Les dits du corbeau noir

LES DITS DU CORBEAU (SUITE) BRAN DU MORIGENOS... 1993/2017 21 06 JUIN

Les Dits du Corbeau (Suite)

 

MORIGENOS Août 1993/juin 2017 Bran du

 

Par les marais et les salines, d'aube en crépuscule, de crépuscule en aurore, l'homme va...

 

Il n'est, dit le vent, en ses lèvres gonflées de nuages, que d'aller sur la sente spongieuse là où se courbent les tiges et les branches, là où tout épouse un verbe qui s'épanche et s'en veut ployer sous la parole d'Amour...

 

Le vent n'est pas que le vent, mais une paume immense qui fait courbe de vos joies sur l'arrondi des mondes...

 

N'ayez crainte des brumes, de leurs robes vaporeuses, de la terre qui fume toutes ses moiteurs fécondes car le chemin est là entre les eaux qui bordent un sommeil si ancien qu'il n'est d'étoiles au ciel qui ne fut des noces de soleil et d'argile...

Seules, peut-être, quelques brides nouées dans les cheveux d'une comète...

 

Il n'est qu'un frémissement, qu'un seul visage sur l'onde ou des nuages se noient dans une cuve d'or et de miel que brassent à grand vol les oiseaux de passage...

 

Le désir est immense... Tant de lèvres se donnent et embrassent l'étendue comme un enfant du jour souriant en l'infini d'une tendresse éclose...

 

Et les lèvres s'inclinent et le ciel se déverse en la coupe liquide creusée dans la mémoire d'un cœur qui vînt au monde dans le matin du vivre...

 

L'homme marche ou navigue, godille et tangue dans les franges d'un grand songe et sa pensée glisse sur le miroir de l'onde, sur le givre de l'instant, son regard ; réfléchissant, affouille tout ce qui, reflété par le répons du ciel, s'en va, s'en vient et sonde...

 

///...

 

 

« MORIGENOS » ; ainsi fut appelé celui-là (« né de la mer » donc) ; oursin de chair accroché aux rochers du vivre...

 

Il roula, aux temps anciens, parmi le sable et l'ambre. Il traça les sillons de sont chant dans les grèves alanguies, dans la lave et la cendre... Les sternes se souviennent encore du cri perçant qui fut le sien...

Par l'embrun et la houle sa Parole fouette les falaises du temps...

 

Ecoutons cela qui porte l'écume au rivage :

 

« J'ai connu Dylan, fils de la vague, , qui fut, à sa naissance, plongé dans le sel et l'écume et dont le corps se couvrit de roses écailles. Dans les courants, nous fûmes compagnons des marées commandées par la lune... Vers l'embouchure du fleuve de nos Pères nos rêves firent route on ne peut plus commune...

 

Tuan Mac Cairill, l'enfant de l'océan il m'en souvient aussi, c'était dans l'enfance du monde. Son nom repose près de l'étoile du grand Chien et sa mémoire dans le Livre des Conquêtes...

 

La terre n'était que la terre et le sang des hommes n'allaient point aux rivières. En ce temps là, seul, le soleil, répandant son sang aurifère sur la poitrine lustrée des glaces...

 

Puis, les tiges montèrent à l'assaut des brumes et des souffles et l'arbre perça le ciel afin que l'oiseau s'en vînt sur la branche aurorale de la joie...

 

Avant que d'être saumon bondissant dans le torrent des siècles, il fît, celui-là, le bien aimé de Cian, et Lug fut son frère de renommée immense...

 

Dans les chênaies d'Ulster, il allait au temps ancien, fouissant de son groin cet humus à partir duquel, plus tard, germera ce nom que tailleront les hommes dans les lettres de pierre et d'écorce...

Le cerf et le hibou furent de ces nuits où bouillonnait cet homme dans les vapeurs du songe d'un flamme tenace...

 

Le fils de Llir (l'océan est son père maintenant), prenait vol au matin, ne craignant que la morsure du soleil et l'ombre des grands aigles. Faucon, il fut, rapide comme l'éclair, usant de ses serres sur la vie hésitante...

 

Fintan, le Poète fut aussi de cette course bien avant que la meute blanche d'Arthur ne traqua sa descendance...

