Les dits du corbeau noir

ACTES DU COLLOQUE "FEMME ET SOCIETE ET RELIGION CELTIQUES" + ETUDES JOINTES 2018 BRAN DU 13 11 NOVEMBRE

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Photo  Bran du

 

 

La Femme dans la société et la religion celtique...


4è colloque organisé par l'Equipe de Keltia Magazine via les Editions du Németon le 11 novembre 2018 dans les locaux de la Mission Bretonne Rue Delambre à Paris 14è.

 

 

« Le monde celtique est un puzzle dont il n'est pas aisé de rassembler les morceaux  très épars et complexes ! »

Fabien Régnier

 

« Ceci est d’autant plus essentiel que la religion et la culture celtiques sont les seules à avoir su parfaitement harmoniser les rapports entre femmes et hommes et à avoir su conférer aux femmes leur place légitime. Mais ce cas unique ne doit rien au hasard. Il résulte de faits religieux (d'une spiritualité d'abord. NDR) précis que nous examinerons. »

Fabien Régnier

 

 

Note en préambule (Bran du) :

 

Nous connaissons avec pertinence combien le monde Celte repose en assise et fondement sur la notion de « cohérence » laquelle implique un sens d'équilibre et d'harmonie, alors efforçons-nous de l'être nous aussi et il est, par exemple, assez désagréable de constater que le mot « religion » supplante à tout instant le terme de « spiritualité » alors que la religion n'est et ne peut être que la FORME (pratique, rituélique...) censée être émanée du FOND qui l'induit, l'inspire et la conduit...

Cette incohérence ne saurait être entretenue et validée par nous sans contribuer à cautionner une confusion galopante et très préjudiciable aux entendements majeurs !...

 

 

 

 

Comme il se doit Fabien Regnier, Ancien élève titulaire des professeurs Venceslas Kruta et Paul Marie Duval à l'Ecole pratique des Hautes Etudes et Fondateur de l'Association France-Celtique et de Keltia Magazine ; inaugure ces quatrièmes rencontres avec de nouveau une salle complète et particulièrement attentive...

 

L'archéologue, l'écrivain et conférencier Fabien Régnier présentera chacun des intervenants et reprendra et développera les grandes lignes de son article paru dans le N° 48 de Keltia Magazine sur la place de la Femme dans la société celtique :...

 

Soit :

 

« Une place égalitaire avec les hommes et le meilleur statut accordé à celle-ci (par rapport aux autres Femmes de l'Antiquité et du monde Indo-Européen)...

 

L'auteur se pose la question du pourquoi et de l'origine de cette position particulière, de cet aspect essentiel, accordés lors aux Femmes dans le monde Celte...

 

Il fait remarquer au passage combien ce monde Celte a été incompréhensible pour les Latins et Grecs qui font part de leurs observations selon la vision qu'ils ont de leur propre société...

 

Il semblerait cependant (et selon le conférencier) que si l'on remonte aux premiers temps de la présence indo-européenne sur les territoires actuels, l'écart culturel et religieux entre les peuples pré-européens aurait du être beaucoup plus faible qu'il ne l'était en réalité. Ainsi le sort de la femme dans ces autres sociétés aurait pu se rapprocher davantage de ce qu'était son sort dans le monde celtique...

 

Parmi l'origine de cette distinction, Fabien Régnier met en avant le fait religieux et cite en appui l'écrivain Graham Robb (Sur les sentiers ignorés du monde Celte ; ouvrage en vente sur le site de keltia (www.keltia-magazine.com) :

 

 

« L'une des caractéristiques de la religion celtique, véhiculée et ordonnancée par les druides, c'est d'avoir su intégrer, dans une très large proportion, des connaissances religieuses fort anciennes et en tout cas antérieures au peuplement indo-européen, aux éléments mythologiques appartenant à cet ensemble.

Cette fusion syncrétique fut nettement moins importante dans les autres conceptions religieuses et c'est très vraisemblablement ce qui explique le particularisme de la religion celtique.

