Les dits du corbeau noir

DU BARDE ET DE LA FONCTION BARDIQUE BRAN DU 2019 (SUITE) 19 07 JUILLET

 

 

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Le barde (photo Bran du)

 

 

Les photos suivantes présentent des "bardes" contemporains qui ont participé au Festibarde  et participent au Celtival de Brocéliande...

 

 

 

 

Du BARDE et de la FONCTION BARDIQUE

Etude Bran du Le 19 07 2019

 

 

Sources : Selon Philippe JOUET (Dictionnaire de la Mythologie et de la Religion Celtique. Embanner éditeur)

 

Barde, bardos, barz...

Bardomagus «  chant du barde »

(Offrir des chants de louange.)

 

 

 

« Il y a chez les Celtes des poètes qu'ils appellent bardes » Diodore de Sicile

 

« Ils s'accompagnent avec des instruments semblables à des lyres... Leurs chants sont soit des hymnes soit des satires..... »

(idem)

 

« Non seulement dans les nécessités de la paix, mais encore et surtout dans les guerres on se confie à ces philosophes ( les Druides) et à ces poètes chantants, et cela amis comme ennemis. Souvent sur le champ de bataille, au moment où les armées s'approchent, les épées nues, les lances en avant, les bardes s'avancent au milieu des adversaires et les apaisent comme on fait des bêtes sauvages avec des enchantements. »Idem

 

Pour Strabon : ce sont « des chantres sacrés et des poètes. »

 

Selon Timagène : « Ils célèbrent les héros d'une manière agréable. »

 

Lucain exalte cette fonction laudative :

« Poètes qui par vos louanges conservez à la postérité la plus reculée le souvenir des braves tués à la guerre, vous avez, ô bardes chanté avec assurance des poèmes nombreux

 

Louanges et satires étaient deux moyens de régulation sociale dans la société héroïque qui était encore de tradition orale.

 

Le barde « ambassadeur » fait l'éloge de son roi pour sa naissance, son courage et sa richesse. (Formule trifonctionnelle qui s'adresse aux trois « classes ».)

 

Les bardes menaient des joutes de paroles (verbal-contest) aux implications rituelles.
La compétition poétique est restée un moteur essentiel de leur activité...

 

 

Le statut des bardes insulaires a évolué.
En Irlande, le barde a été réduit à un rang inférieur par opposition au file voire au devin.

 

Il est mis sur le même pied que le « demi-artisan » ou le « satiriste incantateur » et ne peut en tant que « Deorad » ou « non-libre » prendre part à « l'aireth » (l'assemblée législative et politique)...

 

 

Un traité dit : ses compositions sont « sans construction ».
Après la conversion au christianisme, les filid irlandais (à l'origine des devins), ont évincé les bardes qui n'écrivaient pas et ignoraient les emplois magiques de l'ogam. (Un signaire et non un alphabet).

Le mot « file » a pris le sens de « poète ».

 

 

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La hiérarchie des bardes comporte cependant deux classes :

 

les seabard « libres » et les doerbaird » « non libres » répartie en 8 grades qui regroupent approximativement les 8 degrés de qualification du file.

 

La première classe comprend :

 

le rigbard « barde royal » ou Ollam bairdne « docteur en composition bardique ».

le sruth di aill (le flot du rocher)

le Tigernbard (barde seigneurial)

l'admall (très lent dans sa composition)

le tuatbard (le barde de canton)

le bobard (le barde de bétail)

le bard àne/aine (barde de noblesse) (titre honorifique)

 

La seconde classe :

 

le culbard (barde de protection)

le sruthbard (barde au flot (poétique)

le bard lorge (barde de la Branche (généalogiste)

le barde drisiuc/driseoc ou drisbard (barde aux épines (satirtiste)

le cromluatha ( courbe et rapide)

le sirtiuile (le barde « voyageur »?)

le rinddaid « blessant »

le longbard « barde du bassin » (honoré d'un petit vase de toute boisson versée au festin.)

 

 

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Photo Kawouenn Gwenn

 

 

 

La structure du barde brittonique est différente :

(malgré le poids des conceptions romaines, l'introduction de és'écriture et la christianisation.)

 

 

Bardd ou barddair « composition poétique »

barddawd « poésie »

barddglwm « poésie chantée »

barddget « don »

barddles « bénéfice de barde »

barddaeth « bardisme »

barddas « poésie/bardisme/ Système bardique »

barddoniaeth « art poétique."

 

 

Le barde a conservé une place éminente dans la britannie celto romaine puis dans les royaumes bretons indépendants du Nord et de l'Ouest.

La classe professionnelle des bardes a assuré la transmission d'une partie non négligeable du patrimoine oral avant ses premières rédactions et parallèlement à elles.

 

Nemniuus ou Nennius dans histora Brittonum nomme les premiers bardes nord-brittoniques du VIiè siècle :

 

 

Talhaearn tad awen (père de l'inspiration)

et Nérin (plus tard aneirin)

Taliésin

Bluchfardd

Gweinth Gwawd

(exactement à la même époque, brillèrent en poésie brittanique.)