N'est-il pas dit dans le Lebor gabala qu'il arrive parfois que l'ours, pour son malheur, dispute sa loi au sanglier ?...

 

Mais, que serait l'homme, argile et feuille, tourbe et rosée, si ses ancêtres n'avaient tâté, pour son compte, les profondeurs de la mer et du ciel et usé jusqu'à plus soif les poussières des étés, la neige des hivers ?

 

C'est dans la plaine d'Ichtar que débarqua le peuple de Dana. Comme les oies cendrées et les cygnes de mai, c'étaient des enfants du Nord. Quatre îles furent leur berceau et en chacune d'elles un sage vînt au monde. L'un tailla la lance, l'autre forgea l'épée. Un autre encore fit prodige de la pierre et son frère, sacré soit son nom, fit don, au peuple de Murias, d'un fabuleux chaudron...

 

Aimin, dans sa blancheur de cygne, pouvait voler alors de saison en saison, étendre ses rémiges du levant au couchant ; la fronde de la mort ne trouvait ni front, ni plume, ni chair, ni visage, pour faire couler le sang de la nuit par l’œil grand ouvert...

Depuis lors, plus un rêve, plus un songe de devînt périssable, l'âme de l'Irlande planait, à jamais, au-dessus des siècles et de leurs tombes...

 

///...

 

 

Morginénos est mon nom. L'écume a dansé en mes yeux ses danses d'Equinoxes et plus d'un cœur est venu flâner en mes rivages.

Je suis vieux, je suis usé par les tempêtes de la vie.

J'ai posé le poids de mon corps contre l'écorce rugueuse de l'arbre qui domine la plaine aimante de ma jeunesse passée...

Adossé à la colline blanche, je regarde le ru du temps qui serpente parmi les bosquets de ma jeunesse...

 

La fleur de pommier ne tombera plus sur mes fougueuses années, la rose pluie du printemps des fleurs, je ne la connaîtrai plus.

Ne monteront plus à la chênaie les marcassins pour la glandée . L'étoile restera enclose dans la pomme...

Je n'irai plus, la rosée au front, parmi les abeilles du matin et l'odeur des fenouils, le chant des grillons s'estomperont de ma route où mon ombre à tant roulée ivre de Lumières...

 

Le chant élevé de l'alouette, comme il me manquera !...

 

Usé est le vieil homme aux portes de l'été ?

Que Banshee me tende la branche d'Abellio, que ses blanches ailes enveloppent mon seul désir... Qu'elle se penche sur mon repos et que ses blanches lèvres me soient fontaine pour mon ultime et dernier plaisir... Que soient une dernière fois l'eau vive, l'aurore de sang neuf...

 

O, Boyne, Mère du grand Fleuve de la Vie, embrasse, veux-tu, l'estuaire de mon attente. Et vous, Femmes-fées, douces lianes de jouissance, venez près de ma couche apposer un baiser là où j'ai, par vous, appris à aimer ce miel que l'on dit Femme...

 

Que point ne soit taillée ma barbe et point délié mes blancs cheveux, mais que tresses de poèmes soient faites des mots que j'ai suspendu comme un fruit à la branche de l'Arbre où les quatre vents chantent les quatre saisons...

 

Je vous confie l'anneau que j'ai passé au doigt du jour et la paume que j'ai apposée aux parchemins des nuits...

Celui-ci et celle-la connaissent les noces serpentines et tout cela qui concélèbrent le rouge et le noir des alliances...

 

Elle est vous maintenant la figure aux douze portes qui enseigne la forme et la mesure comme est à vous l'oursin qui me fait cœur sur la poitrine...

De cela prenez grand soin car le Serpent s'en revient toujours couver l’œuf d'Amour que l'on porte dans le sein...

 

Ecoutez les Deux Sages et Morigu aux cheveux noirs.

Confuses sont les paroles sur les lèvres des hommes dont l'ivresse est de sang seulement. Rouges, sont leurs maisons où n'entrent ni lune, ni soleil, ni printemps...

Ils n'ont que tranchant de lame pour saisir à la gorge l'écharpe verte de la Belle Saison...

 

Ecoutez, écoutez bien, avant que ne soit l'hégémonie de l'eau et du feu... Sachez en tout état comme en tout instant et en tout lieu faire la juste part à l'ombre et à la lumière...

