Les dits du corbeau noir

SOLITUDE ET SENSATION DE "VIDE" REFLEXION BRAN DU 08 12 DECEMBRE 08 12 DECEMBRE

Solitude et sensation du « vide »

Réflexion Bran du Décembre 2018

 

 

Cette « sensation » est d'autant plus étrange lorsque plein d'objets vous entourent (en étant, pour la grande majorité de ceux-ci, dotés d'une très grande inertie et d'un fort mutisme !)...

 

 

Le vide en effet s'entend comme un espace qui ne contient rien de perceptible, aucun liquide, aucun solide...

C'est un lieu dépourvu de matière, de contenu, sans occupant, où il n'y a pas d'objets sensibles (choses ou personnes).

 

Des termes comme désert, vacant, inoccupé... sont associés à la notion de « vide » et plus fortement celui de « Néant »...

 

Ce n'est pas de ce vide là dont je veux m'entretenir en partageant mes réflexions...

Passons aux autres aspects que l'on peut attribuer à ce mot...

 

 

Est vide également ce qui manque de réalité, d'intérêt...

Ce qui est ressenti comme un manque...

Ah ! Voilà qui me convient davantage...

 

Mais avant que d'explorer plus en profondeur ce qu'évoque pour moi ce « vide », je vais aller voir du côté du mot solitude ce que l'on en dit :

 

Qui vit dans la solitude, qui est « esseulé » ou confronté à une ou plusieurs formes d'isolement... Cela qui se fait ou se passe de façon momentanée ou durable dans la solitude laquelle exprime un lieu désert, déserté...

 

Sensation de Vide et solitude ont donc des points qui peuvent être communs ou très complémentaires...

 

On peut donc faire le plein dans le vide tout comme on peut se sentir totalement vide au cœur du plein !....

Il y aurait aussi (philosophiquement ou métaphysiquement) une « plénitude du vide » ! ….

 

Fort de cela, je peux poursuivre l'exploration commencée ci-dessus...

 

 

Des murs, tout d'abord, des murs qui vous isolent de l'extérieur et qui constituent une architecture matérielle réalisée avec divers matériaux assez solides pour assurer une qualité durable d'habitat...
Cet espace séparé par cette construction est dit « intérieur » ; c'est dans cet intérieur là que vous « vivez » le plus souvent et que défilent, en votre compagnie, le quotidien, plus ou moins lent ou empressé, des jours et des nuits...

 

C'est un « contenant » (presque un container parfois) et en son dedans il y a tout de même assez souvent du « vivant » ; au moins un spécimen doté d'un corps, de pensées, de chair...

C'est : l'occupant...

 

On note généralement en ce contenant du mobilier divers et varié, des ustensiles, des outils, des décorations, des bibelots, des appareils fonctionnels spécialisés, des souvenirs sous diverses formes, un ordinateur et beaucoup de câbles, des livres, des D.V.D, des C.D, des lampes, des rideaux, beaucoup de bric et de broc, et des rangements et des tiroirs où enfouir une mémoire qui n'a plus d'utilité ou encore des espoirs et désirs avortés...

 

 

J'allais oublier des fenêtres pour voir le temps qu'il fait dehors qu'en dedans les brumes et les brouillards se sont durablement installés...

 

Non, pas de raton laveur dans cet inventaire non exhaustif d'ailleurs !...

 

Cet appartement que vous occupez s'appelle aussi un « meublé » doté d'électricité et d'eau pour bien des commodités...

 

Il comporte habituellement un certain nombre de pièces répondant à des usages spécifiés...

 

Voilà pour se faire une idée plus précise de l'enveloppe dans laquelle vous vous agitez ; le poisson, lui, à son bocal et vous un local. (Toute assimilation ou parenté est à méditer.)...

 

C'est maintenant que la question du « Vide » va vraiment se présenter...

 

 

Comment et pourquoi occuper un espace confiné dont vous êtes, par exemple, locataire ?

 

Tout d'abord, il y a une nécessité biologique assez incontournable qui veut que, dans vos besoins dits « primaires », il y ait celui de se vêtir, de se nourrir, de boire et de bénéficier d'un abri vous protégeant du monde du dehors pas nécessairement pacifique et amicale donc...

