Les dits du corbeau noir

Equinoxe de printemps 2012 : symbolique (suite et fin)

Bran du       Février 2012


"Le 19 mars à la St Joseph s’éveillent l’orvet, le lézard et les abeilles… Mars arrive en lion et s’en va en  mouton…" Dicton populaire


Avril vient d’un terme latin aprilis puis aperire qui a le sens d’ouvrir…                                            Primum tempus « la première époque »…


Le Printemps : La saison Nouvelle : un « Monde neuf »… La saison des nids et la saison des œufs… Ce qui était usé se doit d’être renouvelé disent les textes sacrés anciens… Le nouveau cycle accouche de nouvelles naissances et le printemps est le temps des nouvelles mises au monde…


Notre Tradition éminemment « analogique » nous invite à « incarner » toutes ces dimensions, à les mettre en œuvre dans le creuset de nos sens, dans le chaudron de notre pensée… Nous sommes les phases alchimiques qui des Ténèbres nous conduisent vers la pleine lumière…

 

A propos de TALIESIN


Taliésin ; le barde inspiré au front qui rayonne la brillance intellectuelle, l’intelligence visionnaire et la connaissance essentielle, est « né de neuf éléments »   « L’on me créa mon sang de neuf éléments »…


Quels sont ces neuf éléments constitutifs de sa dimension bardique et druidique  :                                                                                                                                                      « Je suis né, je fus conçu du fruit des Fruits, du fruit du dieu de l’origine, des primevères, des fleurs des collines, du bois, des arbres, de l’argile de la terre, des fleurs d’ortie, de l’eau de la neuvième vague… »   (cité par Preder Henoal)


Il est né de la première semence, de la première graine de vie, de celle née sur le premier Arbre de Vie qui prit racine en la Création ; il est le fruit de l’Origine…   Une origine qui associe la terre et l’eau et qui fait de l’homme son terreau !…


Le barde, par son Verbe, prend souffle et souche en cette origine même…  Il lui appartient de conjoindre à cela le feu spirituel de la Parole pour que l’alchimie opérative soit complète et que la vie, cycle après cycle, renaisse d’elle-même en permanence…


Avant que Gwion Bach ne devienne Taliésin il doit se « brûler » aux trois gouttes issues de la connaissance ; une connaissance que détient le « saumon de la sagesse »… Il subira alors les transmutations, les métamorphoses, qui le feront passer d’un état à un autre, d’un niveau de conscience et d’entendement à un autre…  Il franchira trois étapes majeures le confrontant aux puissances de transformation que sont la terre, l’air et l’eau et c’est le « feu de l’Esprit » qui lui permettra de «  remonter jusqu’à la connaissance et la sagesse originelles » en acquérant la maîtrise de celle-ci par la maintenance de ses propres « équilibres » et de son « harmonie intérieure »…


Ce parcours hautement et profondément initiatique ( allant d’une fin à un recommencement gratifié de valeurs  et d’aptitudes nouvelles ) implique la maîtrise des « formes » et la traversée ténébreuse, mais victorieuses, de ses propres peurs et craintes…


Cela implique également au cours de ce périple la perte des anciennes écailles et écorces afin de favoriser le recouvrement des énergies et forces lumineuses, régénératives et rénovatrices…
Faire l’expérience de la terre ( de la Noire ) c’est faire l’expérience de l’eau et en celle-ci d’en appeler au feu et au souffle… La roue des saisons participe du creuset et du chaudron en ce sens, en cet Essence et à cet effet…


C’est ramener à la surface par le tamis du cœur, ce diamant de lumière, cette divine splendeur, qui réside dans l’obscurité et la gangue de nos « profondeurs »…  


C’est faire le vœux, le vœux sacré, de resplendir de nouveau et à son tour comme un « soleil d’amour » dans la nouvelle clarté des cieux….


