Les dits du corbeau noir

CHRONIQUE HOSPITALIERE RECIT D'UN SEJOUR ET REGARD SUR LA "CRISE" 2019 BRAN DU 11 12 DECEMBRE

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 Photos Bran du

 

 

 

 

Chronique hospitalière Bran du Décembre 2019

 

Hôpital des Côtes d'Armor 22 Plérin...

 

 

Arrivée comme convenue à 14 H 45...

On me prépare aussitôt pour l'opération et on me transforme de la tête au pied en « Grand Schtroumpf » pour cela... (Un ange en bleu et blanc et légère chemisette de nuit !)

On me conduit dans une salle réservée aux futurs opérés...

 

 

Il y a là quatre autres personnes en attente toutes aussi schtroumpf que moi-même, mais en plus âgée...

Elles seront appelées chacune à leur tour... Je reste seul dans un salle quelque peu surchauffée...

17 H 45... Toujours pas opéré...

 

Sans nouvelle de quiconque, je sors dans le couloir et tombe sur un personnel soignant qui me dit que l'on va « s'occuper de moi. »...

Je retourne donc attendre et patiente de nouveau...

 

20 minutes après, en effet, on vient me chercher pour me conduire à la chambre qui sera la mienne après l'opération et y déposer mes affaires OK... On m'installe en fait non pas dans la chambre individuelle demandée et prévue, mais dans un chambre double avec un patient qui a été lui récemment opéré...

« On va venir me chercher... » … Nouvelle attente....

 

Vers 18 H 10, le chirurgien arrive et m'explique « désolé» « qu'il y a eu beaucoup de retard dans le timing des opérations, l'une d'entre elle, prévue pour trois heures, à durée 5 heures suite à complications. »..

Que du fait de l'heure on se trouve en « dépassement d'horaire » et « que cela ne vas pas le faire pour l'anesthésiste ! »... Résultat.. « On reporte l'opération demain à 13 H 30 ! »...

 

 

On peut comprendre qu'une opération (qui comporte toujours un risque expliquée dans la brochure remise avant hospitalisation (avec une palanquée de décharges de responsabilités à signer au préalable !) demande une préparation psychologique importante au préalable et que reporter au dernier moment l'instant de l'intervention au lendemain, c'est pas terrible pour le moral !...

Bref... rebelote !

 

Le lendemain OK on y va... L'opération durera 45 minutes environ accompagnée en permanence par le tir de mitraillette d'un marteau piqueur œuvrant directement au-dessus du bloc opératoire ( si, si !)...

 

Je suis endormi « à moitié » du corps avec une péridurale. L'anesthésiste si reprend à 5 reprises sans succès ne trouvant pas le passage au bas du dos et son aiguille se heurtant à chaque fois à mes os... (Il songe abandonner et m'endormir en entier, mais finit par atteindre son but.)

 

OK je ne sens plus rien et arrive à faire de l'humour avec l'équipe d'intervention. Le chirurgien me dit qu'il va procédé au lavage, je lui répond OK, mais pas au rinçage et surtout pas à l'essorage !

 

 

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Anecdote : Je suis sous la lumière du bloc opératoire. Celle-ci est composée de trois branches lumineuses tournant autour d'un cercle et formant un triscèle parfait !

 

Avant l'opération, je me suis passé à titre de « protection bienveillante» au « Scanner Tribann » ( j'ai visualisé qu'un Tribann m'enveloppait et remontait de mes pieds à la tête en me parcourant tout entier.)..

 

 

Pour occuper le temps et le mental, je me suis chantonné à moi-même, donc intérieurement et silencieusement, tout mon répertoire des chants de l'Awen ; activité assez efficace......

 

 

Les fortes douleurs viendront après le retour à la chambre (enfin individuelle) et ce, en moyenne tous les 10 ou 15 minutes. Conséquences deux nuits sans sommeil malgré 5 calmants différents (en dernier lieu de la morphine !)...