 

Certes, de temps à autre, ils nous arrivent de recevoir quelques représentants de ce monde dit extérieur, de leur ouvrir notre porte, de les accueillir, de leur offrir, en plus de notre sens de la convivialité, et, au besoin, l'hospitalité...
Cela implique la plupart du temps une connaissance certaine ou une certaine connaissance des dits invités et concerne donc les parents, la famille, les ami(e)s, les collègues et quelques fréquentations plus particulières ou spécifiques plus ou moins intime ou amicale...

 

 

Nous naissons intrinsèquement seul et nous quitterons ce monde de même, mais, pour donner au temps qui nous sépare d'un point à un autre un peu plus de consistance et de pigment, la vie nous a gratifié de la « rencontre » et de divers degrés de densité et d'intensité dans le vécu limité ou prolongé de celle-ci...

 

C'est là sans aucun doute un cadeau voir une grâce qui est de nature à satisfaire l'animal relationnel, affectif et langagier que nous sommes, mais, ceci, bien entendu dans une certaine mesure laquelle est directement fonction de la nature et de la qualité des mises en présence...

 

Il peut être tout à fait bon, heureux, sympathique, délicieux, merveilleux de ne plus être seul à respirer l'air confiné qui est celui de notre quotidien et de la solitude qui nous sert le plus souvent et à défaut de compagne...

 

La solitude ; un autre petit nom du « vide » qui lui aussi vous emplit les poumons autant que la pensée...

 

 

On ne sait rien, on ne saurait rien dire de la dite solitude si on ne l'a pas expérimentée soi-même, si elle ne nous a pas longuement « éprouvé», si on ne lui a pas offert, comme séjour ou demeure, cette corporéité qui est la nôtre lors plus désertée de présence humaine que les quais, la nuit, là-bas au tréfonds du port...

 

 

Si l'on ne sait pas ce que c'est de n'avoir au quotidien que soi-même pour table de partage, d'échange, d'écoute et d'attention, de dons et d'offrandes ; si on n'a pas connu ces heures, ces minutes, ces secondes qui n'ont que leur silence à écouler comme sable au sablier dans votre réceptacle de chair, de songe et de sang, on ne peut comprendre les souffrances induites par l'état de désertification aimante et affective qui submerge et balaye toute attente et toute espérance... On ne le peut !...

 

C'est bien de ce vide, en vous et tout autour de vous et que rien (d'incroyablement « vivant ») ne peut combler, qu'il s'agit ici de dépeindre et d'évoquer en son état et en ses effets...

 

 

Il n'y a jamais que quelques 3 à 4 millions de personnes qui en France vivent le plus souvent désespérément seules...

 

Nombre d'entre elles ne vivent pas bien loin de nous, parfois dans l'immeuble où nous cohabitons.

La plupart n'ont pas fait le choix volontaire, étudié et analysé, de demeurer dans une solitude lors imposée...

Même si certains caractères, certaines éducations, certains événements, ont contribué à une existence solitaire, cela ne signifie pas qu'une autre présence, qu'un accompagnement humain, ait été, en toute conscience et en tout désir, refusé et exclu...

 

 

Toute absence nourrit voire fortifie une présence laquelle s'apprécie lors davantage encore pour autant qu'elle ne s'instaure pas dans une durée trop prolongée...

Le manque, la carence, s'apprécient lors dans toute leur réalité et intensité...

Mais quand absence et carence se conjuguent, alors c'est la souffrance qui gagne en intensité et en densité avec parfois des conséquences dramatique pour la personne soumise à une trop longue vacance d'humanité.....

 

 

Quand extérieurement à vous des communautés se réjouissent d'être ensemble et que vous n'êtes pas invité à ces réjouissances qui se manifestent parfois presque à vos côtés ; cela peut provoquer des ressentis insoutenables vous faisant accroître que la vie elle-même vous a oublié !...

 

Au moment de ces forts rassemblements festifs, communautaires et familiaux ayons une pensée et si possible actons celle-ci vis-à-vis de cette sourde souffrance....

 

 

C'est dans cet esprit que nous réalisons chaque fin d'année une rencontre festive et que nous y invitons gratuitement ceux et celles qui n'ont rien d'autre à partager avec eux-mêmes que le lent déroulé des heures lesquelles n'ont à apporter comme consolation qu'un lot de solitude plus pesant d'un jour à l'autre, d'une nuit à l'autre...

 

 

Lors se rappeler que sont des cœurs avides de présences !...



08/12/2018
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