La tradition littéraire galloise leur a ajouté :

Myrddin et Llywarch Hen...

 

 

A ces « Cynfeirdd ou « premiers bardes » succèdent les Gogynfeirdd « presque premiers » attachés aux petites cours seigneuriales.

 

Le statut médiéval du barde gallois est élevé et s'exprime par une hiérarchie assortie de droits et de devoirs qui varient du pencerdd (chef de l'art) ai barde (de rang) inférieur.

Ses connaissances incluent les techniques de la tradition orale et la formation grammaticale latine.

La grammaire bardique était le dwned.

 

Giraud de Cambrie indique que les poètes et généalogistes connaissent leurs informations par les livres et par transmission orale.

 

 

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Un passage du mabinogi de Math montre Gwydion arrivant à la cour de Prideri comme un pencerdd entouré de ses bardes et divertissant l'assemblée par la récitation d'histoires (cyfarwyddiaid).

 

Il n'y a pas lieu d'opposer fonctionnellement bardes et Cyfarwyddiaid, bien que cela se rencontre dans un passage de ce mabinogi.

 

L'histoire de Taliésin rapporte que les 24 bardes du roi Maelgwn de Gwynedd étaient tenus en haute estime...

 

Ils devaient être instruits du service royal, connaître les généalogies, les armes, l'histoire, les hauts faits des princes du pays ou étrangers, pouvoir répondre dans de multiples langues dont le gallois, le français, l'anglais, le latin, être de grands conteurs et poètes en ces langues.

 

Leur chef était Heinin .


Taliesin les surpassa en tout , lui qui encore enfant avait fait à Gwyddno cette réponse :

« Je suis capable de dire plus que tu n'es capable de demander. »

 

La lance, la pierre et l'anneau étaient sans doute les insignes de l'ordre bardique dont Taliésin présidait le cercle (cylch y beirdd) l'assemblée des poètes formant le Kulveirdd « champ- clos des bardes.)

 

 

Le rôle politique des bardes étaient importants.
Après la conquête de 1282/84 les « hommes nobles » assurent la protection des poètes. Ceux-ci se mêlent encore de politique jusqu'en 1485.

 

On devait l'hospitalité au barde...

 

 

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L'ordre bardique est l'une des plus anciennes institutions du monde brittonique...

 

 

Selon une source, les trois bardes experts de l'île de Bretagne étaient :

Myrdhin (fils de Morfryn)

Myrdhin Emrys

et Taliésin.

 

 

Selon les triades récentes du livre de Jeuan Brechva les 3 premiers bardes précurseurs de l'île de Prydein furent :

 

Plenydd ( éclat/rayonnement)

Alawn ( musique)

et Gwron (vaillant)

« Ce sont eux qui ont imaginé les privilèges et les usages des bardes et de la poésie.»

 

///...///....///....

 

 

 

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Le FILE ou FILI ou pluriel FILID

Poète traditionnel.

 

Initialement, c'est le nom du voyant (celui qui connaît pour avoir vu.)

En Irlande on rencontre :

Bànfile « femme-poète » ou ban-fhaid « femme-prophète ».

 

Les sens les plus anciens de Fili sont « voyant, devin, magicien, panégyriste, poète (spécialement dans l'éloge et la satire donc « satiriste »), juge, professeur. »

 

A la différence du barde, le fili connaît l'écriture.
Selon un traité irlandais il maîtrise les techniques de la poésie en particulier la métaphore et les incantations.

 

Parmi les techniques « magiques » :

le Teinm Aegda (illumination du chant) (incantation).

L'Imbas Forosnais (grande science qui illumine) (procédé magique)

le Dichetal do Chennaid (idem mais forme atténuée.)

 

Le file connaît et récite à la demande des récits traditionnels.

Après un an d'études il sait 20 récits ou « dréchta » (morceaux), 30 la deuxième année, 40 la troisième, jusqu'à 70 et 140 au terme de son apprentissage.

 

Nemed ( le sacré) est le nom du file qui connaîtrait toutes les histoires.

 

Il y a 10 classes de File :

 

1 Ollam

2 Aneyth

3 Cli

4 Cana

5 Doss

6 Macfuirmid

7 Fochloc/on

8 Drisac

9 Taman

10 Oblaire.

 

Le file apparaît la plupart du temps attaché à un patron dont il attend protection et rétribution.

 

 

La première satire d'Irlande est due au dépit de Cairpre mal rétribué par l'avare Bress.

Ferchertne est connu comme le file de Curoi.

Forgoll, comme celuide Mongan.

Leurs rétributions (Duas) consistant principalement en vaches et chevaux.

 

On connaît la générosité de certains rois envers leurs bardes mais aussi l'abus de certains bardes...

 

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Taliesin : (Front d'argent)

 

Poète de la Britannie au VIiè siècle.

Il y a un taliésin historique et un « pseudo Taliesin ».

Taliésin selon une chronique aurait séjourné en Bretagne armoricaine auprès de Judikael (roi et saint breton).

C'est le « poète idéal », le « chef barde du monde continental ».

