Les dits du corbeau noir

L'ATTENTE Réflexions Bran du

Réflexions : l'Attente : L’attente est une porte à double battant…

Bran du OCT 2008



Elle ouvre tant sur l’extérieur que vers l’intérieur…

On peut la pousser dans un sens ou dans l’autre ou ne pas la pousser…

D’autres peuvent la pousser pour nous avec ou sans notre consentement…



L’attente est un sas, une frontière, un passage, une ligne de démarcation entre le dedans et le dehors, entre ce qui s’ouvre et ce qui se ferme, le désirable et l’indésirable, l’allée ou la venue, ce qui va et ce qui vient ou est susceptible de venir, de revenir, de demeurer ou de partir…

 

C’est un passage stratégique…. 

De chaque côté des battants de l’attente se tiennent tous les «possibles», s’envisagent toutes les impossibilités…



C’est une marée de flux et de reflux qui franchit ou non l’estran de l’attente laquelle est une grève immense où nos pas s’effacent dans le sable humide de l’existence…



L’attente est une posture physique et mentale, un état conscient imposé ou désiré qui implique une gamme d’aptitudes et de comportements «conditionnés» par l’attente elle-même…



Est-il un homme, un représentant de l’espèce humaine qui soit sans attente ?…



Le végétal, l’animal sont eux-mêmes de grands consommateurs d’attente !…

Est-ce que s’attendre à rien prédispose sereinement à s’attendre à tout ?…



La question est une attente de réponse…



L’interrogation est l’attente d’une explication…



Le problème se pose dans l’attente de sa solution…



L’attente serait-elle une «pause» salutaire nous permettant de nous interroger sur sa nature, sur son fondement, sur son bien fondé, sur la pertinence de celle-ci?…



(Je pense ici à l’an 01 le film de Gébé et Doillon «On arrête tout!»)…



Interrogez lucidement, sans concession, avec écoute et attention, avec considération même, nos attentes, m’apparaît comme un exercice de grande salubrité individuelle et collective…

L’attente ainsi interrogée explore les contenus , la substance même de l’Etre…



Elle est éveilleuse de conscience, révélatrice de nos «fonctionnements» ou «dysfonctionnements», des mécanismes et des articulations qui mettent en œuvre, en action, si possible concordante, la pensée…



L’attente, c’est la certitude, heureuse ou malheureuse, de la venue espérée, rejetée ou acceptée, d’incertitudes diverses et variées…



C’est une dynamique mentale confirmée ou infirmée dans son activation…



Notre propre venue au monde est entourée, ceinturée d’attentes…



On attend notre «naissance»…



On s’attend, dans une moindre mesure et dans d’autres dispositions, à notre mort…



Nous naissons dans l’attente et mourrons en sa fidèle compagnie !…



L’attente fait donc partie intégrante et agissante de notre existence…



Attendre c’est tendre vers l’instant comme vers l’absolu et l’infini…



C’est un «outil» dont nous savons très peu nous servir…

L’ignorer c’est, assurément, nous desservir…



Autant s’en faire une amie, une complice, un partenaire !…

L’attente, est un aigle planant sur la vallée de l’homme…

L’attente, est un germe pourrissant dans les entrailles de l’hiver…

L’attente, est un cri suspendu aux mains d’une sage-femme…

L’attente, est un souffle qui s’éteint comme se consume une bougie…

L’attente, est ce reflux qui reviendra bientôt aux rives de ses ententes…

L’attente, est un nid d’hirondelles pourrissant depuis plusieurs printemps…

L’attente, est une boîte à lettre rouillée en ses gonds…

L’attente, est une sonnerie qui étrangle le silence ou qui lui enseigne un chant…

L’attente, est un pas fait au-dessus du précipice…

L’attente, ce sont deux bras ouverts qui se referment sur le vide…

L’attente, c’est la nuit qui se présente là où se levait le jour…

L’attente enseigne la patience, maîtrise l’impatience…

L’attente, en l’exil, fait apprentissage de la densité et de l’intensité de ce que représentait une présence quand on faisait séjour et demeure de celle-ci…



Il n’est de vase qui n’attend son bouquet, de nid ; son printemps, de rivage ; la grande marée…



L’attente est une suite de seuils dans les étapes de la vie…



C’est l’écluse qu’il faut franchir pour être au bon niveau des écoulements vitaux…



Quand il n’est plus d’attente, l’attendu s’en vient, la vie s’ouvre et s ‘offre, s’épanche et ruisselle…



15/07/2015
0 Poster un commentaire