Les dits du corbeau noir

CAP AU NORD (6) TEXTES INSPIRES DES OEUVRES DE DANIELLE LANDRY-JAIS 2018 BRAN DU 04 05 MAI

mai 2018 AEN 054pm.jpg
Silex des grèves du Danemark / photo Bran du

ESTRAN

En noir, en gris, en blanc, en bleu avec un peu d'ocre parfois...

Bran du 01 04 2018

(Impressions à partir des dessins de Danielle Landry-Jais)

                                                                                              A Danielle et Jean Claude...



L'ESTRAN DU NORD DU MONDE....



...........

Art ETre Nature 2018 037pm.jpg
Dessin de Danielle Landry-Jais



Ici

Tout à découvert

comme en l'offertoire d'Amour...



......



Chaque jour, chaque nuit

le ciel et la terre scellent un nouveau pacte

d'ombres et de lumières...



......



Au baissant

L'estran resplendit

comme le corps d'une femme...



.....



Cela qui affleure des sables

couvert du haillon des algues

à poitrine de roches lisses...



............



 

Art ETre Nature 2018 038pm.jpg

 

 

Chaque relief minéral

qui émerge du sol encore humide

est à lui seul une montagne, toute proportion gardée...

En ce paysage fait de mouvances alternées

Tout, absolument tout, sera recouvert, sera absorbé par l'océan, dilué par la marée...

Il en sera de même pour nous, si nous aussi faisons recouvrance

d'essentialité !... Il ne s'agit que d'accepter la submersion !...

..................



L'océan est une immense baleine verte et bleue

qui recrache aux rivages

le trop plein de son estomac...

Ainsi du varech, des coquillages,

des bois flottés, des os de seiche ou de raie,

des restes de crabes et des plumes :

des hommes parfois !...



.................



Jour de grèves

Le vent seul à courir les dunes, à brasser les oyats, à chahuter les liserons de mer...

Le vent seul avec son sac à poèmes et sa besace de rimes...



..................

Ces lieux d'ensauvagement (qui nous sont autant sources, souches et racines), ne sont pas inhospitaliers...

La preuve : ils accueillent le silence avec solennité !...

.............



Sur la marne lisse

on peut suivre parfaitement

les empreintes des vies passagères...



..................



A nous de faire, de quelques traits, de quelques mots, de quelques traces d'encre, de quelques vibrations légèrement colorées, cette ceinture de galets qui enserre les îles dans un corset de splendeur et de mémoire...



................



Qu'est-ce qui est encore capable d'accrocher notre regard cerné de banalité et d'artifices ?

Un vol d'oies sauvages suffirait...

Une plage du Nord ; une fin d'après-midi de janvier...

Une pomme restée accrochée à la branche de l'hiver...

Le marais qui n'appartient qu'à lui même ; qu'aux brumes qui le visitent ; qu'à cet entrelacs de saules et de mousses : qu'à ces ondes étales qui épongent le changeant du ciel...



L'artiste dessine un porche, une arche, dans l'étendue de l'espace...

Il donne à voir la « porte » que nous ne voyons pas, que nous ne voyons plus et nous en offre la clef...

A nous de l'ouvrir ou non ; à nous de poser ou non les pieds sur le gris luisant de la vase, de modeler des yeux l'argile de l'instant...

A nous de prendre vol, à nous de prendre vague, à nous de prendre vie dans le flux et le reflux, dans l'ample respiration des mondes...

..................



Cela qui submerge se retire l'instant d'après Il en est de même du sentiment amoureux...
Parfois subsiste la nacre rose d'un coquillage !...


…...................

Art ETre Nature 2018 048pm.jpg



Les herbes marines,

adaptées à leur environnement hostile,

savent apprécier le sel de l'existence...



.....................



Une lueur d'incendie

Embrasse une touffe de joncs ;

Le noir lui-même s'enflamme...



.................



