Les dits du corbeau noir

CHRISTIAN BOBIN : SOUVERAINETE DU VIDE / LETTRES D'OR EXTRAITS NOTES BRAN DU 2019 15 06 JUIN

 

 

 

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Bouquet composition et photo  Bran du

 

 

 

 

Christian BOBIN Souveraineté du Vide et Lettres d'Or extraits

Folio N° 2680

 

Introduction Bran Du 15 06 2019

 

 

 

Des écrits pour moi, pour vous... Surtout des lettres ; des lettres pour être et pour l'être... Une réflexion, une exploration, une revisitation permanente, un investissement quotidien sur cet acte qui s'appelle écrire...

 

 

 

Un acte majeur et suprême qui est une seconde respiration, un souffle second qui alimente un souffle premier qui lui se passe de mot mais non de respirer, densément, amplement, universellement, cosmiquement et humblement...

 

 

Un constat clair et lucide, étayé et argumenté, sans cesse réitéré sur le potentiel de l'impossible, sur l'éphémérité de tout être et de toute chose, sur la plénitude du vide, sur la viduité plénière...

 

 

La Vie, l'Amour, (Qu'est-ce que l'Amour ? C'est ce que personne ne sait. Mais qu'est-ce que personne ? C'est chacun de nous dans le secret de sa vie engloutie. L'amour s'adresse en nous au plus intime, à ce qui, dans le plus intime de nous, est sans visage, sans forme et sans nom : personne), la Mort, l'Absence, la Solitude, (La solitude nous amène vers la plus simple lumière, nous ne connaîtrons jamais d'autre perfection que celle du manque), « Dieu », les Anges, l'Enfance, l'Ecriture (la mise en demeure des forces élémentaires)(C'est même chose que d'aimer ou écrire. C'est toujours se soumettre à la claire nudité d'un silence. C'est toujours s'effacer.) et la Lecture, le Silence (le pur silence : l'élément naturel de l'âme...), la Musique (la musique, ce qu'elle est : respiration) , la Forêt, les Fleurs, un Prénom féminin, la Lumière (on est partout où sont les lumières)(la lumière des lampes : elle sépare, quand l'autre réunit).... l'attente (Il n'y a rien dans l'attente que la vie seule, nue et pauvre. Elle ne sait que la grâce d'un silence sur la terre tendre , sous le ciel calme.) sont des compagnons et des compagnes qui marchent sur la page blanche du poète, de l'écrivain, lui donnant cœur et main dans le tortueux et le serpentaire du chemin de douce ou farouche solitude...

 

 

Des mots choisis pour ce qu'ils évoquent d'ombres et de lumières, des mots qui sont sources et racines pour qui veut ruisseler et croître au sein d''une rivière et de feuillages d'entendements majeurs...

 

 

Aucun bavardage, mais ce que murmure l'essentiel à l'oreille du dérisoire, quelques rayons solaires offerts à travers les volets obscures du quotidien de l'existence...

 

 

L'écriture nous est miroir ; c'est un étang où glisse un ciel d'été...

Ce qui trouble l'onde étale et paisible, ce sont nos pensées quand elles ne savent plus ni voir ni contempler, quand elles ont oubliées de glisser nue dans l'onde accueillante, dans le bleu ou le vert profond de l'amour...

 

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Christian BOBIN (extraits) :

 

 

Etre assez seul pour ne plus l'être jamais.

N'ayant besoin pour vivre que d'une poignée de mots et qu'une poignée équivalente de silence...

 

 

Définir l'indéfini de l'Amour, à délimiter l'illimité de la vie...

 

Détecter des nappes d'eau vive, des sources de feu : les vrais écrivains sont des sourciers...

 

La vraie vie, celle qui n'est pas dans les livres mais dont les livres témoignent, où est-elle ?

 

Une source verticale. Une flamme.

 

 

(La main droite) : elle aura appris à cueillir des lumières, à saisir des silences du bout des doigts...(Lumière dansante, allègre, lumière non visible, lumière du dedans)...

