Les dits du corbeau noir

DU Haiku Histoire et pratique suite Bran du Mai 2014

 ECHANGE et ATELIER  HAÎKU   mode d'emploi

Chaque fin de mois ( juin donc) adresser soit par courriel (brandu35@free.fr) les haïkus que vous avez réalisé dans le mois écoulé (ou sur feuille libre si vous n'avez pas de courriel à adresser alors à Bran du Dahouet 3 rue du Pont neuf 22370 Pléneuf/val-André... Je vous ferais lors retour de tous les haîkus reçus... Des enveloppes timbrées à votre nom et adresse peuvent m'être envoyées pour le retour afin de limiter mes frais d'expédition.)

 

 

 

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Ile de Batz  (Bran du)

 

Haïku Buson (1716) (Une sorte d'épicurien taoïste...)

 

 

 

"Dans le prunier blanc

 

le jour va se lever

 

Chaque nuit dorénavant." Son dernier poème avant son décès....

 

 

 

"Mener une vie humble et oisive ; ne pas se préoccuper de savoir si l'on est dans un style traditionnel ou novateur dans la voie du haïkaï...

 

La poésie" est un éveil à sa nature profonde accordée au cours des choses..."

 

La peinture comme la poésie doit être l'expression de l'accord de l'artiste au cours des choses et la manifestation de son chant intérieur."

 

(Le Bout du Chemin).

 

 

 

La rivière d'été

 

Passée à gué, quel bonheur

Savates à la main.

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Le Livre du Haïku : Fourmis sans ombre (Extraits) Phébus éditeur Anthologie-promenade de Maurice Coyaud...

 

"... L'Art d'être sans en avoir l'air...

 

Le haïku participe du Yûsen ; le "Mystère ineffable" qui consiste à laisser les portes grandes ouvertes à ce qui vient...

 

Il est recommandé de ne pas user des métaphores....

 

Les mots ont tendance à pécher par excès... Qui veut trop dire ne dit rien... (L'Occident à tendance à vouloir trop dire , à surajouter sans cesse au risque de tomber dans le verbiage.)

 

Le haïku est une pause au tournant d'un chemin pour le poète-voyageur lequel capte une impression fugitive... c'est la route d'un flâneur dans l'insouciance et l'attention, l'abandon et l'éveil...

 

C'est la saisie éphémère d'un instant... Il s'agit simplement de dire, pas d'exprimer, d'émouvoir ou d'étonner, pas de donner à voir mais avec des paroles de peu dire la part insaisissable qui est en toute chose..."

 

 

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Bran du "Façon Haïku" Mai 2014

 

 

 

La fleur d'acacia ;

 

C'est elle qui pointe son nez

 

En bordure du bois...

 

 

 

En certains endroits de la Beauce

 

Rares sont les perchoirs

 

Pour les oiseaux...

 

 

 

L'état des nappes phréatiques ?

 

Des eaux qui vont rapidement

 

Porter à débats !...

 

 

 

Revenant gaiement du jardin

 

Elle dit : - Chéri, regarde,

 

Je t'ai ramener deux beaux melons dans mon tablier !

 

 

 

Il répondit :

 

-Tu es le coquelicot qui manque

 

Aux champs de blé ;

 

Tu es le rouge voluptueux de l'été...

 

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Prairies au printemps :

 

Vastes prairies bigarrées, vaste océan de fleurs, de buissons, de haies et de plantes, grand lac de fraîcheur et de senteur sur la terre revisitée par l'ardeur printanière... Concert vrombissant des insectes toujours à l'oeuvre dans les calices de miel... Prairies des herbes folles et dansantes sous les vents ; prairies sillonnées d'eau, enveloppées de lumière... Prairies où se roule l'amour dans les rires de l'été où s'aventurent l'enfance en quête de grillons... Prairies des jeux amoureux et des assemblées festives ; prairies pour les songes et le rêve ; pour contempler le ciel et le défilé des nuages ; prairies pour les amants, les enfants, les poètes et les sages...

 

 

 

Si la Terre pouvait être cela, tout cela, que cela !...

 

 

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Les gitanes (la Courneuve - 93)

 

Dans leur robe à fleurs

 

Font parler un billet de dix euros...

