Les dits du corbeau noir

LES DITS DU CORBEAU SOLSTICE D'ETE 2000/2017 BRAN DU 30 05 MAI

Les Dits du Corbeau Juillet 2000 Bran du

 

 

Les textes qui suivent évoquent des temps anciens.

Ce sont des récits inspirés par la Tradition celto druidique (et plus spécifiquement dans sa dimension bardique.)

 

Ce sont saisons effeuillées sur l'Arbre de mémoire...

 

Ils mettent en scène un chant profond porté par des lèvres élémentaires ; chant de souche et de source où sang et sève abreuvent un même temps et un semblable et communautaire espace échappant tous deux aux représentations conventionnelles pour animer, en chœur au sein d'une parenthèse blanche, les liés et les déliés d'une flamme se frayant passage entre la cendre et le miel...

 

Ce sont ourlets d'écume sur la dentelle des noces, frairies de mots aux solstices du silence, ce sont chemins buissonniers qu'arpente l'Etoile du cœur...

 

Ce sont là sentes "initiatiques" ; c'est-à-dire du "commencement" lequel implique une recouvrance et une renaissance, la mise en mouvement vers une spirale d'entendements qui n'est autre que la danse cyclique de la vie et de la gestuelle même du vivre.

 

Ce sont des forces, des énergies convoquées d'importance pour une assemblée présidée par la claire lumière de celui ou de celle qui savent conduire leur pas vers le "Gwenved" ; le "Blanc Pays" de l'Eternelle Jeunesse, la Plaine des Plaisirs, la Terre des Vivants...

 

Le Corbeau, que l'on clouait jadis sur les portes des granges de la peur et de la superstition, nous ouvre de nouveau la vieille route solaire et nous convie bardiquement aux rencontres cardinales où la poésie dresse ses banquets, où l'ivresse se veut d'amour dans la chanson et dans le fruit...

 

C'est un recueil qui invite à respirer au rythme des chants du monde, en toute liberté et en pleine conscience de ce qui fût, de ce qui est et advient équipé de ces facultés que sont le discernement, l'audace et le libre-arbitre...

 

La Tradition transmise depuis les terres primitives de "l'Europe" enseigne à travers un livre perpétuellement ouvert de la nature ce respect et cette dignité qui sont autant de manteaux de bergers au gardiennage des étoiles...

 

Cette Tradition ne saurait mourir. La Parole bardique transcende l'Histoire, ses masques, perversions, manipulations et accaparements...

Cette Parole est Parole primordiale, Parole d'origine, Parole d'Univers ; elle est le mythe, l'archétype, qui se réincarne en ceux et celles qui ouvrent leur cœur et leur esprit à ses visitations, à son souffle inspirateur, à ses flammes et à son écume...

 

 

Voici venue l'heure du conte, celle de la Parole d'Eau et de Feu, celle où se dissipe la chape de brume et de brouillard et où apparaît l'île des éternelles légendes...

 

C'est l'instant d'éternité où la barque d'entendement glisse sur la clarté des ondes...

 

Que soient tournées les feuilles du grand Arbre de la Vie, que plongent les rames dans l'océan ouvert et que s'en viennent les cygnes comme la neige sur le blanc silence...

 

 

///....

 

 

 

PONANT

  1. Dédié à notre frère druide Odaccos (Yvon Lozarc'h)

    qui voulait ce poème pour l'accompagner au Tyr na n'og...

 

Ils sont venus du pays des loups

Ils ont suivi la route solaire

Et, dans la nuit, la fidèle polaire

Les a guidés en leur rêve si fou...

 

L'océan, maintenant est devant leurs yeux.

Ils sont allés, jeunes et vieux, jusqu'au bout...

L'immense ; l'immense est là ; écume et remous

Comme un torrent de sang, vert et bleu...

 

Là-bas, la nuit durait plus qu'un jour

Et la neige recouvrait les semences,

les ours pillaient le miel de l'amour,

la glace brisait les saisons d'espérance...

 

La mer, où le soleil fait ses adieux,

elle est là, infinie, se confondant aux cieux.

L'immense ; l'immense est là au bout du voyage.