 

Manquent les racines du mot...

 

A l'écart de tout. En retrait de tout. A l'écoute de tout...

 

 

Si je vous écris, c'est pour ne pas cesser s'écrire, jamais, et c'est pur chant, pure célébration du chant, de cette vibration de l'air contre le tympan du cœur...

 

Ecrire... Je ne saurais rien faire d'autre. (Seulement cet échange de silence en lumière.)...

 

 

Ecrire (alité dans le voisinage de sa mort) (Il écrit à partir de l'abandon enfin entier qui est le sien) Jamais si proche des larmes, de la sécheresse de la mort. Jamais si proche de la vie, de la brûlante nudité de la vie.)

La phrase, c'est le rythme. Le rythme, c'est le souffle, et le souffle c'est l'âme non entravée dans sa capacité de jouir ? Allant et venant,. Inspirant, expirant.

 

 

Tout part de cet homme dans la fin de sa vie...Tout part de cet homme dans la vieillesse de son corps, de ses forces, dans l'éternité de son amour, de sa vie...

 

 

Lecture et prière : Dans les deux cas un silencieux commerce avec l'autre... et puis, surtout, cette ferveur commune aux deux actes obscurs de lire et de prier. J'aime ce mot. C'est un mot de passe, il préside à l'alliage du corps et de l'âme, à leur broderie entrelacée sur l'étoffe d'une seule langue immatérielle, excessivement douce et brûlante, dont les échos parfois se retrouvent dans le parler des oiseaux et dans l'aurore foudroyée des amants...

 

 

...Quand les maisons deviennent supportables, alors seulement on peut les habiter, puisqu'il y a tout dedans, le soleil, la lune, la vie très folle, la douceur très grande de la folie, les yeux pervenches de la folie...

 

 

L'inachevé, l'incomplétude seraient essentiels à toute perfection.

 

Tout est donné, offert. Chaque degré de l'abîme est compté. Pure contemplation, pure douleur...

 

 

 

Il n'est que les enfants pour ainsi confondre, avec tant de justesse, leurs jeux de voix, de rires, avec la rumeur des éléments, avec le souffle sourd des vagues. Sans doute avez-vous déjà remarqué cela, et que les voix des adultes, elles ne rejoignent rien, n'épousent rien. Elles font écran, coupent, empêchent, gênent...

 

 

Quelque chose manque toujours. A tout ce que nous pouvons faire et dire et vivre, quelque chose manque toujours...

 

Quelque soit la forme de la rencontre (…///...) il s'agit toujours de la même bonne nouvelle, celle de notre délivrance en nous des forces captives, des sources obscures...

 

 

Pouvoir supérieur de l'Amour, pouvoir de la vie nue, insaisissable, muette....

 

La distance : celle que nous avons pris l'habitude de voir entre nous et notre vie...

Si la vie immédiate est verte au bord des étangs, pour la rejoindre, il nous faut d'abord rejoindre ce qui en nous est comme de l'eau, comme de l'air, comme du ciel...

 

Un tournoi de lumière... dans le temps et l'espace qui séparent chacun de nous d'avec toute sa mort...

 

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Lettres d'Or :

 

 

Il y a deux choses en nous : l'amour et la solitude...

 

Nous sommes seuls dans le jour, mais nous serions incapables de découvrir cette solitude si quelqu'un ne nous en faisait l'offrande amoureuse

 

Il nous faut un peu d'obscur pour bien voir, étant nous-mêmes composés de clair et de sombre...

 

Traverser toute chose comme une parole d'eau pure...

 

C'est la faim que l'on a, et qui vous tient tout au long du jour et qui vous serre un peu plus dans ces heures là – la faim de beauté, de clame et de joie....

 

C'est une heure dans les fins de l'été. C'est une heure éternelle dans la vie de chaque jour. C'est l'heure où vous étiez nue dans cette chambre, et à présent vous n'êtes plus là et je vous vois encore ; et j'ose à peine vous regarder, car toutes les lumières se sont retirées en vous et leur blancheur m'éblouit...

