Les dits du corbeau noir

REFLEXION : DU RITE : FIXITE, RECTITUDE, RIGIDITE, SOUPLESSE, FLEXIBILITE, RUISSELLEMENT !.... BRAN DU 05/MAI 2015

Souplesse, flexibilité, rectitude et rigidité ? Bran du 13 05 2015

 

Un rituel, pour être réellement « opératif » et « efficient », se doit-il d'être hyper codifié, inchangé dans ses formes, immuable dans son déroulé, invariable dans ses formulations, ou non ?

 

Une réponse ne peut être apportée à cela et tranchée sous la forme d'un choix excluant totalement une façon de procéder d'une autre...

 

Fond et formes sont appelées à coopérer, à échanger, à dialoguer, mutuellement et ce dans l'entendement maximum....

 

L'Invariant Majeur ; c'est le Fond, l'Essence, l'Anima, le Principe, le Grand Régent, ce pour quoi et pour qui un rite, conjoignant l'humain au divin, à lieu...


En ce qui nous concerne, et dans la limite de notre langage humain, c'est L'incréé (Innommable en fait) qui Préside à tout Rite, qui l'instruit et l'inspire par les ambassades aimantes de l'Awen (le Verbe-Souffle en quelque sorte)...

 

L'inversion la plus redoutée du monde celtique est celle qui consiste à donner préséance à la Matière (y compris corporelle, charnelle) sur l'Esprit et à renverser les valeurs humaines constitutives d'équilibre et d'harmonie....

 

Alors ne nous prêtons pas nous-mêmes à de telles aberrations et gardons toute notre confiance et toute notre « reliance » en L'Esprit fondateur, concepteur, agenceur et créateur, afin qu'il nous dote des meilleurs outils, des meilleurs pensées, des meilleures méthodes pour le concélébrer en nous et à travers nous...

 

Ce n'est pas à la « forme » de dicter ses « lois » ou d'imposer celles-ci à l'Esprit, mais l'Esprit qui façonne, modèle, ossature, agence, charpente, l'oeuvre qui se propose de le manifester...

Et cela passe par notre canal, notre entremise, notre intermédiaire, si nous en avons exprimer le souhait, le désir, la volonté libre, responsable et consciente...

 

Trop de rigidité entraîne une cassure inévitable qu'évite une souplesse de Cœur et une flexibilité d'Esprit....

 

Mais il est aussi parfois nécessaire de se « rectifier » afin de se tenir « droit à nouveau » et la dignité s'acquière aussi de la façon dont nous nous tenons debout dans la Verticalité de l'Etoile qui nous guide, nous éclaire et nous conduit....

 

La matière « rabaisse » trop souvent l'Etre quand l'Esprit l'élève !....

 

Cela n'empêche pas que notre « Chêne » se doit de se faire roseau quand la tempête souffle au-delà de ses propres résistances !

 

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Fixer, c'est "mettre à demeure" mais, une demeure est faite pour accueillir les mouvances de la vie !...

 

L'excès de codification masque le plus souvent un sentiment d'insécurité (on n'est pas hélas dans la "Confiance" indispensable à toute relation) ; donc manque déplorable de confiance, en soi, en l'autre, en la Communauté du Cercle, en sa foi et sa croyance,  en sa Tradition et comme on "n'ose pas l'Awen", on se dote d'un ensemble de procédures, de formulations, d'actes très rigides qu'il faut si tant mémoriser que des supports matériels sont indispensables pour la bonne conduite du rite qui reste le plus souvent soumis à une mise en scène dont les acteurs ne maîtrisent plus rien, se trompent régulièrement en jouant approximativement le rôle imparti et en  ponctuant le laborieux déroulé de leurs embrouillements !....

 

On peut toutefois et cependant, concevoir, parfaitement, un rituel avec un seul officiant qui comme un brahmane déroule scrupuleusement, geste après geste ancestraux, paroles fondatrices et sacrées de la relation après paroles fondatrices et sacrées de la relation, les phases « codifiées » et immuables de la cérémonie...

