Les dits du corbeau noir

DOSSIER SAMAIN 2015 NOTES COMMENTAIRES et BARDI Bran du 10/OCTOBRE 2015

Ces études s'ajoutent aux précédentes et seront suivies d'autres approches....

La Première des réflexions partagées ici porte sur la Traversée Hivernale et semble bien s'appliquer à l'état de situation de notre société moderne enfoncée dans un très long et rigoureux hiver !

Elle est suivie par une série de poèmes : le Crépuscule de l'année. Le Bardi de l'An neuf puis La Traversée victorieuse....

Cet ensemble devrait permettre de mieux comprendre le sens de ce "passage difficile" de l'année celtique....

Et aussi,  le fait que celui-ci mobilise notre plus grande attention et vigilance, car nous pouvons interférer positivement ou négativement sur le franchissement faste ou néfaste de ce gué périlleux !....

Il fait également référence aux joutes verbales et poétiques de fin d'année et à leur nécessité.... 

Bonne lecture...

 

 

Sources : Aux sources de la Mythologie Celtique PH JOUET

 

 

 

Réflexions à partir de la Traversée Hivernale

Bran du                Octobre 2015



Il semble bien que toute notre société contemporaine soit entrée depuis ces derniers siècles dans une très longue et douloureuse « traversée hivernale » semée d'obscurités diverses et variées d'où, par faute de « lumière », de « conscience lumineuse », de transcendance spirituelle, d'un véritable art de vivre, des manques de discernement et moultes déséquilibres au sein d'une disharmonie assez généralisée....

Nous manquons singulièrement, pour nous aider dans cette sombre et pénible traversée, de héros solaires, bien que l'on puisse assimiler certains êtres, exceptionnellement habités et animés d'une clarté certaine, comme étant porteur de lumière et faisant fonction de phare humain sur l'océan agité et houleux de nos errances et tribulations hasardeuses voire illusoires ou encore destructrices...

L'espérance réside encore et toujours dans le retour d'une Belle Saison dans le cœur des êtres et d'un refleurissement de celui-ci...

Il nous appartient, en toute liberté et conscience, avec désir et volonté lucide d'aller nous aussi à la conquête des « Fruits de l'Eté », de retrouver le « Verger aux Pommes d'or » ; lieu de toutes les enseignements et pommeraie de sagesse, de discernement et d'entendement suprême....

La pensée celtique est entièrement tournée vers deux notions essentielles qui se complètent : l'éveil et la lumière...

On pourrait à juste titre concevoir que la finalité du « destin celtique » se réalise dans l'Eveil à la Lumière et que celui-ci trouve son incarnation et aboutissement à travers le combat, la lutte et la victoire sur les forces ténébreuses d'ensommeillement...

Ce dernier état quasi végétatif et suicidaire me semble refléter très justement notre société contemporaine se complaisant à la fois dans l'obscurité et accroissant celle-ci et baissant sa garde de veilleuse de vie pour sombrer dans l'aveuglement et l'éblouissement de ses artifices et illusions....

La vitalité claire et la vigueur lumineuse font gravement défaut …

Fortement carencée en terme de conscience éveillée et lucide, libre et responsable, compassionnelle et solidaire de tout le vivant, cette société ne peut que décliner et sombrer en ses propres obscurités....

Le courage, l'audace sont un affront volontaire face à la faiblesse, à la tiédeur, aux peurs et réticences ; à la torpeur, à la somnolence, aux renoncements, aux défaites, à l'indifférence...

Elle ne saurait verser d'eau ou de cendre sur ses braises, mais entend entretenir la flamme dansante et victorieuse de sa vigueur...



La civilisation celtique à le cœur léger, le geste souple et habile et la pensée flexible rien de pesant et de rigide en cela...

Elle est propice aux liens et à la relation qui assemble autour de l'essentiel, du fondamental, du vital, du conscient, de « l'éveillé » en soi...

Elle est « croissance continue » soit augmentation et accroissement de ses niveaux et plans de conscience (lesquels accompagnent, inspirent et conduisent son processus de « spiritualisation »), tout en sachant avec pertinence et en acceptant ce fait que la décroissance viendra, nécessaire, dans le renouvellement, la revitalisation, qui lui succéderont de nouveau...



La pensée celtique est mobile c'est-à-dire en mouvement, engagée par son souffle et sa parole même vers et dans une incessante et permanente « Quête de Lumière. »...

C'est le sens, tout le sens, et toute l'Essence de ses cheminements et acheminements...



Cette quête est aussi une « quête de guérison » entreprise afin de « prendre soin », de « donner et prodiguer soin » à soi-même, à l'autre, à tous les autres et à tout le vivant....