C'est vous seule que je contemple : vous inspirez aux terres leurs plus fines nuances, à dieu sa plus vive lumière... 

 

.....///.... 

 

 

L'amour atteint sa plénitude dans cette évidence d'une défaite : tout va vers la personne aimée, et les rivières du sang se détournent de leur cours pour se perdre dedans l'image immense. …///.... On est enlevé de soi..... On est entré dans le domaine de pure attente, comme dans un espace plus grand que soi, où l'amour infiniment dépasse l'amour...

 

 

Aimer quelqu'un, c'est le dépouiller de son âme, et c'est lui apprendre ainsi – dans ce rapt – combien son âme est grande, inépuisable et claire. Nous souffrons tous de cela, de ne pas être assez volés. Nous souffrons des forces qui sont en nous et que personne ne sait piller, pour les faire découvrir.

 

 

Nous ne sommes rien , l'amour est tout...

Nous sommes avec l'amour comme l'ombre avec la lumière : elle s'y abîme, elle s'en nourrit. Elle échange sa substance -qui n'es rien- contre une autre – qui est tout... L'amour est pur...

 

 

Il n'y a pas d'autre art que l'art amoureux...


Le plus intime en nous est délivré par un rien...

 

Au centre de moi comme au centre de tout. Il n'y a rien endehors de l'amour.

Nous n'éprouverons jamais d'autre plénitude que celle du vide, et l'amour qui nous dépouille de tout et celui qui nous prodigue le plus...

 

 

C'est dans la lumière que je vous aime. La force qui m'en vient est immense...

 

L'amour délivre en nous la belle étoile, tenue captive dans la haute chambre du jour...


….///....

 

 

Il y a ainsi deux journées dans une seule : celle que l'on vit et qui est fausse ,celle qui est vraie et que l'on ne vit pas.... (…///..)

Ce sont les choses qui nous ont perdu, étant sur l'autre chemin où nous ne sommes pas...

 

 

De telles journées sont des oiseaux blancs que les hommes n'effraient plus et qui se posent près d'eux, sans rien leur demander. Ils se nourrissent des rêves que nous ne rêvons plus, des corps que nous n'enlaçons pas...

 

 

Les amants éprouvent sans le comprendre l'éternité : elle se confond avec la faiblesse qui précipite leur souffle... (…///...)

La jouissance engendre un savoir sans équivalence sur l'éternel : elle révèle en nous bien trop d'enfance et de douceur pour que mourir, jamais, en vienne à bout...

 

 

Le visage amoureux est visage des hauteurs... Il est exposé aux poussières des saisons, aux passages des étoiles. Il est rendu à sa substance première...

Le visage amoureux est visage du profond et du clair... Il est fait de cette beauté en nous que rien n'entame...

 

Vous êtes une femme, et en tant que telle, vous préférez toujours l’insaisissable désespoir à toute saisie d'amour.

 

 

Qu'est-ce que qu'aimer ? Que veut une femme lorsque, comme vous, elle s'habille d'un mot d'amour qui la dérobe à nos yeux et l'offre à nos songes ? Je ne sais pas. Peut-être n'y a-t-il, sous un ciel qui reste à inventer et à peindre, aucune distance entre la vie de chaque jour et la vie éternelle. Peut-être toutes différences entre l'amour et la solitude s'effacent-elles, dans l'exigence qui est leur source commune, unique.

 

 

Nous sommes en danger dans le temps de notre vie. Nous sommes en danger d'échanger la ferveur de nos jours contre la douceur d'une vie morte...

C'est dans toutes les langues que, dans l'enfance, on nous apprend la soumission à la raison et aux sagesses. Le renoncement est le fruit de tout apprentissage...

 

 

 

L'attente : Elle nous apprend que l'amour est impossible et que, devant l'impossible, on ne peut réussir ni échouer, seulement maintenir un désir assez pur pour n'être défait de rien.

 

 

 

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15/06/2019
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