Les dits du corbeau noir

CARNETS DE SEJOUR : LES MONTS D'ARREE(SUITE) ET LE YEUN ELLEZ (BRAN DU)

Dans le Yeun Ellez (Monts d'Arrées) Février 2009 Bran du



Entre lundi et mardi, nous avons marché sur l’herbe d’or, l’herbe folle et l’herbe d’oubli !…



Devant la grandeur, je m’efface…

Je ne demande qu’une simple place,

Simple, humble mais sans pareille, entre la lune et le soleil…



Tant de cris silencieux,

De bouches ouvertes sur les saisons et les cieux…

Ce ne sont pas pour autant des implorations

Ni même des invocations,

Mais comme de sourdes et poignantes douleurs ;

De celles que l’homme ne veut point entendre

Tant est grande sa surdité,

Et si peu lui importe l’absence des anciens dieux…



Quoi qu’il en soit, aucun clocher ne saurait, ici, faire taire une telle clameur, une telle injonction millénaire, quand nous sommes à regarder notre âme dans le fond de ses yeux…



Le coq est mort, percé d’une flèche d’or dans un matin radieux…





Ne cherchez pas les mots intelligibles dans le feuilleté des schistes, ce langage n’est pas le nôtre, il est la forme qui initie à l’au-delà de ce monde,

Il est de ces doigts qui balbutient sur les rondeurs moites du déroulé d’amour…



La pierre est nue…

De vent sont les empreintes qui la sculptent,

De pluie sont ses veines aux déversoirs de mars,

De roc sa chair aiguisée au couteau…



L’épine noire, elle seule, conquiert ces monts,

Piquant ses racines dans la dorsale de l’échine…



Qui pour soupçonner la profondeur de tant d’élévations ?



Plus que chasuble d’or brodée,

Ce ciel de toute sa splendeur m’enchâsse….



J’ai chevauché l’échine aux milles écailles de lumière…

J’ai monté le sommeil du dragon…

Mon rêve cavale encore sur les monts

Et ma pensée le suit comme l’ombre, le soleil…



C’est nuit de grande noce aux Monts d’Arrée…

Ce sont milliards de convives

Que les étoiles invitent

A partager le pain de rêves,

Des dieux et des hommes…

 

 

Dans le Yeun Ellez      (Suite)  17 02 2009       Bran du

 



 

Sur la terre d’obsidienne

 

Un rai de soleil

 

Se moule à l’empreinte d’un sanglier…

 



 Peu d’écume

 

Mais une lisière de plumes blanches

 

Ourle la rive charbonnière…

 



Il faut avoir essayer de tracer un hypothétique chemin à travers la tourbe couverte d’une chevelure végétale plus ou moins hirsute et se faire happer jusqu’à mi-cuise, pour comprendre que l’enfer

 

(cet autre nom de la peur) est bien là sous les pas hasardeux qui se dérobent puis s’enfoncent dans «le monde d’en bas»…

 


Le souffle vous manque, la sueur dévale les reins, la chute est perpétuelle…

 

C’est un labyrinthe véritablement infernal fait de traîtrises et de dérobades…

 

Se frayer passage nécessite des efforts surhumains

 

(Progresser ici de quelques centaines de mètres correspond à gravir au moins quinze kilomètres de côte !)…

 

L’épuisement vient rapidement…

 

Le vide est là sous les bruyères, sous le déploiement des touffes d'herbes…

 

La ronce vous griffe au passage, vous retient en ses rets, vous fait trébucher…

 

Le trou sournois est parfois si profond qu’il faut empoigner les herbes, s’agripper aux touffes, pour se hisser hors de cette béance glauque et remonter en surface…

 


Il faut savoir devant de tels obstacles, devant tant d’adversité, faire demi-tour sinon l’audace pourrait bien ressembler à un billet sans retour !…

 


Sur la rive Nord, des arbres entiers blanchissent au soleil…

 

C’est le sanctuaire des aulnes ; un grand ossuaire de branches entrelacées dans la mort…

 

Etranges poissons évidés jusqu’à l’os dont les arrêtes servent de perchoir aux hérons…

 

A l’une des extrémités du lac, un chêne se tient encore debout alors que toutes ses racines, entièrement visibles, s’étalent tout autour de son tronc sur une tourbe cuite par les vents et le four solaire…

 


C’est ici le domaine d’Anna, des chiens aux oreilles rouges et à l’haleine de feu…

 

C’est le royaume gallois d’Annouin, celui qui résonne en affinité avec les marais de Glastonbury si chers à John Copper Powys…

 


Il est des seuils que l’humain ne saurait franchir dans son enveloppe de sang et de chair…

 

C’est un monde que seule la lumière s’autorise à pénétrer.

