Les dits du corbeau noir

GREVES, RIVAGES ET LITTORAL RECIT ET IMPRESSIONS 2019 BRAN DU 02 11 NOVEMBRE

 

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Photos Bran du

 

 

 

 

Littoral, grève et rivages...

Bran du 02 11 2019





Introduction :

Kenneth White in « La Traversée ds territoires »

Le Mot et le Reste éditeur

 



« Le littoral ; C'est toutes sortes de vie marine ; des algues, des crustacés, des coquillages, des poissons...

C'est aussi une étendue animée d'un rythme, d'une sorte de musique primordiale. C'est un espace informel rempli de formes. C'est un silence ponctuée de cris d'oiseaux qui semblent pénétrer jusqu'au tréfonds de la mémoire pour ne pas dire jusqu'aux arcanes de la conscience...

Quel lieu peut-être d'un intérêt plus grand que celui où la terre et l'eau se rencontre ?...

Quelles que soient les configurations et les moments : côte ; plage, grève, estran ou rivage... Il attire, il fascine, éveille et satisfait des couches de la psychologie humaine difficile à nommer...



Sur la grève on est relié par les eaux et les pierres de toute provenance dans le temps et l'espace au reste du monde...



Kenneth White parlant de Roscoff et de sa côte...

C'est le pays « païen » où c'est le paysage qui compte...   Ce qui est primordial ici , c'est la côte elle-même et sa  rude réalité...



Un territoire de toute évidence originel, des plages jonchées de goémons : raisin de mer, laminaires, lichen rouge, dulce violette... Avec ses cris d'oiseaux côtiers oui migrateurs : goélands argentés, goélands bruns, goélands cendrés, goélands marins, mouettes tridactyles, mouettes rieuses, cormorans, gravelots, sternes... Avec des plantes qui ne craignent ni le vent, ni le sel : l'ajonc, la criste-marine, avec le tumulte des vagues...

 

"Le littoral . C'est sans doute l'espace qui m'est le plus proche et le plus cher ; zones aux contours variables, lieu où se rencontrent la terre, la mer, et le vent. C'est là que l'on a commencé, là que l'on peut recommencer."

 

 

…..

 

 

 

 

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Entre la Pointe de Pléneuf et le cap d'Erquy en pays de Penthièvre (Erquy c'est l'ancienne Réginéa avec au large du port et des grèves la citée engloutie de Nazado), on dénombre sept plages...



Aux grandes marées (90 à 115 d'amplitude), on peut aller à pied d'un point à l'autre et en faire retour...

Chaque grève, chaque plage à ses particularismes, sa pente (ses inclinaisons ) ses ruissellements d'eau douce, ses landes riches en herbes et arbustes nains couverts de chèvrefeuilles, des essences arbustives diverses, ses promontoires, ses replis, ses surplombs dont certains parsemés de pins hébergeant à leur insu des sortes d'essaims de chenilles processionnaires, toutes cette flore domestiquées par les vents souvent conjugués du Nord et de l'Est...



La Grève des vallées, la Ville Berneuf, St Pabu, Carroual... Autant d'échancrures dans le très ancien massif armoricain, autant d'ourlets d'ajoncs, de genêts, de bruyères et de fougères, qui frangent la robe émeraude (parfois bleue, parfois verte comme le costume de quimper ou encore du pays Glazik)..



Avec, en avant-garde, en ambassade des terres aux vifs et séculaires labours, l'îlot ST Michel dont l'épée de roches étrave la fureur des flots et sépare la déferlante des vagues tempétueuses comme Moïse sépara les eaux... Non pour laisser ici passer le peuple élu, mais bien pour laisser passage aux volontés de l'esprit propre à affouiller le tréfonds de l'océan...



Ce littoral breton, je l'aborde depuis l'enfance, j'en connais moultes recoins, je sais en lire bien des pages et jusqu'aux manuscrits les plus anciens... Mes yeux et mes pieds ont arpenté des milliers de fois ces étendues mouvantes et émouvantes. J'en connaissais toutes les caches, celle des pieuvres, des homards, des jeunes congres, des étrilles et des dormeurs, des ormeaux, des bigorneaux....

Je savais où les colonies de coques, de palourdes, de couteaux, de praires, celles des huîtres sauvages et des moules, avaient élu territoire...(se déplaçant ailleurs avant épuisement due aux pêches côtières quotidiennes...



Ce fût au temps de ma prime jeunesse une fréquentation quotidienne (souvent du lever du jour au commencement de la nuit)...

J'ai tout appris de la grève et de ses « trésors », j'ai été à l'école de mon grand-père et de mon père tous deux « péqueux initiés » à la pratique, mais ma mère et ses « copines » n'étaient pas en reste et n'auraient en aucun cas manquée une marée... (Un rendez-vous devenu traditionnel et faisant partie des vives réjouissances que s'accordaient périodiquement les femmes du littoral.)..

Il est vrai que depuis toujours la mer « nourrissaient » avec abondance et prodigalité toute la population côtière et que les enfants que nous étions étions quelque peu fiers de mettre presque quotidiennement sur la table familiale le fruit de nos récoltes et cueillettes (coquillages, crustacés, poissons...)...

 

 

 

 

 

 

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Bien plus tard, en parenthèse toujours trop courtes de mon exil parisien, j'ai repris, de temps à autre, cet arpentage en y ajoutant d'autres dimensions et d'autres plaisirs portés ceux-là sur la lecture poétique, (« géo-politique » plus trad encore, grâce à Kenneth White), procurée par des balades, sans panier ou crochet de pêche, à travers le vaste territoire maritime offert à mes visions, contemplations, méditations, perceptions et inspirations...