Or en intégrant ces acquis fondés sur l'observation et la transmission, sur une très longue période, de réalités en lien avec les mouvements et les forces de la Terre et des astres, les druides conférèrent à leur religion une spécificité bien réelle. »

 

 

 

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Fabien Regnier organisateur et animateur du colloque

 

 

 

En commentaire de cela Fabien Régnier ajoute :

 

« Celle-ci les rendit si proches des manifestations concrètes de la nature terrestre mais aussi de la voûte céleste, qu'elle y puisa la force de résister à toutes les tentatives de destruction, qu'elles soient romaines, germaniques ou chrétiennes.

Et ceci est si vrai que, quel que soir le regard que l'on puisse porter sur le néo-druidisme, il demeure de nos jours encore, quelque chose de cette puissante spiritualité alors que les autres relions indo-européennes se sont complètement éteintes depuis fort longtemps ( sauf bien évidement et à l'exception l'hindouisme.")...

 

Ce qui précède amorce le lien fait à la suite avec le Féminin celtique...

 

Et on aborde ici une question de forte importance et actualité qui fait débat chez les chercheurs (question posée d'ailleurs par moi-même au conférencier et que Bernard Sergent à qualifier aussi de conséquente.)

 

 

 

 

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De la Grande Déesse !

 

Pour Fabien Régnier, celle-ci existe et est amplement nommée et citée alors que d'autres chercheurs, plus prudents et circonspects doute même de sa réalité, (dont Philippe Jouet qui appelle à ce sujet à beaucoup de précautions !)...

 

 

Mais, écoutons Fabien Régnier et ses arguments :

 

« Un élément majeur de cette approche, c'est la compréhension que les Dieux chargés d'accompagner les destinées des peuples et incarnant l'élévation spirituelle de leur culture, avaient été enfanté par la Grande Déesse afin de remplir leur rôle.

Celle-ci, nommée suivant les pays Celtes Dana, Ana, Dôn, Donann, ne se contentant pas d'être la Mère des dieux, fut la Mère de toutes choses, y compris de la Création, qui ne s'est jamais achevée et continue de nos jours encore, à chaque instant. »

 

« La compréhension que c'est un principe féminin qui régit le monde, est essentielle car elle induit un mode de pensée à l'opposé des religions dites « révélées » qui toutes, originaires d'un Moyen-Orient fort misogyne, n'ont pu faire autrement que de considérer que le principe divin régissant toutes choses était masculin.

 

La Grande Déesse s'oppose donc à Dieu le Père. Ce qui n'empêche nullement les Celtes d'avoir un « Dis pater »(Dieu le Père donc) enfanté par la Déesse et considéré comme étant à l'origine des Celtes eux-mêmes, en tant que peuple.

(Un Dis pater qui n'est pas à l'origine du monde, il est seulement une puissance divine qui a eu pour rôle, entre autres, de donner naissance à son peuple( issu logiquement des ténèbres.)

Il y a là une cohérence manifeste que ne peut comprendre le monothéisme. »

 

J'aurai à revenir sur ce point très conséquent de la cohérence, vecteur et facteur essentiel et fondamental de la pensée Celto-druidique......

 

 

 

 

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Du Principe Féminin à la place de la Femme...

 

« La société celtique est le reflet de ses conceptions religieuses.(Pourquoi ne pas dire plus simplement et objectivement de sa « spiritualité »? N.D.R.)

Culture et religion (spiritualité)ne faisaient qu'un, la seconde étant l'expression spirituelle (O.K.) et la mémoire de la première.

 

Les druides n'étaient pas que les intermédiaires entre les hommes et le monde divin. Ils exerçaient également des fonctions bien précises dans le cadre sociétal... (…///...)

 

« Toutes les bases sur lesquelles reposait le monde celtique étaient, d'une manière ou d'une autre, fondées sur un socle commun. …///...

 

Ce qui suit est fondamental pour comprendre la spécificité de la religion (spiritualité) druidique :

La religion (spiritualité) druidique ne considérait pas qu'il y eût une entité masculine à l'origine de toutes choses. Tout au contraire, elle enseignait que tout était engendré par une Déesse-Mère et que, par conséquent, c'était le Principe Féminin qui régissait l'ordonnancement du Monde.

