Les dits du corbeau noir

DIvgation poétique d'une fin d'automne bran du Dec 2013

 

TOI... Bran du Décembre 2013

 

 

 

Toi, la neige, toi dont la très nordique beauté peut sauver l'homme en ses périls, enseigne moi la façon dont tu te poses sur la noirceur des choses ; la façon dont tu recouvres toute laideur ; cette façon que tu as de restituer le monde au monde quand le jeune soleil te dissout dans ses embrassées d'amour...

 

...

 

Toi, le givre qui brode sur le pourtour des feuilles un liseré blanc, qui donne à leurs nervures un chemin de veines blanches, borde mes contours de ta dentelle de cristal, enserre mes pensées d'une frange transparente et laisse moi fondre, goutte à goutte, sous le feu naissant de l'aurore que je puisse retrouver la source et le ru d'un plus juste et vif écoulement...

 

 

 

Toi l'oiseau, prends-moi en ton vol que je m'enfonce en tes plumes et rémiges pour voir de plus haut ce que mes yeux ne savent plus voir ni lire des frémissements intimes de la Terre, des grands flux qui circulent à sa surface et l'enveloppent de signes émouvants...

 

 

 

Toi la pierre enseigne-moi la patience, apprends-moi à rouler dans les vagues et les flots de la vie, fracasse et arrondi mes angles, prépare l'époux pour l'épouse...

 

Rien n'effrite ta mémoire, tes annales relatent notre origine...

 

Si je te prends dans ma paume, l'univers m'est souvenir...

 

 

 

Toi l'arbre, j'ai tout, absolument tout à apprendre de toi, de l'aubier, de la sève, des racines, de l'écorce, des ramures, des rameaux, des bourgeons et des feuilles qui te constituent, tout cela qui m'est analogue de coeur, de chair et d'esprit...

 

 

 

Toi la Femme qui est pierre autant que flamme, eau et feu mêlés, neige fondant sur ma poitrine, givre ourlant mes yeux d'un printemps à venir, forêt intime autant que profonde, tu sais cela bien mieux que moi-même...

 

Tu es enceinte de toute chose, de tout devenir...

 

L'homme, tu le consacres sur la pierre d'offrande de ton corps, tu lui offres la couronne

 

qui le lie au ciel comme à la terre, qui en fait le servant fervent et fidèle d'une tendresse adoubée par l'épée de Lumière...

 

 

 

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Je vais à la mer, je vais à la pierre

 

comme on marche vers un sanctuaire

 

avec les sandales du jour et sur les semelles de la nuit...

 

Je vais sous le ciel...

 

Je vais sur la terre...

 

Je vais à l'essentiel,

 

au plus nu, au plus vrai, au plus réel

 

de ce qui me constitue d'atomes anciens, de particules originelles...

 

J'ébranle tout ce qui en moi git...

 

Ma marche est éternelle ! …

 

Je sais parfaitement le lieu vers lequel je m'achemine ;

 

C'est une grève enceinte de houles vertes et bleues

 

avec, sur la poitrine des parures de nacres multicolores, des colliers de varech parsemé d'oeufs de seiches et de bien étranges écritures...

 

 

 

Creusée dans le rivage, arrondie en sa bordure, l'anse à marée haute, calme, délaissée par les vents et les nuages, scintille, parcourue par les reflets de la lune et des étoiles...

 

 

 

Berceau liquide que l'océan, lieu natif que cette crique...

 

 

 

Et tout cela, qui, rouleau après rouleau, accouche de ce que je suis, m'enfante d'importance....

 

 

 

Témoin que je suis, de ma remise au monde !

 

 

 

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Je suis assis sur la terre nue, les jambes croisées, le torse droit...

 

Je me tiens au Coeur du Cercle de la Reliance, au Centre du Cercle de l'Union..

 

Mes paumes tendues à hauteur de poitrine sont posées sur l'air frais,

 

soutenues par les muscles du désir et de l'ardente ferveur,

 

disposées comme une corbeille sur la table des offrandes...

 

 

 

Je suis le Chaudron et la Coupe, leur émanation, leur réceptacle, leur breuvage et élixir, leur déversement et écoulement, leurs fluides, leurs flux et leurs ondes...

 

 

 

Le silence, souple, léger, attentif, se met à murmurer, à initier, à insuffler

 

une pensée à mûrir, une flamme à jaillir, un chant à venir...

 

 

 

Et Cela qui me dit mot, mais forge le Poème...

 

 

 

Le blanc convoqué dans son lin de jeune fille...

 

 

 

Et tout Cela qui se dépose et sacre sa blancheur...

 

 

 

L'intime et le profond ; les deux, en abondance...

 

Ma chair d'écorce et de pierre dénoue mon existence et, la libère....

 

 

 

Et me voici frangé d'écume, bordé de flamme...

 

 

 

Et toujours Cela qui engrosse la Lune et mouche les étoiles...

 

 

 

Cela qui me tient lieu de balises et de phares...

 

 

 

Et pour Lequel

 

 

 

Mon âme prend la mer !

 

 

 

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Divaguant, en cet après-midi de décembre, dans les rues de St Brieuc parées comme un arbre de noël...

 

Je ne sais où accrocher mon regard, comment l'atteler à quelques songes, le suspendre à quelques feuilles...