 

Elle seule sait retrouver, nue de corps et de pensée, le cœur profond et abyssal de la Mère…

 


Les Celtes offraient aux divinités des marais les plus somptueux trésors amassés lors de leurs conquêtes.

 

Rien n’était assez beau pour satisfaire les entités souterraines ; maîtresses absolues des lieux…

 

Cette richesse, cet or, se devaient d’être offerts à l’empire des profondeurs, de retourner dans les entrailles d’où ils avaient été extraits puis façonnés par le génie des artisans et des artistes…

 

Il s’agissait de rendre, de restituer à son origine, la matière par l’esprit…

 

Il en était de cette matière «embellie», transformée, spiritualisée, consacrée, comme de l’homme lui-même afin que tout retrouve sa juste place dans la ronde des cycles et des rythmes et que se perpétuent les danses infinies de la vie…

 

Des nuées d’étourneaux survolent les landes de Locarn…

 

Ils sont si nombreux que, lorsqu’ils se posent au sommet des arbres,

 

Ceux-ci semblent avoir retrouvé leurs feuilles…

 

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Entre les Gorges du Corong et les landes de Locarn…



Nous longeons les ruchers endormis…

Nous cheminons dans l’ombre dense des sapinières…

La lande nous entoure de ses ajoncs et de ses genêts plus hauts qu’un homme…

Des geais apeurés et surpris s’enfuient…

Le soleil se donne des airs de juillet…

 

Dans une courbe du chemin, un menhir, posé là, dans un temps où les mots sommeillaient encore dans leur berceau d’étoiles…

Nous faisons du paysage notre miel, un miel de bruyère

(Le songe en est la fleur et nos pensées la senteur.)…



C’est un hêtre entièrement recouvert de mousse…

L’humidité des lieux donne à celle-ci une vigueur et un éclat exceptionnels…

L’absence de feuilles le rend absolument visible…

C’est sur cette trame que se tissent les saisons…

Sa nudité est signe de force, de majesté et de grandeur…

Par lui, la pensée retrouve sa vêture…

Par lui, le monde recommence…

Par lui, se déploie le bourgeon du silence…

Il est l’annonciateur des chants qui sommeillent dans cette gorge où le chaos est roi et la beauté souveraine…

Il est arbre de vie. Sur lui la mort hivernale n’a pas d’emprise…

Cette verdure intense, éclatante, irradie par toutes les branches qui affouillent l’espace…

Il est à lui seul, une enluminure, une débauche d'armoiries…

Les conteurs s’installent à ses pieds…

Il est leur racine, il est leur mémoire…



L’un deux m’a raconté

Qu’ils avaient vu en ce lieu

Eve et Adam s’embrasser!…



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Monts d'Arrée  suite Sous le baudrier d'Orion...   Bran du

14 02 2009

 



 

Terre armoriée de gueules

 

Au blason du couchant…

 

C’est de toi qu’il s’agit…

 



 

Extraire de ce lieu la tourbe de mémoire ;

 

Celle qui lentement se consume

 

Donnant à lire, en sa fumée, cet au-delà des brumes

 

Qui submerge le cœur…

 



 

Le marais est un seuil,

 

La tourbe une lisière,

 

Au-delà des yeux s’enfonce la pensée et affouillent les sens…

 



 

Ce territoire n’est pas nôtre où la pierre souveraine

 

Gouverne, de son Verbe, le phrasé du jour et de la nuit…

 



 

Gravir le sommet c’est perdre pied

 

Sur les marches de l’âme…

 



 