Et ce sous les yeux des assistants ou des fidèles dévots qui demeurent à l'écart de la « célébration » réservée au sacerdote, mais visualisent celle-ci et en vivent la « relation » par prêtre interposé...

Cet officiant peut toutefois se faire aider pour certaines parties du rite par des hommes ou des femmes consacrés à cela...

 

C'est une façon de faire et des plus respectables, si elle convient à tous et à toutes et si elle ne porte pas atteinte à ce qui fonde la cérémonie elle-même, ses buts, son objectif, ses mises en présence et ses relations basées sur le don, l'offrande, l'adoration, la ferveur, la louange, la gratitude, le vœu et l'intention réelle et sincère... etc...

Elle demande que le dit sacerdote possède toutes les qualités requises pour mener "par coeur" le déroulé de la rituélie...

 

Mais, c'est faire en partie abstraction de la Loi d'Evolution qui tout en maintenant l'Essence première, l'Anima originel, qui président à cette dévotion, cette croyance, cette ferveur et ces rites, actualise, adapte, dans les formes, ce substrat initial afin de tenir compte des nouveaux langages, des nouvelles formes de compréhension, des nouvelles façons de faire, de dire, d'offrir, de prier, d'invoquer....

 

Quand le culte est totalement individuel et s'instaure entre le croyant et sa croyance cela ne regarde que le célébrant et l'objet de son culte...

Soit il s'appuie sur les conventions religieuses et les « liturgies » conventionnelles spécifiques à sa religion, soit il se laisse inspirer par ce qui préside à sa foi (sans se départir du « Fond ») et donne à celle-ci les formes appropriées à ses entendements dans le but de la relation recherchée et de son aboutissement positif …

 

Qu'en est-il d'un culte collectif ou communautaire comme ceux que nous réalisons et concélébrons lors des fêtes de la Roue de l'année ?

 

Il semble, (données archéologiques à l'appui) et au moins en ce qui concerne les sanctuaires dit gaulois et très liés à la classe guerrière et donc à la royauté, que ne pénétraient dans l'enceinte sacrée que les sacerdotes et ceux qu'ils autorisaient pour les aider en certaines taches, mais on sait également que des banquets et des festins se tenaient en ces enceintes aux périodes des festiaires...

(Des rites très complexes relatifs au traitement des dépouilles de guerriers se tenaient en ces sanctuaires et comportaient de nombreuses phases de déplacement et de traitement de ces squelettes.)...

 

Bardes et Vates participent du sacrifice (l'action de rendre sacré...) et appartiennent de ce fait, selon CH J Guyonvarc'h et F Le Roux, à la classe sacerdotale donc druidique...

Cela implique qu'ils interviennent de diverses façons au sein des rituels et des cérémonies...

Il semble bien que par ailleurs que toute la population est conviée aux cérémonies et que cela constitue même une « obligation »... (Ne pas se rendre au rituel est un acte grave et être exclu de la communauté qui s'adonne au rituel est une sanction analogue à un bannissement...

 

Le rituel ayant pour but d'instaurer une relation aimante et intelligente avec les Entités divines afin que soient préserver les équilibres et les harmonies en tout être et en toute chose, sur la terre et dans le ciel, ne pas participer à cela équivaut à se désintéresser et à se désolidariser du sort de tous et de chacun !)...

 

C'est donc toute la communauté qui participe au rituel par sa présente fervente aidée par les « Bardes et Vates» selon leurs fonctions et attributions et « encadrés » par les penseurs et théologiens que sont les Druides en charge du corps sacerdotal et de la communauté toute entière...

 

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Les bases «rituéliques» impliquent un lieu consacré protégé des actions profanes néfastes par des «interdits», des gardiens ou gardiennes du seuil ; Mais, aussi, le dépôt d'offrandes et des autels pour cela, la présence de l'eau et du feu, d'arbres sacrés ou d'une branche de ces arbres, un collège de servants et de servantes, des espaces assignés à différents types de dévotion, des symboles, des représentations (plus tardivement et sous influence d'autres civilisations).....