En d’autres Traditions « indo-européennes » on retrouvera le même concept, les mêmes significations symboliques et analogiques qui à partir de l’enténèbrement mèneront l’initié vers la recouvrance de la splendeur primitive d’une nouvelle jeunesse du monde…


Sans l’hiver point ne serait le printemps et sans l’obscurité point de berceau pour la lumière, sans la terre noire point de semence de clarté…

 

DANS LES AUTRES TRADITIONS ANTIQUES :


Dans l’initiation « orphique » nous retrouvons  neuf éléments constitutifs d’une nouvelle naissance : La nuit, le ciel, le temps, l’éther, la lumière, l’astre, le soleil, la lune, la nature… Ces mystères duraient 9 jours et se terminaient par une « cosmunion » en hommage à Déméter ; la Déesse Mère… Les futurs initiés participaient alors à une purification générale et à un bain rituel….


Dans les plus vieux enseignements de l’Inde ancienne il y a également neuf éléments « fondateurs » ou Principes universels…
Les neuf muses grecques sont nées de Zeus après neuf nuits d’amour…


La Tradition scandinave fait état des neuf nuits et des neuf jours « renversants » au cours desquels Odin fera l’acquisition du Secret des Runes…


Nous savons aussi que la royauté celtique en dormition, en attente de son retour dans le cycle du vivant, est veillée par une « féminité collégiale » exprimée par le nombre Neuf.   Neuf sont aussi les coudriers qui entourent la Source de sagesse où le saumon reprend force….             Neuf, c'est la circonférence du cercle de la croix Duidique, le Cœur du cœur, le Sein du sein, de sa pensée et de ses actes…


Le dictionnaire des symboles traite, avec abondance de références, de ce chiffre qui a une valeur rituelle, qui exprime la totalité des trois mondes (céleste, terrestre, souterrain), la mesure des gestations, le couronnement des efforts et des recherches fructueuses, la finalisation d’une création… C’est le dernier des nombres manifestés ; celui qui ouvre la phase des transmutations, c’est la fin d’un cycle, l’achèvement d’une course, la fermeture d’une boucle, mais le recommencement par une transposition sur de nouveaux plans… 

 

C’est la multiplicité faisant retour à l’unité comme le symbolise le serpent, l’Ouroboros…   L’accession à l’aspiration fondamentale      ( philosophique et spirituelle) implique ces 9 étapes, jalons, épreuves, passages… Dante à la recherche de Béatrice exprime un processus semblable et à sa façon gravit les neuf marches, étages, encoches qui mènent de la terre au ciel, de l’ignorance à la connaissance maîtrisée, des ténèbres à la Lumière…


Vivre pleinement le renouveau printanier, en conscience et connaissance, tout nos sens avivés, c’est prendre en l’entendement de Soi tous les ingrédients « actifs » qui macèrent dans le chaudron hivernal afin de porter nos lèvres aimantes vers l’élixir de vie, le breuvage d’immortalité, le « cinabre » de la sagesse, l’hydromel des ivresses les plus sacrées…


Que chacun et chacune puissent lever la coupe de leurs forces vives retrouvées, renouvelées, revivifiées vers le Principe Incréé dont-elles sont issues….


Tout rite est fait (et fête) pour remercier dans la joie et la ferveur de l’esprit et du cœur, ce qui Fut, Est et Sera selon la divine Loi… …………………………………………………..........................................................................


            Un petit détour via l’alchimie :


Selon Henri Bodard dans un article paru dans  « le Jardin médieval »       (colloque tenu en 1988 au Monastère de St Arnoult)


Alchimie se disait au Moyen Age arquémie ou alkémie voir alchémie…  Il y aurait en cela des racines très anciennes ayant pour signification «  force, énergie féminine, et, par extension : remède, principe (le « seul » principe), la Création Divine, (le Seul remède de nature Solaire)…
L’athanor est le four où progresse spirituellement la matière mise  en œuvre par l’alchimiste…
Fulcanelli nous dit dans son ouvrages  les « Demeures philosophales » :


 « Tout l’art se résume à découvrir la semence, souffre ou noyau métallique, ou mercure, puis à soumettre ces éléments au feu , selon un régime de quatre températures croissantes, qui constituent les quatre saisons de l’oeuvre »