Il suffisait de croire en la parole des Sages...

 

Ils sont venus des forêts profondes.
Ils ont suivi les flux et les ondes.

Ils ont marché sur le dos du Serpent

et les voici dans les plaines du vent...

 

Mais ce n'est pas la fin du voyage ;

Ils rêvent encore plus fous, plus volages

De construire un bateau, de mettre leur rêve à flot,

de se faire marsouin ou bien oiseau

pour pourfende les temps et les âges...

Ils ont taillé leurs blanches voiles

dans le drapé d'une neuve étoile

et leurs vaisseaux quittent la plage

Avec leurs rêves pour seul équipage...

 

Ils ont passé l'anneau au doigt de l'Univers

Ils dansent en cachalot dans le mitan des mers

Mouettes ou corbeaux, albatros en un mot

Le ciel, pour eux, n'est plus qu'océan de Lumière.

 

...........................................................

 

SOLSTICE d'ETE (partie 1)

 

En Veille et au Seuil...

 

L'Homme avait prise ses assises au Nord.

Comme tout sage d'Occident, il savait que le temps des brumes, de la glace et du feu, des grandes plaines du vent, émanait la Tradition primordiale, celle qui, siècle après siècle, avait transhumé par delà les fleuves pour aboutir en ces promontoires extrêmes de l'Europe...

 

Oui, il savait que de la grande nuit nordique jaillissait la Flamme polaire illuminant cette obscure caverne enclose en l'homme où une pensée cherchait ; à ceindre sa propre et ultime compréhension...

 

Un léger brouillard montait du sol maintenant, une grande respiration brumeuse rappelant l'Athanor des Origines...

 

Du Nord, encore, se profila sur l'horizon une nuée de corbeaux volant en rangs serrés vers ce haut lieu qui les réunissait périodiquement en une irrésistible convergence...

 

C'étaient des grands corbeaux de mer, aux ailes larges et puissantes. Ils se posèrent sur l'océan d'herbes à une distance respectueuse de l'Homme...

 

Une harde menée par un cerf majestueux ainsi qu'une laie suivie de ses marcassins s'approchèrent de même du site sacré. Toutes ces bêtes heureuses se coulèrent dans la chambre tapissée de trèfles et de fenouils odorants...

 

En ce lever céleste des lèvres bleues buvaient à même la coupe aurorale le grand lait noir des mamelles nocturnes...

 

L'Homme ramassa devant lui le bandeau blanc humecté de l'eau de la sixième lune et le plaça puis le noua autour de ses tempes...

Il se dressa alors parmi la neuve lumière et épousa de tout son corps cette verticalité par laquelle son esprit donnait rendez-vous à la Rose de tous les vents...

 

Tel que le chêne majestueux fait de sa ramure, il se tourna face au levant et hissa ses deux paumes en un même mouvement serein et fervent vers l'astre renaissant...

 

Il fît offrande de la coupé élevée de sa présence en ce monde.

De sa face illuminée irradiait une tendresse incommensurable...

Sa joie démultipliée se ramifiait à tout le vivant par toutes ses branches d'Homme...

 

Il entonna un chant venu du plus profond de ses entrailles ; un chant rude, grave, guttural, relayé par les cris des corbeaux et le brame du cerf...

 

Puis, le chant se modula, les sons s'arrondirent et une mélodie douce monta graduellement de sa bouche par l'échelle d'un feu humain qui rougeoyait en sa poitrine...

 

Oui, il brûlait, incendié par ces braises ardentes qui sacrent et consument comme le haut foyer de l'Amour véritable...

 

Aux confins des terres, il y eut alors comme un immense battement de paupières sous laquelle surgit l'iris incarnat d'un juvénile matin...

 

De cet œil rougissant, baignant encore dans l'or et l'argent sacrificiel d'une nuit rituellement offerte apparurent Trois Rais de Blanche et Vive Lumière qui vinrent envelopper l'aire où appelaient les lèvres enflammées...

 

En cet instant même le silence posa sa couronne sur la royauté du lieu et sur le front qui rendait grâce pour tous les bienfaits dispensés aux Servants et aux Serviteurs de la Tradition, aux Hommes et Femmes du Chêne, de l'If et du Bouleau...