Et en dehors même de cette Grande Déesse, le Panthéon celtique intégrait de nombreuses divinités féminines. Il n'est pas rare de lire, ici ou là, que celles-ci ne seraient en fait que des aspects d'une seule et même Déesse primordiale. »

 

…///...

 

Bernard Sergent nous a dit par ailleurs que :

 

« ...Le nombre des divinités féminines dans la religion (spiritualité) celtique était infiniment plus important qu'on le croît généralement. Par ailleurs bon nombre de dieux ont une parèdre qui possède ses propres attributs et ses propres fonctions, très complémentaires. »

 

Comment s'étonner dès lors que dans une société à ce point structurée par la religion (la spiritualité) , la place de la femme soit le reflet de cette conception qui lui donne un rôle aussi important qu'à l'homme, le monde humain n'étant que le reflet du monde divin ? »

 

In Keltia Magazine

 


…....

 

 

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Fabien regnier

 

 

 

Extraits de la conférence :

Partie inaugurale par Fabien Régnier :

 

 

De la religion celtique : « C'est une spiritualité (en effet et la religion n'est que ses formes expressives et manifestes ! N.D.R)

Celle-ci est d'une richesse et d'une cohérence extraordinaire. »...

 

« La Terre-Mère conserve la mémoire de ce que nous avons été et cela est enfouit en elle depuis plus de deux mille ans. »...

 

 

Deux étapes à la recherche et au déroulé logique des colloques antérieurs:

Les analyses matérialistes. Les premiers archéologues étudient les objets sans autres préoccupations...

Puis vient l'étude des « sujets » et leur interprétation du fait de « messages » devenus intelligibles...

Une compréhension naît du signifiant jadis hermétique...

 

(C'est ainsi que le professeur Vencelas Kruta fera « parler » les objets qu'il a étudié et nous fera bénéficier de ses découvertes lors des premiers colloques...N.D.R.)

Seront étudiés de même alors les « rites et la magie chez les Celtes » et leur système de pensée « comment les Celtes se percevaient » et le recours à l'imagerie sera alors bien utile pour le comprendre... (Etude des symboles, des « identifiants » comme la Paire de Dragon ; objet du colloque de 2018 faisant ressortir l'existence d'une sorte de pré-chevalerie celtique et aristocratique portant pour emblème (notamment sur le fourreau de leur épée) deux dragons (ou griffons) affrontés.

 

Fabien Régnier fait remarquer l'aspect « pan-celtique » qui fait « lien » entre les divers peuples qui composent le monde Celte et notamment la langue d'origine et ses « mutations », mais aussi et surtout le fond de croyances (mythes et archétypes) et une bonne part de « l'imagerie » (analogique, symbolique...) dont l'art Celte est le plus important des « ambassadeurs » et représentant.

 

Cet historique réalisé des rencontres antérieures, le conférencier aborde le sujet 2018...

 

 

La conception du Principe Féminin chez les Celtes et met tout de suite en avant que ce « Principe Féminin » relève du « religieux » (de la spiritualité) et que ceci explique amplement cela et notamment la place spécifique du féminin dans le domaine celtique...

 

Qui dit société celtique dit religion (spiritualité) celtique...

L'une ne va pas, ne se conçoit pas sans l'autre !

 

Le monde Celte accorde une place éminente et très conséquente au « Féminin », pourquoi cela, pourquoi cette singularité et particularité qui positionne différemment le monde Celte des autres peuples qui l'entourent ?

 

Tous les peuples indo-européens sont fondés sur une base appelée « religion » (spiritualité), mais la spécificité celtique vient de ce qu'elle accorde au Féminin un rôle, une place, des fonctions et attributs, un statut, dont on ne retrouve nul équivalent et d'une telle importance ailleurs...

 

On cite l'exemple de royaumes en Bretagne insulaire gouvernée par des Femmes lesquelles peuvent, et si nécessaire, mener leurs troupes au combat ou encore venger leur honneur bafoué par les Romains...

 

C'est à travers les valeurs et conceptions religieuses (spirituelles) celtique que l'on trouvera les réponses appropriées de cette spécificité celtique perceptible à tous les niveaux d'études de la dite société...

 

 

 

 

 

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La religion (spiritualité)...