 

 

De retour chez moi le lundi 9 décembre (merci Philou).

Cela commence à « s'estomper » un peu en terme de douleur mais on y est pas hélas ! Encore quelques jours avant une atténuation plus que bienvenue !...

(Cela a été l'occasion d'apprendre la « danse des pingouins » qui consiste à passer et à sautiller alternativement d'une jambe sur l'autre avec des gémissements d'accompagnement pour donner le      rythme !)

 

L'une des infirmières principales, très compétente dans sa fonction, s'appelle Lucile (« la Lumière »).... Merci !

 

 

….///....

 

 

 

 

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Salle d'attente post-opératoire :

 

 

Quatre « vann-gozh » (grand-mères) patientent avec moi, bonnet blanc sur les cheveux, chemisette bleu enserrant le corps, chaussettes et pantoufles blanches aux pieds...

 

 

Ce sont des visages marqués, ridés comme des pommes mises à javeler depuis quatre mois, creusés par les taches multiples et variées, mais toutes pénibles et éreintantes...

 

 

Ce sont « femmes du pays » qui savent ce que c'est que de « travailler la terre »... Elles sont toutes burinées par les saisons, les travaux de la ferme, les gestions ménagères et celle des enfants, nombreux le plus souvent...

 

Elles sont, o combien, granitiques dans leur robustesse, leur obstination et dans leur volonté...

 

Pas de temps pour se plaindre, on fait aller vaille que vaille, de l'aube au crépuscule, d'une saison à l'autre, les bras dans l'eau, la paille, la glèbe, le fumier, la farine, le saut à graines et les soucis du quotidien, à se colmater avec ce qui se doit d'être fait et qui sera fait...

 

 

C'est, ce jeudi 5 décembre, une journée de grèves nationales et la télévision installée dans la pièce diffuse tout le nébuleux, le confusionnel, l'incompréhension des situations et des acteurs en présence...

 

 

Dehors le temps armoricain est calme ; le vent humide et pluvieux étant allé voir sur place la nature de ces agitations et turbulences urbaines et humaines....

 

 

Pour une fois, depuis le 15 octobre, le soleil a décidé de régner en maître en son azur et n'est pas décidé à se laisser couvrir...

Quant au soleil parisien, lui, il se mouche, tousse, pleure et crache dans la fumée des incendies et des lacrymogènes !...

 

 

Dans cette salle préparatoire, je dois être, avec mes 70 ans, le plus jeune des postulants à une opération chirurgicale...

 

 

 

 

 

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Parenthèse discursive :

 

Le silence est obligé de se farcir les rumeurs embrumées de la télévision qui diffuse les tumultueux brassages et mésententes entre gilets jaunes, cortèges syndicaux, forces de police et « casseurs » ; triste et dramatique spectacle d'affrontements plus ou moins violents d'humains confrontés à l’iniquité et l'inégalité, au déni voir au mépris d' une classe ou d'une fonction pour une autre, opposant ordre républicain et dénis de justice... Soit des réclamations, revendications, légitimes et justifiées, amplement et sempiternellement inentendues d'où la nécessité de se ruer à chaque fois dans la rue pour enfin espérer une écoute et une attention suivies d'effets positifs !... (Un scénario hélas bien éculé mais, à priori, le seul disponible et relativement opératif.)...

 

 

Syndrome de la mésentente systématique et volontairement entretenue voire provoquée afin d'institutionnaliser la peur comme seule et efficace régente de toute situation et garante de la préservation des pouvoirs en place, élus certes, mais o combien dévoyés dans leurs fonctions, délégations et attributs (dits démocratiques, mais en fait de plus en plus autoritaires et glissant de plus en plus vers des diktats...)

 

(Difficile de s'y retrouver dans la « réforme des retraites » qui fait l'objet de vues et d'avis différents pour les spécialistes de l'économie, alors pour le citoyen landa ! ?.