Le sable dégorge

la submersion passée...

La vie alors n'est plus que ruissellements...



...............



Passent les nuages ;

Les sables en font lecture

comme d'un poème...

...............



Face au dénudé de l'étendu,

Je me rappelle cet instant

où ta robe chuta à mes pieds...



................



Quelque soit le mouvement de la marée

subsiste toujours un horizon ;

lequel prémédite les futures alliances...



...............



Nous ne ferons que souligner,

incarner parfois une majuscule,

Mais tout est dit par les marées elles-mêmes...



................



L'eau retenue dans les mares, dans le creux des roches,

fait miroir aux humeurs du ciel...

..................



Parmi tant de lassitudes,

Etre là

et respirer l'essentiel du Souffle !...

....................



L'encre sensible, la « matière » grise

l'oeuvre au noir, s'allaitent au blanc-sein !...



...........



C'est une calligraphie particulière

que celle qui restitue un univers

au parchemin du vivre...



..............



Rien ne bouge, tout semble statique

et pourtant il suffit d'un regard

pour que tout se remette à danser  !...


…..........

Art ETre Nature 2018 046pm.jpg



L'ESTRAN DU NORD DU MONDE Suite... Bran du 02 04 2018





Nous ne serons jamais autant à découvert que face à la grève dont les eaux se retirent, jamais aussi vrais et nus (d'esprit et de corps) que l'étendue qui se dévoile alors dans le temps « suspendu »...



...................



L'existence humaine connaît aussi des marées, des mortes eaux et des amplitudes...

Mais ce que le flux des ans apporte le reflux le remporte ne laissant sur la grève du temps que quelques rêves brisés par les vagues....

Parfois un enfant se met à jouer avec un galet de mémoire !...



..................



Ce qui fascine à la vue de ces paysages, quand le cœur y met ses pas et ses songes ; c'est l'extrême économie, le peu d'encombrement, le grand dépouillement qui émane de tels lieux...

Avec, simplement du minéral, un peu de végétaux et le double miroir du ciel et des eaux...

Cela fait un tel contraste avec l'urbain de nos fréquentations, une telle échappée vers l'immense, vers une Essence qui baigne de son aura tout ce qui constitue l'instant en ses passages...

Un poète comme Basho y promènerait ses sandales et son chapeau ;cueillant ici et là quelques mots comme d'autres ramassent des coquillages...



........



L'épure ici gagne en densité, en intensité de présence...

Tout nous parle comme nous parle le silence...

C'est une sensation calme, sereine, légèrement frémissante de « primordialité »...

C'est un berceau aux multiples naissances parrainées par les mouettes et les goélands...

C'est de cela que naissent en nous le poème et le chant !...



.........



Il y a tant d'entendement, de complicité entre les marées et l'estran ; ce sont des amants qui ont quelques millions d'années d'embrassements !...

.......................



Chaque chose ici éparses, disséminées, participe en fait d'une assemblée cohérente faite de subtiles complémentarités... Tout y est à sa juste place et la justesse juxtaposée des répartitions et des singularités donnent, à ce tableau, son unicité....

De là, peut-être, notre sentiment de « communion » !....



..................



Trois, quatre, cinq couleurs, pas plus, pour une quintessence et ses calmes clameurs...

.................



Il y a une réelle écriture des sables ;

ne peuvent la lire, la décrire,

que les poètes, les amants et les marées !...

......................

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Cap au Nord...L'ESTRAN (suite)

Bran du 02/04  MAI 2018

 

 

 

 

Ce ne sont pas des contrées où poser les pieds...

Le cœur lui-même ne peut y demeurer...

Seule, l'âme le visite...

 

 

 

Cela qui se retire comme la sève de l'aubier ;

cela reviendra avec l'éclat neuf, brillant et lisse

de tout ce qui ressort du polissoir des nuits...