Ce sont là espaces premiers et contrées légendaires…
Les gestes élémentaires - ceux procédant de l’eau, de l’air et du feu –

 

Retrouvent en ces lieux, leurs danses hauturières…

 



 

L’idée ici me vient de prendre le soleil dans la coupe de mes mains,

 

D’élever celles-ci vers l’astre azuréen

 

Comme une hostie lunaire consacrée par l’humain…

 



 

Dieu ici cherche refuge comme lézard dans la pierre…

 



 

Céans, dressé sur l’aire, orant, je suis,

 

Comme dans les temps anciens où les paumes s’écartaient

 

Vers le brassage du ciel, dans le barattage des vents…

 

Ceci alors que le soleil fondait comme une motte de beurre…

 



 

La pensée roule dans le calcaire du chemin,

 

Se prend au piège des lacis qui s’enroulent à ses pieds,

 

Serpente parmi les bruyères endeuillées

 

Et les fougères ployées sous l’hiver…

 



 

Ce sentier est si ancien

 

Que l’on ne sait la source qui en traça la course…

 

La lande - fidèle riveraine – pourrait nous en conter davantage

 

En quelques anfractuosités où se plaisent les herbes d’or…

 



 

Dans ce creuset alchimique, en ce nid aquatique,

 

Un dragon jadis aiguisa ses flammes et tisonna son souffle…

 

C’est sur l’enclume immense de la terre

 

Qu’il forgeât l’épée dont se pare la lumière…
C’est cette épée qui, aujourd’hui encore,

 

Perce les armures des amants infidèles, des "oublieux" d’amour…

 



 

Chaque herbe, chaque parmélie, chaque lichen,

 

Chaque racine de bruyère en sait, sur cela, bien plus que je ne saurais vous en dire,

 

Mais autant que pourrait vous en conter l’ardoise bleue sur le pentu des monts…

 



 

Dernières îles cernées de terres pauvres,

 

Mais riches, ô combien, des marées du jour et de la nuit…

 



 

Je m’enfonce dans l’amas végétal…
J’avance péniblement sentant confusément que mes pas redeviennent racines…

 



 

Jamais hostie solaire

 

Ne saurait excommunier

 

Les rires de la noce…

 



 

Vasques qui retiennent les pluies

 

- Tout un règne vient y boire -

 

- Les joncs en gardent la margelle -…

 



 

Parchemin de pierre où le soleil régnant appose son sceau…

 

A l’homme, à la femme, d’offrir, plus que la fleur, le miel de leurs abeilles…

 



 

Non, ce n’est pas l’enfer

 

Non, ce n’est pas le paradis - pas plus d’ailleurs qu’un purgatoire -…

 

C’est la terre sous le ciel,

 

C’est le ciel couvrant la terre,

 

C’est l’homme qui cherche sa place…

 

Ici, plus qu’ailleurs, il la saurait trouver, si,

 

Mêlant ses os à la pierre,

 

Ses muscles aux racines,

 

Sa pensée aux nuages,

 

Ses songes à la tourbe,

 

Son chant au silence,

 

Lui vint soudain l’idée de se créer lui-même,

 

A l’image de lui-même,

 

Sans autres desseins

 

Que d’être simplement humain,

 

Ni plus ni moins dimensionné

 

En son humble humanité…

 



 

Que viennent l’ombre et les prémices de l’obscurité,

 

Alors jailliront de leurs tombes

 

Les preux chevaliers, les preux pétrifiés…

 

Quand l’astre s’en vient à sombrer, se lève parmi les roches, une armée

 

Dont une main, gantée d’acier et de cuivre, relève le heaume…

 



 

Le siège et sur les hauteurs dans le schiste par les ans taillés…

 

On ne saurait la nuit se fier à sa noirceur…

 

Que l’aube l’effleure et que midi y prenne son assise

 

Craque, lors, le vernis d’obsidienne,

 

S’estompent les prunelliers, se diluent les lichens…

 

Tout l’or apparaît d’un pur soleil arborant son diadème…

 



 

Le vent colporte à entendre

 

Que, si cela ne dépendait que de lui,

 

Il nous vendrait la peau des nuages…

 



 

