Les dits du corbeau noir

De L'instant, de la poétique de l'instant mai 2013

L’Instant Poétique  Printemps 2013 (mai)                               Bran du

En compagnie de Roger MUNIER ( l’Instant - Gallimard éditeur)

Voici quelques réflexions ponctuelles menées en l’instant et agrémentées, ponctuées,  de celles de Roger MUNIER…  Mais je laisse à celui-ci l’honneur de l’introduction avec les extraits qui suivent (en italique et caractères gras) :

« Qu’est-ce que l’instant que nous vivons ? Une étincelle entre deux ténèbres, entre la nuit d’avant, la nuit d’après. L’étincelle que fait la vie et la mort en se rencontrant au lieu d’une déchirure et d’une brûlure (douleur et joie) tandis que le visage du monde se lève et s’efface… »  Jean SULLIVAN

« La poésie, cette pointe avancée de la vie… »
« Tout a été dit et rien n’a été dit. Les hommes qui livrent une parole aujourd’hui sont des hommes qui viennent de la solitude, du désert, de la nuit. »

« Dieu est le manque.
S’Il trouve le fini, il ne peut
qu’y mourir. »

……………………………

1 / Cela qui fait signe,
Souffle dans le vent,
Ruisselle parmi les eaux…
C’est un murmure, un bruissement ;
L’ambassade d’un silence
Qui ne souhaite plus se taire,
Mais qui s’en veut sourdre
Parmi la faille rocheuse de notre cœur…

2 /
Qui fait signe
Dans l’épi dressé
Sur la plaine des moissons ?
Qui interpelle ?
Qui apostrophe ?
Qui donne corps et relief aux choses,
Formule l’accent d’un langage autre, différent,
Perceptible par nos sens réjouis de l’entendre
Au-delà de notre surdité coutumière ?…

3 /
Pourquoi le précaire, le furtif, l’éphémère
Sont-ils si percutants, si pertinents
Pour nous faire entendre la voix éternelle
De ce qui fut, est et sera ?…

« Nous ne sommes-pas au monde, nous sommes au langage »…
« Le nom ne sert qu’à nommer. »
« Rien n’a dimension. »
« L’artiste présente un miroir… Il n’est que le lieu d’un reflet. »
« Rien ne doit être laissé vide »
« le temps est immobile. »

4 /
Nous sommes l’absence même ;
Nous déambulons dans les corridors de la nécessité…
Chaque soir nous vidons la corbeille du jour…
(Que d’instants précieux jetés à la poubelle !)
De l’écoulement des heures, qu’avons-nous retenu
Qui puisse se porter à nos lèvres ?…
Rien ne surnage dans le flux tumultueux de notre fleuve de songes et de sang…


5 /
La vie peut grossir le débit de nos veines
Mais nous ne savons de cela le véritable déversoir ;
Nous n’avons idée de l’océan où nos jours et nos nuits se déversent…

6 /
Le côtoiement n’est pas l’accompagnement…
La différence est une veuve privée de complémentarité !…

« Les contraires ne sont que des miroirs. Du seul visage. De l’unique face. »

« Il n’y a au fond d’inconnaissable, il n’y a que de l’insu qui se dérobe. …/…
Tout est donné, mais à notre insu»

7 /
A l’origine…
Et si l’origine se tenait au seuil de l’aboutissement ?
Si, au dépouillé de tout se tenait l’ultime recouvrance ?
C’est dans la distance que le proche se manifeste,
Que se mesure le fil ténu d’une séparation…

8 /
L’attendu était venu, mais nous étions absents…
Nous n’avions séjour, nous n’avions demeure
pour en ouvrir la porte et s’effacer devant lui comme s’efface l’hiver devant la venue du printemps…

9 / C’est quand la grève s’abandonne que la marée renforce son amplitude…

10 / Est tacite ce qui s’en vient chacun d’un côté pour tracer un même chemin ; un même sillon d’abondance où mourir fait renaître…

11 / Le bonheur… si longuement attendu, si rapidement répudier !

12 / Est délice ce qui, sur la langue, attend le goût, le parfum, la saveur, du tout autre…   Ce qui  lors « s’abouche » reforme le cercle des origines !

