Les dits du corbeau noir

Bernard Boisson Passeur d'espérance et Herman Hesse

 

Bernard Boisson : les desseins de l'humanité devant la Nature....

 

De la Mère-Nature, nous sommes issus, déclarent les Anciens.

Probablement, plus jamais notre humanité ne retrouver cette “Mère”.

Sans doute, la communion actuelle avec la Terre appelle à transcender cette ascendance filiale.

 

Notre civilisation s'inscrit dans un cycle avec toute la Nature terrestre. Nous sommes à l'ultime terme de l'émancipation, et au seuil du recentrement. Nous quittons la quête de l'idéal, nous rentrons dans la quête du primordial. Si nous ne rentrons pas d'abord dans le sein du primordial, alors nos ambitions ne feront que caricaturer ce qui est déjà caricaturé. Le progrès actuel est une extrapolation linéaire sans mutation. Ainsi, demeure-t-il en divorce intégral avec l'évolution de tous les règnes.

 

Du primordial à l'idéal, de l'idéal au primordial, l'élan civilisateur est une sève qui va de ses racines à sa ramure, de sa ramure à ses racines. Puissions-nous, nous enraciner dans l'Origine du Monde pour nous enramurer dans un déploiement créateur.

 

Avec la Nature, peut s'épanouir une nouvelle conjugalité silencieuse, source de recentrement incessant pour le génie humain.

 

Dorénavant, conquérir le monde sauvage ne sera point le dominer, et sentir conjointement grandir l'espace de nos sens. Sans la vastitude de cette sensibilité, nul rayonnement civilisateur n'adviendra.

 

Un écosystème est un concert du vivant dans lequel chaque espèce joue sa partition.

A l'homme de percevoir la sienne, pour élever la musique du Monde sans dissonance. Son art de vivre sera bien plus nécessaire que sa technique.

 

Dans les contrées les plus sauvages, le solitaire retrouve sa vie reliée entre l'intime et l'universel. Passe en lui l'essence du Vivant. Passe en lui le sens du Monde. Eclosion plus vaste que toutes nos ambitions temporelles ! Infinitude qui renverse

toutes nos opinions arrêtées.

 

Que ce bonheur ne soit plus en exil dans notre culture, mais qu'au contraire ; celle-ci soit ambassadrice des expériences les plus profondes dans la vie de chacun.

 

En la Nature, le diapason de l'art de vivre en L'Homme. L'harmonie revient dans la société, lorsqu'il synchronise sa vibration.

 

Dans la torpeur humaine, s'accroît la vulnérabilité du Vivant. Se libère l'Amour dès lors que nous offrons notre gratitude à cette vulnérabilité ! Là, s'ouvre pour l'humanité, la renaissance sensible.

 

Sauvegarder ou restituer la Nature sauvage dans nos contrées, n'est pas seulement préserver les espèces rares, la biodiversité, les cycles ou les écosystèmes. C'est aussi développer la richesse du vocabulaire sensoriel dans chaque langue et entretenir sa respiration poétique. C'est permettre des compositions musicales en résonance avec le monde du Vivant. C'est favoriser des sculptures animées par les forces de la Nature. C'est induire des peintures habitées par l'âme des lieux...

 

Ainsi l'art peut témoigner de l'homme relié et libérer nos sociétés de la désensorialisation par l'artificiel ; de la désincarnation par le virtuel, ou du déracinement psychologique. C'est de l'équilibre mental des peuples qu'il est question !

 

La dégradation de la Nature correspond au bonheur que les êtres humains oublient en eux-mêmes. Plus l'humanité se recentrera dans la quête consensuelle d'un bonheur en définissant de nouveaux fondements civilisateurs appropriés, plus la Nature sera aimée au-delà du respect. Sachons nous hâter dans cette ouverture, pour donner une véritable inspiration à nos transformations.”

 

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L'Appel de la Terre Bernard BOISSON

 

S'annonce un temps,

où se discute la mesure

entre le monde sauvage et sa dénaturation.

 

Et le poète en chacun

demande que cette mesure

ne s'enferme pas dans le froid calcul

entre l'économie et l'écologie.

 

Où réside en l'Homme

le souffle né de l'Originel ?

La culture urbaine n'est-elle pas devenue

le liber évidé de cette Sève Primordiale ?

Nos esprits n'ont-ils point estimé

de quels éveils sommes-nous orphelins ?

 

Puisse l'enracinement

nous incliner vers le bonheur,

et ranimer notre profondeur

au Monde Terrestre.

***

Autant s'ouvrira à la Nature

l'espace intime de nos sensibilités,

autant d'espaces cédés

au Minéral, au Végétal, à l'Animal...

