Les dits du corbeau noir

Du Barde (suite) Bran du 10 08 2013

DU BARDE   Bran du   Aout 2013

Le barde appartient originellement à la classe sacerdotale ; il est dans le « druidicat » une spécialisation en tant que porteur du « Verbe de la Parole » (Une parole qui tient des noces de l’eau et du feu)…

Il conduit, il accompagne, il anime les divers rituels et cérémonies et autres concélébrations accomplies par les représentants de la classe « spirituelle »
au bénéfice de toute la communauté du vivant, de toutes formes visibles ou  non…

Il met au monde l’acte d’offrir, de remercier, de solliciter, d’incanter, d’invoquer, d’évoquer…. Il enfante une relation, des liens, qu’il à fécondés par son chant, sa musique, sa danse, sa gestuelle et sa parole…

Il est à la fois l’ambassadeur d’un désir, d’une volonté, d’une espérance et le conciliateur, le médiateur, l’intercesseur, entre les « mondes »…

Il est le digne héritier des « hommes primordiaux », de ceux-là qui ont fait monter du foyer du silence la flamme du chant et des mots, qui ont fait jaillir du cœur de l’homme une fontaine immortelle, une source infinie, de ceux là encore qui ont enfouit dans le terreau du passé la graine du devenir, la semence d’inspiration et de création, le gland de la mémoire et la racine de la Tradition…

Il est, elle est, un homme ou une femme de souche et de source….

C’est un être de l’estran, des rivages, des clairières, des layons forestiers,
des landes, des marais, des tourbières, de tout espace ensauvagé où résonne encore le Chant Premier….

Il est de cet argile, de cet humus, de ce limon fertile que son verbe dépose aux rives asséchées et stériles de l’humanité dévoyée, détournée, de son cours originel…

Il dit la beauté virginale de la vase qui se dépose dans les méandres de la mémoire et qui recouvre l’or confié par les Anciens aux Entités des profondeurs…

Il dit, il énonce, il formule, alchimiquement, l’Oeuvre sortie du Creuset de la Connaissance, l’Ouvrage sacré et divin que dispense le Chaudron du Dagda et de Keridwen à ceux et celles qui font offrande de leurs mains dans la corbeille du Don….

Le voici ce compagnon des marées, des saisons, des cycles et des         rythmes ;  ce montreur de spirales dans le Cercle d’alliances et d’entendements, cet effeuilleur de songe dans l’automne de la vie, cet orpailleur de sens et d’Essence dans la rivière du temps et l’écoulement de l’Histoire…

Son ombre large et haute hante les territoires de la lumière, les failles diamantaires et cristallines qui zèbrent la roche de fierté et d’orgueil…

Il forge chaque mot sur l’enclume du poème et son chant brasille dans le cuveau d’inspiration…  Chaque coup martelé énonce l’alphabet des herbes et des mousses, des lichens et des sèves, des résines et des parmélies…
Il tient, contre le cuir de sa peau, la pièce encore informe qu’il assemble peu à peu avant de la présenter au monde, habillée de voyelles et de syllabes et parée aux couleurs des saisons…

Il est-ce qui fait souvenance dans les fosses de l’oubli , il restitue à l’être son nom de fer et de granit, sa souplesse de roseau, sa force de chêne, son brame de cerf, sa cuvée d’hydromel, son banquet de cervoise, son festin d’existence, sa brassée d’écume, sa libre crinière, son alvéole de miel,
sa coupe d’abondance, sa légende personnelle, sa navigation hauturière, son épopée royale et, par la haute et souveraine entremise du féminin, son royaume et sa juste et digne régence…

Il porte à ses épaules, les deux corbeaux du sacre et la pierre sous son poids crie sa parcelle, son fragment, de « vérité » ; sa vérité nue et sans compromission, sa clameur d’aube et de crépuscule, sa mélopée de bruyères et d’ajoncs, sa complainte des chemins et des routes, ses bruissements d’amour au carrefour des vents…

Il est cela ce barde qui en vous piaffe d’impatience, ronge ses liens et frappe de ses sabots sur l’iniquité des cloisons…



10/08/2013
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