Ce qui consiste à porter déjà en soi des harmonies et des équilibres maîtrisés et généreux afin que de ce bassin se répandent l'eau bienveillante et bienfaisante propice et favorable à toute « guérison »....



Lorsque le monde celte et ses « héros » se mobilisent contre les « Puissances néfastes ou hostiles» qui envahissent le ciel de Samain répandant l'obscurité sur toute chose et en tous les êtres, il entend en cela et par cela lutter contre les deux fléaux majeurs de l'humanité : la peur alliée à l'ignorance et confortée par elle...

Mais, c'est avant tout contre le sommeil léthargique de notre propre conscience (ou inconscience amorphe si l'on veut) auquel tout le combat s'adresse...

Et on ne saurait ne pas voir en cette lutte toute l'actualité de cette entreprise de restauration des forces vitales et des énergies lumineuses qui donnent pérennité au vivant et à son évolution...



La Transposition s'impose lors par rapport à notre planète et à son devenir lequel repose sur l'état actuel de notre conscience plongée  de plus en plus dans les ténèbres de l'individualisme égotique et des illusions qu'il entretient dangereusement et ce, de la façon la plus destructrice qui soit !...



Traverser la longue nuit hivernale dans laquelle notre société erre depuis si longtemps et faire resurgir, au Grand Jour, la conscience et le cœur des femmes et des hommes à la vive, pleine et généreuse Lumière, est notre « idéal » et demeure plus que jamais celui de tous ceux et celles qui se reconnaissent dans ce sage héritage légué par nos Grands Anciens et Grandes Anciennes..

La Pensée celtique clame la Victoire de la Vie sur la Mort et c'est bien là sa plus grande clameur....

Les rituels de fin d'année sont autant de conjurations face à une mort qui prétend envahir les territoires du vivant.

Lors la parole du druide ou du barde et le geste qualifié opèrent une transcendance qui transforme les forces de mort en force de vie !....

L'opposition devient conciliation et coopération...



Pour l'Essentiel les rituels de Fin d'année sont des rituels qui, par conjuration et affrontement verbal et vibratoire des forces ténébreuses, tendent à la rénovation, à la régénération, à la revitalisation de toute la Création....

Il s'agit de maintenir, de contenir, les forces et énergies néfastes à leur juste place...

(Sans débord ni envahissement.)

Ils impliquent une conscience éclairée et avivée, une maîtrise des équilibres et des énergies, une vigueur audacieuse, vigilante, obstinée et tenace maintenue en permanence à l'oeuvre...



Les textes irlandais nous disent que l'on devient vulnérable lorsque l'on a perdu le contact avec le sol protecteur....



Voilà une image bien pertinente des risques encourus quand nous sommes coupés de nos rapports, relations et contacts avec la Terre considérée à juste titre comme Mère....

Et Celle-ci sait combien ses enfants se sont efforcés de se couper, de se « déraciner » de cet humus matriciel !...

Nous sommes par orgueil et arrogance dans une volonté de vivre « hors sol » ; c'est ce que nous faisons déjà subir au bétail, mais nous l'expérimentons aussi de bien d'autres façons et à notre détriment qui plus est  !



Autres Notes et commentaires : Bran du

La conception cyclique du paganisme suppose le retour des Dieux lesquels sont en « sommeil » et reposent dans l'attente d'un éveil de notre conscience de nouveau éclairée et avivée...

Cela adviendra d'abord en chacun, en chacune...

Lors Arthur retrouvera la régence de son royaume et l'aval de sa souveraine et Merlin, de nouveau, dispensera le sage conseil autour de la ronde table d'un Cercle ayant enfin retrouvé son Centre et son Moyeu...

Gaste est notre Terre intérieure car la blessure et profonde et épais le manteau de l'oubli...

Mais les cygnes annonceront les temps de recouvrance et de restitution....

La pomme sera offerte aux lèvres méritantes....



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Le Crépuscule de l'année           Bardi          Bran du        OCT 2015



La feuille, elle s'en vient

sur ma branche d'homme

et le nid et le chant

et l'arbre que je suis

sont bouquet pour la Belle Saison ;

bouquet de mariée

aux noces du ciel et de la terre...



Mes pensées sont un chaudron

aux herbes de santé...

Sous lui le trépied

où repose toute question

ceci, avant que mon esprit ne brasse

la bière de connaissance...



J'ai tiré le lait

aux mamelles de la nuit...

la Force est dans mon cœur,

l'Energie dans mon sang

et le chaudron bouillonne

qui fait breuvage de mon être...