 

Les animaux alors s'en retournèrent dans un bruissement d'ailes, d'herbes et de feuilles...

 

///...

 

SOLSTICE D'ETE : partie 2

 

L'aube était fraîche, le ciel dégagé se teintait lentement de ce bleu qui annonce le haut vol des hirondelles et des martinets.

L'herbe gorgée de rosée se redressait dans l'attente du « Grand Rai »...

Les moutons, paisibles en leur île verte, herborisaient -t ête noire et socle blanc sur le grand échiquier de la plaine -...

 

Il terminait sa sixième veille, la tête haute, le front offert au vent du Nord enroulé dans une cape de laine écrue.

N'était le lin blanc qui enveloppait sa poitrine, il était nu sous sa tunique. Un cordon noué en neuf endroits et à intervalle régulier, pendait à sa taille...

Près de l'homme assis en tailleur, un bâton de houx était fiché en terre. Il comportait, sculpté le long de son axe, un lacis de spirales montant vers le sommet lequel se scindait en deux parties et se terminait l'un par une tête de serpent, l'autre par une tête de bélier... Entre ces deux têtes se tenait une boule de verre fixée par des liens de cuir...

A la base de celle-ci, des feuilles de gui mêlant l'or et l'argent, étaient incrustées...

 

Par cela et en cela, la parole était rendue au Souffle. Ainsi les deux branches évasées tournées vers le dôme céleste affirmaient la primauté du spirituel et du sacré sur le monde profane...

La fourche formait alors une coupe qui appelait au grand transvasement des forces en ce solstice d'été.

Bientôt l'aurore se déverseraient symboliquement et vibratoirement à travers ce réceptacle végétal et minéral comme un nouveau sang régénérant les veines serpentines des Mondes...

 

Tout était là, présent, attentif, offert...

 

L'homme avait tracé autour de lui un grand Cercle dont le bâton marquait le Centre. Le sillon avait été tracé en suivant l'empreinte laissée par ses pieds nus imprégnant la terre d'une volonté où se mariaient tous les éléments du sacre et de l'amour.

Une torche allumée dans une main, une coupelle contenant de l'eau dans l'autre, il avait sacralisé le lieu de ses noces en associant la flamme éternelle à l'eau des origines.

 

Il avait pris la terre et le ciel pour témoin en cette aube nuptiale. De façon tout aussi solennelle il avait placé les points cardinaux en cette circonférence qui ressemblait à un anneau ; de ceux que les fiancés se passent au doigt en promesse d'union à venir...

 

Il avait commencé par le Nord comme cela se doit en déposant à cet emplacement une corne à boire en forme de lune d'argent.
A l'Est il avait mis des galettes avec du miel, au Sud une corbeille tressée contenant du pain, du gros sel ; des noix, des noisettes des glands et des petites quartiers de pomme...

A l'Ouest, enfin ; il avait déposé une églantine épanouie...

 

Le « Pen Kelen » (bâton de houx en breton ; terme signifiant aussi l'instructeur ou l'enseignant) était lui même ceinturé de neuf pierres blanches que les marées avaient façonnées et policées au cours des millénaires...

 

Le nombre neuf manifestait par sa présence le signe du renouveau et de la preuve, mais rappelait également le Cercle de la plénitude réalisée...

 

Des quatre coins de l'horizon s'en vinrent d'autres hommes tous vêtus de blanc . L'un portait une lance de frêne sculptée de neuf encoches peintes en rouge ; un autre transportait un chaudron pouvant contenir plus de vingt litres d'hydromel...

 

Neuf anneaux placés à distance régulière pendaient du bord du dit chaudron . Une sorte de géant, tel qu'il apparaissait sur l'horizon, tenait à deux mains une épée dont le pommeau ciselé pouvait brûler tout regard animé d’orgueil et de mensonge...

Le dernier des arrivants menait un chariot tiré par quatre bœufs aussi blanc de poils que la chevelure du vieil homme...

 

Bien que le poids de la pierre semblait considérable, les animaux tiraient celle-ci sans effort...

