Les dits du corbeau noir

D haïku et de la poésie fragmentaire (suite) mai 2013

DU HAIKU ou de la POESIE FRAGMENTAIRE… Bran du     Mai 2013

« La poésie, c’est le chant intérieur. » Chateaubriand

Pourquoi proposer cette pratique, née au Japon, et essayer de l’adapter à notre « esprit occidental » ?

Les textes qui suivent apporteront par eux-mêmes bien des réponses à cela…
Pour ce qui concerne mon avis, qui rejoint en bien des points les autres qui seront ici exprimés, je ferais état d’une action « thérapoétique » salutaire et revitalisante nous permettant de retrouver ou de découvrir, avec une jouissance et une jubilation savoureuse, le sens de la respiration, du souffle essentiel et primordial…

C’est permettre l’éclosion d’un sentiment profond, conscient, compassionnel, éveillé, reconnaissant, qui participe lors d’un « Etre au monde » nous restituant une « juste, humble et attentionnée place au mitan des mouvances de la Vie…"
(L’instabilité des choses est dite Mujô au Japon et le « pays flottant » Ukiyo.)

Le rapport « quasi photographique » lucidement, clairement, naturellement instauré avec le « dehors » fait que notre regard, notre vision, en viennent à être changés, modifiés, par l’enrichissement sensoriel, émotionnel, intelligible, que procurent d’autres angles de vue, d’autres perceptions et entendements…

Nous sommes les témoins privilégiés de la vie en action et en relayons l’œuvre à travers le fragmentaire d’une unicité dont la visibilité fait « surface »… Avec elle nous remontons des profondeurs et trouvons le sens d’une élévation…

Voici, en pratique, l’instauration ou la restauration d’une complicité qui renoue avec l’intime, l’évident, le « réel », l’innocent et le merveilleux, le spontané, l’éclat, le jaillissement, le mouvant et l‘émouvant…

C’est donc aussi une forme d’alchimie, soit un processus de transformation, d’évolution…  Nous « habitons » cela et sommes « habités » par cela…
L’Œuvre poétique, son usage sans usure,  nous transforme au fur et à mesure que nous la réalisons…  Nous allons vers une « épuration » des superflus, vers une condensation qui empreinte aux perles de rosée posées sur la feuille du jour…

(La métamorphose universelle et perpétuelle de la création est appelée Utsuri-Kawari au Japon) 

Nous sommes invités à prendre le sentier du bout du monde (Oku-no-hosomichi)

Bonne lecture…. Les mots ouvrent les volets, allument la lueur dansante au chevet de la nuit…   Nous sommes cela …


Haikaï est une forme poétique dont est issu le Haiku… Ce terme à le sens primitif de « s’en aller au hasard, baguenauder, divaguer… »…
(N.D.R : En Bretagne gallèse, le parler gallo à une équivalence dans les verbes bouiner et wouider qui ont le sens de s’occuper à ne rien faire et d’aller sans but. »)

« Un grand poète n’est pas un homme qui a vécu des expériences extraordinaires, mais plutôt celui qui observe attentivement les choses ordinaires et sait exprimer en termes justes, ce qu’il a ressenti. »

Henri Brunel   Les Haïkus  (Extrait)  Ed Libre Poèsie

« Lire un haïku, c’est entrer dans un oasis. »

« La forme doit brûler pour que s’élève la flamme du haïku. »

« La poésie, c’est le suc, la vie, la langue qui chante pour vous. Laissez-vous aller à l’aimer, laissez-vous aimer. »

« Les enfants sont comme les fruits du grenadier, le soleil les ouvre en deux et laisse apparaître les grains de merveille. »

Humour, dérision, miracle de l’instant, et cette part de liberté en nous qui chante l’infini, tout convient à cette forme brève. Le haïku suggère plus qu’il n’impose des sonorités et des images saisonnières.