 

Le fait que les observateurs Grecs et Romains aient particulièrement relaté cette spécificité du monde Celte vis-à-vis du Féminin démontre combien cela leur apparaissait aberrant et incompréhensible par rapport à leurs propres conceptions relationnelles... (Si cela n'avait pas été le cas ils n'auraient pas relevé cette « singularité interpellatrice, o combien, pour eux !)

 

Nous avons dans le domaine celtique des femmes reines et souveraines, combattantes et guerrière même, ayant des droits égaux aux hommes, dont l'avis consultatif est sollicité, écouté et suivi...

Certaines d'entre elles enseignent et transmettre des arts et des disciplines de très haut niveau aptes à former les futurs rois et héros (y compris avec le complément d'initiation sexuelle indispensable à l'acquisition d'une « parfaite maîtrise » dont les vertus trouveront leur emploi à tous les niveaux de leurs futures charges et fonctions.)

 

Il n'y a pas d'exploits possibles donc « d'héroïsation » sans la formation reçue du Féminin et pas de roi soit que la Souveraineté Féminine ne lui soit accordée selon un juste discernement !...

 

La religion (spiritualité) druidique part du constat que le Principe Majeur Divin est Féminin et qu'il est la Grande Déesse même si celle-ci n'est pas ou très peu représentée « matériellement » de façon évidente et incontestable dans le monde Celte...

 

Le « Féminin » inscrit sur l'une des plaques du fameux chaudron de Gundestrup est bien une représentation indiscutable d'une Déesse, mais est-ce pour autant la « Grande Déesse », rien ne l'affirme avec certitude ?

(Nous ne pouvons dans ce domaine que faire des interprétations, suppositions, sujétions, hypothèses plus ou moins argumentées ; nos « celtitudes » parfois bien « charpentées » ne sont pas des certitudes pour autant ! N.D.R.)...

 

Fabien Régnier évoque les noms prestigieux de Dana, Ana, Dôn... qui sont indéniablement des Déesses (qui enfantent, nourrissent, éduquent...), mais sont-elles chacune et pour autant la Grande Déesse ou des facettes spécialisées de Celle-ci ? En l'état des connaissances actuelles, nous ne pouvons le dire et encore moins l'affirmer !

 

La position de Philippe Jouet, l'un de nos meilleurs chercheurs contemporains, nous invite à mesurer grandement nos propos et ce qu'ils avancent dans ce domaine délicat sujet à beaucoup de débats, avis contradictoires et donc de contestations !

(Je ferais connaître cela en fin d'article)...

 

 

Ce que nous pouvons admettre et valider c'est que ce Féminin est bien la Mère des Dieux et qu'il peut-être une « personnification » de la Terre (de l'Irlande, du Pays de Galles...) et considéré de ce fait comme Mère soit indéniablement une Terre-Mère...

(La nourrice de Lug : Tailtiu est l'exemple même d'une Terre-Mère. N.D.R)

 

 

Pour Fabien Régnier, il s'agit, sous diverses représentation et sous divers intitulé de la Grande Déesse qui engendre tout être et toute chose soit toute forme de vie et tout ce qui existe .

Elle est l'origine même de la Création...

 

 

Cela est certes fort « séduisant » et pourrait me séduire avec forte sympathie, mais...

La pensée Celte, qui est l'expression même de la cohérence et d'une volonté amplement affirmée de ne pas y déroger, ne peut se limiter à ce concept alors que celui-ci se fonde également pour des raisons d'équilibre et d'harmonie donc de concordances éminemment « charpentées » sur des Principes qui font appel à la complémentarité symbiotique du « Principe et de l'Essence » sans lesquels l'Anima ne peut mettre en mouvement et en œuvre le Principe Evolutif d'une Création permanente !

 

Nous touchons là à la conception majeure qui ordonne, agence, régente, toutes les autres...

 

Pour Fabien Régnier, l'Origine de toute origine est de Nature, de Principe et d'Essence Féminine, le Masculin découlant de cela...

 

Qu'il y ait une « Matrice de toutes les matrices », j'en conviens et cela s'appelle la Vie...Et la Vie s'en vient au monde par le Féminin (qu'il soit poussière d'étoile ou eau des origines ; c'est la même chose !...)