C'est un savant qui se plaît à faire ressortir l'étendue de ses connaissances en les opposant à l'ignorance des moines.

Taliesin fût l'un des 7 survivants à l'expédition de Bran en Irlande.

Il aurait été l'instructeur de Merlin sous le nom de Telgesinus dans la Vita Merlini. ( Il lui aurait enseigné les secrets de la nature.)

Taliésin figure sur une des listes des compagnons d'Arthur.

 

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Barde et fonction bardique Notes Bran du

 

Récapitulatif :

 

 

Ce qui précède présente les aspects « historiques «  du barde et de ses fonctions selon différents territoires et pays celtiques et les évolutions au cours du temps...

 

Ce que nous pouvons globalement retenir de l'image du barde ou fili :

C'est un poète (anciennement un devin ou voyant) qui chante et s'accompagne d'un instrument de musique.

Il pratique la louange, l'éloge, la satire et compose des hymnes... Mais aussi les joutes de paroles (verbal contest.)

lesquelles participent aux rituels importants (Samain)...

La compétition poétique tient une place importante...

 

Il honore les héros et préserve et conserve leur mémoire...

C'est un « pacificateur ». Il s'interpose entre des antagonismes, concilie et apaise...

Il loue son roi, la naissance, le courage et la richesse de celui-ci. (Celui-ci, en retour, le rétribue et le protège et lui doit l'hospitalité.)

 

On distingue plusieurs classes de bardes et une hiérarchie de la connaissance … Il y a des bardes « libres » et d'autres « non libres ».... Selon les pays celtiques et les périodes évolutives de ceux-ci la fonction bardique déclinera ou restera importante et éminente. Par exemple : une déclinaison en Irlande et un statut élevé au Pays de Galles...

 

Le fili maîtrise l'écriture ce qui n'est pas le cas du barde...

Le livre fournit des connaissances, mais la Tradition orale également.

 

Le fili se doit de connaître et de pratiquer la « science poétique » laquelle implique :

d'être instruit dans le service du roi, de la cour et des « assemblées », de connaître l'histoire, les généalogies des rois, des lignées royales, d'entretenir le souvenir des héros et des hauts faits, de maîtriser plusieurs langues et d'exceller en tant que conteurs en celles-ci... Il peut se mêler de « politique ».

Il demeure parfois voyant, devin, magicien, juge, professeur...

Il pratique la métaphore et les incantations...

Il est « ambassadeur » de son roi...

IL maîtrise son chant et son instrument de musique et doit connaître nombre de récits traditionnels...

Il demeure lié au « domaine du sacré.»

Le barde ou fili se doit d'être « rayonnant » et «  brillant »...

 

La poésie s'incarne aussi au féminin avec les Femmes poètes...

 

..................

 

 

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Aujourdhui :

 

 

Le barde ou poète est durement confronté à la question qui concerne la place et la considération de la poésie en ce temps qui est le nôtre... Et à l'utilité de sa fonction en une période où la poésie a été mise dans les oubliettes et ne bénéficie que de très peu d’intérêt de la part de nos contemporains...

 

 

Parce qu'elle subit de plein fouet un état de crise, de décadence et de dégénérescence sociétale, de désacralisation, d'ignorance et de méconnaissance généralisée, d'individualisme forcené, du culte institué et instrumentalisé de l'illusion, du factice et du fantasme, elle est reléguée dans les tiroirs de l'oubli et de l'indifférence....

 

 

En un siècle où le devenir devient difficilement appréhendable et suscite bien des inquiétudes légitimes, il appartient au poète de faire œuvre de mémoire en rappelant les hautes sagesses, spiritualités, philosophies, cultures, valeurs hérités des temps anciens afin qu'elles puissent coparticiper d'une nouvelle espérance et proposer des pistes et orientations pertinentes et efficientes pour redonner du sens à toute existence, reconsidérer positivement et symbiotiquement les liens et relations avec soi-même, les autres et tous les autres règnes...

(Ceci dans une perspective de changement conséquent de paradigme sociétal s'opposant à la précipitation suicidaire, égoïste et aveugle actuellement à l’œuvre.)

 

 

Le poète comme être médian et médiateur entre le passé et le futur, incarnant un présent éminemment « vivant » et solidaire, se doit à la recherche de l'équilibre et de l'harmonie, de la cohérence et de la concordance, du discernement et de la justesse des choix, de la transcendance et de l'immanence du vrai, du beau, du bon, du juste...

 

 

C'est un puisatier, un passeur, un novateur, un résilient, un créateur et un « pontonnier » face aux peurs manipulées idéologiquement par un orgueil de plus en plus arrogant et terriblement nocif qui se déploie sur la scène internationale pour maintenir le monde et le vivant en servitude et soumission et lui imposer un pouvoir fait de cruauté et de mensonge !..

 

 

Nous ne saurions passer sur l'autre rive d'un « possible mieux être » sans le recours et le secours de la poésie et des poètes d'hier, d'aujourd'hui et de ces « voyants » dans le futur...

 

A SUIVRE....

 

 

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19/07/2019
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