 

 

 

Dans la boulangerie arabe

 

Le mouchent survolent

 

Des montagnes de crème chantilly...

 

 

 

Rue Anatole France

 

Des fruits exotiques...
Je n'en connais pas le nom...

 

 

 

Odeurs pestilentielles

 

Des égouts franciliens...

 

Combien parfumée est la marée !...

 

 

 

Le poisson rouge

 

Est tout étonné de voir des enfants

 

De diverses couleurs...

 

 

 

Dans le métro parisien

 

J'écris des haïku

 

Comme si le rien était...

 

 

 

En collant noir

 

Et en short très court

 

Ainsi la lune à la station Opéra...

 

 

 

Dans la rame,

 

Une volière de langues étrangères...

 

A St Lazare, comme un coup de feu...

 

 

 

Je descend de la rame

 

Ni lune, ni étang...

 

Paris !...

 

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Du chant de l'alouette

 

Au-dessus des vastes prairies,

 

La ville n'en saura jamais rien !...

 

 

 

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Contre les lapins (Ile de Batz)

 

Les filets entourent

 

Les champs de carottes...

 

 

 

Ici, agriculteurs et pêcheurs

 

Ont autant la patate

 

Que la pêche !...

 

 

 

Le jardin est exotique à souhait

 

On y chevauche l'espace ;

 

On y butine de fleur en fleur...

 

 

 

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Loin des mondes agités (Dahouët)

 

L'aigrette et moi

 

Pêchons presque côte à côte...

 

 

 

A Dahouët, les pieds dans l'eau

 

Combien sont éloignées

 

Les rames du quotidien...

 

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A la lecture d'ouvrages relatifs à la pensée chinoise et japonaise ; ces impressions :

 

 

 

Le sang s'échauffe

 

Au tambour vient l'instant

 

De retrousser ses manches... "cette expression signifie que danser implique de remonter ses manches"

 

 

 

Du pin

 

Qui peut vivre plus de mille années

 

Je ne suis qu'une aiguille !

 

 

 

Les asters ;

 

Les dernières à accueillir

 

Le vol fripé des papillons...

 

 

 

Plus de dames dans le char princier

 

Admirant la roue des saisons...

 

Seul, passe ici, le train à grande vitesse !...

 

 

 

Après la mort de l'époux,

 

La veuve, entrée en religion,

 

Brûle ses souvenirs...

 

 

 

Ce soir, est-ce la pluie ?

 

Mon rêve ne montera pas

 

Dans la barque lunaire...

 

 

 

Le saule attend

 

Pour perdre ses feuilles

 

Que la neige les recueille...

 

 

 

Se promener entre deux rives

 

Les yeux allant d'un bord à l'autre

 

Que c'est agréable !...

 

 

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Le vert qui s'est retiré

 

Dans ses appartements de neige

 

En a-t-il de l'aigreur ?...

 

 

 

La vallée respire et s'étire

 

sous le chant

 

Des repiqueurs de riz...

 

 

 

Cerisiers et pêchers dissertent

 

Sur la vie

 

Plus longue pu plus courte...

 

 

 

Après les mots échangés

 

La coupe circule parmi les invités

 

Le silence apprécie...

 

 

 

Entre les mots

 

Le thè coule dans la tasse ;

 

On salive le silence...

 

 

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Sous le "kasa"

 

L'esprit va

 

Du levant au couchant.... (Kasa : chapeau de bambou tressé)

 

 

 

Dans le pavillon abandonné

 

Encore une araignée

 

A tisser sa toile...

 

 

 

Le cortège nuptial

 

A les sandales dans la boue...

 

Le mendiant en rit aux éclats...

 

 

 

Sur la route de la mer de l'Est

 

Le bâton va sautillant

 

Comme un enfant...

 

 

 

Sous l'auvent du moine

 

Un nuage jette

 

Un oeil de lune...

 

 

 

Admirer la lune

 

En compagnie du vent et de la pluie

 

Rend heureux le coeur simple...

 

 

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Les lucioles

 

Qui amusent les étoiles

 

Cette nuit, je les ai vues..

 

 

 

L'azalée et la glycine

 

Bavardent à propos

 

De l'ermitage du vieux moine...

 

 

 

Le thé :

 

Il fait asseoir le temps

 

A la table des convives...

