Les dits du corbeau noir

NAISSANCE D'UNE ETOILE CONTE CHAMANIQUE BRAN DU 2017 25 08 AOUT

 

 

Flocon après flocon, la neige depuis plusieurs semaines, étirait son poème sur l'étendue des terres...

 

Le silence de nouveau se faisait entendre dans le crissement des Arbres se frottant l'un contre l'autre comme pour se réchauffer des morsures du gel et de la glace...

 

Les hommes et les femmes de la contrée se réunissaient autour des feux que les uns est les autres entretenaient pour maintenir le sentiment de communauté et de solidarité qui sied à ceux et celles qui se savent dépendants de leurs semblables pour assurer leur propre survie...

 

Il suffisait d'entrer dans le cercle d'accueil, de s'asseoir en face du chef de famille et de porter à sa bouche le morceau de viande séchée offert par celui-ci...

 

Le temps de mastiquer la rude texture de ce qui fut un phoque suffisait pour que les oreilles soient prêtes à entendre des nouvelles de ce dehors dont les agitations décroissaient au fur et à mesure des avancées rigoureuses de l'hiver...

 

Non loin du campement des piliers enfoncés en cercle et surmontés de crânes de cervidés pour les uns, de corbeaux pour les autres, délimitaient un espace que seuls les esprits était de nature à occuper le temps d'une invocation appropriée et d'offrandes faites à leur intention...

 

Même les lièvres, les loups et les renards se tenaient à distance de cet endroit que le vent visitait en entrechoquant les os à son passage ce qui ne faisait qu'ajouter des sons assez lugubres à son humeur déjà bien irritée au demeurant...

 

Ils étaient neuf sous la coupole de glace ; huit hommes et une jeune femme laquelle en était à son neuvième mois de grossesse...

La femme (et son enceinte de vie future) se tenait assise au centre de l'assemblée...

 

Une pâle lumière éclairait la ronde des visages peints, pour certains, de lignes ondulantes et de courbes faites avec de l'encre de poulpe mélangée avec du sang animal....

 

La femme était nue sous l'épaisse fourrure qui la recouvrait ; une fourrure qui protégeait aussi, de la froidure, les cœurs assemblés autour d'elle... Sur sa poitrine de neige reposait un collier fait de grains d'ambre et de dents de morse...

 

L'ancien entonna une suite de sons graves, presque gutturaux aussitôt reprise par les autres, une sorte de mélopée très « archaïque » qui se mit à circuler d'une bouche à l'autre, d'une lèvre à l'autre...

 

Le chant enveloppait la parturiente, caressait son ventre et la promesse de celui-ci, imprégnait la chair tendue de vibrations bienveillantes et bienfaisantes...

 

C'était un chant tout gonflé de sèves nouvelles, d'aubes printanières, d'éclosions de feuilles et de nids...

On pouvait y entendre le vol soyeux des oiseaux revenant de leur long voyage pour peupler le ciel d'ailes juvéniles issues de leur accouplement...

 

Le chant de la femme se mit à planer comme un aigle blanc au-dessus de celui des hommes en décrivant des cercles qui semblaient se perdre dans l'infini des nuées et des songes...

 

La flamme se mit à trembler dans la coupelle d'huile...

La femme se leva et sortit, lors la nuit s'engouffra dans l'igloo sans pour autant éteindre la lumière qui brillait dans les yeux et les cœurs...

 

...///...

 

 

 

Le feu était son ami... Il entrait et sortait pas sa bouche, s'enroulait à des formes de vie, au cuir fragile de la peau par laquelle cette vie respirait la vie...

 

Il animait la fulgurance de la clameur de l'homme et de la femme faisant flèche de l'arc de leur désir et de leurs offrandes...

Il consumait le taillis des peurs, le fatras accumulé des branches mortes d'incertitude et d'ennui...

 

Il redonnait une joyeuse et rouge verticale à cela que l'ignorance et la crainte tenaient alité en entretenant sans cesse une infinie maladie de langueur, de renoncement, de résignation...

 

Le feu était son ami, avec lui fondaient les glaces de l'orgueil, le gel du mensonge, la banquise de l'arrogance...

Tous ces recouvrements obscures et pesants faisaient place alors aux terres refécondées et refleuries ; à une Taïga de nouveau parcourue par la danse des abeilles et le rire des jeunes filles...  

 

 

...///...

 

 

 

La femme mordait à pleine dents un os long tenu sur sa bouche par des lacets de cuir passés autour de son visage...

 

Elle se tenait accroupie, chaque main enserrant un poteau de bois fiché de part et d'autre de ses flancs...

 

Elle dit :

 

«  - O vent très doux et très fort, du Père de mes Pères, de la Mère de toutes les mères, souffle avec moi, respire profondément avec moi, expulse avec moi, fait jaillir de mon ventre le cri nouveau né... »...

 

 

C'est alors que celui qui était parole et geste de feu vînt vers elle...

Il sortit de son sac à magie une petite gourde et versa trois filets d'eau sur le front de la femme....

 

 

Il dit :

« - Que cela qui fut retenu neuf mois en ton ventre jaillisse, s'écoule et ruisselle de la fontaine de ta chair... Que cela rejoigne la rivière, le fleuve et l'océan de Vie en frétillant comme un saumon animé de sa pleine vigueur. »...

 

 

Il posa les doigts de ses deux mains sur la sueur qui coulait des tempes de la femme et dit...

 

 

«  - Les pierres ont fait naître l'étincelle de joie et la forêt du possible est venue au devant d'elle...

Le bois a célébré les noces et la chair son alliance...

Est venue la braise nouvelle au foyer de la vie...

Nul cendre ne pourra l'étouffer ou l'éteindre tant que la vie la veillera de son souffle attentionné et que tu souffleras avec elle en l'âtre du jour et de la nuit... »

 

 

Il fit trois tours dans le sens du soleil et l'enceinte fut soudain enveloppée d'un cercle de petites flammes dansantes...

 

L'homme-feu s'en retourna mettant ses pas dans ceux du silence...

 

 

Sous l'igloo l'Ancien reprit parole et dit :

 

« - L'oeil est venu à la baleine ; un œil de glace et de feu...

L'oeil brille dans le ciel, la nuit brille d'un nouveau feu...

L'oeil qui est venu, celui-là saura conduire les hommes sur la piste du sang et des rêves... Bienvenue à lui qui sait marier la flamme et la neige... »

 

 

Les hommes sortirent un à un pour contempler le ciel et la constellation Mère. Ils virent l'oeil immensément ouvert et le grand souffle étoilé de la Voie lactée...

Chacun hocha la tête puis tous firent un grand cercle de leurs bras...

 

 

 

Sous la blanche rotonde l'ancien s'était éteint...



25/08/2017
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