Les dits du corbeau noir

EN HOMMAGE A BASHO (POETE JAPONAIS) POESIES HAIKU TEXTES ODES... BRAN DU 2019 22 10 OCTOBRE

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CROQUIS DE MATHURIN MEHEUT AU JAPON

 

 

 

 

Haiku, poèmes et pensées

 

Bran du   Le 22 10 2019

 



Aux Approches de l'hiver

Bran du    Octobre 2019      Petit hommage à Bashô



« ...Le corbeau croasse dans les hauteurs...

Le vent s'attarde parmi les feuilles rousses...

L'hiver aura du rouge sur les lèvres...

La vallée se dépouille lentement de sa vêture de brume...

L'eau a ajouté un couplet à sa chanson...

La jeune femme rabat son peignoir sur le rose de ses seins...

Une vache s'est égarée dans les bambous...

Au cimetière, la mort arrache des larmes aux chrysanthèmes...

L'ours est retourné dans sa tanière et les abeilles s'endorment dans leur ruche...

Une odeur de beignet d'aubergine flotte dans les ruelles...

Le poète voyageur se souvient de son périple le long de l'Oshû Kaidô *... Les vieilles sandales aussi se souviennent du voyage...

Il fait bon voir de nouveau le vol des oies sauvages...

Le barbier s'est endormi dans son fauteuil...

L'ermite contemple la lune au pied de son bananier...

Un encens d'amour brûle dans la coupelle de l'attente...

Une cloche sonne au sanctuaire voisin...

Les choses sont à leur place et l'heure tient la sienne...

Le vent colporte des vapeurs d'embruns, aussi un cri de mouette...

La vielle dame refait son chignon puis conte à l'enfant l'histoire de Aoyama* et de la fille du soleil...

Rien ne se presse aux berges de l'automne finissant...

Une colonie de lucioles éclaire un carré de choux...

Encore un baquet de poissons à porter pour la femme du pêcheur...

Quelle est loin la douceur des fleurs du cerisier...

Un poème fait sa route dans le soleil couchant...

Epais est l'osakè* quand les yeux se troublent...

Un moine monte les marches et se prend le pied dans sa robe...

Un homme frappe fort sur l'étal pour attendrir la chair du poulpe...

Inari, le dieu du riz, attend son offrande de toffu*...

Une servante a glissé sur le pont de Shirakawa*



Et moi je rêve à Michinoku ; la terre du bout des routes et à Hyôhaku no Haijin : le poète du chemin blanc »...







L'Oshû kaidô : la route de la mer du Nord...

Aoyama : la Montagne Bleue...

L'osaké : le sakè véritable (alcool de riz)...

Le Toffu : fait avec du lait caillé de soja puis séché...

Shirakawa : la Rivière Blanche...

.....................................

 

 

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Poésie « en forme » de haïku et autres formulations... Bran du :



Passager du « vivant »...

Tant que la feuille

perdure sur sa branche !...

Se mouvoir dans le vide

la plénitude aux lèvres

un rêve au fond de la besace...



L'errance

l'assurance d'une auberge

où boire avec son double !...



Remue-ménage

dans la chambre en roseaux...

L'envol des canards sauvages...



La brume sur la rivière

la brume dans le fond de la vallée

Plus vite levée que celle de mon cœur !...



Mes poèmes, qu'ils soient effacés par les marées, mais, les chants, en mes entrailles enfantés, qu'ils aient saisons et souvenance...



Sans enclos ni enceinte, déployant l'éventail de sa ramure, apprenant à ses feuilles les chansons colportées par les vents, poussant sa sève dans la verticale du ciel, faisant de chaque saison une carte de voyages, l'arbre n'a de cesse de fendre en deux les nuages...



Sur l'étroit chemin de lumière

mon ombre, lors,

s'amenuisant...

Des silhouettes courbées

dans le froid de la neige...

Combien de coquillages ramassés ?



La question comme un héron,

patient, attentionné...

La réponse au bout du bec !...



Pèlerin de l'ailleurs...

Dans le vent, voyageur...

Serpentaire est le chemin...



Ours, baleine, hibou et saumon...

Jadis je fus cela...

J'y ai gagné mon nom !...



Tant de méandres avant de déboucher dans l'estuaire de la mort et d'y laisser le corps pour un esprit s'élargissant dans l'océan, dans l'océan, infiniment, infiniment !...