 

 

 

Les fleurs du cerisier

 

Ha ! Les fleurs du cerisier...

 

Une année encore...

 

 

 

Le monde se tient là

 

Sous le pommier sauvage

 

Et dans le coeur du voyageur...

 

 

 

Le sanglier

 

Qui a souillé la rizière

 

Occupe la soirée des buveurs de saké...

 

 

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La lune

 

Enigmatique compagne

 

Semble réfléchir avec moi...

 

 

 

La rambarde

 

Au-dessus de l'étang

 

La lune s'y accoude avec moi...

 

 

 

Il faisait de la fleur une présence

 

Et, de l'absence,

 

La rosée sur ses feuilles...

 

 

 

Le bâton du pèlerin

 

Suit son maître

 

Et parfois, se repose sur sa poitrine...

 

 

 

Pour marcher

 

Dans la boue et la vase de ce siècle

 

Mieux vaut être échassier !...

 

 

 

De la glycine admirée

 

Il ne reste que les gousses...

 

Ainsi la jeunesse, ainsi la beauté !...

 

 

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Dans ma mémoire

 

la glace de ton visage

 

N'a pas encore fondue !...

 

 

 

Les voyelles sont sacrées...

 

Les consones sont le bras

 

D'où s'élève l'épervier !...

 

 

 

La danse, c'est pour divertir

 

Les Dieux

 

Qui ne savent pas ou plus danser !...

 

 

 

La pierre ;

 

Elle a plus de mémoire

 

Que l'arbre qui a poussé dessus...

 

 

 

Pour la première fois,

 

Dans un silence total,

 

Il entendit son coeur !...

 

 

 

Pour l'arbre qui vit

 

Plus de mille ans,

 

Je fais un nid avec les mots...

 

 

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Averse froide

 

Sur le chemin de la montagne...

 

L'esprit ruisselle en moi...

 

 

 

Le corps sans âme,

 

Le coeur desséché,

 

L'homme est un singe en hiver...

 

 

 

Souvent, je me perd dans mes pensées

 

Mais toujours demeurent

 

Les sept étoiles * (*La Grande Ourse)

 

 

 

Sur le kimono blanc

 

Les larmes de sang

 

De l'amante délaissée...

 

 

 

Vers le Sud elles vont

 

Les oies sauvages...

 

Des plumes me poussent sur les bras...

 

 

 

La pluie n'entend pas

 

Le son de la cloche...

 

Sa prière est plus longue...

 

 

 

Même si les mots du poème

 

Se fanent,

 

Demeure le souvenir de la pivoine...

 

 

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Au seuil de votre coeur

 

passent les frappeurs de bol *

 

Dieu se fait mendiant... (*les moines recevant une offrande de riz)

 

 

 

Bien pratique le kasa *

 

Sous la rude pluie...

 

De l'homme ennuyeux comment se protréger ? (* chapeau ou parapluie)

 

 

 

Une rosée abondante

 

Sur la feuille de ses joues...

 

L'amant s'en est retourné...

 

 

 

Dans le "filet aux paroles"

 

Un étrange poisson

 

En forme de lune...

 

 

 

Dans la demeure aux pruniers,

 

Sur les lèvres,

 

D'autres saveurs, d'autres fruits...

 

 

 

Pourquoi aller au temple

 

Alors que tout rivage, toute cime,

 

Invitent le pèlerin ?...

 

 

 

Est-ce le verre qui tangue

 

Ou bien le tonneau ?

 

Généreuses libations !...

 

 

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La cigale qui fait face à l'océan

 

A un chant

 

Plus court que celui de l'écume...

 

 

 

Sous le auvent,

 

Ils tissent des haïku...

 

La lune tend l'oreille...

 

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Haïku du jardin des mémoires (Jardin de la "Lisette". Val-André)

 

 

 

Chaque mois de mai,

 

Je regarde si elles ont repoussées

 

Les pivoines de grand-mère...

 

 

 

Les groseilles à maquereaux

 

Commencent à mûrir...

 

Celles de tantes Mellie ne sont plus...

 

 

 

Soixante six ans il avait à sa mort

 

Le vieux cerisier

 

Planté à la naissance de ma soeur ainèe...

 

 

 

Les fraises des bois

 

Et les violettes...