13 / L’approche est un soleil qui se lève, une vague qui submerge, une pluie d’été bienvenue, une hirondelle revenue comme s’en revient la sève dans l’aubier revisité…
L’approche… C’est tout cela qui tend vers…  Qui se veut grand ouvert et pleinement offert de surcroit…   C’est la cerise que l’on cueille afin qu’elle soit mordue par l’ivoire de la joie…

14 / Il est temps de retrancher de notre plus juste balance les surplus ajoutés…

15 / La tendresse est-ce curseur qu’il nous faut déplacer avec attention et délicatesse…

16 / Parce que, enfin dépossédé, il pouvait tenir dans sa main le galet retrouvé d’une ronde plénitude…  Il serait lors ce chiffon de soie , ce doux polissoir, employé à parfaire l’enlacement des courbes…

17 / La perte, ce n’est pas l’eau écoulée ni tous les sauts retirés de votre puits…
C’est l’eau stagnante de nos possessions, de nos retenues… C’est cela qui finalement nous assèche et nous désertifie alors même que notre fontaine déborde d’impatience pour s’offrir et se répandre…

(Où se trouve ce féminin qui a pour prénom « oasis » ?)

18 / Nous sommes tous et toutes en exil d’un pays qui s’appelle le cœur !

19 / Nous avons fait de la vie une fixité et du changement une fixation… Sur cela le moindre ruisseau a beaucoup à nous apprendre !…

20 / La vie nous est dévolue
Et nous la dévaluons…
Où est, en l’homme, l’évolution ?…

21 / Parce que les confins sont trop lointains, je cherche au plus près, une autre idée de l’infini.

22 / Comment être passeur de rives quand la rivière est en crue ?

23 / Quand enfin et malgré tes réticences, tu ouvriras à cet étranger revenu sonner encore une fois à ta porte, ne t’étonnes pas que celui-ci ait ton visage….

« Tout est déjà
Il n’y aura jamais plus
Que ce qui est déjà.
Arrête-toi. »

24 / Quelque fois, j’ai pu plonger dans l’océan du féminin et chaque vague m’a empreint d’un doux sel de jouissance… S’il ne reste plus rien de cette écume, la grève demeure où s’en viennent marcher mes rêves et mes songes…

25 / Rien n’arrive sans que tu ne sois arrivé au seuil du renoncement….

26 / Malgré la distance, la béance, le manque, l’éloignement, l’absence, la séparation, l’exil, l’extrême solitude, l’impossible partage… j’aurai toujours un chant pour en appeler à l’amour !…

«  A présent…
- Rien d’autre, en effet
Qu’à présent. »

« Non, les dieux ne sont pas morts. Ils ne sont pas vivants non plus. Ils sont seulement les dieux. »

27 /
Cela que tu as connu de sublime dans l’épuisement des mots et des muscles, dans l’extrême dissolution de la chair, cette flamme redevenue cendre, tes songes tentent de le raviver d’un souffle impuissant…

28 /
La fleur du pommier, l’arbre sur la colline, la colline sous le ciel…
Nous étions cela aussi pour concélébrer la vie dans le jour nouveau-né…

29 /
Le pur moment est cette lumière qui éclaire l’instant aux facettes de diamant noir…

30 / Le souvenir est cette argile qui monte sur le tour du potier sans jamais trouver sa forme…

« Je guette… Quoi . L’instant ? Non, la figure? Celle qui peut ou non paraître au détour de l’instant. »

31 / Le monde entier, la substance même de l’univers, la Vibration Première… Tout cela réside en cet instant où ta robe glisse à nos pieds !…

32 / Ni soleil, ni lune où plutôt les deux à la fois… L’instant de ton apparition…

33 / Heureux l’avènement où lune et soleil s’abouchent et que s’éclipsent les peurs…

34 / Tout était en attente de la pluie, le moindre brin d’herbe en frémissait d’avance…
Ainsi, quand tu as sonné à la porte….