Poésie est le monde ;

Poésie sur mes lèvres ;

écume et blancheur

au seuil de l'obscure...

Le flux est de sel

et la langue de miel

dans l'amplitude des marées

qui épousent mes rivages...



J'allumerai le feu

devant l'antre de l'hiver

et torche sera ma voix

aux traversées de ce temps...

Mon souffle sera puissant

face aux vents mauvais

qui étouffent les flammes

allumées dans le cœur...



Les mots viennent du ciel

et celui-ci respire dans ma poitrine...

L'oiseau qui y déploie ses ailes

Est un poème en chemin

qui serpente en mon cœur...

Eventail de couleurs

est le luisant de mes plumes...



Ma langue joute avec le feu

et bondit dans la cascade...

Accordée est la harpe

qui fait trembler

le sombre crépuscule

où une année se meurt

et une autre s'éveille...



L'hivernale fureur,

je ne la crains pas...

J'ai lance dans ma main

Et bouclier aux doigts...

A la mort, je lève ma coupe

Afin qu'elle y trempe ses lèvres !



J'assemblerai les mots

comme tenon et mortaise

et le pont tiendra

sous les pas rudes et pesants de l'hiver...

Nulle corde ne sera rompue

sur la harpe du poète...

Lors, je ferais berceau des tombes de nos Pères...



Qualifié est le barde

Qui parle comme les oiseaux,

qui a feuilles sur ses branches

et fruits en toute saison...

L'Univers est en lui comme étoile dans la nuit

et l'aurore en son sein

est un œuf à éclore...





Samain 2015           Bardi de l'an neuf            Bran du



En Breton Samain se dit Meven ou encore Kala-Goañv

(En gallois : Hefyn ou Calan-Gaerf)



En préliminaires :



« J'existais déjà quand le monde s'est développé. » Taliésin



« Les formules poétiques ne sont pas répétées et mémorisées pour la seule raison qu'elles charment l'oreille.

Ce sont, sous forme poétique, comme un Art Verbal, des signaux de relation entre les choses ; conceptualisations traditionnelles, perception de l'homme et de l'univers et aspirations de la société. »

C Watkins



« Qu'il magnifie la vérité, elle le magnifiera.

Qu'il renforce la vérité, elle le renforcera.

Qu'il préserve la vérité, elle le préservera.

Qu'il élève la vérité, elle l’élèvera. »

Auracept Moraind



Qu'harmonieuse soit ma compétition et la flamme digne des étincelles qui la mettent au monde ; qu'ajustés soient les mots et solide le navire paré de bonnes voiles...

Nul chaudron ne se fendra au bouillonnement de mon Verbe...

Nul orgueil dans la voix, mais la vérité en sa vigueur, aussi luisante qu'un galet roulé dans l'embrassée des vagues...

Brig ; c'est Elle qui m'inspire et le Souffle du Très Haut...

Point ne rougira la lignée des bardes, mais mémoire sera faite et hommage rendu à chaque racine de l'Arbre quand flottera au vent l'étendard du Poème...







Qui est-il Celui-là

qui veut brûler la harpe

dans le foyer de ses outrances,

et soumettre au silence

les pas que font les danses

sur l'aire des saisons ?



Du Sid vient la musique

et les fleurs s'en viennent au pommier

comme sur le visage des jeunes filles...



Quel prétention à vouloir prendre le vent

dans le sac de sa bouche....

Nul ne capture du ciel les Grands Souffles

mais, le souffle, lui, quittera

la poitrine de l'orgueil

en n'y laissant qu'un ultime soupir !...



Quand j'appose mon pouce

l'empreinte est durable ;

le flot de mes paroles coule sous les tempes...

Taureau je suis, quand j'empoigne le jour...

Dian cécht à fort affaire

tant ce monde est aveugle...

Mieux vaut n'avoir qu'un œil

fut-il celui de Balor !....



Puis-je, O Femme,

savourer ton parfum

et m'enivrer de ta suave présence...

Midir en fut heureux toute sa vie durant...

(Grande la bienfaisance, quand le dieu est comblé.)...

Doux ton duvet de cygne et rose la pomme de tes joues...

Les Femmes du Sid ; lisse est leur corps de neige et froide leur étreinte...



Il pointera son nez au sommet du tertre roux...
Aussi sûr que l'écume s'en vient au rivage....

Les ténèbres ne pourront retenir en leurs rets

le soleil nouveau-né....

Oengus est son nom qui brasille dans le berceau de la longue nuit...



Cet autre encore, loué soit son nom,

reviendra du péril audacieux

porté par un char en or et un bouclier orné d'argent à son poignet...