 

C'était la joie de mamie dans son jardin...

 

 

 

Les poiriers de grand-père

 

Sont partis avant lui...

 

En replanter l'an prochain...

 

 

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Ils n'ont jamais voulu pousser

 

Les radis de papy..

 

Je vais essayer à mon tour...

 

 

 

Allée des Coquelicots...

 

Cette année,

 

Ils seront là de nouveau !

 

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L'amant s'est éclipsé

 

Au chant du coq

 

Réveillé par la Dame !...

 

 

 

Indifférent, le héron

 

A l'agitation des hommes.

 

Seul lui importe le calme de l'étang...

 

 

 

La fontaine est asséchée ;

 

Plus d'eau pour l'offrande...

 

Offrir ses paumes suffira-t-il ?...

 

 

 

Je n'ai pas mis la robe*

 

De qui aspire au ponant...

 

Le ponant lui, me revêt de sa splendeur... (*Se dit de l'homme qui à la fin de sa vie se fait moine...)

 

Le pin, la grue et la tortue *...

 

Le temps passe à travers eux

 

Comme il passe à travers le temps... (*Tous les trois sont symboles de grande longévité)

 

 

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Sur le perron de la fontaine

 

J'ai déposé des perce-neige...

 

Offrande à Sahohime*... (*La déesse du renouveau)

 

 

 

Pourquoi attendre

 

Pour déposer la charge

 

Au seuil du trépas ?...

 

 

 

Le temps ;

 

Goutte à goutte...

 

Vaste passoire !

 

 

 

La neige peut fondre

 

Le rossignol est revenu...

 

Allons cueillir les sept herbes* (*Ce sont : Le céleri d'eau, la bourse à Pasteur, Le mouron blanc des oiseaux, la ciboulette sauvage, l'aster, lampsale et graphale... A consommer le 7è jour de la nouvelle lune.)

 

 

 

La renarde a fait son gîte

 

Dans l'ancien ermitage...

 

Les Kamis* ne s'en offusquent pas... (*Esprits, Dieux...)

 

 

 

Le vent du soir

 

Ne rapporte rien des hommes...

 

Seule, la senteur suave du sureau...

 

 

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La lune et moi

 

Tous deux amoureux de l'étang,

 

Mais aussi timide l'un que l'autre...

 

 

 

A regarder la libellule ;

 

Moins léger me paraît le poids

 

De la société des hommes !...

 

 

 

La lune avait tant à me dire

 

Que j'ai oublié

 

D'éteindre ma lampe...

 

 

 

Aller sur la route

 

Est une très bonne idée...

 

J'en serais les sandales !...

 

 

 

Pour quatre vingt dix jours*

 

Il s'est mis en retraite...

 

Le grillon en fera le décompte... (*Une retraite est généralement de 90 jours)

 

 

 

Sous l'averse, une feuille de bananier

 

Suffit pour, à deux,

 

Parler de la pluie...

 

 

 

A entendre tant de fâcheux

 

Mieux vaut

 

La compagnie d'un brin d'herbe...

 

 

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A l'heure du lièvre

 

Dorment encore

 

Les chauds lapins...

 

 

 

En chemin,

 

Seul l'homme

 

Est déroutant !...

 

 

 

Au printemps,

 

Il ne reverdira pas

 

Le vieux saule que je suis devenu...

 

 

 

Un jour,

 

La nuit

 

N'allumera plus ma chandelle...

 

 

 

Une image de l'été ?

 

Une femme allongée aussi nue

 

Que la plage à cinq heure...

 

 

 

Le chemin est des plus escarpés

 

Qui mène

 

Au seuil de nos attentes...

 

 

 

- On a pissé dans le bénitier !

 

Le brave curé

 

S'agite comme cent diables...

 

 

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Hommes et femmes très souvent

 

A se lamenter, mais,

 

Sur le visage de l'amour, aucune ride !...

 

 

 

S'il est une "Terre de félicité"*

 

Le lotus

 

En connaît le chemin... (*Elle a pour nom : Aminda)

 

 

 

Le regret de l'arbre

 

Est pour le bourgeon

 

Que le gel à brûlé...

 

 

 

Il reviendra

 

Le haïku de printemps

 

Comme l'hirondelle et l'oie sauvage...