 

L'humanité

ne peut évoluer

dans la totalité de sa conscience

sans restituer des landes gratuites

à tous les règnes.

 

Que la senteur des fougères nous enivre

dans le mystère immuable des sylves inviolées.

Que l'humus profond nous pénètre

comme la mémoire sauvage

d'où s'érigent nos puissances juvéniles,

celles sans pouvoir, sans avoir,

de nos souffles reliés.

 

Là, où nous demeurons déshérités dans la maturité humaine,

la Nature s'offre à nous,

comme l'océan organique et minéral des multiples confidences.

***

Qu'une puissance inspiratrice

advienne en l'Homme

pour donner l'espace nécessaire

à son enracinement

dans le miracle terrien.

 

Plus grand sera l'Espace,

plus grand sera l'Humain !

 

Bernard Boisson

 

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Les forêts sauvages d'Europe” extrait Bernard Boisson

 

Les forêts naturelles, il en subsiste très peu sur notre continent, et la plupart d'entre nous les ignore. Pourtant, les explorer au hasard, hors du chemin, revient à visiter la nature, comme si nous la découvrions pour la première fois.

 

Nos sens se réveillent à un état du Vivant que nous avions oublié depuis des siècles. L'imaginaire contemporain n'en porte plus la trace, comme nos anciennes légendes.

De même, les naturalistes, écologistes et forestiers n'abordent guère le monde végétal sous l'aspect sensitif.

Cependant des recherches artistiques encore mal connues, étudient finement l'éveil sensoriel que l'homme revit dans les bois sauvages.

Ce ressourcement entrevu permet de mesurer l'ampleur initiale de notre déracinement et d'apprécier tout l'élan vital retrouvé dans le paysage organique.”

 

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Fonder une “écologie artistique” est-ce judicieux ? Par Bernard Boisson

 

“La dégradation écologique ne se conjugue-t-elle pas avec une gigantesque crise de perceptions au sein de la mondialisation ?

Tant que l'on n'aborde pas ce point, on ne remonte pas à la source. Les avertissements des scientifiques naturalistes ne débouchent que sur des actions palliatives autant que leur champ d'investigations demeure dans l'observation intellectuelle et n'intègre pas le développement de la sensibilité humaine. Il semble que la réhabilitation des perceptions sensibles du Vivant appartiennent en partie à l'art, mais que peuvent être ses apports pour permettre un recentrage des actions humaines dans des équilibres planétaires à tenir ?

 

Il y a une dérision de l'art devant l'appel à la responsabilisation concernant les réalités écologiques de la Terre. Il y a en France une lourde inculture dès lors que l'on souhaite aborder l'éveil en regard des milieux naturels...

 

Point de malaise pour l'artiste, s'il croit qu'il demeure seulement un gentil divertisseur en quête de revenus intermittents. Mais si la torpeur des masses l'endolorit autant qu'une contemplation de la nature active sa maturation sensible, alors il supporte difficilement d'être relégué à un rôle de divertissement évasif, lorsqu'il mesure l'urgence de l'éveil sensitif...

 

Il est très difficile de trouver en France des musiciens qui ont réellement médité l'âme des lieux sur le terrain de sorte que l'on reconnaissent ceux-ci sans équivoques.

 

A l'époque où s'activent une dégradation planétaire croissante, et la montée des discours écologistes, différents représentants culturels n'ont pas voulu demeurer de reste. Ainsi interviennent les arts contemporains (avec en particulier le LandArt), et les arts naturalistes. ../... Cependant, l'art contemporain demeure l'enfant ultime de la culture urbanisante de l'artificialité... Coupé depuis longtemps de la nature, il a tout autant rompu avec le développement des facultés perceptuelles... Son esprit est souvent qualifié de “conceptuel” ou “d'hyper-mental”... De la sorte on se demande ce qu'il peut apporter, lorsqu'il entreprend un retour à la nature ?

L'art contemporain semble avoir voulu consommer tous les possibles dans la créativité des écritures plastiques, graphiques, sonores... mais lui manque cette “créativité de la lecture” (la maturation sensorielle à travers la vue, l'ouïe, l'odorat, le goût, le toucher...)

 

Se pose la question de l'utilité réelle de l'artiste devant la sauvegarde d'une nature en relation avec le développement de la sensibilité humaine. Tout est à réapprendre, et on peut douter que les apports de l'art contemporain aient trouvé aujourd'hui quelques consistances.

 

D'autres pistes pour l'art :

 

Ne plus réduire les arts naturalistes à la seule étude anatomique des espèces, au seul portrait animalier dans le paysage...