« Un petit chemin de poésie.
Un modeste fredonnement au bord du silence.
Voir ce qui est. »
Ce petit chemin de poésie… nous invite insensiblement à devenir pleinement homme ou femme, c’est-à-dire, atteindre, à l’instar de la rose, notre haut point singulier de parfum, de couleur et d’éclat.  …/…

L’auteur de haïku doit attendre le moment privilégié et ne rien espérer, être vigilant, accueillir…  Il est souhaitable de renoncer le plus souvent aux adjectifs, aux métaphores. C’est un travail de nudité. Une voie de sagesse. L’éternité est maintenant… Le lecteur est l’artisan de son poème, il invente son propre chant… Le haïku ne relève sa saveur qu’aux esprits accueillants, aux cœurs attentifs. Le haïku est simplicité, légèreté, mise à nu de l’essentiel. C’est le temps accordé au silence, une grâce, un secret, un oiseau qui e pose ; un instant sauvé, une brindille d’éternel… C’est contempler la réalité coutumière. Le haïku nous propose d’adopter une attitude d’accueil… Il y a une réalité cachée sous les apparences… C’est faire une saisine en un éclair de notre parenté avec la vie, le vivant… Se désencombrer de son égo pour nouer avec l’univers des liens de vérité; pour vivre l’expérience indicible de la paix intérieure. Nous nous approchons ici de l’amour.  Les mots du poème cueille un instant fugace de notre vie. Ils ont pour mission de nous obliger à regarder la réalité autrement, à la découvrir jaillissante et neuve. » « Notre petite vie se fond dans la grande vie… » « Un presque rien général  où l’expérience existentielle repose un instant au creux de la main. » « L’essentiel : l’instant cueilli au vol, ce face à face avec le réel, qui nous prend au col et nous change. Cela qui a pour dessein d’éveiller à l’existence la réalité la plus humble telle qu’elle est et de nous éveiller à notre tour à la tolérance, au respect , à la compassion, à l’amour universel, à la sérénité. »

« Trois petits lapins
Me disent bonjour
Avec leur derrière. »

« Le baiser de la lune
À l’eau de la mare
Est interminable. »

« Une ronce
Jaillit de la haie
Quelle impertinence ? »

………………………

Extrait de : Le chat à des souvenirs de jungle  de Patrick Blanche (auto-édition)


Que « la vie est souffrance »
Elle le savait déjà
La vieille paysanne.

« Celui qui a des mains ouvertes peut tout recevoir.»  Maître Dôgen

« Il ne s’agit pas de projeter le monde. Il suffit d’y poser son regard directement. C’est là que naît la poésie et c’est là que le chant s’élève. »  
Natsume Sôseki « Oreiller d’herbes »

…………………………

Pierre Tanguy : La part commune ( extrait) Haiku du chemin (En Bretagne intérieure)

Haiku : Miroir de l’intemporel. Scènes de la vie quotidienne où s’expriment d’immuables vérités… Moments (ironiques, tendres ou poignants)… Visions fugitives nourrissant le songe et l’émotion…

Le parfum du sentier
Où l’ondée est tombée.
Fragrance de juin.

L’épaule blanche
des jeunes filles.
Premiers jours d’avril.

Bras tendus
Vers les griottes trempées.
La douche sous les branches.

Soleil hésitant
Le lézard tergiverse
Sur la pierre du pont.

L’ombre du pommier
Palpite sur mon livre.
Ah ! La lecture charmante.

Le chardonneret
A changé de rive
Mais chante le même air.

Deux femmes en douceur
Entrent dans l’eau
L’étang frémit.

Une pâquerette entre les lèvres
Je savoure
La mort de l’hiver.

Le soir après la pluie
en haut des murs de pierre
L’ivresse des glycines.

……………………

La Lumière des Bambous   Alain Kervern (extrait) éd Folle Avoine

« La poésie, c’est laisser s’exprimer son cœur à travers des choses vues, entendues… » Ki-no Tsurayuki

Haikai : l’harmonie de l’action…

Les métamorphoses saisonnières donnent lieu à des célébrations poétiques… L’auteur fait référence au calendrier japonais  qui comporte 12 lunes. Chaque mois se décompose en deux respirations avec trois repères en celles-ci… Trois références qui sont des signes lisibles émanant de l’observation attentive et régulière de la nature…

Il s’agit d’exprimer la légèreté et l’équilibre entre l’immuable et l’éphémère…

La pratique du « Shinto » favorise grandement cela : « Le Shinto en sa genèse fait naître en même temps l’univers, l’amour et la poésie. »