 

Certes le gouvernement clame qu'une réforme apporterait plus de « justice », mais il semble bien que cette noble intention soit déclassée dans les faits où la recherche des équilibres budgétaires et de la dépense publique priment avant tout.

Ce qui apparaît communément accepté, c'est que cette reforme repose sur des aléas et des incertitudes....               Si vraiment l'équité pouvait demeurer la priorité des préoccupations, nous disposerions suffisamment d'expériences et de compétences pour accéder à un équilibre de juste répartition et « d'équitabilité ». Pour autant que désir et volonté s'attachent vraiment à cette préoccupation prioritaire!)

 

 

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L'urgence de « prendre soin » :

 

 

Je sais à quel point notre société humaine est malade physiquement et psychiquement ; le corps social en tous ses membres étant impacté d'une façon ou d'une autre par maints parasitages, infections et diverses pathologies et virus de la « modernité » (Orgueil, arrogance, mensonge, cruauté, injustice, désolidarisation, déficience systématique d'écoute, de respect, de tolérance et d'attention ......)

 

Ce « corps social » à besoin de soins urgents et prioritaires ainsi que d'une chirurgie particulière procédant à l'ablation des éléments quasi « cancérigènes » qui sont à l'origine même d'autant de dysfonctionnements, de malaises et de mal-être...

 

La société est un immense hôpital où la préoccupation essentielle des responsables de cet établissement (eux mêmes sous fortes pressions ) est l'équilibre économique et financier de celui-ci et, pour les « managers" en charge de la "bonne gestion", le maintien de leurs fonctions, avantages et attributs avant même le souci bienveillant de l'ensemble des occupants...

 

L'ensemble du centre hospitalier sociétal est contaminé en profondeur par un virus appelé la « défiance » ; une totale défiance envers les dirigeants et managers du dit hôpital...

On peut parler de ce fait d'insécurité et d'incertitude psychiques permanentes et notoires (à tendances psychotiques pouvons-nous dire)...

Des mesures dictées, imposées, non explicitées dans leurs fondements, éthiques et justifications avec une « falsification de l'écoute », une absence de « transparence »...

D'où le « burn out » généralisé, avec la culture endémique du « soupçon », le dévoiement des intentions ou la dissimulation de celles-ci...

 

 

 

 

 

 

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Prendre soin » :

 

Et s'il s'agissait avant tout de « prendre soin », réellement soin de tous et de chacun, non en s'enfermant dans l'opposition stérile et destructrice qui rend cela impossible, mais en s'engageant en conscience, cohérence, lucidité, volonté et désir dans un élan de convergence basé sur des entendements fondamentaux bénéficiant à l'ensemble !

 

« Prendre soin », c'est essentiellement mettre tout en œuvre afin de rétablir des équilibres et des harmonies qui font si cruellement défaut. La situation actuelle génère tout type de maladie (individuelle et communautaire)...

 

« Prendre soin », de soi, de l'autre, des autres, de nos communautés d'appartenance, de nos liens et relations avec ce qui constitue le « monde », avec tout le « Vivant »...devrait être notre « exercice, » nos pratiques quotidiennes autant essentielles qu'élémentaires, fondamentales, prioritaires que primordiales !

 

Une sociologue bien au fait de la question (car ayant vécu et étudié le « malaise hospitalier »), nous rappelle que tout soin implique une démarche « holistique » d'ensemble et que tout participe de ce résultat encore appelé retour à l'équilibre et à l'harmonie...

Tout « fragment » est un élément d'une partie qui prend soin de lui afin qu'il prenne soin d'elle...

 

Toute maladie individuelle ou communautaire demande des soins... mais souhaitons-nous et savons-nous encore soigner ?....

 

Fin provisoire du propos discursif...

 

 

 

 

 

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Je reviens aux Vamm-Gozh... Elles sont taillées dans du chêne ou du buis centenaire, Chacune se tient dans ses pensées et les préoccupations qui animent celles-ci.