 

 

 

Ils sont là, sur le tapis,

 

Disposés comme ceci ou comme cela

 

Les coquillages pour le jeux...

 

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Les versets premiers*;

 

Ils sont déposés au temple

 

Pour l'agrément des Dieux... (*Il est d'usage d'offrir aux dieux ses premiers haïku)

 

 

 

La beauté limpide ;

 

C'est un poème

 

Qui chante en cascade...

 

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Bashô... Né en 1644 (Matsuo Kinsaku à l'état civil) Mort en 1694

 

Il étudie et pratique le zen (l'art de la contemplation ; En sanscrit "Dhyana") (courant du bouddhisme selon lequel l'éveil à notre nature profonde originelle identique à celle intrinsèque de l'univers a lieu quand on comprend que "fondamentalement" il n'y a rien et que dans le rien réside l'extraordinaire magie poétique du monde.)...

 

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"Ne pas perdre de vue que ce que nous faisons est en corrélation avec notre nature profonde, là réside la poésie. Retourner à l'expérience immédiate pour y trouver la vérité de la réalité."

 

 

 

"Atténuer volontairement sa lumière en se mêlant à la poussière du monde pour le bénéfice de celui-ci ; voilà ce qui est admirable chez le boddhisatva."

 

 

 

"Exprimer avec fulgurance l'interpénétration de l'éternel et de l'éphémère... Il faut suivre la nature créatrice. Il faut retourner à sa nature créatrice... En matière d'art, il importe de suvre la nature créatrice, de faire des quatre saisons ses compagnons...

 

"Faire du voyage sa demeure."

 

 

 

Extraits de Bashô "Le bout de la route" Voyage vers le Nord sauvage...

 

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Il étudiera le haïku sous la conduite d'un prêtre shinto de Kyoto nommé Kigin. Il devient samouraï à 20 ans. Il apprend la philosophie du taoïsme et la poésie chinoise et fréquente les cercles poètiques de Kyoto... Il se fera appeler successivement Josei : Pêche verte puis Kukasai (le studio du papillon)... Il est adepte de la "matière nouvelle" et non de l'école formaliste...

 

"Celui qui porte tant en son coeur ne peut s'empêcher de le traduire en paroles l'une fois ou l'autre."

 

"Apprendre la valeur poétique de l'ordinaire et du quotidien..."

 

"Composer dans un mouvement spontané." « Eviter les répétitions. » Bashô

 

« Première averse

 

Le singe aussi aimerait

 

Un petit manteau. »

 

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L'école de Bashô préconisait d'éviter de "tuer le souffle" en réfléchissant trop...

 

Il s'agit de nourrir et de vivifier l'imagination...

 

Pour Hervé Collet et Cheng Wing Fun auteur de Bashô à Kyoto rêvant de Kyoto

 

(Moundarren éditeur) le haïku est l'une des formes les plus hautes de la poésie universelle.

 

Bashô réalisera une recherche plus esthétique que spirituelle... Sa religiosité est plutôt vague...

 

Bashô n'est pas un moine zen. Il se tient à mi-distance entre purisme et relâchement et ce, sans complaisance. Il vivra dans son ermitage (L'ermitage du bananier) (Un bananier sera d'ailleurs planté sur sa tombe.).. Il fait du kaïku sa vie...

 

La "patine" de Bashô c'est l'universelle impermanence... Il étudie les chinois Tou Fou et Li tai Po (prune blanche)... Sa manière est "impressionniste"... Il prône l'usage de l'invariant (Fueki) et du fluant (Ryûko). C'est la base de son esthétisme, sa voie médiane... (L'invariant pour dix mille âges, et les variations de l'instant...) (Connaître le variant dans l'invariant.) Il est très critique vis-à-vis de son oeuvre et retouche ses versets avant de les publier...

 

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"A l'heure de traverser

 

Voyez les herbes fleuries

 

Au fil du ruisseau.

 

 

 

Derrière la rangée

 

Des magasins passe la route

 

Des hirondelles. »

 

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Bashô : le manteau de pluie du singe Traduction René Sieffert Pof éditeur

 

Il s'agit ici d'un manifeste traitant le haïku « d'une nouvelle manière » ; avec un « changement de substance »... Pour Bashô « art et vie sont confondus. » L'émotion naît suite à la constatation que le temps dégrade tout ce qui vit et que cela évoque une universelle impermanence des choses et des êtres... Transcrire cela doit être exempt de « lourdeur » et de « pathos » (ce n'est que la trace d'un songe...)...