 

Tous étaient là, fidèles au rendez-vous, présents, attentifs et offerts...

 

L'homme au bâton se leva pour monter méthodiquement le feu aux sept essences en disposant celui-ci au mitan de l'enclos des pierres... Il assembla le chêne, puis le frêne, puis le pommier, l'if, le bouleau le coudrier et enfin l'orme...

L'ensemble formait une sorte de pyramide à sept côtés et à sept étages savamment disposés. Un espace d'allumage avait été aménagé au Nord...

 

C'est alors qu'une Femme s'approcha. Elle était élégamment vêtue d'une livrée en mousseline blanche. Elle portait à son cou un collier d'ambre roux ainsi qu'un torque en or...

 

L'Homme accompagné de la Femme tourna trois fois autour du bûcher et ce, dans le sens solaire. Il prit la torche de résine et l'éleva dans les airs en traçant symboliquement trois rayons qui épousaient les côtés d'un triangle, le dernier trait scindant le triangle en deux parties égales... Tout ceci en partant du sommet vers la base sans que le sommet ne soit joint pour autant...

(Cette figure s'appelle en breton le Tribann et rappelle la cosmogénèse celtique fondée sur le partage du ciel en monde diurne, auroral et nocturne soit sur la course solaire.) (Ce sont les trois colonnes lumineuses et sonores ayant jaillit du Verbe Créateur, du Logos pour enfanter toute vie..)

 

L'homme tendit le brandon à la Femme qui l'alluma et porta le feu à la fenêtre du Nord...

Peu à peu puis de plus en plus rapidement la flamme du chant s'harmonisa en une torsade unique embrasant l'espace.

La femme déposa dans le feu les plantes sacrées du solstice ; sauge, verveine, millepertuis, lierre terrestre, grande joubarde, armoise et trèfle... La danse des parfums embauma alentour...

 

L'Homme et la Femme échangèrent ces instruments de paix que sont les lèvres et les mains conciliées d'importance...

 

Ainsi fut concélébré le grand passage de la cendre au miel...

 

 

Bran su Solstice de Juin 1995

 

A SUIVRE...

Les Dits du Corbeau Juillet 2000 Bran du

 

Les textes qui suivent évoquent des temps anciens.

Ce sont des récits inspirés par la Tradition celto druidique (et plus spécifiquement dans sa dimension bardique.)

 

Ce sont saisons effeuillées sur l'Arbre de mémoire...

 

Ils mettent en scène un chant profond porté par des lèvres élémentaires ; chant de souche et de source où sang et sève abreuvent un même temps et un semblable et communautaire espace échappant tous deux aux représentations conventionnelles pour animer, en chœur au sein d'une parenthèse blanche, les liés et les déliés d'une flamme se frayant passage entre la cendre et le miel...

 

Ce sont ourlets d'écume sur la dentelle des noces, frairies de mots aux solstices du silence, ce sont chemins buissonniers qu'arpente l'Etoile du cœur...

 

Ce sont là sentes "initiatiques" ; c'est-à-dire du "commencement" lequel implique une recouvrance et une renaissance, la mise en mouvement vers une spirale d'entendements qui n'est autre que la danse cyclique de la vie et de la gestuelle même du vivre.

 

Ce sont des forces, des énergies convoquées d'importance pour une assemblée présidée par la claire lumière de celui ou de celle qui savent conduire leur pas vers le "Gwenved" ; le "Blanc Pays" de l'Eternelle Jeunesse, la Plaine des Plaisirs, la Terre des Vivants...

 

Le Corbeau, que l'on clouait jadis sur les portes des granges de la peur et de la superstition, nous ouvre de nouveau la vieille route solaire et nous convie bardiquement aux rencontres cardinales où la poésie dresse ses banquets, où l'ivresse se veut d'amour dans la chanson et dans le fruit...

 

C'est un recueil qui invite à respirer au rythme des chants du monde, en toute liberté et en pleine conscience de ce qui fût, de ce qui est et advient équipé de ces facultés que sont le discernement, l'audace et le libre-arbitre...