 

Le Féminin engendre le Féminin (et le masculin de surcroît) ; c'est en ce sens et cette réalité que l'on peut concevoir qu'il est à l'origine de tout commencement et donc un Principe « Initiatique » en tant que tel, ce qui laisse suggérer que toute Femme est donc initiée de « naissance » ; mais encore héritière directe de lignées féminines initiatrices remontant à la « Matrice de toute matrice »...

 

Ce sont les Femmes des « Primes Commencements », détentrices des Connaissances premières et aptes à les transmettre en tant que Servantes d'un Principe divin et sacré qui est aussi la Vie...

 

Je peux cautionner et valider de telles idées et conceptions mais...

Rien n'interdit de penser non plus par exemple à un « Androgynat créateur » où Principe et Essence œuvrent conjointement, solidairement, complémentairement et symbiotiquement !

 

 

 

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En dehors des aspects polythéistes des formes religieuses pratiquées dans le monde Celte ; pratiques accessibles et compréhensibles par le plus grand nombre et donc vecteur et facteur de cohésion sociale indispensable dans une société humaine, nombre d'auteurs et chercheurs et non des moindres suspectent l'existence particulièrement voilée et « protégée »

dans le monde Celte de « Forces, Energies, Vibrations, Informations et Lumières » certes à connotation « féminine », mais qui ne sont que les émanations, les radiations, d'un « innomé » dont l'entendement et la compréhension majeure relèvent d'aptitudes données à peu de monde et d'individus si ce n'est à des « initiés » qui savent en faire lecture et en transmettre l'essentialité sous des formes « cachées »...

 

 

Il n'est pas du tout interdit non plus de penser que ces « initiés » ne le sont que par l'entremise d'un Féminin « consacré » dispensateur de ces « secrets » et apte à transmettre ceux-ci y compris par le canal « sacralisé » de la sexualité !...

 

 

Pas de désignation, pas de qualificatif, mais, des approches à défaut, ici ou là, parce que l'humain à besoin de mots et d'un langage pour traduire comme il peut et « à défaut », le Mystère de tout mystère !...

(La musique et la poésie ou encore la danse ou les noces amoureuses comme la connaissance émotionnelle, sensible et intelligente du Livre de la Nature et de l'Univers, constituent sans aucun doute les approches les plus efficientes et pertinentes de ce qu'il nous est alors possible d'atteindre en conception éclairée et en lumineux entendement sans pouvoir pour autant enfermer et définir ce qui ne relève uniquement que des fluides, des flux et des ondes qui sillonnent et parcourent la terre comme le ciel, irriguant tous les règnes d'une sève et d'un sang « cosmique » qui alimente également notre propre et spécifique « Arbre de Vie » !...)

 

 

Revenons sans nous en être très éloignés aux propos de Fabien Régnier :

Une création existe sans cesse...

La Terre-Mère équilibre sans cesse celle-ci...

La terre est une œuvre continue...

Il y a un plan divin initial à l'origine de tout...

Et pour Fabien, ce plan est exclusivement « Féminin »...

 

La Grande Déesse n'a pas engendré « directement » les peuples Celtes, mais aurait chargé une divinité de le faire et celle-ci est « Masculine » ; ce serait alors l'œuvre de Dis pater (le Dieu-Père)...

(On se demande avec une telle prédominance de la Grande Déesse, Créatrice de tout le créé, en quoi et pourquoi elle aurait dû faire appel (par exception donc) à un intermédiaire ? N.D.R)...

 

 

De Cernunnos :

 

Par ailleurs on fait de plus en plus référence à un personnage, à une figure emblématique appelée Cernunnos (le Dieu cornu ou encore à la ramure de cerf) réputé être le « Maître de toute vie et de la mort, le Maître de tous les règnes » ce qui lui confère aussi une importance non négligeable qui pourrait concurrencer, en certains domaines, la Grande déesse Elle-même...

 

Cette haute figure est un héritage fort lointain (proto historique) dans l'histoire des êtres humains, incorporé en souplesse, pertinence et évidence dans le monde de la pensée spirituelle et fondatrice celtique...