(Par ailleurs, les cultes dits «domestiques» sont bien attestés et la fréquentation de hauts lieux ( sources, fontaines, arbres vénérés etc) de même...)

(Les Celtes sont décrits comme des peuples très religieux.)...

 

Tout cela présidé par la classe druidique et selon les convenances de présence, de dévotion et de participation connues de tous et de toutes...

 

Nous savons peu de chose sur la tenue précise de ces rituels, mais elle ne diffère sans doute que très peu des actes pratiqués dans toute l'Antiquité dans le monde indo-européen et perpétués plus tardivement au sein de sociétés humaines encore « traditionnelles »....

 

Nous savons, car les informations ne manquent pas, que pour ce qui concerne les pratiques religieuses des peuples proches des Celtes, que le chant, la musique, la danse, les « jeux funèbres » participent pleinement des rites et ceux-ci ne pouvaient pas, selon moi, être absents des cérémonies druidiques....

(Les Celtes, très curieux de tout par nature, s'intéressaient aux autres peuples et étaient très demandeurs de nouvelles et d'informations auprès des étrangers de passage...

Ils savaient prélever chez les autres des manières de faire, d'oeuvrer, de réaliser, de fabriquer et de pratiquer qu'ils adaptaient et transformaient selon leur vision des choses... L'Art Celte en est un parfait exemple!)...

 

Pour ce qui est des offices religieux, faute d'éléments probants et attestés, nous ne pouvons que tenter une approche sous forme d'interprétation et de projection, à partir également d'études comparatives avec d'autres pratiques religieuses indo-européenne, afin de reconstituer approximativement les rituels pratiqués par nos lointains ancêtres...

 

Si les formes qui sont mises en oeuvre lors de ces rituels nous sont en grande partie inconnues, il nous reste cependant le recours à la Forme, à l'Esprit, à l'Anima, à l'Essence, au Principe qui présidaient immuablement à l'ordonnancement et au déroulé des dits rituels...

 

Et c'est cela qui importe le plus me semble-t-il....

 

Nos Anciens et Anciennes donnaient préséance au Fond sur la forme ou les formes et cette ou ces dernières obéissaient à ce qui l'animait ou les animaient....

 

Il nous appartient de faire de même et d'être à l'écoute de l'Awen qui hier comme aujourd'hui continue de « souffler » où il veut, quand il veut et comme il veut !

Il n'a pas changé en 3000 ans et plus et continue de prodiguer son inspiration au cœur et à l'esprit de qui se tourne vers lui en amour, ferveur, entendement et confiance...

 

Lors faisons confiance à ce Souffle Inspirant pour donner à nos rites la «Respiration» qui convient !....

 

Et laissons l'Awen circuler librement en nous et à travers nous en lui laissant pour cela les espaces d'écoute, d'attention, de silence, de perception, qui favoriseront sa venue, sa présence active et ses manifestations …

 

Trop de rituels faisant fixation sur les formes et mobilisant le mental à cet effet ne permettent pas à L'Awen d'oeuvrer et d'animer les cœurs et les esprits tant ceux-ci sont «accaparés» par ailleurs et indisponibles aux divines visitations !!!...

 

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Un officiant qui pratique le rite doit être en mesure d'expliquer le comment et le pourquoi des actes, gestes, paroles qu'il met en œuvre au sein de celui-ci...

Les questionnements ou interpellations qui se posent légitimement, dans une saine recherche de compréhension indispensable pour une meilleure participation des uns et des autres à la cérémonie communautaire, se doivent de trouver une réponse fiable et argumentée...

 

Trop de pratiques résultent d'une répétition d'actes visualisés, plus ou moins mémorisés et dont la profonde compréhension est absente ou très partielle....

On ne sait pas toujours le sens originel et la signification traditionnelle des gestes qu'on réalise et des mots qu'on formule...