 

Faire sentir le paysage en tant qu'écosystème, et mettre en évidence que là où demeure un écosystème riche, règne “une âme du lieu” proportionnellement forte.

Ne serait-il pas important de faire sentir que là où réside une “biodiversité” subsiste

une symphonie plurisensorielle que l'art peut évoquer en peinture, en musique, en audiovisuel ?

Comment peut-on supporter dans notre culture que l'éveil sensible ne soit jamais à la hauteur de l'étude intellectuelle ? Où sont les artistes pour répondre à cela ? Les a-t-on censuré, ou bien n'existent-ils pas encore ?

 

Outre que l'on puisse pressentir le niveau artistique qui manque en regard du niveau des sciences naturelles, on pourrait tout autant estimer celui qui manque en regard des sciences humaines, des philosophies, et de toutes études du rapport de l'homme avec la nature. En France nous demeurons totalement ignorants sur le brassage d'idées, la multiplicité des courants de pensées qui se sont développés outreAtlantique comme la “Deep écology”, l'Ecopsychologie, toute la culture de la Wilderness, la réassimilation du chamanisme... Exception à tout cela la géopoétique de Kenneth White trop isolée dans ce contexte...

 

Dans cette effervescence, la pensée détient une chance pour sortir du mode “intellectuel”pour commencer enfin à toucher le terrain “perceptuel”. Or plus on aborde ce nouveau registre, plus on s'aperçoit à quel point il est majeur pour rétablir l'art de vivre des êtres humains au contact de la nature, et améliorer l'état de la planète...

 

Plusieurs intellectuels ont dénoncé la notion “d'environnement” comme étant “anthropocentrique”. De même on remarque dans l'art, que là où l'humain apparaît, la nature passe au second plan...

 

Les artistes peuvent rapidement comprendre les manques qu'ils sont appelés à combler... Il me paraît très important qu'ils sortent de leur individualité marginale pour développer en synergie la maturation de leurs sensibilités, et de la sorte développer un vague de créativité vivante qui trancherait fort avec le somnanbulisme de la production culturelle actuelle.

 

Il demeure capital qu'ils méditent ensemble de la responsabilité de leurs arts, de sorte de ne pas seulement placer un besoin de s'exprimer pour se faire valoir en toutes opportunités, mais d'intervenir que si réellement ils répondent chacun au déséquilibres générés par la modernité.

 

On ne peut se permettre devant les problèmes planétaires, de pomper vainement l'attention du public, de fatiguer ou d'anesthésier sa maturation. (Pourquoi ne pas envisager un congrès d'artistes où cette responsabilité serait publiquement posée ? Des questions seraient débattues comme : l'art est-il utile ou inutile au développement de la conscience écologique ?

Sur quelles bases pourrait-on créer une écologie artistique ? Ce que l'art peut dire d'essentiel, le public peut-il l'entendre ? La tiersmondisation des arts par rapport aux technosciences n'entraîne-t-elle pas un sous-développement des perceptions par rapport à une rationalité désincarnée, dangereuse pour tout le vivant de la terre ?

 

Il manque un réseau d'échanges entre des artistes inconnus qui pourraient créer de nouveaux courants d'expressions en ce sens...

 

Ne pas oublier en tout cela que les dons à venir de l'art demeurent des germes dormants dans ses infirmités actuelles...

 

Une des missions premières d'un véritable retour artistique à la nature serait de renouveler l'éveil sensible, par delà le conditionnement mental. Sans cela rien de fondateur pour les civilisations.

Il semble que l'assise matérielle concernant l'épanouissement des arts exige beaucoup de maturité...

Une des responsabilités les plus aiguës de l'art vis-à-vis de la nature, serait de réellement éveiller le public aux perceptions de la nature. Probablement, nos traditions, notre modernité occidentale, se sont coupés de la Terre, le jour où leurs perceptions n'étaient plus vivantes. Lorsqu'une perception n'anime plus la sensibilité, alors toute sagesse vis-à-vis de la nature devient habitude, coutume, académisme...

 

L'art devrait être le “gardien du feu”...

 

Eveiller mais ne pas conditionner à un éveil...

 

Rénover notre contemplation pour renaturer nos lieux de vie...

 

Développer une intelligence perceptuelle et assurer une pleine croissance à celle-ci

susceptible de livrer pas moins d'enseignement que le progrès des sciences. Elle aurait pour contribution majeure de recentrer l'humain dans le Vivant terrestre par l'art de vivre qu'elle inspire, et de réaxer le développement civilisateur de ces derniers siècles en regard d'une évolution de la vie étendue sur plusieurs centaines de millions d'années.