S'en vient la saison des feuilles rouges...

Mes souvenirs enfilent leur chandail de laine...

Le poème prend froid...



Elle avait un collier en perles d'obsidienne

qui éclairaient la voie lactée de ses seins...



J'avais là, entre terre et écume,

un promontoire

pour mon âme migrante...



Qui parmi les mouettes ; laquelle, décide qu'il est temps d'aller désalé ses ailes dans l'étang et de les sécher au soleil ?...



Chez nous, en Bretagne nous avons le Pen ar bed, la « tête du monde » ou encore le Finistère ; la fin des terres... Dans le Nord du Japon, il y a Michinoku : « la Terre du bout des routes »...



La rumeur enroulée des vagues... Le cri ailé des corbeaux... Un rire d'enfant... Le chant d'extase de la jeune femme... Les froissement de deux arbres qui s'entrechoquent... Le vent qui soulève la jupe des feuilles... L'eau qui chevauche le policé de la pierre... Le cerf qui appelle aux amours... Tout cela est sans mensonge, sans perfidie, tout cela chante et glorifie la Vie dans l'élan naturel, spontané, de ce qui reçoit et s'offre..



Ivre de solitude

j'arpente

les ruelles désertées de ma mémoire...



L'odeur de la fumée de bois

me monte aux narines...

le village est proche...

 

...................

 

 

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Le Chant du Cygne ! Shaman Song (suite)

Bran du Le 22 10 2019



« Comment l'oiseau en cage peut-il comprendre les aspirations du cygne sauvage ? »

Koan Zen du maître « Obscurité Blanche »



« Dis moi, o cygne en parure de neige, toi qui, aux nuages du Nord, fait cortège et auquel le soleil, au passage, fait signe, qu'as-tu vu, du haut du ciel, que je ne sais voir, que je ne verrais pas ?...



- J'ai vu la Mère Baleine, je l'ai vu projeter dans le bleu de l'océan les jets de son sang... J'ai vu les glaces millénaires fondre par le réchauffement de l'air... J'ai vu ce que mes aïeux ne pouvaient voir ; j'ai vu la terre se dévêtir de son cuir de gel, de sa pelisse de givre, de sa chevelure de neige... J'ai vu de lourds navires éventrer son ventre et remplir celui-ci du nauséabond des hommes !.

 

- J'ai vu des contrées aux beautés sans pareille et j'ai vu, de l'homme, les traînées de souillures, l'enfouissement de leurs salissures dans la matrice de notre Mère !..J'ai vu les corbeaux urbanisés faire les poubelles et faire honte à leurs ailes sur les ordures déployées !...

 

- J'ai vu, mon ami, des humains, le dos courbé, les paupières lasses... On leur avait coupé les ailes du songe et de la rêverie !...

Ils traînaient leur misère comme des chiens de traîneau, ils n'avaient que l'os sous la peau ; n'avaient plus de crocs pour mordre dans la vie....



Les plaines n'étaient plus survolées par le cri des corbeaux, des fumées âcres, épaisses et pestilentielles montaient de la terre, empestant et polluant l'Univers....



- Voilà, lors, ce que j'ai vu, mon ami, en planant au-dessus de ce qui n'est plus le royaume sacré de la vraie vie, mais des contrées faites d'arrogance, d'orgueil, de cruauté, de mensonge, d'artifice et d'illusion, des vallées, des villes et des monts, profanés par des démons qui se veulent briller comme de l'or. »..

 

Que ne suis-je oie ou bien grue pour voir ce que tes yeux ont vu... Je ne suis qu'un homme ballotté par les vents soumis à l'espace et au temps ; une présence passagère et transitoire tant que dans mes veines circule mon sang...



Je n'ai pour horizon, ni le bleu, ni le blanc et mes étoiles s'éteignent au firmament, le gris, le gris sombre, le gris d'encre à dévoré l'azur et je ne sais plus grand chose de ce que fut, en moi, le printemps !...



Prête-moi, o bel oiseau ; oiseau de haut-vol, ta si noble et si blanche vêture, que dans le vent du Nord, je prenne mon envol... Qu'en l'éther et les nues, que sous la céleste coupole, toutes mes pensées se dénudent et s'épurent...Que plus ne soient en mon cœur les brouillards et les brumes, mais le glissement feutré de mes plumes reflétant le soleil et la lune et une étoile-sœur...

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23/10/2019
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