Les dits du corbeau noir

HOMMAGE A JEAN GIONO (SUITE) 1995/2018 BRAN DU 24 08 Août

 

 

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L'ami et comédien Claude Mastre sur la montagne de Lure

(Sur les traces de Giono en 1990 avec François Robin, Fabienne et Bran du)

 

 

 

 

Hommage à Jean GIONO : 1995 Bran du

 

En cette année du centenaire de la naissance de l'écrivain et du poète, je m'associe à tous ceux et à toutes celles qui, sous diverses façons, ont souhaité exprimer leur reconnaissance envers ce « visionnaire » qui aura eu envers l'humain les plus grandes tendresses, mais aussi les plus légitimes colères...

La lecture des œuvres de Jean Giono comme celles de D.H. Lawrence, de Nietzsche, de Gaston Bachelard, de Mircéa Eliade de Victor Segalen, de Kenneth White pour ne citer que ces auteurs, réserve bien des découvertes et d'heureuses surprises à tout quêteur et chercheur sincère authentique et exigeant...

 

Il y trouvera là outre des valeurs universelles illustrées avec flamboyance et pertinence, des rapports on ne peut plus profonds et subtiles avec le substrat de la pensée « traditionnelle » occidentale et orientale, des pistes nouvelles d'exploration en terme de littérature, mais aussi des formes d'enseignements, de mises à connaissance de nature symbolique, philosophique, poétique et même parfois mythique, mythologique ou métaphysique...

 

Tout un ensemble d'ouvrages éclairé par la mystérieuse « Lumière du Nord » ; une perception, une vision, une retranscription, une inspiration, émanées des « Hautes Terres » où toute intelligence éclairée prend source et origine...

 

Il y a dans l’œuvre de Giono et plus particulièrement dans ses 3 premiers ouvrages une volonté affirmée telluriquement et cosmiquement de dédier l'ensemble des œuvres réalisées au Grand Pan ; personnage de la mythologie Grecque représentant toutes les forces vives de la nature ; image dans laquelle se reflète comme dans un miroir le visage de Dionysos autre figure du panthéon Grec...

 

Au-delà de ces illustres modèles personnifiant le florilège des sens liés comme une gerbe de noces à l'Essence même du jouir au sein des grandes et exaltées moissons de l'Univers, il y a, plus profond, plus lointain, plus sauvage, plus brut et plus énorme encore de mystères et de vie, l'ancêtre même de cette jouissance vitale et universelle, le géniteur, le procréateur, le fécondateur des sucs, des sèves, des songes et du sang : le DIEU-CERF encore appelé Cernunnos dans le monde celtique et donc gaulois....

 

Sans que son nom ne soit jamais prononcé (comme il est d'usage pour tout ce qui est « terriblement » sacré,) nous trouvons moultes fois sa trace dans les ouvrages de Giono lequel ne connaissait du monde Celte que peu de choses comme tous ses contemporains d'ailleurs à son époque.

 

Toutefois on sait qu'il appréciait les Romans de la Table Ronde et qu'il n'était pas étranger aux mystères de Brocéliande (Voir « l'Oiseau bagué », à cet effet).

 

Il avait d'ailleurs à la fin de sa vie réalisé une étude sur Tristan et Yseult. Les paysages d'Ecosse l'avaient fasciné au point qu'il aurait pu s'y installer à demeure « parmi le désert des rouges fougères. »

 

 

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Chardon de la Montagne de Lure

 

 

 

Hommage à Jean GIONO (Suite) Bran du 1995

 

L'écrivain et poète mènera l'expérience pionnière d'une sorte de camp d'été regroupant, plusieurs années de suite, divers étudiants, artistes et intellectuels au sein d'un laboratoire expérimental de la pensée incluant la recherche d'un autre rapport ( plus pacifié, plus « panique », plus lyrique, plus sensuel,) à soi, à l'autre, aux autres et au monde...