Là où flamboient mes rêves
Là ira
Mon chemin.    Alain Kervern

Tombé malade en route
C’est en rêve que désormais
Je bats la campagne.                 Basho

Nuages intermittents
Pause pour les promeneurs
Venus voir la lune.                 Basho

Cueillant des simples
Je trébuche et ma gourde généreuse
Répand tout le saké.                               Tanko

Au cœur des floraisons
Quitter soudain les rêves
Et la vie.                             Etsujin

Ce matin le printemps
Comme une mer qui roule
Sur la plaine à blé.                  Uto

Cerisiers jusqu’aux cimes
Haies vives et cercle de convives
Où le saké mène les chants.   Kido

………………

Jean Claude Touzeil  Haiku des treize collines  (extrait) édition du gardien de phare

Le gardien de phare
Lance une idée
Par intermittence.

Ô le haiku
L’air de ne pas avoir l’air
Et qui dit beaucoup.

Unique fenêtre
Sur le mur de l’abattoir
Un vieil oeil-de-bœuf.

Ce matin fragile
Une mouette dans tes yeux
En route pour l’île.

………………………

Haikus érotiques  Jean Cholley (Picquier Poche) extrait (Traduction de la Fleur du bout et du Tonneau de saule.)

« Heureux celui qui fier dressé à su périr en pareille beauté. »

La bonne de la veuve
Dans quelques bureaux du temple
Brise le voeux d’un moine.

Tangage et roulis
Pourquoi sur une eau si calme
Le bateau chavire-t-il ?

Retour au matin
Et voilà que ça recommence
Rient les voisins.

Des maisons de thé
On ressort avec la mine
De n’avoir rien fait.

A la première fois
Les environs du nombril
Sont tout ce que l’on voit.

A la troisième fois
Tant elle se laisse aller
Que la nuit est trop courte.

De ses propres doigts
Comme s’il était encore présent
La veuve en extase.

A la maison de thé
La veuve est comme un serpent
Et l’homme un moustique.

Surprise du mari
Découvrant que sa femme
A soudain quatre jambes.

L’ayant bien laissé
Rampé vers la bonne
L’épouse alors se relève.

Bonne de Sagami
À l’instar des herbes
Se courbent au souffle du maître.

Quand il dresse son mât
L’épouse s’empresse alors
De prendre la barre.

Chose des plus curieuses
C’est un onguent de longue vie
Mais elles crient qu’elles meurent.

Les dames du palais
Quand montent sur leur cheval
Donnent congé à leur buffle.

………………………

Haiku des pierres Jacques Poullaouec (extrait) édition Apogée

La langue des pierres (yezh ar mein)

Cercle ouvert des pierres            kerlenn digor ar mein
L’asphodèle danse                Ar milad é tansal
Comment y entrer ?                             Penaos mort a-barzh ?

Rêve de la pierre                Hunvre ar mein
S’allonger dans l’herbe            En em astenn àr ar geot
Et regarder les étoiles.            Ha sellet doc’h ar stered.

Effaceuse de mots                Diver kouriz gérioù
La pierre garde en mémoire        Derc’hel a ra ar maen
Les gestes ancestraux.            An herjestroù c’houmoul.

…………………………

« L’imagination n’a pas sa place dans le haïku. » Dominique Chipot

« Le haïku : l’art du bref. »  Roland Barthes

« Personne ne peut être en colère et écrire en même temps un haïku. » Sôseki

« Nul ne dit mot
L’hôte, l’invité
Et le chrysanthème blanc.    Bashô

« Le corbeau d’habitude, je le hais
Mais tout de même… ce matin
Sur la neige. »                            Bashô

« Ce chemin
Personne ne le prend
Que le couchant d’automne. » Bashô

« Mon âme plonge dans l’eau
Et jaillit
Avec le cormoran. »               Onitsura

« Venus piquer les vieux os
Du vieux bonze
Les moustiques. »   Kyoshi

« Au printemps
Le monde n’est plus
Que fleurs de cerisiers. »   Ryôkan

« Le pic vert
Contemple pensif
Le bois de ma chaumière. »   Issa

« Oies sauvages en allées
Combien de fois avez-vous vu
La fumée du mont Asama ? »   Issa
…………………….

