Les dits du corbeau noir

FACE A LA MORT ! BRAN DU 2018 16 10 OCTOBRE

 

 

L'information est tombée ce matin à 8 H 27 ; ma sœur aînée Marie Josée est décédée dans la nuit à l'âge de 71 ans à l'hôpital de Montreuil où elle était en soins et observations depuis deux mois..

 

Son état de santé était « critique » et la famille pouvait s'attendre à cette fin inéluctable, mais des périodes de rémission et d'amélioration nous avait laissé espérer quelques temps...

 

 

Elle est « partie », elle « nous a quitté », ce sont les termes pudiques que l'on emploi pour annoncer une telle nouvelle....

 

Ce qui était « vivant », présent au monde qui est le nôtre, n'est plus, ne sera plus jamais...

 

Ce que la vie animait hier encore, elle ne l'anime plus et la personne aimée bascule lors et brusquement dans le monde de la mémoire et du souvenir et parfois aussi dans celui de l'oubli !....

 

La pensée se trouble et tourne dans le cœur où les affects empêchent une vision réaliste et concrète de prendre forme, d'avoir une claire représentation de l'état dans lequel nous sommes et de la conduite à tenir afin de faire face à cette « mort annoncée »...

 

Vacillement et basculement de cette pensée qui ne peut en l'instant analyser, rationaliser, « maîtriser » l'événement, mais qui le subit de plein fouet alors que s'instaure une sorte de « flottement » mental dans lequel elle se perd comme on s'enfonce dans la brume ou le brouillard...

 

Le présent et le passé cohabitent lors en un voyage incessant qui va de l'un à l'autre confrontant souvenir et réalité...

 

Le vide, l'absence, la séparation, s'installent peu à peu auprès de la dite pensée qui sait devoir mener son « deuil » et le conduire dans le temps et l'espace...

 

Hocine, Bernard, Criss, Mijo, autant de départs soudain en moins d'un semestre écoulé, autant de peines et de chagrins cumulés, d'absences déplorées ; tout ces êtres aimés, appréciés, avec leur beauté propre, leurs sentiments généreux, leur cœur ouvert et accueillant, leurs goûts de vivre et de partager...

 

Tous est toutes « partis » au-delà et par-delà ce monde vivant et d'ici qui nous unissait, réunissait périodiquement, pour fêter ensemble et joyeusement quelques instants éternels d'une vie que nous savions, par ailleurs, mortelle...

 

Combien , la mort survenue, nous regrettons de ne pas avoir partager lors davantage !...

 

Faut-il être durement confronté à de tels départs pour que notre conscience prenne acte que nous n'avons pas su donner et offrir plus, de leur vivant, aux heureuses présences qui nous étaient pleinement accordées, que nous n'avons pas suffisamment prolongé, cultivé, entretenu, sustenté, une telle grâce offerte ?...

 

Il est toujours trop tard et les regrets ne servent plus à rien si ce n'est pour éviter de ne pas prendre davantage en compte, « ici et maintenant » les relations cordiales et aimantes qu'un hasard objectif nous a aidé à instaurer ou encore les liens familiaux qui sont les nôtres et que nous avons trop tendance à distendre, à négliger, à mésestimer ou à rompre !...

 

Combien de liens ou de relations estompées par défaut d'attention et d'intention ? Combien de « familles » à ne se regrouper que lors d'un enterrement de l'un ou de l'autre des leurs ?...

 

L'amitié et l'amour sont tous deux comme un feu perpétuel directement soumis à l'entretien que nous en faisons et à la vigilance que nous en avons...

L'extinction et la cendre guettent nos défections si nous n'avons désir et volonté de souffler périodiquement sur les braises de ce doux et plaisant foyer....

 

Il s'agit pour l'heure, pour l'instant, de passer inéluctablement d'une dimension hier encore existentiellement « concrète» à l'abstraction d'une disparition tout aussi évidente et bien réelle...

 

Ce qui était hier, corporellement, charnellement, n'est plus et c'est cette évidence qui tarde et tardera encore à prendre le dessus avant qu'une acceptation définitive, complète et indispensable se « réalise » et ce, afin de pouvoir commencer, comme il se doit et dans les meilleurs « dispositions » possibles, « l'ouvrage de deuil »...

 

Chacun, si possible et selon sa volonté, instaure la « relation » qui lui convient (spirituellement, philosophiquement, culturellement...) à la mort ; c'est là une affaire strictement « personnelle » et qui le concerne directement et exclusivement...