C’est aussi et par transposition le passage de la fleure noire à la fleur blanche    ( le lys) puis à la violette et enfin à la rose (rouge ou blanche selon que l’orientation donnée est l’or ou l’argent)…
Cela se fait dans un laboratoire : un « oratoire » donc où le sacré se prononce du bout des lèvres ! »


D’autres alchimistes notoires ajoutent ceci :


« Le bon est empêché par l’impur… » et nous trouvons dans le dictionnaire alchimique de Martin Ruland ceci : « L’alchimie est la séparation de l’impur de sa substance plus pure »…
L’auteur de l’article complète cela : « Les principes purs appelés traditionnellement mercure et souffre sont « recombinés » pour obtenir la Pierre Philosophale ou la Médecine Universelle…"
Enfin en conclusion très provisoire voici un adage hermétique :
« Les corps n’agissent pas sur les corps, seuls les esprits sont agissants. »
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Commentaires et développement                 Bran du   18 02 2012


« Quand l’Arbre de la Connaissance noue ses racine à celui de l’Arbre de la Vie…»


    Du Chaos vers l’agencement et l’ordonnancement :


Nous savons avec ces « esquisses » et « ébauches » les axes majeurs et les lignes de force de L’ŒUVRE…


Il s’agit bien dans tout cela de la transmutation progressive, procédant par étapes rigoureuses et attentionnées, soumises à des feux spécifiques, d’un matière, brute, grossière, impure, ténébreuse, chaotique…
Nous partons d’un monde « indifférencié » fort de potentialités mais encore indistinctes… C’est le chaos des origines, la matière noire primitive en attente d’ordonnancements et d’agencements divins et sacrés….


Le Maître d’œuvre, Incréé et Innommé, Le Verbe de tous les verbes, l’ordonnateur de la « grammaire céleste »,  s’apprête à « conjuguer » le temps et l’espace, à qualifier sa Création, a en inventorier les objets et sujets en leur donnant tous les compléments, attributs et qualificatifs nécessaires…
Et le Souffle donna vie car le souffle était lumière et cette lumière fût le germe de toute semence en cette terre…


Alors le premier plan (ou plant) fût de faire croître l’Arbre de Vie  en lui donnant pour sa souche la source nourricière faite d’eau et de terre, faite d’un terreau fertil et fécondant…  La terre (matricielle et maternelle) fût la génitrice de cela puis la nourrice de cette croissance, la fée et la bonne marraine de celle-ci…


Nous sommes ce « terreau », ce compost concentrant les graines d’une possible gestation et germination qui a vocation d’aller, après avoir percé ses propres ténèbres et les brumes de la mort, vers la lumière pour être enfin dans la plénitude de ce monde…

 

 

    De l’œuvre au noir à l’œuvre printanière : D’un feu  à l’autre…

 

De Samain au solstice d’hiver nous sommes l’œuvre au noir, la « décomposition », la séparation indispensable, le détachement nécessaire, afin de laisser place et bonne circulation aux bienfaits des minéraux contribuant à notre future croissance… La neige lors se devra de recouvrir toutes nos laideurs, toutes les scories accumulés, toutes les cendres, toutes nos branches mortes, nos vieilles écorces et nos vielles écailles, et ce jusqu’à la nudité première ouvrant le seuil des recouvrements vitaux…


Imbolc sera donc la période de la blancheur recouvrante et recouvrée… Les grandes eaux purificatrices délaverons le corps, l’esprit tet le cœur de toutes les noirceurs faisant obstacle à la montée de la sève lumineuse et substantive… Nous irons aux bassins et aux fontaines de recouvrance retrouvé ce « féminin » qui en garde l’accès et en protège l’usage…

 

Brigid nous accueillera et nous initiera alors aux secrets de la Poésie qui est acte de faire en beauté, en vérité, en équité, en générosité, en connaissance et amour… Elle nous enseignera les règles d’équilibre et d’harmonie, la façon de trouver en soi la concorde, la juste mesure, l’accord fondamental afin que soit la plus parfaire « résonnance »…


Le printemps et ses violettes suivront en un temps de juste balance et d’équilibre, de médiation et de régulation, entre toutes les forces en présence… Alors en cet équilibre tout pourra prendre naissance, toute création s’en viendra en ce monde….