 

Ces rencontres estivales au Cantadour vers 1936 (dans la montagne de Lure entre Manosque et Apt) donneront à Giono l'occasion de disserter sur bien des sujets, de faire découvrir des compositeurs et musiciens, de "refaire le monde" sur des bases "paniques" (au sens mythologique du terme), sociales, culturelles, philosophiques et spirituelles......

 

Cela ne sera pas sans lui procurer certes des joies, mais aussi un fort épuisement....et quelques déceptions. (La guerre arrive!)

L'expérience ne sera pas poursuivie...

 

 

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Ce que dit Emile Blairon de J Giono :

In "la Nostalgie de l'Ange" Ed Prolégomènes

 

Giono cherche à se réconcilier avec l'Univers.

Il dénonce les mensonges accablants de nos utopies...

Il est le souffle cosmique d'une langue flamboyante...

 

Il s'agit d'aller à l'essentiel sans idéologie, sans vanité ni fioritures... Il s'agit encore de s'attacher à exalter les forces magiques de la terre... Il s'agit toujours de sauver l'essentiel soit la nature et la Terre qui nous porte.

(A noter au passage que Giono n'est pas un "humanisme" qui aurait pour fonction de "sauver l'homme".)( Toutefois il aspire à ce que celui-ci puisse atteindre la plénitude de l'accomplissement.)

 

Son "pacifisme" est de nature spirituelle comme l'ensemble de son oeuvre et de sa vie...

C'est un "poète" et donc un "pontifex" (il construit des ponts entre dieu et les hommes, il rassemble, il relie...) C'est un être spirituel intermédiaire entre dieu et les hommes.

 

(La place de l'homme étant à l'exacte intersection entre le microcosme et le macrocosme.)

Giono démontre l'évidence d'une nécessité de "racines" ; pour ne pas mourir, pour tout recommencer....

 

"... Vous n'avez pas l'air de savoir que les temps modernes n'ont pas seulement résolu le problème de la désintégration de l'âme, mais qu'ils ont effectué la désintégration des esprits, libéranbt sans raison des forces spirituelles qui nous étaient nécessairess pour vivre une vie humaine.

Les spéculations purement intellectuelles dépouillent l'Univers de son manteau sacré." (les Vraies richesses)

 

...///...

 

"Je m'éveille, le soleil est posé sur mon visage. Le monde est là ; j'en fais partie. Je n'ai d'autre but que de le comprendre et de le goûter avec mes sens." (Rondeur des jours)

 

"Le poids du ciel est là sur leurs épaules avec son équilibre.

La pluie, le vent, l'orage chantent sous leurs oreilles les enseignements sacrés. ...///...

L'arbre leur fait connaître la façon d'être debout...

 

Tout, tout l'enseigne, lui parle, le dirige, le fait ! Le fait homme.

 

Un Esprit – en donnant à ce mot son sens alchimique – un Esprit qui, depuis la première mère des hommes – s'est transmis de cœur en cœur, et qui était dans le cœur de la nôtre.

 

"Nous avons perdu le grand enseignement. Nous ne savons plus écouter et traduire dans notre cœur le ronronnement des grandes forces. Nous sommes définitivement dans notre enfer, oubliés de la terre même."...

 

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Le Serpent d'Etoiles (Livre de poche)


Un fabuleux et magique rituel...

 

C'est sans doute dans ce roman au comble de l'imaginaire pour certains, mais qui, pour moi, illustre avec pertinence, connaissance et foudroyante intuition, le fait que Giono était en prise directe de terre et d'éther avec les conceptions fondamentales de la Pensée Vivante et Active...

Son cérémonial des Bergers lors de la nuit de la St Jean relève autant d'une forme d'initiation incontestable aux « mystères » que d'une connaissance intrinsèque inspirée et aussi intuitive des rituels les plus anciens reformulés ici avec une flamboyance et une vision toute « bardique » (En bénéficiant sans aucun doute du « Souffle cosmique des Grands Aèdes ».)

On lui fera grandement reproche de cette « invention », mais cette « invention » sonne juste, aussi simplement et purement que les cordes tendues sur les grands arbres qui entourent le Cercle des Bergers...