Comment relater la joie enfantine qui consiste à explorer les laisses de mer, tout ce que les flots rejettent à la côte, marée après marée...



La collecte des plumes (arrachées à leur support par la rage des vents et des flots ou attachées au cadavre enveloppé de goémons) a toujours été une investigation heureuse riches de leurs variétés et permettant de conforter ma connaissance des oiseaux marins côtiers ou migrateur (des plus petits du type gravelots aux plus grand ; un albatros ou un cormoran.)

La plume disait l'oiseau, son vol, son cri, son habitat, son mode de pêche...



Ces monticules de laminaires, de varechs, de laitues de mer, luisants, fortement odorants, cachaient bien des surprises :

Des os de raies ou de sèches (ou margattes)...

Des fragments de barques ou de bateaux...

Différents lièges de flottage...

Des casiers (à homards, à étrilles, à araignées de mer...) ayant rompu leur corde...

Des coques mourant la gueule ouverte et dont la chair était prestement avalées par les becs fouisseurs, toujours avides et jamais rassasiés des goélands...

Des morceaux de verre, polis comme des pierres précieuses...

Une multitude de branches limées, écorcées, lissent comme des os et provenant d'essences diverses et des bois dits flottés propices à diverses activités manuelles artistiques...

Des lambeaux de filets et de fils de ravaudage de toutes les couleurs... Et hélas pas mal de « plastiques » liés au tourisme ou aux activités professionnelles liées aux moules (mytiliculture)...



L'aubaine était de trouver des bas de lignes avec plomb et hameçons car lors de nos primes et juvéniles recherches nous n'avions pas de « sous » pour acheter du matériel de pêche et nous avions alors développé une science de la récupération très efficace...

 

 

 

 

 

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Ces arpentages de grèves sont encore bien vivaces dans la mémoire et occupent une place non négligeable dans l'album des heureux souvenirs...

Ce fût un temps enjoué d'apprentissages autant divers que variés où l'amateurisme du départ céda rapidement à une connaissance précise du « milieu »...



Je ne pêche plus depuis assez longtemps, mais je fréquente autant que je le peux la Baie de St Brieuc et de Langueux surtout à la période des migrations qui offrent des spectacles sublimes produits par des rassemblements criards et variés de milliers d'ailes en provenance d'autres continents et faisant une pause de quelques semaines à plusieurs mois sur les estrans à la nourriture prodigue... (J'ai ainsi pu observer les canards (tadorne de Belon, canard pilet, siffleur, souchet et la bernache cravant..)le pluvier argenté, le vanneau huppé, la grèbe huppée, le huîtrier-pie, le courlis cendré, le chevalier gambette le bécasseau sanderling....

Le dernier recensement de mars et juin 2019 font état de plus de 7000 individus regroupés et une représentation de 587 espèces !...

La Maison de la Baie à Hillion offre de nombreuses occasions d'aller à la découverte du « peuple migrateur »...



J'ai toujours exercé une certaine fascination pour la géologie et pour les pierres... si variées et si diverses de formes, de compositions et de couleurs...

Un monde à lui tout seul que les courants transportent d'un continent à l'autre...

La Grève des Vallées, celles d'Erquy, recèlent des amas qui sont pour moi un territoire privilégiés d'investissements et d'explorations minutieuses, et ce, pour le ravissement de l’œil (et pour une collecte photographique)... C'est autant de « pochettes-surprises » enfantines, mais ici démultipliées...



C'est un dialogue sourd instauré avec chaque pierre et dont les yeux sont les ambassadeurs et la paume un réceptacle de contemplation toujours ouvert jamais fermé, qui recueille des minéraux fabuleux qui moulent, épousent et font pervibrer mes lignes de Vie...



Les millénaires ne pèsent pas en la paume qui les contient, ils donnent à ce geste prégnant de nature spirituelle une dimension quasi cosmique et en fait assez indicible... C'est lors que l'on peut comprendre que toute matière comporte une forme d'esprit qui lui est propre et singulier...

Ce ne sont plus mes mains, mes doigts qui moulent la pierre élue et choisie par mon regard, mais c'est celle-ci qui moule mes pensées en ses paumes !...

 

 

 

 

 

 

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Le minéral que j'héberge en mon corps très « subtilement » semble instaurer un contact avec celui que je contemple et trouve par ce biais une voie de correspondance méconnue et inédite propice à la relation et au rapport d'entendement entre les règnes...



Ce ne sont pas là des corps dits inertes car il y a comme une circulation et des émanations de nature vibratoires sans doute (des ondes de formes capables de propagations et de connexions dont nous méconnaissons les « mécanismes ».) Cela a été le cas des plantes, des arbres, dont une forme d'intelligence se dévoile de plus en plus!)

William Blake disait que l'on pouvait « tenir le monde dans un grain de sable ». Je comprends parfaitement cela en arpentant le jusant humide de l'immense plage nappée en partie de brumes légères et d'écume blanche et jaune...

Je comprends aussi pourquoi les bardes de Celtie venaient en cet estran chercher la grande « inspiration »...



Il m'arrive, pas assez souvent cependant, de me rendre sur le promontoire à la sortie du port de Dahouet muni de ma flûte amérindienne et d'offrir quelques simples mélodies à la mer en gratitude de tout ce qu'elle m'offre à profusion pour nourrir mon esprit, mon cœur, mon corps et mes pensées...

 

 

 

 

 

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02/11/2019
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