 

Toute nuit accouchera du jour et toute étoile s’en retournera dans le cœur lumineux et immense de l’amour…

 

Aux feux du solstice d’hiver aura succédé la flamme d’imbolc puis l’embrasement auroral printannier autant d’étapes pour accompagner la croissance de notre « Enfant-Lumière » et celle de l’Arbre de la Vie sous lequel il se tient pour présider à nos éveils, à nos entendements, à nos désirs de perfectionnement et d’épanouissement…


Les deux feux de Bel feront cortège à ce pas sage vers la réalisation plénière… Aux purifications de l’eau succèderont celle des feux, brassants et embrasant, notre Chair/Matière !… Plus tard encore les feux du solstice d’été viendront couronner l’acheminement solaire… Alors viendront les moissons de l’être ayant engrangé dans les greniers obscures la mane solaire et le « Grand Mercy » qui sera donné à cette Terre et Mère, bienfaisante et bienveillante, généreuse et pourvoyeuse des vraies richesses….


Le parcours ainsi conceptualisé et analogiquement décrit implique de comprendre que nous ne pourrons boire, porter nos lèvres, à l’Eau de Vie et aux feux qu’elle contient (car Eau de Feu tout autant) que dans la mesure où nous réalisons en nous et par « décantations » successives une indispensable « épuration »….


 L’or (philosophique et spirituel) repose au fond du tamis corporel lequel se doit d’être épuré, débarassé de ses encombrements… Et il nous faudra puiser dans l’écoulement plus ou moins tumultueux du cours de notre vie, en racler et en secouer le fond afin que brille le diamant qui s’y tenait en attente !


Cherchons en nous l’épure, le souffre et ou le mercure, afin de libérer la Matière que nous sommes de son gemme spirituel, lequel seul, nous fera advenir dans le Monde Blanc de notre plus profonde et intime aspiration existentielle…


                                   Chaudron, creuset et roue de l‘année :      


 Ce n’est pas un hasard si le Chaudron, attribut des Dieux et Déesses, est si présent dans la Tradition celtique… Il est le Creuset même de son fondement et de ses capacités évolutives qui par transformations et transmutations successives opère le passage de l’ombre vers la lumière au cœur et au corps de chaque être et communautés d’êtres actualisant et adaptant une philosophie et une spiritualité génératrice de renouveau et de régénération sur tous les plans…


La Roue de l’Année est-ce chaudron et ce creuset où macère l’élixir de la vie et les saisons qui s’y succèdent constituent les étapes « ignées » et progressives de cette montée vers la clarté et la transparence, vers le rayonnement suprême… C’est un chaudron de santé ( qui préside aux équilibres et les restaure ) mais aussi d’inspiration (développant l’imaginaire et le créatif) et également de « science » (un savoir être et des savoir faire)… Il est l’œuvre du « Forgeron Divin » et sa forge est en nous-mêmes ; une forge dont nous sommes aussi les forgerons médiateurs et régulateurs attelés à faire sortir des abysses de l’âme humaine et de son « étant » son « Epée de Lumière »….


Du Carnaval :  (Extrait de carnaval ou la fête à l’envers) de Daniel Fabre


 Celui-ci puise ses racines dans le « paganisme »… Les premières évocations de ce qui deviendra un ensemble de fêtes  « débridées » s’étalant de décembre à mars, avril se trouvent dans des textes relatif aux babyloniens qui évoquent « l’inversion des mondes » et cela serait un héritage des mésopotamiens… Il est fait état des « sacées » soit de cinq jours estivaux ( juillet)  pendant lesquels les hiérarchies sont tourneboulées…  Le roi est remplacé alors par un « manant », un « homme simple » de petite condition qui va jouir de toutes les prérogatives royales, mais qui sera mis  à mort (pendu, empalé) à la fin de son règne très court…