 

La Tradition transmise depuis les terres primitives de "l'Europe" enseigne à travers un livre perpétuellement ouvert de la nature ce respect et cette dignité qui sont autant de manteaux de bergers au gardiennage des étoiles...

 

Cette Tradition ne saurait mourir. La Parole bardique transcende l'Histoire, ses masques, perversions, manipulations et accaparements...

Cette Parole est Parole primordiale, Parole d'origine, Parole d'Univers ; elle est le mythe, l'archétype, qui se réincarne en ceux et celles qui ouvrent leur cœur et leur esprit à ses visitations, à son souffle inspirateur, à ses flammes et à son écume...

 

Voici venue l'heure du conte, celle de la Parole d'Eau et de Feu, celle où se dissipe la chape de brume et de brouillard et où apparaît l'île des éternelles légendes...

C'est l'instant d'éternité où la barque d'entendement glisse sur la clarté des ondes...

 

Que soient tournées les feuilles du grand Arbre de la Vie, que plongent les rames dans l'océan ouvert et que s'en viennent les cygnes comme la neige sur le blanc silence...

 

///....

 

 

 

PONANT

  1. Dédié à notre frère druide Odaccos (Yvon Lozarc'h)

    qui voulait ce poème pour l'accompagner au Tyr na n'og...

 

Ils sont venus du pays des loups

Ils ont suivi la route solaire

Et, dans la nuit, la fidèle polaire

Les a guidés en leur rêve si fou...

 

L'océan, maintenant est devant leurs yeux.

Ils sont allés, jeunes et vieux, jusqu'au bout...

L'immense ; l'immense est là ; écume et remous

Comme un torrent de sang, vert et bleu...

 

Là-bas, la nuit durait plus qu'un jour

Et la neige recouvrait les semences,

les ours pillaient le miel de l'amour,

la glace brisait les saisons d'espérance...

 

La mer, où le soleil fait ses adieux,

elle est là, infinie, se confondant aux cieux.

L'immense ; l'immense est là au bout du voyage.

Il suffisait de croire en la parole des Sages...

 

Ils sont venus des forêts profondes.
Ils ont suivi les flux et les ondes.

Ils ont marché sur le dos du Serpent

et les voici dans les plaines du vent...

 

Mais ce n'est pas la fin du voyage ;

Ils rêvent encore plus fous, plus volages

De construire un bateau, de mettre leur rêve à flot,

de se faire marsouin ou bien oiseau

pour pourfende les temps et les âges...

Ils ont taillé leurs blanches voiles

dans le drapé d'une neuve étoile

et leurs vaisseaux quittent la plage

Avec leurs rêves pour seul équipage...

 

Ils ont passé l'anneau au doigt de l'Univers

Ils dansent en cachalot dans le mitan des mers

Mouettes ou corbeaux, albatros en un mot

Le ciel, pour eux, n'est plus qu'océan de Lumière.

 

...........................................................

 

SOLSTICE d'ETE (partie 1)

 

En Veille et au Seuil...

 

L'Homme avait prise ses assises au Nord.

Comme tout sage d'Occident, il savait que le temps des brumes, de la glace et du feu, des grandes plaines du vent, émanait la Tradition primordiale, celle qui, siècle après siècle, avait transhumé par delà les fleuves pour aboutir en ces promontoires extrêmes de l'Europe...

 

Oui, il savait que de la grande nuit nordique jaillissait la Flamme polaire illuminant cette obscure caverne enclose en l'homme où une pensée cherchait ; à ceindre sa propre et ultime compréhension...

 

Un léger brouillard montait du sol maintenant, une grande respiration brumeuse rappelant l'Athanor des Origines...

 

Du Nord, encore, se profila sur l'horizon une nuée de corbeaux volant en rangs serrés vers ce haut lieu qui les réunissait périodiquement en une irrésistible convergence...

 

C'étaient des grands corbeaux de mer, aux ailes larges et puissantes. Ils se posèrent sur l'océan d'herbes à une distance respectueuse de l'Homme...