Il montrera la fleur nouvelle ; toutes les promesses de l'été

Et nous fêterons le héros sur son char....



Et celui-ci encore ; Fintan est son nom...

Il a des cornes à son front et des écailles sur son corps...

Il a dansé toutes les rondes des âges...

Il sait ce qui fût et nous enseigne cela...

Nous remplissons nos cornes au vin de ses paroles...



Ma Parole à cinq piliers....

Les cinq soutiennent le ciel

et plongent dans les fondement des abysses...

Bonne est l'assise quand la parole est vérité...



Que sont ces cinq piliers ?



Je vais te le dire o jeune homme aux cheveux en broussaille,

ce n'est pas difficile....



Cinq sont les branches d'un arbre unique...

Ses racines font le tour de la terre

et certaines montent au ciel...

Toutes les nuées, toute la meute des nuages,

toutes les rosées de mai, toutes les jeunes aurores,

tous les crépuscules incendiées, s'y posent

comme se posent des oiseaux de vie et de lumière...



C'est la main aux cinq rameaux

qui ont sève de la terre et du ciel...

Qui prend la main en main

scelle son pacte avec tout l'univers !



La main seconde la Parole

Mais le sang y reflue

si le cœur n'a de source

de mémoire et d'avenir....



Que la souris reste en son trou

et le bousier dans le sien ;

La nuit appartient à ceux qui veillent

un œil sur la lumière, l'autre dans les ténèbres...



Digne est le front

de celui-ci qui brille par sa Parole...

Ses lèvres ne se fendent pas

sous la morsure de l'ignorance...

Il a franchi le pont des ombres ;

Une pomme lui sera offerte

aux sorties des épreuves...

Lune après soleil

et soleil suivant lune,

Taliésin sera le nom

Initié par l'hiver...



S'ouvrent les tertres enchanteurs

quand glisse le manteau de Samain

sur l'épaule des collines...

Bienvenus à ceux-là qui furent aux origines,

Puissent-ils nous conter la pierre, l'eau, le feu et l'étoile et la lignée

des chênes depuis la racine première...

Le banquet est dressé et la nuit est festin...

Les mets choisis, les voici offerts

Et la bière coule des tonneaux mis en perce....

Lors,  la Parole s'arme et se fortifie qui joutera avec les dieux !...



Qu'on m'apporte l'échiquier

et les bois de valeur...

Blanc sur noir, noir sur blanc ; les passages sont périlleux !...

J'avancerai vers l'armée des ombres et renverserai leur roi...

Eu ceux-là, tous de noirs vêtus, fuiront, sans demander leur reste,

l'épée entre les jambes !



J'ai mangé à la table des héros

Et le « morceau » me fut accordé

parmi plus de cent guerriers ;

les plus nobles et les plus dignes...

C'était à Caer Siddi que je fus honoré

Et le miel ne manqua pas sur ma langue

ni l'hydromel dans ma coupe... 



Nul mensonge ne saurait franchir l'enceinte royale...

Les corbeaux refoulent cela qui porte laideur sur son visage...

La source ne sera pas troublée ni la fontaine du dire ;

ceux qui boivent ici ont l'âme aussi pure qu'une rosée de mai...

Ils resteront au-delà du jet de la lance

ceux-la qui ont la fourberie au cœur

et meute courroucée de chiens infernaux....



Que soient déposées les armes

Dans la salle aux vives couleurs...

Que soit honoré le « chef » dans la Branche Rouge...

Puisse le champ des dépouilles agréés à nos Dieux...

Tout cela forment ceinture et protège l'enceinte...

Le sang des héros coule comme vin dans nos verres...

Il n'est de mort véritable que dans l'oubli...




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La Traversée Victorieuse : Bran du        Oct 2015



Ceux-là fermeront leurs paupières

engoncés dans la fourrure de la nuit...

Lors, je garderais l'oeil fixé sur la voûte du monde ;

J'affouillerais l'espace de mon regard puissant...

les vagues du sommeil se heurteront au granit de mon front.

Vigilant je serais comme les sept feux de l'Ours...

Quand les puissances viendront

pleines de fureur ou de ruse

je serais comme un pierre dressée sur son assise

que rien ni personne ne peuvent ébranler...

Impassible je serais ; falaise devant l'océan

montagne face aux vallées...

Le chêne sera en moi, sa sève et ses racines....

Ma flamme restera vive au sommet de l'attente

où gel et froidure fonderont en leurs larmes...

Le jour revenu me verra dresser ma lance fière

face à la plaine d'azur...





19/10/2015
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