 

Comme les 9 sillons fondamentaux qui seront tracés (fait relaté dans l'ouvrage « Colline ») et toute « l'architexture » des nombres 3 7 et 9 perpétuellement présents dans Le Serpent d'Etoiles et dans bien d'autres œuvres, les Bergers qui vont célébrer la Grande Renaissance de la Terre, la Genèse de l'Origine, seront 9 (et rénovés aussi). Ils représenteront les « éléments » constitutifs de la germination de la VIE...

 

Quatre feux seront symboliquement allumés sur la colline, ils seront le « signe » accordé de résonance et de correspondance que les autres collines exprimeront à leur tour.

 

Ici, en ce lieu du sacre, en cette nuit sacrée, tous les « hommes premiers » seront là et verront « le dos du Grand Serpent » à tel point que l'un pourra dire alors : « je suis sur l'équilibre , écoutez ce qui est la loi et le bel équilibre. »

Ils écouteront lors « le pas des Grands Dieux », ils se donneront le « mot de paix » et ce parmi le chant des harpes éoliennes, eux tous, « tous en cercle », là où s'élève le chant de la Grande Source jaillit des 7 fontaines proches.

 

(Tout ici sera religion, c'est la litière des dieux).

 

9 bergers d'étoiles pour concélébrer la naissance renouvelée du monde en cette avancée de la terre faite (consacrée) pour servir d'autel et de pierre de sacrifice.

 

Tout est là pour qui « sait » les noces d'Eau et de Feu de la Tradition.

 

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« Ou bien Dieu est tout, et alors moi je suis un morceau de Dieu, ou bien Dieu n'est pas tout ! »

 

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Hommage à Jean GIONO (Suite 2)

 

Cependant, et par sa force propre à retrouver les mythes les plus anciens, Giono nous replonge dans les archétypes fondamentaux avec une clairvoyance extraordinaire et une efficace intuition.

Tout « celtisant », mais aussi amoureux des civilisations anciennes et de leur sagesse trouvera, retrouvera, avec l'amour et la connaissance ou reconnaissance que cela demande pour comprendre et exprimer « le grand respect » que l'on doit

«  à toute chose vivante », l'enseignement fondamental de cet « Entité» coiffée de la ramure des fins et des recommencements, revêtue de ces « bois » où chaque soleil meurt et ressuscite dans le bourgeonnement duveteux des printemps veloutés...

 

Ce Grand Cerf de Forêt hante bien des paysages intérieurs et des géographies naturelles de l'écrivain-poète.

Il est l'une des arcanes majeures qui irrigue les hauts plateaux de Que Ma Joie Demeure...

 

 

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Jean Giono : Fragment de Paradis :

 

Dans cette formidable exploration menée quasi auto-biographiquement par Jean Giono dans « Fragment de Paradis », (sorte de retranscription gionesque et très inspirées des « navigations celtiques » vers « l'Autre-Monde » ou encore vers la Terre de l'Eternelle Jeunesse ou encore vers la Plaine des Plaisirs,) l'auteur nous conduira jusqu'aux limites de ses capacités personnelles non sans avoir entre temps interpellé l'essentiel de tout voyage : la raison, la folie et la finalité de celui-ci.

 

Il n'est pas inutile de préciser que le « maître d’œuvre » et conseiller qui préside à la construction du navire et qui veille à son bon achèvement donnant ainsi toutes les meilleures chances à bien mener une entreprise aussi périlleuse s'appelle ; Merlin ! (Et ceci est plus qu'un clin d’œil délibéré!)...

 

Ce fantastique ouvrage comporte bien d'autres références à la Matière de Bretagne comme cette île baptisée Tristan où le récit prendra une tournure décisive mais aussi en faisant état des livres fabuleux d'un William Blake (haute figure du néo-druidisme!)

 

Il sera d'ailleurs question de « grandeurs » en l’occurrence d'âme, lesquelles s'appliqueront à la « chevalerie » dont nous ne sommes plus capables d'illustrer hautement ni le Geste ni la Parole.