35 / Tout achèvement peut être un recommencement, c’est que nous avons expérimenter en tricotant le jour avec la nuit !…

36 / Parce que le feu, le vent, les eaux, l’argile, l’humus et le terreau m’avaient, auprès de toi, mandaté, j’ai fait ces gestes élémentaires pour nous remettre au monde…

37 / Comme si la nasse de soie de tes cuisses m’avait libéré de ces filets sans cesse ravaudés et jetés sur la vie…

38 / Quand le quotidien, le convenu, l’habituel, se dérobent, nue, tu surgis.. Lors je peux concevoir ce que fut le premier matin du monde…

39 / Elle s’appelait Constance et faisait tout, vraiment tout, pour renouveler son ordinaire…

« L’homme chemine dans son essence. Il Est-ce chemin. »

40 / Je ne savais pas que, te pénétrant, c’était entrer tout entier dans la Matrice de l’Univers… Depuis lors, je comprends mieux toutes ces étoiles en nos yeux…

41 / Il l’a voulait absolument semblable à lui-même, façonner selon ses représentations, moulées à son désir… Quand il en fut ainsi, il s’aperçut qu’ils n’avaient plus rien à se dire, à vivre, à partager, elle devenue lui !…

42 / L’éclair, le tonnerre…  bienvenue à cela qui foudroie !…

43 / C’est quand j’ai eu vidé et offert ma corbeille de fruits que tu m’as tendu le rouge et flexible osier de ton désir que mes mains eurent hâte à tresser…

« Le bonheur est inexplicable. Il n’est le bonheur que s’il est sans raison. » « Ainsi devons-nous combler tout ce qui est inexplicable et sans raison. »

« Une fleur nue dans la friche
Insolite,
Comme un mot perdu. »

44 / Tant qu’elle n’avait pas de nom, tu espérais, tu imaginais, mais, recouvert de sa cape riante, enserré en ses cuisses frémissantes, seul compta lors cela qui te restitua ton vrai visage d’homme… Lors, tu la remercias grandement de t’avoir restitué ainsi ton humanité, de t’avoir emmené au cœur même de cette dimension…

« L’orage est proche.
Une menace, une douceur,
que le merle interroge. »

« Le soleil ne voit pas : il éclaire
La source de toute lumière
est aveugle. »

« Qui est dans l’élément ne connaît
L’élément que par sa privation.
Le poisson ne sait pas l’eau, mais son absence. »

« Ne cherche pas à comprendre.
Accueille.
Tout est donné dans l’instant
Subit.
Qui ne se rattache à rien,
Ne prélude à rien,
Ne justifie rien. »

« Qu’est-ce que le bonheur sinon cette faim du plus encore ?  »

45 / Cela qui te procure les plus délicieuses des gratifications ; cela qui faut que tu t’épuises pour les connaître à nouveau… Cela est somme de souffrances…
Ta quête de jouissance est telle que plus le désiré s’estompe et plus insupportable est le vide et le manque créés entre le rêve et la réalité…(On peut mourir à trop rêver !)
Aussi, l’instantané est-il vivement recommandé pour suppléer à ces tensions nourries de carences… L’instant offre cette sérénité sans projection ultérieure qui apporte au cœur la densité et l’intensité d’un bonheur dont le caractère éphémère est fragment d’éternité… Aimer, c’est mourir une fois pour toutes les fois où l’amour nous fera revivre !

46 / J’ai rêvé que j’étais une goutte d’eau qui s’évaporait lentement au soleil…
Lors je me suis réveillé sur la pierre chaude et arrondie de ton ventre…

47 / Nous nous sommes retrouvés ayant enfin accepté de se perdre l’un dans l’autre !

48 / J’aurai aimé dire la femme, les agencements secrets, les ajustements merveilleux, les nombreuses concordances, le prodige à être cela, tout cela, le ricochet des mots et des souffles à la surface du temps…
J’aurai aimé dire cette réponse à toutes les questions, cet accord, cette résonance…
J’aurai aimé en dire le prénom, l’autel, l’offertoire et l’offrande…
Mais plus sage il me paraît de taire cet infini, d’en suggérer la pleine existence…

En demeure l’ineffaçable et l’ineffable substance…
Car…  j’aurai aimé !

« Ne cherche pas qui tu es.
Précède-toi. »

« L’homme seul est nu,
Dépossédé.
La femme, non, qui est offrande et comblée dans l’offrande. »

49 / L’instant tanné, c’est le cuir de l’éternité !

50 / L’instant, c’est la flèche qui fixe la cible sur la mouvance des choses….

Prenez un instant, un simple instant… Prenez le dans votre main, sur vos lèvres, contre votre poitrine, entre vos bras où laissez-le courir en toute liberté dans la chaude proximité de votre joie attentive… 
Accordez-vous l’instant, accordez-vous à lui… Encordez-vous en cet accord et vous franchirez lors le manteau des neiges éternelles !



16/05/2013
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