 

Cernunnos est présent dans les représentations de l'art le plus ancien, sur les parois où s'exprimèrent les premières conceptions et idées de relation avec le sacré, le divin et les « mystères » du monde...

Il est présent dans la grotte des Trois Frères, mais aussi sur les sommets du Mont Bégo dans la Vallée des Merveilles (et déjà fortement lié au cerf qui est l'expression symbolique et analogique d'une Vie qui se renouvelle après chaque Mort !)...

 

On le retrouve en apothéose sur le chaudron de Gundestrup, (un concentré et condensé prodigieux de la pensée celtique), mais aussi dans la statuaire gallo-romaine, c'est dire si cette figuration et ce qu'elle donne à comprendre de la Vie elle-même à la Vie dure !...

 

Cernunnos serait alors, selon ce qu'il nous est dit, une Création de la Grande Déesse laquelle, il est vrai, est représentée dans ses attributs liés à la fertilité et à la fécondation sur les primes parois de l'expression spirituelle et « magique » humaine et ce, bien avant que n'apparaissent les traits distinctifs de Cernunnos en d'autres parois rocheuses...

 

Le débat reste ouvert et en ce qui concerne Cernunnos, certains auteurs ne lui confèrent qu'une importance limitée et très relative alors que la nouvelle génération de chercheurs à tendance à lui restituer un rôle majeur et fondamental en lui donnant par exemple préséance sur Lug en ce qui concerne le « patronage » exclusif de la « Saison Hivernale » ; Lug devant se contenter de patronner les six mois de la Belle Saison !...

 

Le fait pour Cernunnos de se maintenir « populairement » au sein des générations qui se sont succédées dans le monde païen depuis le temps des cavernes et des abris sous roches devraient en effet attirer notre vive attention ; ne serais-ce que parce que les Celtes ont « naturellement » incorporé dans leurs premières représentations du sacré et du divin un tel personnage ainsi que ses attributs et fonctions.... Et que si cela n'avait pas été de la plus haute cohérence, Cernunnos aurait tout simplement disparu de la mémoire et de la conscience collective !...

 

Fabien Régnier lui accorde d'ailleurs une très grand importance et je ne saurais que recommander à ce sujet l'excellent article paru dans le N° 48 de Keltia magazine « Cernunnos au centre de la religon (spiritualité) celtique » ; article signé par Gérard Poitrenaud... (J'aurai à revenir sur le dit article par la suite.)

 

 

 

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Fabien rappelle que toute forme de création est sacrée et que le sacré est en toute chose et que toute chose provient d'un Principe divin sacré ; ce « Principe » étant Féminin...

 

Les Celtes « baignent » dans le sacré ; collines et vallées sont sacrées et marquées, nommées, connues et reconnues à partir du Féminin... Ainsi les déesses dites « topiques » soit attachées à un lieu et très souvent à une source, un fleuve, une fontaine, une rivière...

Il s'agit pour les Celtes de se sentir en harmonie avec tout et si possible placés sous la bienveillance et la bienfaisance du Féminin dispensateur d'un mieux être recherché et apprécié à juste titre...

 

Pour les Celtes tout est nécessaire et interdépendant avec une notion de complémentarité évidente (laquelle ne l'est pas ici, si le Principe Féminin est considéré comme Principe « unique », « exclusif » et seul détenteur de la Création , rien ne lui faisant alors « complément » ! N.D.R)...

 

Le cas de la reine Mebd d'Irlande est évoquée laquelle reine relève a priori davantage d'un mythe que d'une réalité...

C'est un contexte matériel et fortement idéologique qui met en scène ce qui peut apparaître comme l'image de la plus grande souveraineté exercée par le féminin irlandais...

Toutefois ce n'est pas une image bien élogieuse du Féminin qui s'exprime et s'exerce à travers le récit qui fait état de cette reine « jalouse » est prête à tout (y compris les coups les plus tordus qui soient!) pour affirmer sa « suprématie » sur son roi et époux !...