Autour de l’équinoxe de printemps ( 11 jours encadrant celui-ci de part et d’autre) et dans le temple du Dieu Marduk se renouvellent les destins ; celui du monde et celui du roi lequel est humilié par les prêtres et doit jurer devant tous qu’il s’est bien comporté, qu’il n’a pas abuser du pouvoir octroyé, qu’il n’a pas offensé ni les dieux, ni le temple, ni la ville ni ses sujets…
Les fêtes d’inversion canalisent les forces cosmiques vers le roi Akkadien dont la puissance préservée et reconstituée assure la bonne protection de toute la société…


Ce sont là des rites de régénération de la société toute entière… On rejoue le « commencement » pour restituer le bon ordonnancement des mondes divisn et humains que les prêtres doivent lier ensemble… C’est là l’effet recherché de ces rites où les rôles s’inversent… le jeu ou plutôt le rite remet à neuf la mécanique subtile des rapports sociaux…
Les médiateurs perses (en 589 ) sont des indo-européens et ils occupent Babylone… Ils sont les « médiateurs du carnaval » selon James Georges Frazer… Ils assurent par des rites semblables à ceux cités ci-dessus la cohésion de la société…


Le clergé chrétien réagira vivement par la suite de cette résistance inquiétantes et des persistances des paratiques païennes et réorientera cela à défaut de l’éradiquer totalement…
Les fêtes païennes demeurent dans l’ombre du christianisme mais les dieux du passé sont devenus des démons… Le diable est  masqué, il n’est pas le visage à la semblance de dieu.

 

L’héritage est remodelé dans son essensialité,, intégrer et fixer dans un autre temps (mais Pâques dépend de la pleine lune de printemps à une date qui change d‘année en année donc) … Les Pères du désert ne pourront obtenir davantage du peuple dans la modification de ses pratiques et anciens usages… (Les clercs eux-mêmes seront à l’origine de la fête des Anes ou des fous, caricaturant les hiérarchies cléricales)..


(le 5 mars les sectateurs d’Isis se rassemblaient et processionnaient joyeux dans un char dédié à la déesse protectrice des navigateurs…)
La Soule armoricaine se tenait dans cette période…
Si les déguisements en cerf reviennent si souvent dans les pays qui furent celtiques, c’est bien parce que le dieu Cernunnos arbore au front les bois qui chaque année se renouvelle…"
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extraits du livre d’Yvonne de Syke  (Bordas éditeur)                                                           Fêtes et croyances populaires en Europe  (au fil des saisons)(collectif)


L’homme et la maîtrise du temps… Assurer la cohérence de l’univers…


Préface : En cette fin de 2 iè millénaire, au moment même où la société et son économie se détachent du monde rural, s’opère en milieu urbain un retour progressif vers le « naturel » et les valeurs traditionnelles qui, elles, restent evidemment enracinées dans le terroir. Dans nos sociétés où l’envie de communiquer est frénétique, la communion se fait rare, la solitude s’installe, le contact avec le sacré se raréfie… Paradoxalement, la recherche d’une certaine harmonie intérieure, d’une quiétude au-delà du vacarne quotidien semble une préoccupation de l’homme moderne. Celui-ci, curieux, avide de dépaysement, déçu peut-être d’un excès de rationalisme et d’uniformisation des rites et des pratiques sociales, se tourne vers les philosophies orientales, cherche à retrouver les fondements de sa culture.


…/… Religiosité et spiritualité populaires deviennent depuis peu de nouveaux pôles d’attraction de ceux qui s’efforcent d’échapper à la monotonie d’une vie quotidienne inscitre dans un temps linéaire…
L’appréhension duc temps cosmique, manifestation de l’éternel et source de pérennité de la vie, demeure le souci permanent de l’homme depuis la plus haute Antiquité. Cette recherche paraît un besoin quasi impératif de nos jours, où, grâce aux sciences, l’éclatement des limites temporelles et spatiales de l’univers mettent en évidence l’insignifiance de la durée du temps vécu par l’individu…   …/…


La fusion du temps linéaire d’une vie individuelle dans le temps cosmique se fait grâce aux repères des saisons, phénomènes d’ordre astronomiques les hommes ont marqué l’alternance de la vie et de la mort, comme l’éternel retour au commencement, par des rites et des célébrations dites « calendaires » propre aux sociétés rurales attentives aux alternances astronomiques et aux événements météorologiques…


