Les dits du corbeau noir

Coeurs croisés (Pierre RHABI -Sylvain TESSON)

REFLEXIONS et LECTURES    Bran du   NOV 2012     Au temps de Samain

CŒURS CROISES EN PISTE D’AVENIR…

Ayant fait vœu de placer la nouvelle année sous le signe de l’osmose et de la symbiose je vous propose les « cœurs croisés » qui suivent afin de nourrir une réflexion elle-même nourricière d’actes adéquats et d’expérimentations audacieuses…

PIERRE RABHI  « Le Fertile »  (texte de Serge Orru)  extraits   Textuel édition

Et pour introduction ces citations :

« Toutes les occasions de nous mettre en cohérence sont à saisir »… Pierre Rhabi

« Nous menons tous le même combat, s’orienter avec joie vers plus d’humanité. » Alexandre Jollien

« Il faut vivre seul et libre comme un arbre et fraternellement comme une forêt. » Nazim Hikmet

« Il faut soigner la terre pour soigner l’humain. »  Ilse Oelschläger

« Si vous voulez aider quelqu’un à changer, soyez comme le soleil. Donnez-lui la compassion, l’amour, l’intelligence et rien d’autre. »  Krishnamurti

« Il y a ceux qui rêvent les yeux ouverts et ceux qui vivent les yeux fermés. » Oscar Castro

Que nous dit sobrement, dignement, humblement Pierre qui soit de nature à percuter le cœur en son foyer de flammes, de lumière et de chaleur pour raviver des braises d’humanité ?

Il prône une « sobriété ivre de vie »… Il veut contribuer à un monde qui posséderait une âme… Travailler dur pour rendre un monde plus doux… Il invite à reconquérir son espace spirituel… , un espace confisqué… Il appelle avec grand respect la Terre : la Nourricière… Il sait que nous formons avec le reste du vivant un tout interdépendant… Il se veut être un « serviteur et un thérapeute de la terre. »… Il nous invite à l’être tout autant… Il sait que la modernité nous prive de l’essentiel…Que nous vivons dans une société frénétique qui s’est affranchie du temps naturel et qui en souffre dramatiquement…  Pour lui l’écologie est « une voie mystique »… L’harmonie, le bonheur, c’est l’envie de faire avec le sentiment retrouvé d’appartenir au vivant…  Il attend de sa vie, de la vie, qu’elle soit un enchantement, un rêve magnifique et poétique qui puisse nous accomplir…


Il cherche le point de contact entre esprit et matière… de marier sciences et conscience… de développer une « économie du moindre impact »…(Nous sommes des hyper-prédateurs)  Mais il s’agit de « faire avant de faire savoir »… de se poser en « passeur d’expériences »… IL sait que les violences humaines sont « des poisons et des toxines intérieures à l’homme »… (Des cloaques psychiques qui empêchent de s’élever, d’aimer, de pardonner… car victime d’un cycle infernal de ressentiment et de haine, de fragmentation et de dualité… (La vie est devenue une arène où l’on exacerbe les différences.) … (Il nous faut comprendre les cheminements de notre pensée, le processus complet de la pensée, qui est la connaissance de soi.)… Pierre en appelle salutairement à une « insurrection des consciences »…


« Les êtres intelligents, c’est une question de lucidité. »
« Le cœur est la seule cadence du temps qui vaille… »
« Le vivant est « trop intelligent pour n’être que du hasard et de la nécessité »…
« On ne peut parler de biodiversité en reléguant la polyphonie des consciences, des visions… »
« Nous devons avoir le souci du monde. Nous devons installer l’humain et la nature au centre de nos préoccupations. »…
« C’est parce que nous avons envisagé le monde sans humanisme que nous avons besoin d’humanitaires… »
« Nous sommes des êtres vibrants. »…

Cette démarche qui se veut avancée lucide, constructive et pertinente du monde croise d’autres démarches, d’autres « passeurs » du possible, d’autres convergences et résonnances portées vers l’entendement comme les pensées semées dans le sillage de Sylvain TESSON…Il sera particulièrement question en cet ouvrage de l’Energie…



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Eloge de l’Energie Vagabonde Edition Pocket 13536   Sylvain TESSON   (extraits)