 

« La critique de chacun (en terme de haïku) procède du niveau qu'il a lui-même atteint. » Bashô Journal de voyage

 

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3 qualités sont sollicitées : Sabi soit la « patine » / Karumi soit la légéreté / Kokku soit le cocasse...

 

Le sentiment de la nature est le fait de citadins et de leurs yeux d'intellectuels ; rares sont les paysans qui pratiquent l'art du haïku...

 

« La poésie est une magie, un art d'illusion (gentjustu) qui n'opère que si l'on parvient à lui insuffler une âme (tamasbii) » dit le poète Kikaku... Il ajoute : « C'est parce que l'homme a du cœur qu'il sait de façon ou d'autre user de sa voix. » « L'essentiel est de donner une âme au haïkai ».

 

Les esprits de la parole s'appellent Kotodama c'est le pouvoir magique du Verbe.... Le texte en prose s'appelle Haï bun. Sekki Sôrô : c'est le temps de fête, celui des danseurs mendiants...

 

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Historique du haïku : Le tanka est un poème court avec une suite de 5/7/5 syllabes puis 7/7 syllabes et constitue l'une des œuvres fondamentales de la littérature japonaise.

 

Au départ il y a le renga soit un poème lié formé de deux versets (ku) composés par des auteurs différents.

 

Haïkai : au sens premier c'est le badinage...

 

Le hokku est un verset initial d'une seule séquence, détaché de liens et cité isolément...

 

Haïku est une contraction de hokai-hokku... Vers la fin du XIVè siècle les hokkus sont composés en dehors de toute préoccupation d'enchaînement...

 

Il ne s'agit pas d'imiter avec prétention le style des maîtres... l'Occident à tendance à cela et les auteurs occidentaux font souvent ce que l'on appelle au japon des haïkus trompette ou tintamarre !...

 

Cet art à l'origine savant deviendra aussi populaire...

 

(René Sieffert Traité de poétique Pof éditeur)

 

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Haïku de Bashô :

 

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Les pattes de la grue

 

Sont devenues courtes

 

Dans les pluies de mai.

 

 

 

Du fond de la pivoine

 

Sort l'abeille

 

A contre-coeur.

 

 

 

Buvons toute la nuit

 

Pour faire un pot de fleurs

 

Avec le tonneau.

 

 

 

J'écoute la grêle

 

Moi qui, comme devant, suis

 

Un chêne en hiver.

 

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Plus haut que l'alouette

 

Dans le ciel, je me repose

 

Au sommet de la montagne.

 

 

 

Garde-toi de croire

 

Que tu as vécu en vain.

 

Fête des esprits.

 

 

 

Mon amant volage

 

Je lui ferais traverser

 

Une haie épineuse.

 

 

 

Le vieil étang

 

D'une grenouille qui plonge

 

Le bruit dans l'eau.

 

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Le vent du Mont Fuji

 

Rapporté dans mon éventail.
Souvenir d'Edo.

 

 

 

Les choses dont je prend note, j'aime les rapporter à autrui, c'est là l'un des plaisirs du voyage...

 

J'ignore quel est le dieu qui possède ainsi mon cœur à le rendre fou ni pourquoi les divinités sur la route m'appellent ?

 

Lire dans le cœur des Anciens est l'une des vertus du pèlerinage. On en ressent la joie d'être encore en vie. (le cœur comme clarifié.)

 

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Bashô : Jours d'hiver Pof éditeur Traduit par René Sieffert

 

 

 

« Vivre sans artifice, sans ornement... Donner vie aux choses...

 

Oubliant ma pauvreté, je peux jouir de la quiétude...

 

Des hommes, je suis las. Je ressemble à ceux qui renoncent au monde. J'ai tourmenté mon corps dans le vent et les nuages et n'ai point ménagé mes efforts pour saisir le sentiment des fleurs et des oiseaux...

 

Le monde n'est-il pas la demeure de l'illusion ? »

 

 

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Irrité de voir les gens

 

Retomber chaque année

 

Dans les mêmes ornières.