Des hommes et des femmes ont mis en valeur cette temporalité cyclique sur notre vieux continent. Ils ont réussi à intégrer le christianisme sur un fonds de paganisme ancien et ont pu organiser une vie religieuse et spirituelle au moyen de syncrétismes successifs permettant le maintien de croyances, de pratiques, de rites et de coutumes ancestrales, inspirés du terroir, modelés par les contraintes climatiques et les réalités géopolitiques…   …/…


Perpétuez les anciennes cérémonies créées dans le but d’inscrire harmonieusement la place de l’homme dans son milieu naturel et surnaturel, c’est conjurer le mauvais temps, assurer la prospérité des cultures, l’abondance des récoltes ou de la chasse mais aussi organiser la pérennité de l’ordre social, assurer la santé et la fécondité du groupe. La réconciliation de l’homme avec les forces terrestres chthoniennes et célestes et la consolidation de son pouvoir sont les principaux bénéfices que l’homme européen espère tirer de ces fêtes saisonnières…   …/…
La Tradition est une réalité vivante, toujours en évolution, toujours fluctuante, ouverte le plus souvent aux innovations et aux influences venus d’ailleurs mais aussi figée par l’emprise étatique là où elle s’exerce avec le plus de force, de rigidité et d’absolutisme…
C’est en fait la création du monde et les théologies qui se trouvent à l’origine de la majorité des fêtes européennes… le symbolisme primitif de la fertilité et de la fécondité demeurent par adaptation et assimilation progressives… (La piété populaire reste conditionnée par des réalités locales.)


Tous les européens restent sensibles aux dates cardinales du calendrier solaire. Partout les deux solstices sont l’occasion de fêtes et de rites qui mobilise toute la société soucieuse de son bien être… La belle saison et la période de déclin qui suit sont entre la St Michel et la St Georges deux répartitions de l’année       (comme dans le monde celtique ancien.) …/…
(Il apparaît de plus en plus vraisemblable que l’ensemble du bassin méditerranéen à hérité de la grande idée indoeuropéenne du temps…)


Les fêtes de clôture et de recommencement sont l’occasion fervente et joyeuse de « magnifier le départ d’une nouvelle révolution dans la spirale de la vie. »


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Du carnaval :    le carnisprivium (passage de la cuisine grasse à la cuisine maigre…)  

 

C’est la jouissance insouciante et déculpabilisée du présent ou l’espoir d’un lendemain meilleur… (Aujourd’hui comme hier… faire du rire le sacre de l’homme…)


En Grèce…  Dyonisos, périodiquement, accompagné par un cortège venu de « l’au-delà » vient de l’océan vers les hommes… Il sort de l’eau des origines pour rejoindre le monde « D’en-deçà », la terre des hommes… Mais ce retour est une appropriation du royaume d’Apollon (lequel à cette époque est en « exil) et une usurpation de la souveraineté de celui-ci… Les règles de l’Au-delà s’imposent lors à celles de l’En-deça…(pour le temps qui précède le retour d’Apollon qui chassera l’usurpateur)… Ceci explique l’inversement des règles sociales toutes rigoureusement inversées… En fin de carnaval il y aura lieu de reconduire Dyonisos chez lui tout en rappelant Apollon à retrouver son trône…    (A la même époque on reconduira Isis et sa barque au bord de l’océan…)


C’est une réalité mythique qui explique les rites d’inversions des valeurs sociales que l’on retrouve toujours à carnaval. Il s’agit pour le monde des hommes de sacrifier temporairement aux règles de l’Au-delà. Ces rites aidant Apollon à reconquérir son royaume…
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La Tradition celtique est toujours vivace dans les conceptions populaires…
Les croyances liées à l’équinoxe de printemps sont fort nombreuses et capitales pour notre imaginaire collectif… C’est le temps de la quête amoureuse, par un jeune homme, de la Vierge toute belle…  …/…