« Le présent est la seule porte de la réalité. »   Krishnamurti

« Il faut que nous ayons bien fait du mal avant de naître, ou que nous devions jouir d’un bien grand bonheur après notre mort, pour que Dieu permette que cette vie ait toutes les tortures de l’expiation et toutes les douleurs de l’épreuve. »  Marguerite GAUTHIER (la Dame aux Camélias)

« L’esprit est une force qui peut tirer d’elle-même plus qu’elle ne contient, rendre plus qu’elle ne reçoit, donner plus qu’elle n’a.» Bergson

« La vache du riche mange le grain du pauvre. »  René DUMONT

« Hommes qui n’aimez pas les choses, accordez-leur grand soin pour n’en point trop posséder, ni devoir les changer sans cesse! »  S TESSON « En pillant la Terre nous avons rendu malade le ciel. » (idem) (la Terre répondrait-elle par une poussée de fièvre au virus que constituerait l’humanité ?)

« Il ne nous suffit pas de bouleverser l’équilibre de la nature, encore faut-il lui faire rendre gorge jusqu’à l’ultime réserve… (Une mise en demeure faite à la nature de donner jusqu’à son dernier souffle)… L’homme à la chance de pouvoir choisir à quel degré d’énergie brûler sa vie… la vie des hommes n’est pas une science exacte, elle échappe aux lois de la physique, qui conditionnent l’évolution du monde… Elle est dangereuse car imprédictible…  L’énergie de l’existence se trouve contenue dans la propre incertitude de son déroulement… La joie de l’expérience intérieure est de se laisser féconder, comme un terreau propice, par des émotions inconnues, portées par le vent des hasards… On oublie combien les éléments (les règnes élémentaires) président au vrai bonheur… Un jour, ce sera le manque, la fin, la mort. Seule la force spirituelle échappe au tarissement, elle tire d’elle-même davantage qu’elle ne contient… L’infini est dans le fini de chaque instant…


Le cerveau humain est l’apogée d’une navigation vers la complication, la clé de voûte de l’arcade ogivale. Il est une réduction de l’infini enfermée dans une boîte en os, un précipité d’univers dont l’expansion retournée s’accomplirait au-dedans de lui-même…


Du mouvement : « Le pillage énergétique de la terre tire racine d’une fièvre du mouvement » (Une soif insatiable de précipitation, de vitesse…) (La grande angoisse moderne : être cloué !)


« L’homme est un animal qui ne se résigne pas à le rester… »
« le feu est force… »
« Serais-ce l’écho du big-bang qui continuant à se propager, alimente à chaque instant l’obligation de maintenir la vie en ordre de marche ? » «La vie a foi dans la nécessité de son recommencement. » « La vie veut vivre. » (Et le tableau de la vie se fout pas mal du cadre !)…
Les nouveaux alchimistes : « au lieu de changer le plomb en or, ils transforment le pétrole brut en dollars ! »…

« Je ne crois qu’en la vertu dispensée discrètement, dans le secret des actes et le silence des pensées. »


Des femmes : « Comme partout sur Terre, elles prodiguent leur énergie, pour que tourne le monde. »


Ecrire, c’est condenser la vie…
La certitude instinctive qu’on n’est pas voué à une longue vie fouette la volonté de vivre…
(Se laisser porter dans le flux de la vie pour que s’éloignent de soi les rivages de la mort.)…
L’irrationnel tisse entre les êtres et les lieux des liens plus solides que les cordons de chair…

Du vagabondage :
« Vagabonder c’est se laisser nourrir par le lait des choses simples. Laisser l’énergie élémentaire du monde s’occuper de sa carcasse… »
« Une heure passée sur un carré d’herbe n’est jamais perdue. »
La route intensifie les événements de la vie…
Le voyage est un modèle idéal… Il offre de revenir à la simplicité de journées toutes entières consacrées à s’orienter, se nourrir et entretenir une conversation légère avec la Nature er les hommes.  La vie redevient simple. L’énergie retrouve sa voie. La vie du voyageur se gonfle de sève… Le voyage constitue le terrain idéal de la nouveauté… redécouvrir que des pensées insoupçonnées montent à la surface de l’esprit quand le corps est en marche..;

De L’Islam : Les hommes ont institué une sorte d’esclavage, les services du sexe en plus. Que le dogme coranique vacille un jour sous les coups de bélier de la marche du temps est probable. Que des hommes abandonnent le privilège de disposer d’un prolétariat féminin corvéable à merci relève d’une utopie.  (le voile est l’étrange aveu d’une panique devant les manifestations de la beauté.)