 

Quant à moi, je partira confiant dans la jeunesse du jour sachant que ma longue nuit ne sera pas sans amour...

 

Je suis, il est vrai, et je demeure de cette chaîne d'or dont Ogmios, le Bon Conducteur, forge chaque anneau qu'il trempe de sa divine sueur...

Doux est le lien et douce la sève des mots qui irrigue l'aubier de mon cœur. Comme la fleur frêle et délicate perce le manteau des neiges, la voix des origines murmure dans l'humus de mon corps, dans le terreau de mes rêves, le chant des profondeurs...

 

Enchanteur est le parfum qui monte parmi les feuilles...

Doux est le collier et douce les perles de mémoire enfilées par le temps...

 

J'ai gravi les sept degrés de la Parole ; Ollamh je suis, docteur de la Science du Rameau rouge. Devant mes pairs, j'ai fait serment sur la farine de l'air. L'eau et le feu me furent témoins en la Terre de la Grande Promesse... D'or est ma baguette ; Elatha est son nom...

Que de pierre devienne celui-là dont le serment bafoue la Lune et le Soleil...

 

Que Sencha, l’aîné de la pure science, le maître en science et poésie, m'accueille sous la feuille du silence, au rucher de sa joie...

 

Légères et dansantes seront les feuilles du bouleau pleurant leur automne sur l'hiver de mon corps...

 

J'ai connu la laie aux neuf tresses blondes, ses lèvres pareilles aux fruits du sorbier et ses caresses de plume et de neige...

J'ai connu la forêt profonde aux fortes senteurs de musc, la vague des feuilles dans la ramure des regards et ces frémissements que le vent à joie à susciter...

Connus, furent par moi, la cuve rouge et le noir chaudron des nuits d'où jaillissent les cris qui clament la vive jouissance...

 

Jeune, j'étais alors sans harpe ni chemin, mais lait me fût donné du sein de la femme pour allaiter mon blanc destin...

 

La forge aussi avait un chant que le maillet ardent fit jaillir sur l'enclume...

 

Nulle route, nulle sente offerte sans l'aval de la Femme, nul voyage possible sans Femme à la proue...

 

J'ai vu le Gris de Macha, sa crinière dans la brume, ses foulées sauvages, son timon de lune, son essieu solaire...

Je l'ai vu aller de l'océan du ciel à l'océan marin mêlant nuages et écumes...

 

J'ai soif de bières et d'hydromel, ma langue sèche au vent des morts...

 

Un roitelet chante parfois perché sur la pierre d'oubli de Tara...

 

Qu'importe au printemps si le champs est de ruines...

 

Seules importent les graines, les semences...

 

Le silence enveloppe Mag Meld, la Courbe du Tertre ne résonne plu sous les cris des lutteurs...

 

Cuchulainn brisa la pierre sous l'emprise de l'orgueil ou de la bière des fièvres. Lia Fail repose depuis parmi les ronces et les lierres...

 

Belle assemblée de Samain... Derdin, jeune fille au pelage d'agneau, aux sourcils de lune, passait dans les rangs, la corne à la main et le soleil aux lèvres...

Ciel sans corneilles, hommes sans armes et le sage avec sa branche de paix. Douce était la nuit et brillante la Roue d'argent...

Mac Guill, fils du coudrier, levait les bras au ciel en digne fils de Mog Ruith et d'Arianrhod, pour incanter un chant de miel et de résine...

 

Aujourd’hui, mon cœur est usé par le sel des fougueuses paroles, par la rouille des temps de solitude...

 

Que Manannan souffle sur la voile de mon futur dessein, qu'il pousse mes derniers ans vers les contrées heureuses aux cents musiques...

Eimain Ablach brille comme une promesse dans le brouillard lointain...

 

Que la nuit entame son décompte...

J'ai tracé mille cercles au sein de l'enclos sacré...

La lumière s'en vient derrière le Grand Chien Noir...

Le merle devance l'aurore des questions...

 

Il y a une fenêtre ouverte dans la Maison de verre...

 

Plus de flux sur mon rivage mais le flux qui s'en retourne...

 



21/06/2017
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 422 autres membres