 

Certains refusent de « l'envisager », s'exonèrent de cette probabilité, mais y seront confrontés tôt ou tard. D'autres s'y confrontent plus ou moins sereinement ; composent comme ils peuvent avec elle, la redoutent, l'interpellent, se la « concilie » ou non... Toutes les attitudes existent face à cette échéance terminale...

 

La Sagesse, bien souvent universelle, propose de porter un regard vers elle « la Mort », aussi lucide, objectif, respectueux et éclairé que possible...

 

« Régler » positivement et objectivement ce « rapport » avec ce terme existentiel selon ses convenances, croyances et espérances permet alors de se rendre totalement disponible de corps, de cœur et de pensée pour la VIE qui n'attend que notre « animation » pour se manifester de la meilleure façon possible à travers ce que nous sommes et aspirons à parfaire...

 

Comme dit à plusieurs reprises, il y a plusieurs sentiers pour gravir la « Montagne » et chercher à s'élever dans les hauteurs spirituelles, philosophiques etc...

Tous sont « respectables » en souhaitant une réciprocité partagée de ce sentiment entre les uns et les autres...

Arrivé au sommet chacun ou chacune déterminera là ou les façons de quitter le dit sommet pour les contrées vers lesquelles lui-même et son âme aspirent...

 

Notre Tradition nous propose, à ce « sujet » diverses pistes soumises à notre agrément, mais n'en impose aucune nous laissant maître de nos convictions et du choix qui en résulte...

 

Il est beaucoup plus « facile », « aisé », d'aborder et d'appréhender sa propre « mort » physique que celle des autres et ce, d'autant plus si ceux-ci nous sont proches et intimes...

 

Une Tradition, digne de ce nom et des valeurs qu'elle véhicule avec elle, nous aide à faire face positivement,avec efficience et « sérénité » à cela comme elle nous aide à mieux vivre, à mieux aimer, à savoir donner, à savoir recevoir, à œuvrer et à créer, à faire preuve d'équité et de solidarité, à développer en nous ce qui est à même de favoriser le développement harmonieux de nos potentialités et tout ce qui peut coparticiper de notre épanouissement et de notre « accomplissement » au service de la Vie, de notre vie et de celle des autres......

 

Si une Tradition est en incapacité de nous fournir son soutien et ses appuis en ce sens, on peut légitimement s'inquiéter de l'Essence et de l'Anima qui sont réellement les siens et aller rechercher ailleurs une Source ou Fontaine de Vie digne de ce Nom !...

 

Il me faut ce jour « réaliser » ce départ, accepter cette « disparition » et peu à peu transférer cette absence définitive en une présence mémorielle prenant durablement demeure en mon cœur...

En mon cœur, en mes pensées du cœur, et nulle part ailleurs et surtout pas en un cimetière qui, pour moi, rendrait l'éloignement et la séparation encore plus cruelle et plus inacceptable !...

 

Certes que le défunt « repose » corporellement en paix et que le corps retourne à cet humus qui le compose originellement, symboliquement et étymologiquement est, pour ma part et pour mes convictions, une acceptation sensible et raisonnée, mais je ne saurais en aucun cas me rendre périodiquement sur une tombe sachant quelle est désertée de ce qui faisait l'Essence, le Principe et l'Anima d'un être dont la part spirituelle ; celle qui m'importe le plus, ne saurait demeurer enclose sous un tombeau aussi beau et émouvant soit-il !...

 

Mes « chers disparus » n'ont ni tombe ni tombeau pour la simple raison qu'ils font intégralement partie du Vivant de ma Vie et qu'ils continuent d'accompagner celle-ci au quotidien des jours et des nuits, car ils sont, lors, encore et peut-être plus présents en moi qu'ils ne le furent de leur vivant même !...

 

L'Âge avançant, la liste de mes « chers résidents » s'allonge et s'allongera de plus en plus jusqu'à ma propre disparition du corpus vivant et d'appartenance qui fût le mien...

 

Nul effroi cependant, nulle crainte, nul doute, nulle appréhension, seulement le souhait que ce grand et ultime départ, cet inestimé « passage », se fasse dans la plus grande paix et sérénité possible et ce, sans acharnement à retenir ce qui aspire à retrouver enfin la Source de toutes les sources, le Sein de tous les seins, la Matrice de toutes les matrices et la Lumière de toutes les lumières...

 

 

Merci d'avoir partager quelques instants avec moi ce passage certes profondément douloureux, mais qui s'ouvre et s'ouvrira davantage encore demain sur cette perspective rayonnante et lumineuse !...



16/10/2018
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