Il n’est pas ici de roi des aulnes,

 

Mais l’aulne est bien roi, veuf d’une reine que seuls couronnent

 

Les mythes et les légendes…

 



 

Qui se douterait que les sentiers de l’Arrée se perdent dans le ciel

 

Si le ciel lui-même n’y perdait pas ses oiseaux ?…

 



 

J’ai rendez-vous depuis si longtemps,

 

Que mon sang a oublié ce qu’est un sacrifice…
Quand, à l’épine, je me suis piqué,

 

Du sang de ma main a perlé,

 

M’offrant en un éclair,

 

La neuve recouvrance d’un serment oublié…

 



 

D’herbes est le nid

 

De brins enchevêtrés…

 

Ici, dès demain, s’en viendra à éclore l’œuf de l’aurore…

 



 

Certes, c’est l’hiver,

 

Mais est-ce bien la raison pour laquelle

 

Les arbres arborent leurs manchons de mousse ?…

 



 

Pourquoi ce bonheur, cette joie première, ce bien être enveloppant,

 

Cette pureté d’un temps sans question où seule se formule et se vit la

réponse ?…

 



 

Parce que, me semble-t-il, j’habite «ici et maintenant» ma conscience et ma conscience est cela qui s’écoule en moi, qui se ploie sous le vent, qui croît vers l’azur, qui s’enroule autour de mes racines, qui rebondit dans les airs, qui ne craint pas le givre ni la glace, qui résiste aux tempêtes, qui s’éveille en l’aurore, qui s’ébat dans les nuées, qui loue la rosée, qui s’offre au soleil et se baigne dans la lumière…

 



 

Quelle partie de moi-même ressent ces affinités électives, ces résonances vibratoires, ces correspondances qui font que je suis ce que je vois, ce que je sens, ce que j’entends, ce que je hume et ce que je touche ?…

 



 

Je sais en mon être ce qui est semblable, ce qui est différent…

 

Le différent m’est proche car il se fait convergent, proche car non distant, non distant car accepté, accueillit dans l’ambassade naturelle, corporelle, gestuelle de mes vives et enjouées sympathies…

 



 

Je ne peux ni ne veux définir ces états de l’être. Je les laisse se mouvoir et m’émouvoir au sein des perceptions, des ressentis, qui font qu’ils se moulent, qu’ils épousent plus que le corps ne saurait le faire charnellement…

 

 

Je ne suis pas étranger à cela, car cela a en moi des échos, des reflets, qui sont de l’ordre d’une double reconnaissance, à la fois du territoire de l’être dans lequel cela pénètre et de l’accueil spontané et avivé que cela y reçoit…

 

 

L’inconnu se trouve reconnu sans que le mental ne soit tenu de procéder à une quelconque identification…

 

 

Point n’est besoin de nommer cela qui me visite, cela qui m’invite à de profondes reconnexions…

 

Cela pourrait être quelque chose d’avant le langage, quand il n’était pas encore de mots pour signifier le sens, la forme et l’image…

Quelque chose qui ne relèverait pas d’une formulation, d’une représentation, quelque chose qui s’apparenterait aux flux et aux ondes, aux souffles et aux pures vibrations…

Captant cela, captant l’émission, seule importe la qualité de cette réception et son parcours dans mon corps irrigué, sa circulation doublant celle de mon sang, alimentant les zones les plus secrètes de mon cerveau…

 

 

Je sais, ici, les limites quasi infranchissables qui font que je ne peux exprimer l’inexprimable…

Je ne peux qu’évoquer, qu’effleurer, qu’approcher des sensations, qu’ébaucher de vagues conceptions, de pâles représentations car ce sont là des entendements, des compréhensions qui se vivent plus qu’ils ne se pensent !…

 



 

La vie, c’est, ici et maintenant, dans un temps qui échappe aux conventions, ce qui ne demande aucune explication, ce qui se suffit dans toutes ses expressions, ce qui m’associe dans ses ondes et leurs fréquences parce que je ne suis plus, en ces instants précis, que de la vie en mouvement, que de la vie en gestation, vivant à l’unisson dans son écrin de souffle et de lumière…

 

 

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15/07/2015
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