 

 

 

La grève transpire à marée basse...
De ses tempes, de son large front, s'écoulent des miroirs de nuages et d'oiseaux...

 

 

 

Cela que les marées déposent sur l'estran humide est offrande de mort pour les jardins de vie....

 

 

 

Le jour tombe à pile quand le crépuscule s'efface !....

 

 

 

Le flux et le reflux ;

voilà ce qui enseigne

une saine respiration...

 

 

 

L'océan est ce refrain dont les marées sont les couplets...

C'est là la musique que compose le silence quand il rêve de voyages...

 

 

Le foyer de la nuit sait qui fomente, au couvert des étoiles, l'étincelle d'azur...

 

 

 

Ici est là, des gerbes de mots, des dansées de sons, des brindilles de vent et des cailloux de silence... tout un poème en gestation...

 

 

Cela qui nous préserve des empreintes humaines s'imprime durablement dans la marne de mémoire...

 

 

 

Cela qui revêt la grève de mille présences indicibles nous remet, salutairement, à nu...

 

 

 

Elle avait écrit à la craie sur le tableau de la nuit :

"La blancheur gagne les noirs piliers du monde"...

(Cité par K White)

 

 

 

Rien qui, ici, ne fasse « référence » mais, tout ce qu'une virginité offre aux défloraisons émouvantes de l'Esprit...

 

 

 

Frontière mouvante et fluctuante...

Au renversé des sables et des algues demeure l'immobile...

 

 

Contempler le flux et le reflux est une autre façon de concevoir la nuit et le jour, le sombre et le clair, la vie et la mort...

 

 

Après le dépouillement

le suffrage va au silence ;

majoritairement...

 

 

Le silence est une respiration dont les sons nous enseignent l'alternance...

 

 

 

Cela que la vague apporte à l'autel du rivage est l'offrande ponctuelle d'une écumante prière...

 

 

 

Toute proportion gardée, la grève a elle aussi ses montagnes et ses collines ; lilliputiennes...

 

 

 

Cela que le poète vient chercher au rivage ; c'est le souffle de l'inspiration , c'est le mot que roule les flots sur les grèves de l'immense...

 

 

 

C'est avoir juste place que de se tenir debout entre la terre et les flots...

 

 

 

Cela qui anime tout cet espace est plus que le mouvement ; c'est la Lumière...

 

 

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Estran 07 05 2018 Bran du (Suite)

 

 

 

 

Cela qui jaillit des entrailles de la terre nous conte l'enfance du monde...

 

 

 

 

 

Une goutte de soleil s'est diluée dans l'encre mouvante de la grève... Lors l'instant se teinte de la couleur de nos songes...

 

 

 

Chaque vague nous rappelle, à la seconde même, que demain sera autre, différent et à nul autre semblable...

 

 

 

 

 

Reposant parmi les cendres expulsées du volcan se tient la lave pure du sang des origines...

 

 

 


Pas plus que la mémoire ; l'amour de cela qui fût, est et sera, ne saurait être pétrifié...

 

 

 

 

 

Ce que le jour apporte à la nuit, la nuit le lui restitue augmentée d'une part de silence...

 

 

 

 

 

Grève luisante et humide ;

 

Le ciel ruisselle à travers elle

 

Lors, marcher dans les nuages !...

 

 

 

 

 

La gamme des gris est médiatrice entre les couleurs du ciel et celles de la terre ; elle souligne les passages entre l'ombre et la lumière.... Elle fait le pont entre ce qui s'ouvre et ce qui se referme... Le gris est la couleur préférée de l'estran...

 

 

 

 

 

L'aube est en nos corps comme nos rêves sont contenus dans l'aurore du possible...

 

 

 

 

 

Nous voyons la coque, la coquille, mais négligeons l'amande qui se tient dans le velours de l'être ; lequel a vocation d'être « semence »......

 

 

 

Art ETre Nature 2018 041pm.jpg

 



07/05/2018
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