de plus en plus « vertigineuse », puis la cueillette enfin d'une fleur « portant chance » (je l'ai récupéré après le décès de maman qui l'avait gardée dans son portefeuille) et enfin la descente "méticuleuse" (le retour paraissant interminable), en tournant obstinément le dos au vide !...



Cela fait encore peu, mais non sans importance en terme d'imprégnation dans un univers aux antipodes du milieu fortement urbain d'où je provenais alors...

 


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Partie 4... L'Hantise du retour...

Bran du le 29 octobre 2019

 



Le Paradis, l'Eden la Thébaïde... ne sauraient exister que peut-être dans un instant d'éternité, au sein d'un éclair fulgurant suivi d'une parousie irradiante s'estompant comme brume au soleil...

Mais, en avoir été soi-même « transpercé » opère une empreinte charnelle et mémorielle d'une telle intensité qu'une cristallisation s'effectue dont les éclats périodiques et sporadiques rappellerons la splendeur du gemme originel....



C'est peut-être là ce que Nietzsche à connu à Silmaria ? …

Mais... L'éloignement progressif et l'atténuation dans la distance de cette « révélation » continuera à une déconnexion face à une réalité (celle que vivent ses contemporains) faite d'incompréhension et de tétanisation du fait d'un langage dépourvu d'entendement pour les autres... L'échappatoire à cela: la folie !)...



Zarathoustra passe une décennie dans la montagne à s'imbiber d'une sagesse hauturière, blanche et lumineuse comme la neige...

Lorsqu'il revient sur le marché des hommes, il s'adresse à eux les invitant à relever ou rejeter la cape d'ombre qui obscurcit les rayonnements lumineux qui émanent de l'Esprit d’équilibre et d'harmonie...

 

En retour de son Verbe prodigue, bienfaisant et généreux conjuguant une parole irradiant l'Amour, il recevra un flot de pierres projetées à son encontre par des hommes en colère !...

Il ne lui reste plus, quelque temps plus tard, que de « parler aux chevaux », mais n'est-ce pas là ; dans ce dénuement tragique ; retrouver les mythes et les légendes d'un temps où l'homme savait parler à l'oreille des dits chevaux et être parfaitement « entendus » par eux ?...



Rimbaud, possédé par une autre forme de symptômes assez proches cependant de ce qui précède, étouffera, sous l'oreiller du silence et de l'abandon, sa fiévreuse, sa fidèle et voluptueuse compagne appelée : Poésie !...



On comprend mieux, par ces exemples et états extrêmes, la difficulté, après avoir baigné dans la merveille, de rejoindre la banalité coutumière et quasi mortifère de ses semblables... Et de témoigner de la levée d'une aurore à venir sur la montagne enténébrée de leur cœur...

 

 

 

 

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Il est, en effet, difficile d'envisager que la « beauté » puisse devoir se diluer dans une telle fadeur, tiédeur et laideur généralisée...

On ne saurait valider l'idée que cette « beauté éternellement nue » puisse être, à quelque niveau que ce soit, recouverte des haillons, des oripeaux et des frusques dont notre société s'est affublée croyant lors se draper et se parer d'élégance !...



Comment envisager que l'on puisse s'exposer de nouveau à une contagion assez toxique d'une artificialisation de l'existence fondée sur le paraître et la psychose collective de la possession matérielle ?...



Se séparer de la « Nature », c'est accepter de se trouver privé en partie « d'oxygène »... De voir sa respiration encombrée de diverses pollutions affectant tant notre poitrine que notre cœur, notre esprit et nos pensées !...



Comme une baleine frayant dans les profondeurs, la remontée en surface est vitale comme nous est salutaire et vitale une remontée dans les alpages ou l'immersion maritime ou forestière périodique...



Je ne saurais m'éloigner trop longtemps de la matrice végétale, rocheuse et maritime auprès de laquelle je retrouve sang et sens, sève et écume, soins, baumes et élixirs, toute une perfusion aimante, sensible, vibratoire et irradiante, vectrice d'apaisement, de régénérescence et de re-dynamisation....

 

 

 

 

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Le saumon celtique nage dans l'océan d'une commune destinée existentielle, toutefois, cependant, il à l'intuition, la perception et surtout la mémoire de l'existence d'une source ancestrale et traditionnelle dont la limpidité, la transparence, la fluidité et la pureté ainsi que toutes les vertus guérisseuses sont telles que baigner en son sein est analogue à une véritable renaissance...

Une transfusion totale et bienfaisante qui chasse toutes les scories physiques et psychiques accumulées... Une remise à neuf !...



Lors le saumon s'arrache le ventre sur les roches du parcours de la remontée sourcière pour retrouver la vasque originelle et matricielle, soit le Chaudron celtique de la régénération aux abondantes, « miraculeuses » et prodigues vertus...



Courage, effort, obstination, audace, désir et volonté, conscience, perception et discernement, se conjuguent et se renforcent mutuellement pour donner au Saumon les forces et énergies nécessaires pour remonter victorieusement le cours de son ancestrale ascendance (la Source de Connla par exemple.)...

Arrivé au but, baignant dans un bassin couronné et enceint par les Neuf Coudriers de la Sagesse, se nourrissant des Noisettes de la Connaissance tombant dans le bassin, se « ressourçant » et se « régénérant » dans une plénitude de bienfaits, le saumon, enveloppé de félicité, pourrait fort bien élire une demeure perpétuelle en ce sein salvateur et délicieusement nourricier....

Mais,

plus le bonheur (bon heurt) atteint une densité et intensité, plus il empli l'entièreté de l'enveloppe corporelle, plus il « déborde » et plus il appelle au partage sans lequel il s'évapore et s'effrite en poussière !...



Et le saumon a pleinement conscient de cela, mais aussi de sa vocation existentielle et traditionnelle qui est de « transmettre », de faire connaître, de témoigner, d'incarner, le retour fait dans l'océan agité de notre temps, de l'existence même d'une Source salutaire, merveilleuse, enchanteresse et bien réelle... !



Dois-je ne garder que pour moi cette « révélation » bouleversante d'un total accordage personnel avec la musique et les chants du monde ?



Privilégié, élu, adoubé, choisi, lumineusement couronné, sur le haut siège de l'Instant parmi les pierres souveraines et les neiges éternelles, prenant pour mes yeux, plumes d'aigle ou de faucon pour envelopper amoureusement de celles-ci la « Vallée des Merveilles », devenu roi ou reine de mon royaume intérieur, régisseur avisé et éclairé du beau, du juste, du bon et du vrai, je ne puis trôner sur un territoire limité aux seules frontières corporelles de mon être et devenir lors un roi ou une reine d'extrême solitude ne régnant que sur une illusion de royauté et de souveraineté ! …

Un royaume déserté des dames, des chevaliers, des bardes et des druides et sans table ronde dressée pour l'échange et le partage !...

Une corbeille d'offrandes sans fruits ni graines, ni semences !...



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29/10/2019
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