Parce qu’un jour des divinités ont traversé la frontière entre Au-delà et En-deçà, sont descendues sur terre et remontées au ciel, il y a des carnavals et il y a Pâques…
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Du masque :  Sans masque point de déguisement ni de carnaval, c’est l’élément indispensable de toutes les fêtes européennes entre le 01 novembre et le 01 mai… Le masque est présent sous diverses représentations et est lié : aux funérailles, au culte des ancêtres, aux mise en œuvre des rites agraires de fertilité et de renouvellement de la nature, dans le déroulé des rites initiatiques, dans le théâtre tragique et comique, dans les cortèges, les danses spontanées ou ritualisées…
Dans le masque funéraire le mort est censé se réintégrer… Le masque peut apaiser les âmes des morts ou les chasser ou les conjurer… Le masque à une valeur spirituelle qui opère une catharsis ce qui implique l’absence « d’innocence » dans sa manipulation…
C’est une modalité infaillible de manifestation du divin, de l’être universel… Parfois le masque impose à celui qui le porte de jouer de s’identifier au rôle qu’il figure…
Les masques de déguisement se portent de novembre à mai…
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Le carnaval est une fête initialement religieuse ; une fête symbole du chaos, du « monde à l’envers », de la régénération du monde et des âmes, une fête de représentation du merveilleux rural qui entre également dans la fête urbaine laquelle la transforme et l’adapte à la vie des cités…


Du serpent :   Le serpent apparaît au printemps et disparaît à l’automne. C’est la vie dans son double aspect linéaire et cyclique. Il participe de la vie et de la mort en tant qu’être chthonien (du diurne et de l’ombre, de l’instantané et de l’éternité)… C’est un vieux dieu primordial détrôné par les divinités de l’ordre nouveau…  C’est souvent un être mythique…. Il est féminin et masculin car existant avant toute chose… Très répandu en Europe, le culte du serpent se retrouve dans les traditions populaires associé aux rites de mort et de résurrection, de guérison, d’abondance, de fécondité… manifestation de la terrer il l’est aussi des eaux par analogie avec sa reptation sinueuse. C’est ainsi qu’il maîtrise la germination et l’épanouissement de la flore.
Ces images symboliques ont une importance fondamentale dans toutes les civilisations agraires. Il est maître de la santé et de l’harmonie… Il se retire de la surface de la terre en automne ils se fonds à nouveau dans le principe du serpent primordial d’où il ressort le printemps venu révivifié et vivifiant… »
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Une Terre en soi  pour l‘homme nouveau… De la torpeur à l’éveil…


               Bran du               Réflexion      21 02 2012


En ce temps de déperdition des terres agricoles conquises par l’expansion des périphéries urbaines et de disparition d’une part importante des populations dites paysannes , du recours à des importantions en masse pour subvenir aux besoins alimentaires (avec des gaspillages considérables dans tous les domaines et y compris « humains« ), l’homme et la femme moderne ne devraient plus avoir recours à des rites et à des pratiques si enracinées dans le monde agricole et si liées au cycle annuel et saisonnier…

 

Que subsiste-t-il en effet du rapport à la terre et aux saisons de la terre dans une modernité vivant elle aussi et d’une certaine façon « hors-sol »… ?


Si, paradoxalement, on assiste cependant à un « retour vers cette terre » d’une part de la société urbanisée, c’est qu’une absence, qu’une carence majeure, se sont profondément installées au sein de la pensée de nos contemporains usagers de ces métropoles « déshumanisantes », dévitalisantes, pourvoyeuses de solitude et d’exclusion, d‘hyper compétition, d‘artificialité et de fortes agressivités… 

 
On ne se fait pas agriculteur pour autant, sauf rare exception, mais on cherche à créer, à restaurer, un lien avec l’environnement naturel et si possible sauvage comme si cela autorisait à retrouver aussi sa « vraie nature » et une plus juste place au sein de l’univers et du « vivant »…

 

Si le jardinage et la randonnée sont devenus en une décennie les pratiques les plus conséquentes des « français » c’est bien que cela correspond à un besoin, un désir, une aspiration à renouer le contact physique, sensitif, corporel, émotionnel, géopoétique et psychique avec le monde naturel, ses cycles, ses paysages, ses climats, ses bienfaits…