La mienne de pensée est comme un poisson rouge qui tourne dans son bocal en ayant soudain conscience que c'est vraiment con de tourner en rond...

 

Tout le monde ici est pressé « d'y aller » et ce quelque soit ce qu'il y a au bout vu que c'est le passage obligé, incontournable...

Et puis, on est censé aller mieux après... Alors...

 

Les lèvres ne disent rien, mais les gestes furtifs ou insistants et significatifs qui se répètent avant que ne vienne son tour sont très significatifs ; les doigts visitent le nez, les oreilles, les tempes, les mentons et les yeux se baladent entre le vide et ce qui le remplit provisoirement...

 

Le temps tire en longueur, des paupières s'abaissent et se soulèvent... Il fait trop chaud, la bouche s'assèche et provoque un déglutissement qui vient mourir au bord des lèvres...

 

Ce sont des femmes peu disposées à attendre, si peu habituer à n'avoir qu'elles-mêmes à s'occuper, si peu coutumières de l'inactivité, qu'elles en seraient presque gênées d'être là sans rien faire...

 

Les mains, ce sont elles qui manifestent le plus leur impatience ; des mains aux veines saillantes, des mains rongées, bleuies, crevassées, boudinées par l'arthrose, des mains précocement exposées à la distorsion au temps des fastidieuses lessives pratiquées dans le lavoir communal aux eaux froides le plus souvent...

 

 

 

 

 

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Pour rompre avec le mutisme de la situation une voix soudain se fait entendre :

 

« _ Les gens de notre âge sont souvent seules à la maison, d'autres sont placées en « E.H.P.A.D », j'sais pas si c'est mieux, dame verpe ! » (Au sens de ben oui, bien sûr. NDR)

 

Une autre voix de lui répondre :

 

« - Bah ! : Ici ou ailleurs, on ne fait que vivre avec des souvenirs qu'on époussette de temps à autre...On maintient ce que l'on peut maintenir et on va en allant tant que ça peut. »..

 

C'est l'introduction ; suivent les couplets sur les maladies de chacune, les relations avec les enfants, les tracasseries administratives... puis le mutisme reprend ses droits...

 

Un infirmier rentre, appelle Madame Le Coatmen... Ma voisine de droite se lève et interpelle le jeune homme :

«-J'ai pas ma canne mon garçon, il me faut ton bras... aie pas peur j'vas pas te l'arracher, dame verpe ! »

 

La patience glisse peu à peu vers l'impatience sur le lino vernissé, décoloré et aseptisé des heures...

 

La télévision, ça sécurise, ça rassure, ça fait une « référence », ça rappelle presque la sienne toujours à la même place dans le salon posée sur le napperon réalisé au crochet au temps où l'homme était encore là avec ses humeurs plus ou moins égales, mais là quand même...

 

Les yeux expriment une navigation alternée entre l'ici et l'ailleurs, par moment, ils semblent revisiter l'album jauni des photos et événements de la famille...

 

Mme Bertoux (elle a été appelée ainsi par l'infirmier venu la chercher) vit avec son chat au Cosquer (elle a confié cela à sa voisine, veuve elle aussi.)

J'imagine l'animal (style pacha) habitué aux genoux cagneux, à la couverture de grosse laine qui les recouvre et miaulant du matin au soir devant la porte afin de rentrer et de sortir à sa guise...

 

Plus de Vamm-Gozh... Je reste seul avec la télé et ses braillements enfumés....

 

Fin du récit

 

P.S. : Selon le protocole remis lors de mon admission à l'hôpital, le déroulé de l'opération est clairement explicité. Il est indiqué par ailleurs que le chirurgien en urologie précisera au patient opéré la nature et l'origine de la formation des calculs retirés et donnera des informations pour éviter d'en reproduire d'autres... J'attends toujours les dites informations !

 

…///...

 

 

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12/12/2019
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