 

Une harde menée par un cerf majestueux ainsi qu'une laie suivie de ses marcassins s'approchèrent de même du site sacré. Toutes ces bêtes heureuses se coulèrent dans la chambre tapissée de trèfles et de fenouils odorants...

 

En ce lever céleste des lèvres bleues buvaient à même la coupe aurorale le grand lait noir des mamelles nocturnes...

 

L'Homme ramassa devant lui le bandeau blanc humecté de l'eau de la sixième lune et le plaça puis le noua autour de ses tempes...

Il se dressa alors parmi la neuve lumière et épousa de tout son corps cette verticalité par laquelle son esprit donnait rendez-vous à la Rose de tous les vents...

 

Tel que le chêne majestueux fait de sa ramure, il se tourna face au levant et hissa ses deux paumes en un même mouvement serein et fervent vers l'astre renaissant...

 

Il fît offrande de la coupé élevée de sa présence en ce monde.

De sa face illuminée irradiait une tendresse incommensurable...

Sa joie démultipliée se ramifiait à tout le vivant par toutes ses branches d'Homme...

 

Il entonna un chant venu du plus profond de ses entrailles ; un chant rude, grave, guttural, relayé par les cris des corbeaux et le brame du cerf...

 

Puis, le chant se modula, les sons s'arrondirent et une mélodie douce monta graduellement de sa bouche par l'échelle d'un feu humain qui rougeoyait en sa poitrine...

 

Oui, il brûlait, incendié par ces braises ardentes qui sacrent et consument comme le haut foyer de l'Amour véritable...

 

Aux confins des terres, il y eut alors comme un immense battement de paupières sous laquelle surgit l'iris incarnat d'un juvénile matin...

 

De cet œil rougissant, baignant encore dans l'or et l'argent sacrificiel d'une nuit rituellement offerte apparurent Trois Rais de Blanche et Vive Lumière qui vinrent envelopper l'aire où appelaient les lèvres enflammées...

 

En cet instant même le silence posa sa couronne sur la royauté du lieu et sur le front qui rendait grâce pour tous les bienfaits dispensés aux Servants et aux Serviteurs de la Tradition, aux Hommes et Femmes du Chêne, de l'If et du Bouleau...

 

Les animaux alors s'en retournèrent dans un bruissement d'ailes, d'herbes et de feuilles...

 

///...

 

SOLSTICE D'ETE : partie 2

 

L'aube était fraîche, le ciel dégagé se teintait lentement de ce bleu qui annonce le haut vol des hirondelles et des martinets.

L'herbe gorgée de rosée se redressait dans l'attente du « Grand Rai »...

Les moutons, paisibles en leur île verte, herborisaient -t ête noire et socle blanc sur le grand échiquier de la plaine -...

 

Il terminait sa sixième veille, la tête haute, le front offert au vent du Nord enroulé dans une cape de laine écrue.

N'était le lin blanc qui enveloppait sa poitrine, il était nu sous sa tunique. Un cordon noué en neuf endroits et à intervalle régulier, pendait à sa taille...

Près de l'homme assis en tailleur, un bâton de houx était fiché en terre. Il comportait, sculpté le long de son axe, un lacis de spirales montant vers le sommet lequel se scindait en deux parties et se terminait l'un par une tête de serpent, l'autre par une tête de bélier... Entre ces deux têtes se tenait une boule de verre fixée par des liens de cuir...

A la base de celle-ci, des feuilles de gui mêlant l'or et l'argent, étaient incrustées...

 

Par cela et en cela, la parole était rendue au Souffle. Ainsi les deux branches évasées tournées vers le dôme céleste affirmaient la primauté du spirituel et du sacré sur le monde profane...

La fourche formait alors une coupe qui appelait au grand transvasement des forces en ce solstice d'été.

Bientôt l'aurore se déverseraient symboliquement et vibratoirement à travers ce réceptacle végétal et minéral comme un nouveau sang régénérant les veines serpentines des Mondes...

 

Tout était là, présent, attentif, offert...

 

L'homme avait tracé autour de lui un grand Cercle dont le bâton marquait le Centre. Le sillon avait été tracé en suivant l'empreinte laissée par ses pieds nus imprégnant la terre d'une volonté où se mariaient tous les éléments du sacre et de l'amour.