Pour ceux et celles qui vivent dans l’urbanité ou en sont issus célèbrent, concélèbrent plus exactement, les équinoxes et les solstices par exemple, ce ne peut-être pour leur « terre », leurs « animaux », pour leur communauté de voisinage et d’appartenance mais pour des dimensions plus « globales » de maintenance d’énergies et d’harmonies…

 

Les notions d’abondance, de prospérité, de fécondité si primordiales aux origines fondatrices des rites impliquent ici des transpositions analogiques préservant l’Essence et le fonds originel…


Pour ceux-ci et celles-là la « Terre » est leur « matéria prima » ; leur « champ » est à l’intérieur de leur être comme une friche, une jachère, en attente de labour, de semailles, d’ensemencement, de gestation, d’enfantement, de croissance, de maturation et de moisson…  Ils sont les paysans, les agriculteurs, de leur âme…


Nous sommes tous et toutes cela et en cela et par cela nous fécondons la matrice de vie ; une matrice qui contient la nôtre et toutes les potentialités à naître…


Les deux saisons de l'année celtique :

 

Au déroulé linéaire de notre société contemporaine se susbtitue peu à peu un retour à la succession cyclique du temps… L’année apparaît de nouveau constituée essentiellement de deux parties : une période sombre et une période claire (ce qu’elle était à l’origine de l’Europe )

 

Cette année bipartite « conditionne » en quelque sorte une façon d’être et de vivre…  Incarner en conscience et « habiter » le monde et soi-même en intégrant ces deux dimensions permet de revivre analogiquement les mythes originels et de transposer le cadre divin et sacré dans un monde profane lors « transfiguré »…                       

 

Il n’y a plus, en ce sens, de différence entre les manifestations et expressions de la nature et notre « accompagnement » transposés en notre corps, notre cœur et notre esprit…    La relation primordiale est restaurée, le lien retrouve son Essence, son origine et sa finalité sans cesse recommencée…


Nous ne sommes plus « séparés » , en rupture de ce qui nous fonde et nous forge, nous sommes acteurs de notre vie et osons l’emprise sur le temps…


Les masques et ce qu’ils représentent appartiennent à la saison « sombre » soit de Samain à Beltaine, mais « tombent » de Beltaine à Samain… De même le serpent mythique et primordial disparaît à la Samain pour réapparaître à Beltaine en jaillisssant de la source vivifiante…


Les abeilles sortent de leur ruche sous les premiers rais printaniers… Elles vont chercher le nectar de la vie ; le miel solaire de l’existence… Elles vont quérir les sucs substantiels au cœur du calice du printemps…


Le coucou revient entre le 15 mars et le 15 avril de son lointain séjour en Afrique du Sud… Il sera lui aussi un annonciateur du printemps mais ce sera au détriment de certaine nichée dont il expulsera les oisillons en se faisant nourrir par des parents bernés par cet hôte « meurtrier »…   N’est-il pas comme l’orgueil, l’égocentrisme, qui veut prendre toute la place en se gavant de toute pensée et action humaine au détriment de toutes les autres valeurs d’altruisme, de compassion, de générosité ?…


Ce sont là des thèmes portant à méditation et réflexion…


Si j’ose une transposition je dirais que la pensée s’intériorise dans la traversée hivernale pour porter bourgeons, fleurs et fruits à la « Belle saison », et qu’elle demeure en quelque sorte « cachée » pendant la période sombre pour apparaître à découvert et « brillante » dans le renouveau printannier…


Voir l’année ainsi, c’est la concevoir comme une dualité ( période sombre et période lumineuse ), mais c’est sans compter sur les vertus opératrices de la transcendance permanente fondatrice de la pensée celto-druidique et indo-européenne en bonne partie…  

 

Rien n’est en effet absolument tout noir et tout blanc et l’alternance bouleverse la permanence pour une pensée sagenment avisée, avivée et aiguisée… 

 

Nous sommes face à une Tradition qui tantôt masquée tantôt dévoilée donne visage et figure du vrai, du juste et du beau en recherchant ici et maintenant le point qui fera équilibre entre toute opposition et rendra fécond le « mariage des contraires »
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03/03/2012
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