 

 

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Que ma joie demeure...

 

Il nous faut revenir à la figure emblématique du Grand Cerf de Que ma Joie Demeure. C'est ici que nous retrouvons le mieux sous la couverture des mots, tout « l'humus » végétal, mais aussi animal, minéral et humain qui constitue le manteau de berger dans lequel la « Tertre-Mère » berce tendrement l'agneau des songes et des rêves bondissants... Tout ce pelage du tendre à partir duquel jaillit les premiers cris du « nouveau monde ».

 

(MM Ricatte, dans son étude sur Giono parue dans la série des Larousses illustrés, exprime avec justesse cette « présence » et ce « jaillissement » proférés sous les doigts et sur les lèvres de l'auteur...

 

Bobi, (le personnage central du roman) est une sorte de guide, d'intercesseur, de porteur de joie, un visionnaire très sensuel qui acquière de part ces facultés une sorte de puissance magique. Il sera donc perçu comme une sorte de « guérisseur », de tendresse aux mains soignantes qui va renouer la communauté des hommes et des femmes autour de l'axe du monde....

 

Bobi annoncera en effet, les prémices printaniers du retour à la Terre-Mère, il ouvrira « les profondeurs magiques de la maison du monde » et témoignera du « grand réveil du sang en accord avec celui de la terre »...

 

Il fera sortir de la lisière des mémoires enfouies, les garndes forêts du partage, les infinies richesses, celles que portent le Grand Cerf et son troupeau de biches...

 

Pan revient alors dans le cœur et dans l'âme des êtres métamorphosés par cette apparition. Il revient comme un printemps jaillissant par les fissures de l'hiver pour annoncer la blancheur à venir des mondes à éclore...

Sur la cape des neiges un Grand Cerf s'avance vers la coupe émeraude.

Pan et Dionysos s'effacent devant le port majestueux de la jeune ramure d'Or...

 

Cette vision partagée par tous et par toutes de ce cerf « qui sent sous son ventre la profondeur du monde et qui danse sa joie, sa liberté absolue » sera perçu comme étant la « Fontaine de joie », la Fontaine de Jouvence, la Source ancestrale d'un rayonnement infini et divin.

 

Tous se reconnaîtront en ce « Seigneur-Cerf » bénéficiant alors de cet entendement suprême entre le Verbe et ses sujets, entre l’œuvre et l'artisan, entre le feu et l'eau...

Fils et enfants, amoureux et aimants de ce « signe » venu du Nord et y retournant chargé d'espérances nouvelles...

 

Bobi qui accompagne quasi « sacerdotalement » ce retour aux sources de la vie subira le sort de tous les héros « solaires » et s'offrira en « sacrifice » sur l'autel des garrigues, sur le haut plateau des souffrances et des solitudes humaines...

Il sera « foudroyé » et mourra avec « un arbre d'or planté dans tout le cœur. »...

 

 

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Les Vraies Richesses...

 

Giono, dans les Vraies Richesses nous expliquera que Bobi en fait n'est pas mort et que, comme Giono lui-même, il parcourt l'Univers à la poursuite de cette autre figure, o combien celtique elle aussi : la Jument Blanche, celle qui depuis la grande nuit des hommes caracole autour du Grand Cercle de Gwenved

« Le Monde Blanc » pour nous inciter à la suivre sur la « bague circonférentielle du monde » (Dixit St Pol Roux)....

 

MM Ricatte aura cette heureuse formule que je ne saurai mieux exprimer en ce modeste essai :

« Il est ce VATE par qui la poésie est une force de commencement est une grande force. »

 

On ne saurait celtiquement mieux dire ! Et vous souhaitez de parcourir en conséquence les eaux vives et les brûlantes collines dans lesquelles Jean Giono s'est engouffré tout entier pour nous restituer superbement tous les plus beaux chants du monde.

 

Bran du     Octobre 1995

 

A SUIVRE...

 

 

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Bobi n'est pas mort ! .......



24/08/2018
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