 

Ma pensée sèche comme un filet sur un quai désert ; un filet troué par ci par là et visité d'un vif soleil qui ne craint pas la venue de l'hiver... Dans ses mailles, usées à affouiller les entrailles des océans, des algues achèvent leur compte de marées, se souviennent de leurs danses...

 

C'est une succession empressée d'allées et de venues de bipèdes, de quadrupèdes et de machines montées sur pneus plus ou moins grosses et bruyantes...

 

Des échoppes, des enseignes, des publicités, des panneaux divers et variés, des noms de rue, un enchevêtrement de tumultes, de bruits de fond, un manège, un square, des bâtiments publiques, des cours intérieures, des impasses, des balcons sans fleurs...

 

Rien d'insolite, d'inédit, de curieux, de troublant ou d'émouvant... Rien que de l'ordinaire, rien que du coutumier et du routinier...

 

 

 

On l'a dit froide, engoncée, “bourgeoise”, mais aussi sourdement, secrètement ésotérique, livresque et libertine à la fois, que cette ville de Province, chef-lieu des Côtes d'Armor...

 

 

 

Depuis peu, elle s'avive avec ses étudiants, ses collégiens, qui, cigarettes au bec et iphone sur les oreilles, déambulent par petits groupes comme une sympatique nuée de jeunesse gorgée de rires et d'exubérance... Quelques guirlandes sourient à la vue de ces joyeux et insouciants arpenteurs des pavés du devenir...

 

 

 

Cette exception relevée, que de commun parmi tant de mortels !....

 

 

 

Du laid, du tapageur, du racoleur, de l'artificiel, à l'étalage des heures, sous la grande halle du jour...

 

 

 

Des démarches toujours hâtives, quasi normalisées, fragiles ou conquérantes...

 

 

 

Des visages empreints de gravité, de préoccupations... Peu de place pour de plus lumineuses radiances...

 

 

 

Une absence déplorable de fantaisie :

 

 

 

Un peu plus d'animation dans la galerie commerciale qui déploie sa panoplie ronéotypée afin de capter et d'attirer la “clientèle” dans les paradis de la sacrosainte consommation...

 

 

 

On porte beaucoup à bout de bras, des sacs, des paquets, de toutes formes et couleurs...

 

Les festivités se préparent... Mais, tout le “pesant” n'est pas là où on le voit !

 

 

 

Beaucoup de mouvement certes pour exprimer la vie, mais une vie balisée, banalisée, évidée, aseptisée, contrainte et soumise... Une litanie de traversées que rien d'essentiel, de merveilleux, de fondamental et de primordial ne traverse !

 

 

 

D'ordinaire, l'ordinaire fait les cents pas, quadrille l'espace, arpente les axes, s'asseoit sur les bancs, attend aux arrêts de bus, fait pisser son chien, achète son journal ou son tabac et va de ci, de là, au gré des convenances et des habitudes...

 

 

 

Des vêtements, des accessoires, tout un catalogue de formes dans le défilé du quotidien... Tout cela censé “personnifier” l'individu, le “singulariser” selon son besoin de “reconnaissance” sociale et sa capacité à se démarquer de la conformité ambiante...

 

Autant d'ambassades extérieures d'un habitat intérieur dont les plans et sorties de secours semblent avoir été perdus !...

 

 

 

De toute cette agitation pédestre, pas un seul pavé me fait souvenance...

 

 

 

(Entendu dans le café de la Rue St Guillaume :

 

- Ca va bien les cocottes ? Ca va ma belle, ça va !”

 

C'est le rendez-vous des résidentes de la maison de retraite qui viennent entretenir leur gourmandise autour de glaces et de gâteaux... Un lieu où on peut, tout à son aise, casser du sucre sur les autres pensionnaires et faire quelques commentaires indélicats ou tendancieux sur le personnel d'encadrement...)

 

 

 

Dire qu' hier encore j'étais imprégné de bruine, légèrement fouetté par le vent du "Nordé", promenant mes pensées et mes songes sur le sentier des douaniers non loin de la Guette et du port de Dahouët...

 

Quel contraste entre ce monde urbain et les espaces naturels !...

 

Où trouver un monde, un univers, si ce n'est dans cette “primordialité, cet “ensauvagement” que recèlent les dits espaces naturels ?

 

Comment pervibrer en ses fibres, s'arc-bouter contre le ciel, étreindre l'instant d'importance dans ce granit urbain privé, non de marées et de houles humaines, mais de réelles, de furieuses, de bouleversantes amplitudes ?

 

 

 

Quel dialogue fécond peut-on instaurer, restaurer, dans ce tissu de ciment, d'acier et de verre, avec le soleil, la lune ou les étoiles ?

 

Rien qui soit ici de nature à nous pénétrer et à nous féconder....

 

Rien d'essentiel pour l'alchimie de l'être, pour ses noces élémentaires, pour sa régence royale et souveraine, pour son feu solsticiel, pour sa table d'offrandes et de partages...

 

 

 

Demain, je retournerai humer l'humus des choses, le terreau du possible... Je saurai retrouver mes laies forestières, mes criques étoilées...

 

 

 

Je prendrai l'air et la terre, le givre et la rosée, comme on prend femme aux bras de la vie...

 

J'aurai une pensée pour toutes ces concessions que l'homme fait à la perpétuité des illusions qui le font, soi-disant, exister !



12/12/2013
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