 

 

 

Alentour

 

Dans tout ce que le regard croise

 

Fraîcheur !

 

 

 

Au milieu du champ

 

Libre de toute chose

 

Chante l'alouette.

 

 

 

Après les chrysanthèmes

 

Hormis le navet long

 

Il n'y a rien.

 

 

 

Les nuages de temps à autre

 

Accordent une pause

 

A ceux qui contemplent la lune.

 

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Le poisson qu'on a ouvert

 

Avait gobé

 

Un bouddha...

 

 

 

Au chêne d'abord

 

Je me confie.
La forêt en été...

 

 

 

Mon rêve

 

Erre

 

Sur la lande flétrie.... (Dernier poème de Bashô)

 

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Pour Gilbert Aubert : Si l'on n'a pas réussit dans l'instant à exprimer spontanément son impression, ses sensations et ses émotions, il sera inutile de vouloir les exprimer demain sur le même sujet...

 

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Exercice préconisé : (Bran du mai 2014)

 

Le haïku écrit, faites tourner les phrases, inverser celles-ci, essayer plusieurs tournures...

 

Exemple :

 

Sur le môle,

 

Affamé, le goéland

 

Attend le retour des pêcheurs.

 

Ou

 

Au retour des pêcheurs

 

Pense, sur le môle,

 

Le goéland affamé...

 

Ou

 

Le goéland affamé

 

Guette le retour des pêcheurs

 

En allant et venant sur le môle...

 

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"Vents et lumières émeuvent le coeur humain." "Un vrai moine s'attache à parfaire son coeur."

 

Kyora

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Ryôkan (prêtre errant...) 99 haïku. Son nom signifie bon et magnanime... Il vivra pendant 5 ans comme "nuage et eau"...

 

Traduction Joan Titus-Carmel Verdier éditeur... extraits

 

 

 

La haïku : le peu dit beaucoup sinon l'essentiel. Il reste toujours concret. La matière est là, la nature est là et c'est dans la contemplation, dans sa relation avec les choses – animées ou inanimées – du monde que le poète perçoit l'harmonie de l'univers et en pénètre les plus grands secrets. C'est par l'attention infinie qu'il porte aux rapports les moins perceptibles que le poète atteindra l'état proche du "satori" dont le haïku doit être l'expression...

 

Un moment privilégié, un instant de lumière, un éveil... C'est le haïku...

 

Cela qui naît d'un même élan, d'un même souffle, d'un intense recueillement...

 

Ce sont les instants sans but de la vie (Aware en zen)... Il s'agit de saisir l'harmonie essentielle entre les hommes et la nature...

 

Pas de "je" ni de "moi" chez le moine zen...

 

En chinois 5 et 7 sont deux chiffres exprimant l'harmonie du monde. 5 est l'emblème du Centre...

 

La recherche du Centre ; c'est Sumeiro (Sumeru en sanscrit) ; le Centre du monde situé dans les sphères célestes...

 

Kusa makura : En voyage – Vagabondage – En pleine errance...

 

A 74 ans, il se mariera avec une jeune femme de 29 ans...

 

 

 

"Quand ? Quoi ?

 

Je répétais

 

mais, celle que j'attendais

 

Est enfin venue - Maintenant la connaissant,

 

Que souhaiter de plus ?"

 

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"La vie est comme une perle de rosée ; vide et éphémère."

 

 

 

"La tombée du jour

 

Dans le jardin seulement

 

Le chant des insectes.

 

 

 

Quel plaisir ! Dormir

 

Sur les rives du Suma ;

 

Les vagues comme oreiller...

 

 

 

Un calme parfait -

 

Sur un oreiller d'herbe

 

Loin de ma cabane."

 

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Le haïku donne l'impression d'une merveilleuse viduité d'où surgit soudain l'événement.”

 

Alan Watts Le bouddhisme zen

 

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Kaïkai à le sens initial de “badinage”...

 

Haïkai-ka est un poème cocasse mettant en oeuvre les jeux de l'esprit (de l'ordre du calembour soit une touche parodique comique à la limite parfois du trivial.)

 

Ranga : poème de ton libre, sans entraves ayant une légèreté de ton...

 

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06/06/2014
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