 

 

Fabien Régnier nous entretient à la suite d'une autre figure celtique célèbre : celle de la Dame ou Princesse de Vix en Bourgogne (Vè siècle avant J.C.) et de sa tombe fastueuse et bien supérieure en richesse et apparat que les tombes masculines de la même époque...

(D'autres tombes Féminines assez luxueuses ont été aussi trouvées.)

La Princesse celte de Vix repose dans une tombe remarquable à tout point de vue...

Nous sommes là face à une grande souveraine particulièrement honorée par son peuple et qui a su apporter à celui-ci une grande prospérité sous sa régence...

 

Cela démontre et prouve la présence manifeste de Femmes importantes au sein de la société celtique...

 

Dans la société dite ordinaire on trouve par exemple une femme propriétaire d'une forge laquelle jouit d'une forte notoriété dans le monde celtique...

 

 

Nous retiendrons de tout cela l'essentiel du propos qui démontre :

 

1 / L'importance et la reconnaissance de la place du Féminin au cœur battant de la société celtique, soit des fonctions et des attributs conséquents accordés à ce Féminin qui ne trouve pas d'équivalence étendues et poursuivies dans les autres sociétés indo-européennes...

 

2 / Que cette singularité et spécificités celtiques relèvent d'un lien fort et étroit avec la spiritualité ou pensée religieuse en terme de rapports et relations, de mises en œuvres et en formes...

 

3 / Que cette « spiritualité » qui enveloppe et anime le monde Celte est bien d'Essences féminines et qu'elle remonte à la Grande Déesse, Principe de tous les principes, Matrice de toutes les matrices....Mère et Génératrice de tout le Vivant passé, présent et à venir...


….....................

 

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Comme indiqué ci-dessus j'apporte ici quelques éléments de réflexions notamment de Philippe Jouet émettant de fortes et non moins pertinentes réserves sur ce qui précède...

 

Ce que nous dit de la Femme Celte Philippe Jouet dans son dictionnaire de la mythologie et de la religion celtique :



« La place des femmes dans le système religieux des Celtes varie suivant le contexte rituel, iconographique ou narratif des documents étudiés...



Des catégories très diverses d'êtres mythiques sont réunis sous le nom général et souvent inadéquat de fées. Le mot s'applique notamment aux habitants de l'Autre Monde.

L'évolution du terme va de la mythologie au folklore. On doit aussi faire l'hypothèse que certains êtres (sur)naturels avaient dès l'origine un statut particulier distinct de celui des dieux et de leurs transpositions narratives...

Les figures féminines du mythe sont suffisamment dessinées pour qu'on s'interdise toute référence à une quelconque « grande déesse » « multifonctionnelle » ou « polymorphe »...



Il faut délaisser l'idée qu'un personnage féminin est par définition voué au seul domaine de la production et de la reproduction.

Le terme de « déesse-mère » dont on a tant abusé s'applique tout aussi bien à des êtres figurativement célestes qu'à des spécialistes de la fécondité humaine et animales.

L'indifférenciation des déesses est une illusion...

On ne doit pas confondre Ana la Mère nourricière des Dieux avec Danu/Dana, leur mère en tant que génitrice...



Ana ; c'est l'abondance, la richesse de l'Irlande. Elle représente la déesse de la prospérité.

Brigit est dite aussi la Mère des dieux... mais, c'est la Mère « nourricière » des trois dieux de Dana.

(Dana une déesse irlandaise équivalente à Dôn la déesse brittonique.)...

 

« Il n'y a pas dans la société celtique de « grande déesse », indifférenciée, multifonctionnelle ou polymorphe... »

« La notion de « Déesse-Mère » dont on a tant abusé dans les études celtiques recouvre des réalités très diverses. »

 

« Il a été fait un usage extensif et abusif de cette expression pour qualifier les déesses du monde celtique. Trop générale, elle amène des classements a priori et la sur-interprétation des documents.

Les reines, fées ou déesses des récits traditionnels sont généralement des mères dont les généalogies rappellent les descendance. Mais cela ne présume pas de leurs fonctions qui ne sauraient se limiter à la fonction reproductrice.