De l’énergie : (Celle de la guerre réglera un jour par le feu la spoliation des eaux !)

« Je cherche le secret de l’énergie de l’âme. »  Goethe (Faust)

« L’énergie spirituelle est un soleil qui ne se tarira pas. »  S Tesson

« Dans les époques païennes, le soleil était un dieu aimé. » (idem)

« L’énergie, cette faculté de se précipiter dans l’inconnu. » (idem)

« Pétrole et force vitale procèdent du même principe : l’être humain recèle un gisement d’énergie que des forages propices peuvent faire jaillir. » (idem)

« Je veux consacrer mon temps d’avancée solitaire à réfléchir aux mystères de l’énergie. Celle que nous extrayons des strates de la géologie mais aussi celle qui attend son heure au plus profond de nous - moteur insaisissable  qui génère les actions, les paroles, les pensées…
Peut-être ainsi saurai-je mieux puiser au fond de moi les réserves d’énergie, convoquer mes forces et libérer celles qui hibernent dans les recoins de mon âme… » (idem)

Il y a dans la capacité d’émerveillement l’un des secrets de l’énergie vitale. Quelques rares êtres réussissent à se maintenir en perpétuel état de reconnaissance devant le « cours des choses », à « tenir leur âme en haleine » selon Montaigne… parce qu’ils éprouvent en eux l’unité du vivant. Ils se sentent intégré à la valse solaire. Ils se savent dépendre de l’astre autant que le chêne ou le lombric. Ils développent corps et âme une capacité extrême de réception des signaux du monde extérieur - de ses parfums, de ses couleurs et de ses formes. Ce n’est pas tellement que leurs yeux se tiennent grands ouverts. C’est plutôt qu’ils deviennent eux-mêmes œil ouvert. Ils regardent de toute leur âme, écoutent de tous leurs yeux, reçoivent de toute leur chair. Le monde leur saute au regard comme un enfant heureux vous sauterait au cou. Ils brûlent de l’inépuisable appétit de toujours découvrir quelque chose de nouveau.

ENERGIE : Du Grec Energia soit la force mise en acte… (produire une action… la force en puissance…)
(La capacité de certains systèmes de fournir une force mécanique, une action utile…)(Pour les physiciens)


Pour les philosophes orientaux : c’est la circulation d’un principe de vie dans notre chair… Un fluide autonome et léger qui dispense en nous son magnétisme… Vue d’Asie, le terme d’énergie désignerait cette force holistique, principe de vie flottant entre le corps et l’âme… (les Traditions prétendent maîtriser les ondulations de ces courants intérieur qui se dégage de nos actions et la force qui dort en nous avant sa libération…


Pour Aristote, l’énergie est le passage de la puissance à l’acte… L’aiguillon qui stimule la force et la libère en action est la volonté…


Pour Nietzsche le but de l’existence n’est ni le bonheur ni le rassasiement de nos désirs mais le dépassement de soi, la création de son propre devenir ( le bonheur viendra du sentiment d’avoir libéré sans timidité sa « volonté de puissance » qui est volonté de créer le monde…)


Mais quelque soit la conception aussi « élevées » soit-elle elle ne peut s’accomplir que si une chaîne d’actions conduit l’être jusqu’à elle. L’énergie serait ainsi le chemin séparant la force en puissance d’un homme et l’accomplissement de son dessin vital. L’énergie serait ce processus puisant dans la force intérieur de quoi entraîner, sous l’aiguillon de la volonté, une série d’action tendant vers l’accomplissement des désirs.
Au plus profond de nous : la force puis l’action, l’accomplissement des désirs.
(Mais l’entropie est la caution à payer pour libérer l’énergie…)

Dans le Véda indien…
Le poète du Véda parle de la création du monde comme « d’une grande énergie pure, sortie du néant. »  Se laisser, se sentir, embarquer sur l’un des cercles de l’onde védique :
Ne suis-je pas dépositaire d’une miette de cette libération de force universelle. Un peu de l’énergie vitale (qui m’a donner force et volonté de faire, de réaliser…)  provenant de l’expansion   primordiale ? Chaque action n’est-elle pas la conséquence de ce choc initial ? Lorsque le vagabond cogne du pied la piste blanche, jette sa ligne dans la rivière ou construit un feu, il inscrit son acte minuscule dans l’expansion universelle. Il la prolonge.
Une vie est une onde qui déroule son chemin de la vie à la mort…
La masse de l’étoile est un réservoir d’énergie. Dès sa création, chaque corps stellaire contient en lui sa propre puissance. Il la transformera tout le long de sa vie en chaleur et lumière. Les hommes comme les étoiles reçoivent à leur naissance un gisement intérieur. Ils puiseront dedans et convertiront leurs ressources en actes, en paroles, en pensées, en œuvre d’art. Et comme les étoiles, certains hommes se révéleront plus brillants que d’autres. Et comme les étoiles, le souvenir de certains hommes nous parviendra bien après leur mort….