Une torche allumée dans une main, une coupelle contenant de l'eau dans l'autre, il avait sacralisé le lieu de ses noces en associant la flamme éternelle à l'eau des origines.

 

Il avait pris la terre et le ciel pour témoin en cette aube nuptiale. De façon tout aussi solennelle il avait placé les points cardinaux en cette circonférence qui ressemblait à un anneau ; de ceux que les fiancés se passent au doigt en promesse d'union à venir...

 

Il avait commencé par le Nord comme cela se doit en déposant à cet emplacement une corne à boire en forme de lune d'argent.
A l'Est il avait mis des galettes avec du miel, au Sud une corbeille tressée contenant du pain, du gros sel ; des noix, des noisettes des glands et des petites quartiers de pomme...

A l'Ouest, enfin ; il avait déposé une églantine épanouie...

 

Le « Pen Kelen » (bâton de houx en breton ; terme signifiant aussi l'instructeur ou l'enseignant) était lui même ceinturé de neuf pierres blanches que les marées avaient façonnées et policées au cours des millénaires...

 

Le nombre neuf manifestait par sa présence le signe du renouveau et de la preuve, mais rappelait également le Cercle de la plénitude réalisée...

 

Des quatre coins de l'horizon s'en vinrent d'autres hommes tous vêtus de blanc . L'un portait une lance de frêne sculptée de neuf encoches peintes en rouge ; un autre transportait un chaudron pouvant contenir plus de vingt litres d'hydromel...

 

Neuf anneaux placés à distance régulière pendaient du bord du dit chaudron . Une sorte de géant, tel qu'il apparaissait sur l'horizon, tenait à deux mains une épée dont le pommeau ciselé pouvait brûler tout regard animé d’orgueil et de mensonge...

Le dernier des arrivants menait un chariot tiré par quatre bœufs aussi blanc de poils que la chevelure du vieil homme...

 

Bien que le poids de la pierre semblait considérable, les animaux tiraient celle-ci sans effort...

 

Tous étaient là, fidèles au rendez-vous, présents, attentifs et offerts...

 

L'homme au bâton se leva pour monter méthodiquement le feu aux sept essences en disposant celui-ci au mitan de l'enclos des pierres... Il assembla le chêne, puis le frêne, puis le pommier, l'if, le bouleau le coudrier et enfin l'orme...

L'ensemble formait une sorte de pyramide à sept côtés et à sept étages savamment disposés. Un espace d'allumage avait été aménagé au Nord...

 

C'est alors qu'une Femme s'approcha. Elle était élégamment vêtue d'une livrée en mousseline blanche. Elle portait à son cou un collier d'ambre roux ainsi qu'un torque en or...

 

L'Homme accompagné de la Femme tourna trois fois autour du bûcher et ce, dans le sens solaire. Il prit la torche de résine et l'éleva dans les airs en traçant symboliquement trois rayons qui épousaient les côtés d'un triangle, le dernier trait scindant le triangle en deux parties égales... Tout ceci en partant du sommet vers la base sans que le sommet ne soit joint pour autant...

(Cette figure s'appelle en breton le Tribann et rappelle la cosmogénèse celtique fondée sur le partage du ciel en monde diurne, auroral et nocturne soit sur la course solaire.) (Ce sont les trois colonnes lumineuses et sonores ayant jaillit du Verbe Créateur, du Logos pour enfanter toute vie..)

 

L'homme tendit le brandon à la Femme qui l'alluma et porta le feu à la fenêtre du Nord...

Peu à peu puis de plus en plus rapidement la flamme du chant s'harmonisa en une torsade unique embrasant l'espace.

La femme déposa dans le feu les plantes sacrées du solstice ; sauge, verveine, millepertuis, lierre terrestre, grande joubarde, armoise et trèfle... La danse des parfums embauma alentour...

 

L'Homme et la Femme échangèrent ces instruments de paix que sont les lèvres et les mains conciliées d'importance...

 

Ainsi fut concélébré le grand passage de la cendre au miel...

 

 

Bran su Solstice de Juin 1995

 

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