L'existence d'authentiques mâtres gallo-romaines devrait inciter à la prudence dans l'étude des autres divinités féminines. »

 

« L'idée que les peuples indo-européens auraient connu une unique divinité féminine polyfonctionnelle voire omnivalente essentiellement une sous plusieurs noms face aux grands dieux bien individualisés n'est pas justifiées.  Elle entretient l'explication « passe-partout » de déesses-Mères et ne rend pas compte de faits mythologiques souvent complexes, jamais confus dans les récits traditionnels, mythes, épopées, contes. Les figures féminines sont très variées et relèvent de différentes sphères culturelles et fonctionnelles.»

 

Les expressions de déesse guerrière ou déesse de la guerre ne sont pas adéquates (Elles ne sont pas essentiellement des « combattantes » )...

 

Fondamentalement les dieux sont des états, des énergies, des différences spécifiques de la qualité divine, selon leur degré de puissance...

 

Les Dieux ne sont pas les seules forces qui animent l'Univers...

 

Les deux tentatives extrêmes d'attribuer aux Celtes une « grande divinité polymorphe et indifférenciée » ou une « infinité de dieux fragmentés » résultent d'un contre sens sur la nature du polythéisme...

Les dieux ne sont pas omnipotents et ne se confondent pas avec la Puissance universelle (la Flaith en Irlande)...

La Flaith serait une puissance libre et illimitée. La « Puissance » du pouvoir...

Elle est plus qu'une déesse, par sa double apparence (faste/néfaste) , elle totalise tous les pouvoirs et ne se ramène ni à sa face sombre ni à sa face claire... C'est une « image » issue de la cosmologie...

Elle est aussi une représentation mythique de l'année qui finit vieille et renaît jeune.

 

Il n'y a aucune mention de femmes druidesses pratiquant le sacrifice ou célébrant le rite..."

 

 

 

Voici de quoi revisiter certains points avec la prudence souhaitée !...

 

 

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Réflexions Bran du Nov 2018 :

 

Les questions essentielles demeurent finalement : soit on valide définitivement le fait que tout absolument tout, tout être, toute chose, tous les dieux et déesses, tout principe quel qu'il soit, toute conception, relèvent d'un Principe unique et exclusif Féminin « nommé » certes, mais uniquement par rapport à ses « manifestations » intermédiaires entre lui et les hommes ; manifestations appelées « entités divines », ou « déesses (mère) »

voire « fées » ou même « puissance » (Flaith)...

 

Ou on émet des réserves sur cela en envisageant que le Principe de tous les Principes ou la Matrice de toutes les matrices sont en fait deux Principes associés l'un Féminin, l'autre Masculin ou encore un Principe androgyne !...

 

Ceci pour répondre à une question de cohérence si importante et si conséquente dans le monde Celte qui ne saurait concevoir une unité sans association et complémentarité, ni une partie sans son tout, ni un tout sans ses parties.

 

Ces conceptions « métaphysiques » sont spécifiques à des initiés appelés « druides » qui ayant conçu une théologie applicable aux communautés humaines dans leur ensemble et accessible à tous et à toutes se sont « réservés » un domaine de réflexion dépassant la notion de polythéisme et englobant celle-ci dans un ou des principes supérieurs peu accessibles au commun des mortels...

 

Philippe Jouet évoque à plusieurs reprises et en divers ouvrages l'existence fort probable de « doctrines secrètes » réservées à une «élite pensante »....

Mais une « Puissance » inconnue, innommable, indéfinissable, infinie, absolue est aussi évoquée sans laquelle rien, absolument rien, ne saurait être et exister... (L'impulsion dynamique de tout « mouvement » aussi bien terrestre que céleste.)

(Ceci évoqué, « effleuré » même, et notamment, dans son ouvrage sur les triades bardiques.)

La notion de Puissance du pouvoir identifiée à la Flaith irlandaise n'est qu'une idée approchée de la « Chose » !

 

Quant à déterminer que cette toute puissance serait de toute évidence « féminine », ce serait là un arbitraire aussi absolu !...

 

…......................

 

A SUIVRE

 

On pourra se référer dans ce blog aux nombreux articles qui ont précédé ce colloque et qui traitent des sujets évoqués en les abordant de différentes façons...

 

 

 

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13/11/2018
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