Joëlle Ginoux-Duvivier / Pascal Lys  Murmures extrait  Ed du Bout de la rue.

« C’est un art né au Xè siècle  qui allie poésie et concision. Des mots justes et simples pour fixer l’éphémère. Le haïku est une forme classique de la poésie japonaise de trois vers non rimés de 5 / 7 / 5 syllabes dont la paternité est attribuée à Bashô (1644/1694)
C’est une sorte d’instantané qui incite à la réflexion. Il ne décrit pas mais évoque et doit pouvoir se lire en une seule respiration. Arrêt sur image, il est en même temps l’expression du permanent et de l’éphémère, et dans la règle de l’art, contient une référence à une saison. »

 Chaleur de midi
Les pierres retiennent l’eau
Envie de fraîcheur.

Soudain le silence
La pluie cesse de chanter
Et ses larmes glissent.

Derrière la serrure
Aucun œil ne s’est risqué
La vie est ailleurs.

Feuille féminine
Au murmure de l’été
Offrande secrète.

Brasier chiffonné
D’un coquelicot glacé
Un matin d’été.

………………


En guise de participation :    Bran du             Récolte et cueillette de mai 2013

Une biche, à mi hauteur
Dans le champ de colza
La peur à fleur de peau.

Faucons et buses
Le long de l’autoroute
Celle-ci dans la serre de leurs yeux…

A Plougastel Daoulas
Les sonneurs de cornes
Accompagnent la passion du Christ…

A Plozevet on a été cherché
Le menhir voisin
Pour tenir lieu de monument aux morts…

Aux portes du printemps
Un œuf au creux du rocher
La vie de nouveau à éclore…

Sur la terre lissée du nid
Trois œufs bleus en attente
Trois chants à venir…

Effaçant la buée sur la vitre
J’ai fait
Disparaître aussi la lune….

Dans le fond du panier
Pas même un poisson
Juste l’instant frétillant d’éternité…

Il y a peut-être
Une nuit particulière
Où les menhirs jouent à saute-mouton ?

Chaque pierre à une histoire
Le vent en est conteur
Mais seules les étoiles à l’écoute…

La touffe d’herbe rase
Là au creux du rocher évasé.
Ma pensée s’enfièvre.

Pourtant posté au bout de l’alignement
Les pierres n’ont rien dit
À mon oreille.

Dites-moi en quel lieu
Rien ne change
En présence d’une femme.

Banlieue Nord. Un homme courre
Une bible à la main…
Dieu sera-t-il au rendez-vous ?

Elles ne sont pas tombées du ciel
Les pierres qui que le sol
Dessinent un rêve d’hommes…

La rose
La splendeur
La fleur faite femme…

Cela qui se reflète
Dans l’onde dorée du couchant
Empreinte à ton extase.

Je te voulais coulante
Et sans retenue
Au-delà du barrage…

Le chevreuil
Derrière le grillage de l’autoroute
A quoi pense-t-il ?

L’instant est cette étincelle
Qui attend le choc
De vos silex conjoints.

 

 

Adresses : www-afhaiku-org  association française de haiku et en Bretagne lesgitsdekerizou@wanadoo.fr club haikiste de Bretagne  Barzhed ar sav heol "Poètes du levant" 22300 Ploumilliau

 

Les haïshas ce sont des expo mêlant des photos et des haikus...

 

Additif  18 mai 2013   Bran du

 

Elle est guérit la veuve

qui fait sauter Hotei*

sur ses genoux !                                                                                                                  *Hotei au Japon l'un des 7 dieux du bonheur (ici la gaité)

 

Pour le livre d'oreiller*

Elle demande à voir

au libraire ambulant !           * manuel d'éducation "sexuelle"

                                          Les images comptent plus que les textes.

Le quartier des plaisirs*

par la petite porte de derrière

sort, raide, la prostituée !           * c'est le quartier "chaud" d'Edo

 

De la "marmite" à la "palette"

passent

les mignons trop âgés !       Les dits mignons passent du service spécial                                                            des moines à celui des veuves...                   



 





16/05/2013
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