Du développement durable :


Le développement durable est le baume appliqué par des Occidentaux désireux de continuer à jouir sans que ne retombe vraiment la fièvre du monde. Le terme cache le vœu d’ajuster mieux les rênes pour maintenir la course de l’humanité le plus longtemps possible… L’essentiel ne serait pas de changer de cap, mais de ralentir le rythme pour permettre à l’orgie de se poursuivre durablement.
(Que pèsent dans l’incendie de la course effrénée aux ressources les pompiers du développement durable ?)
Il existe d’autres voies pour mettre un terme à l’insulte faite à la Terre…
(S’exclure de la spirale énergétique infernale…)
Une poignée d’individus s’y emploie. Ils s’expriment jamais car ils ont décidé que leur vie tiendrait lieu de discours. Ils sont tellement peu nombreux que les larmes coulent lorsque nous pensons à eux…  des êtres qui « portent la marque d’un esprit tendu vers l’infini, vers l’inaccessible domaine de l’assouvissement complet » ( Kipling )
Qui qu’il en soit il sera question vraiment d’imaginer un autre monde…

Du changement climatique :

« La terre n’est à personne, le fruit est à tout le monde. »  Gracchis Babeuf

Le changement climatique est une menace en suspens qui sanctionnera un jour les actes de chacun. Cette mesure impose une réforme de soi-même. Elle demande davantage qu’une collection de gestes quotidiens. Elle exige de changer son attitude de vie… Le jour où nous renouerons avec le sol de laTerre, recommencerons à en caresser la surface, le jour où nous baisserons la température à laquelle brûle l’amour de nous-mêmes, le climat général retombera peut-être.

Commentaires  Bran du

Deux chemins ici se croisent, s’additionnent en leurs conjonctions de coordination et d’entendement… Le sobre jardinier de la Terre et l’arpenteur attentionné de celle-ci…

Nous avons à affiner notre conception d’un sage triptyque traditionnel qui se veut conjuguer en l’unité d’un singulier pluriel : FORCE/ENERGIE et LUMIERE et ce en actionnant volontairement par le désir et l’aspiration tout ce qui en  nous peut contribuer à une heureuse constitution de notre ETRE…

Quelles sont mes forces, quelles sont mes énergies, et quelles sources les éclairent ?

Cette trilogie repose sur des notions de compréhensions, de visions, de perceptions qui pour être en assise et fournir le fondement de ce que je suis et met en œuvre, action et mouvement implique un rapport à l’ESSENTIEL, une relation au FONDAMENTAL, un vif et vibrant lien avec l’ELEMENTAIRE….

Nos écoulements futurs, leur clarté, leur limpidité, leur pouvoir fertilisant relèvent des sources précitées…

C’est en ces sèves et racines , en cet humus et en ce terreau trinitaire, que notre Arbre de vie peut favoriser sa croissance et mieux la développer…

Faisons source et souche de ces sages et pérennes triades…

Réduisons le dangereux écart qui nous étripe entre aspiration et réalité de notre existence…

L’éloignement douloureux et l’absence cruel et prolongée de ce qui nous constitue essentiellement, élémentairement et fondamentalement nous a permis de comprendre enfin le poids de la présence et de la proximité des outils et ingrédients les plus appropriés pour nous permettre d’être  chacun  ou chacune « présent, vibrant et offert en ce monde »…  

Ce qui précède des réflexions confiées relève d’une véritable sagesse et sapience, ce sont autant de fruits de l’Etre et de l’été confié à notre traversée hivernale pour en retirer les substances vitales en leur force, énergie et lumière…

Puissions-nous décortiquer par la pensée, au coin des feux du cœur et de l’esprit, les fruit auxquels aspire notre âme…



06/11/2012
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