 

Pourquoi l'innovation technologique devrait à l'aveuglette conditionner le destin de l'humanité sans que jamais un art de vivre ne vienne corriger une telle hégémonie ?

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Les arts de la nature face à nos visons erronées... Bernard Boisson

 

 

 

Déphantasmer les peurs assourdies du “sacré” identifiées au monde sauvage pour restituer un vrai sentiment de la nature, source des motivations les plus mûres quant à la préservation de la naturalité...

 

 

 

Il semble que les limites d'acceptations écologistes de la politique française soient rabotées par une laïcité qui refuse le sacré dans le monde sauvage.

 

Le fait d'intégrer le sacré dans les disciplines comme la psychologie et les arts, peut avoir un effet fantastique sur la conscience de l'humanité et sur la préservation de la vie sur terre.” Georgianne Cowan

 

 

 

Mais d'où vient le sens du sacré, si ce n'est d'un moment vécu où l'intime en soi s'est mis en résonance avec l'universel autour de soi... Cela devrait être intégré comme “boire, manger, dormir...”

 

Tout poète libre le sait. Il sait également que notre civilisation aura réellement réhabilité la nature sauvage que par la reconnaissance de ce sentiment majeur comme conscience intégratrice du Vivant...

 

Lorsque la sensibilité est ranimée, elle nous ouvre à des expériences transrationnelles qui nous relient au Monde là où la seule raison demeure infirme pour y prétendre...

 

Les perceptions sensibles peuvent très bien “traverser” les humains mais la résonance en eux ne déclenche aucun processus de maturation, aucun art de vivre qui répondent aux milieux. Ne cristallisant rien, ils sont semblables à des infirmes mentaux.

 

Idéalement, les artistes conscients souhaiteraient discourir le moins possible, laissant leur art dire beaucoup plus directement, ce que l'on entend dans le silence de l'esprit. Malheureusement, ils s'aperçoivent de la lésion chez nombre de leurs concitoyens entre sensibilité et mental...

 

 

 

L'écologie artistique est à la recherche d'un autre paradigme pour l'Occident...

 

 

 

Il importe aux arts de l'Occident de suggérer un nouvel art de vivre de l”homme avec la nature qui dissout dans une nouvelle lucidité la dualité humain/nature qui ne peut pas être juste. …/... Nous avons à retrouver certaines équivalences dans une autre conscience embrassante des réalités du monde avec le schéma de vie des lointains ancêtres ou de ceux qui pourraient éventuellement leur ressembler dans d'autres ethnies actuelles...

 

La “nature primordiale” et “l'homme primordial” ont toujours des noces à vivre

 

sur tous les degrés possibles de la maturité, à travers toutes les races.

 

 

 

Puisse l'art du XXIè siècle éveiller en l'homme son sentiment profond d'intégration à la biosphère, au même titre que chaque cellule unit sa résonance avec l'organisme dans lequel elle s'inclut.

 

 

 

Importe la maturation poétique dans son intime authenticité.

 

 

 

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Herman Hesse Siddharta * (extraits) * l'homme qui tente de se réaliser lui-même...

 

...Il regarda autour de lui, comme s'il voyait le monde pour la première fois. Il était beau ce monde ! Il était varié, étrange, énigmatique... des nuages glissaient dans le ciel, et le fleuve sur la terre, la forêt se hérissait et les montagnes...

 

Tout était beau, tout était plein de mystères et d'enchantements, et au milieu de tout cela, lui, Siddharta, réveillé, en route vers lui-même...

 

le sens de l'être n'étaient point quelque part derrière les choses, mais en elles, en tout. Qu'il était beau ce monde pour qui le contemplait ainsi, naïvement, simplement, sans autre pensée que d'en jouir ! Que la lune et le firmament étaient beaux, qu'ils étaient beaux aussi les ruisseaux et leurs bords ! Et la forêt, et les chèvres et les scrabées d'or, et les fleurs et les papillons !

 

Comme il faisait bon de marcher ainsi, libre, dispos, sans souci, l'âme confiante et ouverte à toutes les impressions. Le soleil qui lui brûlait la tête était tout autre, tout autre aussi la fraîcheur de l'ombre des sous-bois.

 

Rien de tout cela n'était nouveau ; mais il ne l'avait jamais vu ; sa pensée l'en avait toujours éloigné. Maintenant il était auprès des choses, il en faisait partie. La lumière et les ombres avaient trouvé le chemin de ses yeux, la lune et les étoiles celui de son âme...”

Herman Hesse

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02/12/2013
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