Mais on reproduit, par défaut, le modèle retenu en s'éloignant hélas des bases et des fondements initiaux et en perpétuant ( en les accroissant même) ces manques et carences préjudiciables pour la bonne et véritable tenue du rite....

 

Il arrive, et oui !, que l'on « fasse » sans savoir !...

 

Il arrive aussi que l'on innove en introduisant des éléments inhabituels, importés d'autres pratiques en pensant bien faire, mais la bonne intention ne suffit pas pour justifier que la ou les nouvelles formes apportées au rite sont bien en adéquation avec l'Esprit qui anime ce dernier !....

 

Un rite est la cohérence même ; (la cohésion, l'adéquation, l'ajustement, par excellence) et ne peut de ce fait supporter l'incohérence !....

 

A l'heure où chacun et chacune font leur « marché spirituel » où ils prélèvent ici et là divers ingrédients auprès de diverses Traditions, on assiste à des mises en rapport assez étranges et hétéroclites qui n'ont pour effet que de susciter d'importantes confusions en rendant encore plus difficile, voire impossible, la réalisation de l'Egrégore souhaité et recherché !....

 

Un rite « concentre » et ne « disperse » pas !...

 

Pas plus que l'on ne peut pas courir deux lièvres à la fois, on ne peut instruire et conduire un rite en plusieurs directions et orientations !...

 

Un Rite est une source qui va du point originel de son jaillissement jusqu'à l'océan de sa destination et elle irrigue au passage les déserts de l'homme et dépose pour lui, sur le sein de la Mère, le limon spirituel à partir duquel il transcendera son propre nom !....

 

C'est à partir de la Terre et de l'Eau (le Terreau fertile) que l'homme qui est « humus » (étymologiquement ) pourra faire croître son Arbre de Vie avec l'aide du Feu de la sève Spirituelle et celui, o combien solaire, du Souffle divin !...

 

Un rite est un ruissellement, un libre et chantant parcours, il est clarté, transparence, limpidité, fluidité, bondissement, contournement des obstacles qui se présentent à lui ; il n'est pas fait pour se retrouver dans un marécage et parmi la stagnation d'eaux fétides détournées de leur fervent, joyeux et sage cours!....

 

A trop vouloir « canaliser » les fleuves , le cours de ceux-ci est perturbé et des « catastrophes » parfois dramatiques arrivent....

Prenons, lors, garde à ne pas faire de même avec nos rituels !....

 

Nous aussi nous avons source et estuaire en nous-mêmes ; qui plus est, nous sommes les saumons qui tissons, en nos audacieuses et aimantes navigations, le fil invisible qui relie, depuis toujours, tout être et toute chose au sacré et au divin , l'Alpha à l'Oméga !....

 

Nul ne peut retenir en ses paumes fermées l'eau qu'il à prise en ses mains !

 

Le rite est la mouvance même de la vie et quand nous ruisselons en lui nous pouvons ressentir, avec une émotion parfois bouleversante, qu'eau, sève, songe et sang, bouillonnent dans un même Chaudron qui est celui des Dieux et des Déesses...

 

En conclusion provisoire...

 

Un rite a pour origine, cause, effet, objectif, motif, argument... l'instauration sereine et joyeuse, fervente et aimante, savante et sage, opérative et efficiente, d'une Relation, d'un Rapport, au sein d'un espace temps « consacré » à cela qui Fût, Est, et Sera afin de ne pas rompre la chaîne de transmission appelée Tradition et de réinjecter en celle-ci, périodiquement, la Vie, la Mémoire, le Souvenir, l'Amour, la Connaissance, la Conscience, la Cohérence, la Compréhension, la Bonté, l'Appui et le Soutien qui sont constitutives de Celle-ci...

 

Un rite convoque en nous et à travers nous les Forces, Energies et Lumières qui nous « enveloppent » dans et sous leur Tribann Incréé afin que soit au ciel comme sur la terre, dans les mers comme en toute vie et en tout règne.... l'Equilibre et l'Harmonie...

 

Awen !

Que Cela qui Fût, Est et Sera soit....



14/05/2015
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